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lundi 22 juin 2026

Les carnets de l'apothicaire tomes 1 à 4 ( manga) - Itsui Nanako et Nekokurage

 Voilà une série que je voyais passer régulièrement à la bibliothèque, et c'est peu de dire qu'elle y fait un carton absolu. Depuis des mois, les premiers tomes étaient impossible à avoir, tant ils sont multi-réservés. J'ai donc sauté sur l'occasion de pouvoir récupérer les 4 premiers pour tenter le coup.

Et c'est une bonne pioche, j'ai beaucoup aimé cette histoire ( tirée d'un roman en plusieurs tomes, et les 4 premiers du manga correspondent précisément au premier tome de la série de romans): un seinen manga d'enquête dans une ambiance historique ( on est en Chine, au palais impérial, dans une époque indéfinie, mais probablement vers le XVII° ou XVIII° siècle, voire XIX° du moins je le suppose, car l'héroïne connait le cacao, qui est un produit rare et luxueux en Asie. Parce que " Chine impériale", c'est une réalité politique tellement vaste, de l'an - 221 à l'an 1912, ça fait une sacrée fourchette).

Hop, ce visuel là, il existe une autre adaptation manga, mais c'est celle-là que nous avons à la bibliothèque


Et donc tout commence lors que Mao Mao, 17 ans, apprentie apothicaire du quartier des plaisirs est enlevée et vendue comme esclave à la cour de l'empereur. On apprend plus tard que dans sa situation, l'esclavage est normalement interdit, il est illégal d'enlever des gens pour les vendre. Mais il est légal pour une famille pauvre de vendre des enfants qu'elle ne peut pas élever. Si l'acheteur n'est pas au courant de la situation , il n'est pas légalement fautif - ce qu'elle explique un peu plus tard à l'autre personnage important, un haut fonctionnaire de la cour. Mais bon, personne ne la croirait, hein... En attendant comme une bonne partie de son salaire est  envoyée à sa " famille", et donc détournée par ses ravisseurs, son plan est simple: buller , en faire le moins possible, cacher ses talents pharmaceutiques qui pourraient lui faire avoir une meilleur place et un meilleur salaire, et donc rapporter plus d'argent à ses ravisseurs.
Et ça lui est évidemment inacceptable. Sa seule issue est de faire du travail très médiocre pendant 2 ans, à l'issue desquels elles sera renvoyée pour incompétence.
En attendant, elle est nourrie, logée, doit travailler comme lingère.. ce qui dans le fond n'est pas pire que rester dans le quartier des plaisirs, où elle est plus ou moins bonne à tout faire dans un "établissement" de renom, mi salon de thé, mi bordel. Là aussi, son plan était de s'enlaidir autant que possible, afin que la patronne ne décide pas d'en faire une entraîneuse. Rester quelconque est son assurance vie en quelque sorte.
Au moins au palais impérial,  et plus précisément dans le quartier réservé aux femmes, les seuls hommes qu'elle risque de croiser sont des eunuques, donc.. un danger de moins. Et pour ce qui est de l'ambiance, c'est un panier de crabes, entre les concubines officielles qui se jalousent, les tentatives d'empoisonnement, le cirage de pompes envers les hauts fonctionnaires.. mais là encore rien de bien différent du monde de la nuit.
Son seul souci est qu'elle est séparée de son père adoptif, apothicaire vieillissant, qui la forme au métier, et auquel elle ne peut pas vraiment apporter d'aide financière avec le peu d'argent qui lui reste. Et sa frustration est devoir tout un tas de plantes, dont des plantes médicinales, et de ne pas pouvoir faire d'expériences sur elle-me^me.

Car Mao Mao est un peu "maso maso".. et n'aime rien tant qu'élaborer des remèdes, tester des poisons, y compris à ses risques et périls. Lorsqu'elle entend parler d'une vague de morts suspectes d'enfants et de maladie chez les concubines, elle comprend vite qu'il s'agit d'empoisonnements accidentels au plomb, contenu dans les fards. Et en avertir nuitamment deux concubines. Evidemment, son projet de discrétion tombe à l'eau lorsqu'un haut fonctionnaire comprend qu'une lingère instruite a donné l'alerte, et l'identifie facilement.
Mais c'est un mal pour un bien: elle entre au service de Gyukuro, 19 ans concubine de l'empereur , en tant que goûteuse: à charge pour elle de tester les plats et de s'assurer qu'on ne veut pas empoisonner son employeuse.
Un travail cauchemardesque pour quiconque, une aubaine pour elle: elle peut négocier avec le haut fonctionnaire, Jinshi, la possibilité d'assister le médecin - incompétent- et de concocter des remèdes.
Jinshi voit aussi en elle une aubaine: sa connaissance des poison va être précieuse pour résoudre la multitude d'enquêtes et de morts mystérieuses qu'il a sur les bras, puisque tout le monde semble vouloir tuer tout le monde dans ce palais.

