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lundi 22 juin 2026

Les carnets de l'apothicaire tomes 1 à 4 ( manga) - Itsui Nanako et Nekokurage

 Voilà une série que je voyais passer régulièrement à la bibliothèque, et c'est peu de dire qu'elle y fait un carton absolu. Depuis des mois, les premiers tomes étaient impossible à avoir, tant ils sont multi-réservés. J'ai donc sauté sur l'occasion de pouvoir récupérer les 4 premiers pour tenter le coup.

Et c'est une bonne pioche, j'ai beaucoup aimé cette histoire ( tirée d'un roman en plusieurs tomes, et les 4 premiers du manga correspondent précisément au premier tome de la série de romans): un seinen manga d'enquête dans une ambiance historique ( on est en Chine, au palais impérial, dans une époque indéfinie, mais probablement vers le XVII° ou XVIII° siècle, voire XIX° du moins je le suppose, car l'héroïne connait le cacao, qui est un produit rare et luxueux en Asie. Parce que " Chine impériale", c'est une réalité politique tellement vaste, de l'an - 221 à l'an 1912, ça fait une sacrée fourchette).

Hop, ce visuel là, il existe une autre adaptation manga, mais c'est celle-là que nous avons à la bibliothèque


Et donc tout commence lors que Mao Mao, 17 ans, apprentie apothicaire du quartier des plaisirs est enlevée et vendue comme esclave à la cour de l'empereur. On apprend plus tard que dans sa situation, l'esclavage est normalement interdit, il est illégal d'enlever des gens pour les vendre. Mais il est légal pour une famille pauvre de vendre des enfants qu'elle ne peut pas élever. Si l'acheteur n'est pas au courant de la situation , il n'est pas légalement fautif - ce qu'elle explique un peu plus tard à l'autre personnage important, un haut fonctionnaire de la cour. Mais bon, personne ne la croirait, hein... En attendant comme une bonne partie de son salaire est  envoyée à sa " famille", et donc détournée par ses ravisseurs, son plan est simple: buller , en faire le moins possible, cacher ses talents pharmaceutiques qui pourraient lui faire avoir une meilleur place et un meilleur salaire, et donc rapporter plus d'argent à ses ravisseurs.
Et ça lui est évidemment inacceptable. Sa seule issue est de faire du travail très médiocre pendant 2 ans, à l'issue desquels elles sera renvoyée pour incompétence.
En attendant, elle est nourrie, logée, doit travailler comme lingère.. ce qui dans le fond n'est pas pire que rester dans le quartier des plaisirs, où elle est plus ou moins bonne à tout faire dans un "établissement" de renom, mi salon de thé, mi bordel. Là aussi, son plan était de s'enlaidir autant que possible, afin que la patronne ne décide pas d'en faire une entraîneuse. Rester quelconque est son assurance vie en quelque sorte.
Au moins au palais impérial,  et plus précisément dans le quartier réservé aux femmes, les seuls hommes qu'elle risque de croiser sont des eunuques, donc.. un danger de moins. Et pour ce qui est de l'ambiance, c'est un panier de crabes, entre les concubines officielles qui se jalousent, les tentatives d'empoisonnement, le cirage de pompes envers les hauts fonctionnaires.. mais là encore rien de bien différent du monde de la nuit.
Son seul souci est qu'elle est séparée de son père adoptif, apothicaire vieillissant, qui la forme au métier, et auquel elle ne peut pas vraiment apporter d'aide financière avec le peu d'argent qui lui reste. Et sa frustration est devoir tout un tas de plantes, dont des plantes médicinales, et de ne pas pouvoir faire d'expériences sur elle-me^me.

Car Mao Mao est un peu "maso maso".. et n'aime rien tant qu'élaborer des remèdes, tester des poisons, y compris à ses risques et périls. Lorsqu'elle entend parler d'une vague de morts suspectes d'enfants et de maladie chez les concubines, elle comprend vite qu'il s'agit d'empoisonnements accidentels au plomb, contenu dans les fards. Et en avertir nuitamment deux concubines. Evidemment, son projet de discrétion tombe à l'eau lorsqu'un haut fonctionnaire comprend qu'une lingère instruite a donné l'alerte, et l'identifie facilement.
Mais c'est un mal pour un bien: elle entre au service de Gyukuro, 19 ans concubine de l'empereur , en tant que goûteuse: à charge pour elle de tester les plats et de s'assurer qu'on ne veut pas empoisonner son employeuse.
Un travail cauchemardesque pour quiconque, une aubaine pour elle: elle peut négocier avec le haut fonctionnaire, Jinshi, la possibilité d'assister le médecin - incompétent- et de concocter des remèdes.
Jinshi voit aussi en elle une aubaine: sa connaissance des poison va être précieuse pour résoudre la multitude d'enquêtes et de morts mystérieuses qu'il a sur les bras, puisque tout le monde semble vouloir tuer tout le monde dans ce palais.