J'aime beaucoup le soin apporté aux personnages secondaires, et à leurs relations entre eux et avec Mao Mao, qui bien que personnage central, est assez détachée de tout ce qui est socialisation. Ce qui l'intéresse, c'est exclusivement, la pharmacopée, les poisons, la médecine.. elle sait naviguer en société, se faire des relations, les utiliser à bon escient, mais, ça n'est pas ce qui l'intéresse. Même si elle a noué rapidement un contact amical ( autant que faire se peut vu leurs catégories sociales respectives) entre Guykuro, ses dames de compagnie et elle, elle ne semble pas vraiment en avoir un besoin viscéral.
Et elle est d'autant plus appréciée qu'elle n'est pas perçue par les autres comme une rivale: elle n'a pas d'ambition de rester, n'aime pas se mettre en avant ni en valeur... et a bien du mal à savoir quoi faire de Jishi.
Là aussi, j'aime bien la manière dont se développe leur relation, pas exactement ce qu'on aurait attendu.

Jishi est un haut fonctionnaire, noble, doté d'un visage particulièrement androgyne ( Mao Mao le prend pour une femme jolie, mais hautaine, la première fois qu'elle le voit) qui lui vaut d'être courtisé par les hommes comme par les femmes. Lui-même a conscience d'être, du moins en partie, un appât lâché dans la cour des femmes, afin de tester la fidélité des concubines de l'empereur. Si elle lui font trop de plat, il devra le signaler et elle seront écartées de la cour.
Mao Mao a déduit de son apparence androgyne et de sa présence en ce lieu, qu'il s'agit d'un eunuque. Ses manières roublardes et charmeuses ne la trompent pas, et elle évite de trop se trouver embarquée dans ses manigances. Du moins, plus que nécessaire, puisqu'en tant qu'intendant qui l'a placée là, elle doit quand même travailler avec lui. Mais est opaque à son charme.
Pour Jishi, habitué à attirer les regards et à être le centre des attentions, c'est un sacré changement: elle le regard comme s'il était une bestiole répugnante, et il adore ça, enfin quelqu'un qui n'essaye pas de gagner ses faveurs. Il essaye malgré tout de se rapprocher d'elle, d'abord par jeu pour voir s'il va la faire plier, ensuite parce qu'il se rend compte qu'elle est probablement la seule personne qui soit réellement honnête envers lui, et en qui il puisse avoir confiance. Elle ne le trahira pas  - enfin, sauf par maladresse peut être-, pas seulement parce qu'elle a a y gagner, mais surtout parce qu'elle a un sens de la justice développée. Et le fait qu'elle ne l'aime pas en fait peut être la seule amie qu'il pourrait réellement se faire, sa position sociale faisant qu'il est entouré de faux-culs.


Soyons clairs, dans la vraie vie, un patron comme Jishi serait insupportable et souvent à la limite du harcèlement sexuel ( mais comme Mao Mao soit n'en a pas conscience, soit s'en fiche, ses approches charmeuses tombent systématiquement à l'eau, et puis être harcelée par un eunuque, elle ne risque pas grand chose, hein...), mais du fait qu'elle l'envoyer bouler et souvent inconsciemment, c'est drôle. Dans le fond, il est n'est pas méchant, mais facétieux, et se prend d'affection pour cette fille dans le fond aussi solitaire que lui et qui ne rampe pas devant lui ni, bien qu'elle soit socialement loin en dessous de lui. Lui a besoin d'une alliée fiable dans son travail, elle a besoin de quelqu'un qui lui permette de pratiquer la médecine.

Reste à savoir comment ça va évoluer. quelque chose me dit que l'intendant cache quelque chose. Enfin, quelqueS choseS, et que contrairement à ce que suggère son apparence, on va apprendre qu'il est encore en possession de toutes les parties de son corps, placées aux bons endroits, et que ça va être un ressort comique aussi. Il y a déjà quelques gags dans ces 4 tomes, pas forcément olé olé, mais égrillards ( les dames de compagnie qui mangent du gâteau aphrodisiaque et semblent avoir passé un moment satisfaisant entre filles, Jishi qui reçoit en cadeau d'un homme des brioches aphrodisiaques, le soldat qui rêve d'aller passer une soirée dans un bordel de luxe, l'opulente poitrine de Lifa, une des concubines, et la suggestion que Mao Mao lui fait sur la manière de l'utiliser. Rien n'est dit pour les chastes yeux des mineurs, mais.. on comprend bien que la suggestion que seuls les adultes ont devinée était une obscure histoire de cravates et de notaires. Mao Mao qui se dit que si Jishi n'est pas un eunuque, sa présence n'est justifiée que pas le fait de ne pas être un danger pour les femmes et donc qu'il est possiblement homosexuel, et "favori" de l'empereur chargé de surveiller ses femmes. *).

 * Ce serait une très mauvaise idée, ceci dit rien ne prouve que le personnage LGBT soit exclusivement G et non B, et dans ce cas, aussi intéressé par les femmes, hein...

Quoi qu'il en soit, pour le moment c'est une bonne pioche, je vais donc continuer au fil des retours de tomes. Je dois avouer avoir envie de lire le roman d'origine, mais je ne pense pas qu'il ait été traduit. Ceci dit,  ce serait intéressant de mettre la main sur l'autre adaptation manga, histoire de voir comment deux auteurs traitent le même roman.

mercredi 6 août 2025

Le pays des cerisiers ( manga) - Kôno Fumiyo

 6 aout 1945. Il y a précisément 80 ans, se produisait l'un des pires drames de l'histoire récente ( enfin, on peu considérer toute la seconde guerre mondiale comme un cataclysme mondial, composé d'une multitude de drames).

Une date précise qui a marqué les mémoire, tout comme 3 jours plus tard, le bombardement de Nagasaki.
Mais la tragédie est aussi dans la suite de ces bombardements. Car ceux qui ont survécu aux bombardements n'ont pas été sortis d'affaire.

la couverture est jolie, en aquarelle aux couleurs vives.
Vous n'êtes pas prêts pour le contenu.
Ha et si le personnage central marche pieds nus en tenant ses chaussures à la main, c'est parce qu'elle vit dans la misère et ne veut pas abimer sa seule paire de chaussure en marchant des kilomètres aller et retour dans la poussière pour aller au travail.
Et la misère n'est même pas l'élément le plus tragique de l'histoire



Et dans ce court manga, on suit 3 générations d'une même famille:
Années 50, à Hiroshima, Minami, âgée de 23 ans, rescapée de la bombe, vit dans la misère avec sa mère, seule autre survivante de sa famille ( avec son petit frère qui était à Tokyo chez ses oncle et tante au moment des bombardements et y est bien évidemment resté ). Son père et une de ses soeurs sont morts dans l'explosion, sa soeur aînée est morte quelques semaines plus tard d'un syndrome d'irradiation aigu. Minami a bien du mal à s'en remettre psychologiquement et finit tant bien que mal par accepter l'affection d'un de ses collègues de travail.. sans savoir qu'elle est mourante. En effet, faute d'argent, elle consomme au quotidien des plantes qui poussent près de chez elle, ce qui l'empoisonne a petit feu. Mais c'est ça ou mourir de faim. Et... c'est donc rapidement que sa santé décline, au moment où elle commençait a accepter d'avoir le droit de vivre, d'avoir le droit d'être encore là.

Deuxième récit, celui de Nanami, années 80, puis 2000, à Tokyo. Sa grand mère est de santé fragile, sa mère est morte d'un cancer quand elle était jeune et son père, Asahi, semble avoir des soucis psychologiques.  Ce que Nanami et son frère Nagio ne savent pas vraiment, c'est que leur père est en fait le petit frère de Minami. Et que sa grand mère est précisément la vieille dame qui avait survécu.
En filant le train a son père pour découvrir quelle lubi l'amène a aller à Hiroshima, c'est l'histoire de sa famille qu'elle découvre: Elle et son frère son ni-sei la " deuxième génération". Il y a eu les irradiés, leurs descendants ét    nt la "première génération"  comme sa mère - mais pas son père qui était à Tokyo et a toujours caché son origine pour éviter l'ostracisme dont a été victime sa femme rencontrée à Hiroshima lorsqu'il y est revenu prendre soin de sa mère.