J'aime beaucoup le soin apporté aux personnages secondaires, et à leurs relations entre eux et avec Mao Mao, qui bien que personnage central, est assez détachée de tout ce qui est socialisation. Ce qui l'intéresse, c'est exclusivement, la pharmacopée, les poisons, la médecine.. elle sait naviguer en société, se faire des relations, les utiliser à bon escient, mais, ça n'est pas ce qui l'intéresse. Même si elle a noué rapidement un contact amical ( autant que faire se peut vu leurs catégories sociales respectives) entre Guykuro, ses dames de compagnie et elle, elle ne semble pas vraiment en avoir un besoin viscéral.
Et elle est d'autant plus appréciée qu'elle n'est pas perçue par les autres comme une rivale: elle n'a pas d'ambition de rester, n'aime pas se mettre en avant ni en valeur... et a bien du mal à savoir quoi faire de Jishi.
Là aussi, j'aime bien la manière dont se développe leur relation, pas exactement ce qu'on aurait attendu.

Jishi est un haut fonctionnaire, noble, doté d'un visage particulièrement androgyne ( Mao Mao le prend pour une femme jolie, mais hautaine, la première fois qu'elle le voit) qui lui vaut d'être courtisé par les hommes comme par les femmes. Lui-même a conscience d'être, du moins en partie, un appât lâché dans la cour des femmes, afin de tester la fidélité des concubines de l'empereur. Si elle lui font trop de plat, il devra le signaler et elle seront écartées de la cour.
Mao Mao a déduit de son apparence androgyne et de sa présence en ce lieu, qu'il s'agit d'un eunuque. Ses manières roublardes et charmeuses ne la trompent pas, et elle évite de trop se trouver embarquée dans ses manigances. Du moins, plus que nécessaire, puisqu'en tant qu'intendant qui l'a placée là, elle doit quand même travailler avec lui. Mais est opaque à son charme.
Pour Jishi, habitué à attirer les regards et à être le centre des attentions, c'est un sacré changement: elle le regard comme s'il était une bestiole répugnante, et il adore ça, enfin quelqu'un qui n'essaye pas de gagner ses faveurs. Il essaye malgré tout de se rapprocher d'elle, d'abord par jeu pour voir s'il va la faire plier, ensuite parce qu'il se rend compte qu'elle est probablement la seule personne qui soit réellement honnête envers lui, et en qui il puisse avoir confiance. Elle ne le trahira pas  - enfin, sauf par maladresse peut être-, pas seulement parce qu'elle a a y gagner, mais surtout parce qu'elle a un sens de la justice développée. Et le fait qu'elle ne l'aime pas en fait peut être la seule amie qu'il pourrait réellement se faire, sa position sociale faisant qu'il est entouré de faux-culs.


Soyons clairs, dans la vraie vie, un patron comme Jishi serait insupportable et souvent à la limite du harcèlement sexuel ( mais comme Mao Mao soit n'en a pas conscience, soit s'en fiche, ses approches charmeuses tombent systématiquement à l'eau, et puis être harcelée par un eunuque, elle ne risque pas grand chose, hein...), mais du fait qu'elle l'envoyer bouler et souvent inconsciemment, c'est drôle. Dans le fond, il est n'est pas méchant, mais facétieux, et se prend d'affection pour cette fille dans le fond aussi solitaire que lui et qui ne rampe pas devant lui ni, bien qu'elle soit socialement loin en dessous de lui. Lui a besoin d'une alliée fiable dans son travail, elle a besoin de quelqu'un qui lui permette de pratiquer la médecine.

Reste à savoir comment ça va évoluer. quelque chose me dit que l'intendant cache quelque chose. Enfin, quelqueS choseS, et que contrairement à ce que suggère son apparence, on va apprendre qu'il est encore en possession de toutes les parties de son corps, placées aux bons endroits, et que ça va être un ressort comique aussi. Il y a déjà quelques gags dans ces 4 tomes, pas forcément olé olé, mais égrillards ( les dames de compagnie qui mangent du gâteau aphrodisiaque et semblent avoir passé un moment satisfaisant entre filles, Jishi qui reçoit en cadeau d'un homme des brioches aphrodisiaques, le soldat qui rêve d'aller passer une soirée dans un bordel de luxe, l'opulente poitrine de Lifa, une des concubines, et la suggestion que Mao Mao lui fait sur la manière de l'utiliser. Rien n'est dit pour les chastes yeux des mineurs, mais.. on comprend bien que la suggestion que seuls les adultes ont devinée était une obscure histoire de cravates et de notaires. Mao Mao qui se dit que si Jishi n'est pas un eunuque, sa présence n'est justifiée que pas le fait de ne pas être un danger pour les femmes et donc qu'il est possiblement homosexuel, et "favori" de l'empereur chargé de surveiller ses femmes. *).

 * Ce serait une très mauvaise idée, ceci dit rien ne prouve que le personnage LGBT soit exclusivement G et non B, et dans ce cas, aussi intéressé par les femmes, hein...

Quoi qu'il en soit, pour le moment c'est une bonne pioche, je vais donc continuer au fil des retours de tomes. Je dois avouer avoir envie de lire le roman d'origine, mais je ne pense pas qu'il ait été traduit. Ceci dit,  ce serait intéressant de mettre la main sur l'autre adaptation manga, histoire de voir comment deux auteurs traitent le même roman.

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