Et l'ostracisme continue:Devenu adulte Nagio qui a une liaison sentimentale avec une de leurs anciennes camarade d'enfance, se voit sommé par les parents de la femme en question ( alors qu'ils sont adultes et responsables) de rompre toutes relation pour le bien être de leur fille, au cas où ils auraient des enfants, on ne peut pas lui laisser prendre le risque de fréquenter un ni-sei, il a de l'asthme qui est peut être du ou pas au fait d'être descendant d'une irradiée, mais au cas où etc...

et donc, oui, c'est autant le sort des victimes directes de la bombe le jour même ou dans les années qui ont suivi ( Minami), des hibakusha ( attentiosn images de grands brûlés : " les irradiés" terme courant mais assez méprisant pour parler d'eux) comme la mère de Nanami, et des ni-sei ( pas plus respectueux) comme Nanami et Nagio, bouc émissaires d'une société pour qui ceux qui sortent du lot que ce soit pour leurs caractéristiques personelles ( j'en parlais pour le manga sur l'homosexualité en mai dernier) ou même supposées. Les Ni-sei n'ont parfois jamais mis un pied à Hiroshima, mais leur moindre pépin de santé est supposé résulter de l'irradiation subie par un de leur parent ou grand parent.. et ils en font socialement les frais, victime d'un ostracisme pour avoir été victimes directes ou indirectes ( c'est vraiment un des points les plus indéfendables de la société japonaise. Le même genre d'ostracicme a d'ailleurs touché dans les années 1930 jusqu'à 1970 les victimes de la maladie de Minamata, empoisonnement aux métaux lourds collectif des habitants d'un village de pêcheurs par les rejets d'une usine de chimie. Les victimes demandant un dédommagement ont été publiquement présentées par les autorités comme des parasites voulant vivre aux crochets de l'état. Je vous l'accorde il n'y a pas que le Japon, ça n'a guerre été mieux pour les victimes de la catastrophe de Bhopal, en 1984 en Inde)

mercredi 16 juillet 2025

Isabella Bird, femme exploratrice ( T 1 à 3) - Sassa Taiga

 Puisque c'est le mois anglais, je me suis laissée tenter, et j'ai commencé cette série de mangas, toujours en cours ( 11 tomes à l'heure actuelle).




Il met en scène Isabella Bird, authentique exploratrice ( qui est pour les britanniques l'équivalent d'Alexandra David-Neel chez nous). Enfant Isabella était chétive et souvent malade. A l'opposé des habitudes de l'époque, et surtout pour une femme de la bonne société, un médecin lui a conseillé de faire plus d'activité physique, pourquoi pas un long voyage. Ni une, ni deux, Isabella qui a toujours aimé la géographie décide de partir explorer le monde. son premier voyage sera donc d'aller en Amérique, seule, rendre visite à de lointains parents, lors qu'elle a 23 ans. Elle en revient et rédige un récit de voyage, ce qui n'est que le début de sa carrière peu conventionnelle ( quoi une lady, qui voyage seule, écrit, se fait publier, pour avoir des fonds pour le prochain voyage?). Ainsi donc elle continue par le Canada, l'Ecosse, l'Australie, Hawaii, les montagnes Rocheuses.. chaque nouveau voyage et chaque nouveau récit faisant d'elle une exploratrice réputée, avec laquelle il faut compter.
C'est à ce moment qu'elle arrive au Japon, et que commence le manga. Son projet est simple: aller des zones connues des européens ( Yokohama, un des principaux ports de commerce au XIX° siècle) vers les moins connue, jusqu'à Ezo ( Hokkaïdo), à la rencontre du peuple Aïnou, et ce en passant par des sentiers de montagnes. Pour elle voyager par les " grands" axes ou par la mer n'a pas d'intérêt, elle veut découvrir et raconter le Japon réel, rural à ses lecteurs, et en premier lieu, à sa soeur restée en Angleterre.
L'énergie d'Isabella, sa motivation font que malgré l'extravagance de sa situation, elle n'a pas de mal à convaincre des soutiens, en particulier les diplomates britanniques qui voient dans ce voyage un intérêt économique: en explorant de nouvelles routes, en représentant les européens non plus comme des conquérants, mais des gens désireux de connaitre et respecter les coutumes locales, elle va sans le savoir servir la couronne britannique, en ... disons, en mettant la population locale dans de bonnes dispositions envers la Grande-Bretagne ( rappelons que le Japon est longtemps resté fermé à tout commerce avec les étrangers hormis les néerlandais dans des proportions limitées, et qu'il commence tout juste à accepter l'idée du commerce international au moment où Isabella arrive). En explorant hors des sentiers battus ( c'est d'ailleurs le titre de son récit de voyage sur le Japon), elle permet d'envisager de nouvelles potentialité commerciale. Les diplomates sont donc tout disposés à l'aider que ce soit pour recruter un guide bilingue fiable, lui faire délivrer un sauf-conduit très avantageux, assurer de loin sa sécurité..

Et donc, ces 3 premiers tomes présentent le début de sa quête: le recrutement du taciturne mais compétent monsieur Ito, parfaitement bilingue et féru d'histoire du Japon comme guide, les premières étapes à pieds, à cheval, en barque... et al rencontre avec une population qui souvent n'a jamais vu d'européens ( une paysanne prend Isabella pour une Japonaise de Yokohama: ses cheveux blonds et son teint clair la désignent comme étrangère à la région, mais la paysanne est incapable même d'imaginer que d'autres pays existent hors du Japon. Pour elle " vous venez de Yokohama, ça explique que vous ne nous ressemblez pas et parliez une autre langue"). Et si la vie est plutôt confortable, selon les standards du XIX° siècle, dans les grandes villes, c'est un autre monde qu'Isabella découvre: régions dévastées par des guerres de clans, population agricole qui vit dans la misère et l'ignorance la plus totale suite à des siècles de féodalité qui l'ont conditionnée à penser que leur situation est dans l'ordre naturel des choses, quantité de croyances et superstitions qui paraissent absurde à uen anglaise chrétienne, et quantité de traditions également choquantes pour une occidentale ( se baigner nus à l'onsen, qui est encore majoritairement mixte! Allaiter un enfant en public! Célébrer officiellement les premières règles d'une petite fille comme marquant le début de sa vie sociale!)

C'est un manga de type " documentaire, plutôt joli graphiquement, même s'il ne sort pas exceptionnellement du lot, mais bien sympathiqque à lire, déjà parce qu'il met en scène un personnage féminin hors de lot, mais aussi parce qu'il en profite pour faire découvrir des traditions qui à l'époque où vit Isabella, sont déjà en perte de vitesse face à l'arrivée des denrées occidentales ( une ville entièrement dévouée à la fabrication de confiseries traditionnelles, la vannerie qui fabrique des paniers de voyages légers et solides adaptées au voyage à pieds sur les chemins, etc...)

mardi 1 juillet 2025

Medalist T1 - Tsurumaikada

 Et c'est le retour de la tradition du manga / anime sportif d'été! Je n'avais pas trout chroniqué, mais au fil des ans j'avais vu le très drôle Free! ( natation), lu une partie du très long Eyeshield 21 ( foot américain), lu les 3 tomes de Running girl ( handisport).. plus quelques autres trucs du temps de ma lointaine enfance ( gymnastique, volley, tennis, je vous laisse chercher, mais il y en avait un paquet. Je précise n'avoir pas lu Captain Tsubasa, je n'ai rien à brosser du foot)

Et rafraichissant en plus, on retourne sur la patinoire 8 ans après Yuri on ice.
Plus enfantin et mon coquin que son prédécesseur, il s'annonce pourtant assez bien, sur un sujet assez classique (et traité classiquement: dépassement de soi, mentorat, rivalités, etc... les ingrédients classiques du manga de sport/ baston)

Etonnamment, il est classé comme seinen


On a d'un côté Tsukasa, 26 ans et déjà retraité. Forcément une carrière de sportif c'est court, surtout dans un milieu aussi concurrentiel que le patinage artistique au Japon, à Nagoya précisément. La ville s'est spécialisé dans l'élevage ( limite en batterie) de champions et championnes. Or, comme pour la danse ou la gymnastique, les âges de champions ayant une nette tendance à la baisse, il faut commencer jeune, voire très jeune. Entre 3 et 5 ans pour le patinage. Bien souvent ce n'est même pas un choix des enfants, mais de leurs parents. Des parents riches (car les cours et les tenues coûtent cher), qui se soucient finalement peu du vrai intérêt de leurs enfants. Ou à contrario peuvent leur refuser ce hobby si l'entraîneur ne leur donne pas l'assurance que l'enfant est une graine de champion.. bref s'ils n'ont pas l'assurance que les sacrifices pécuniaires seront une retour sur investissement. En clair: assurez moi que mon fils ou ma fille ira jusqu'aux jeux olympiques, sinon,  je le retire du club.

Et pour ceux qui comme Tsukasa, n'ont pu commencer dès le berceau, pour cause économique? Peu d'espoir d'en vivre. Il a découvert le patinage à 11 ans, s'y est réellement donné à fond à 14 ans, et malgré tous ses efforts, n'a pas pu combler suffisamment son retard face à ceux qui avaient commencé dès la maternelle. Exit le patinage artistique, il s'est réorienté vers la danse sur glace, moins athlétique, et y a fait une petite carrière, mais même là, on pousse derrière et lui doit en parallèle faire de petits jobs pour continuer à s'entrainer. Et comme il n'a pas eu le soutien de ses proches, qui ont au contraire insisté lourdement sur son âge, il est déjà à deux doigts de renoncer, après plusieurs échecs à des castings de type " Holiday on Ice".

De l'autre côté, Inori, 11 ans, petite fille très.. disons spéciale qui rêve de faire du patinage ( outre le patinage , elle voue une passion aux lombrics,qu'elle ramasse et manipule car ça la calme). La pauvre Inori n'a pas trop de chance. Elève quelconque, maladroite, semblant n'avoir aucun don, ayant la réputation d'être fêlée.. sa mère passe son temps à lui rappeler qu'elle est nulle dans à peu près tout, et hésite à la laisser s'engager dans cette voie où " elle va se ridiculiser, tant elle est empotée". Ce qui est loin de booster sa confiance, d'autant qu'elle est ultra émotive et se laisse facilement démoraliser par les critiques.
Et pourtant lorsqu'il la rencontre, l'impétueux Tsukasa détecte vite son potentiel: la gamine se débrouille bien, alors qu'elle n'a jamais fait plus que louer des patins et glisser lors des heures d'ouverture au public, mais elle a du potentiel: casse-cou, rapide, n'a pas le vertige, et malgré sa sensibilité, elle n'a pas de filtre de réalisme. Elle a appris les bases théoriques seule dans sa chambre avec un livre, et donc comprend vite ce qu'elle doit faire sur la glace au delà de son niveau.. même si sa manière de penser spéciale requiert des explications parfois farfelues.
Mais elle a du potentiel, et Tsukasa qui se revoit à 11 ans se dit que ce serait dommage de gâcher une motivation et des aptitudes physiques pareilles... il est plus que temps pour elle de commencer, et il va se charger de la coacher, alors qu'il n'est qu'assistant entraîneur.
Pousser cette nouvelle élève est aussi pour lui l'occasion de lui donner la chance qu'il n'a pas eue.

Et donc ce premier tome est plutôt sympa, bien que le graphisme soit parfois déroutant, à l'image de sa couverture où l'héroïne a des jambes curieusement distordues. Bon c'est un tome 1, on sait qu'en BD, il faut parfois quelques tomes avant que le graphisme ne se fixe.. Il y en a 12 à l'heure actuelle au Japon, et c'est une série que je vais probablement suivre si elle ne s'éternise pas ( raison pour laquelle j'ai lâché Eyeshield 21).
A noter qu'il y a une série animée dont la diffusion s'est faite cet hiver, mais que je ne verrai pas car elle est sur Disney + et que je n'ai pas du tout envie de souscrire à ce type de streaming.
Dommage, ce serait le seul moyen de voir si le niveau de l'animation des séquences sport est au niveau de celui de Yuri ( dont c'était vraiment le point fort)

samedi 21 juin 2025

la fanfare au clair de lune (T1) - Yamada Hamachi

 Ho, nouveau manga à sujet musical, ce sera parfait pour le 21 juin.

J'avais continué à lire Nana, mais j'ai plié au bout d'une dizaine de tomes. Le thème musical passait complètement au second plan, et Nana Komatsu m'est vite sortie par les yeux avec ses jérémiades, son immaturité émotionnelle et ses plans Q foireux. Vu que le manga est vite devenu un " holà, ça va trop vite, je ne sais même plus qui se tape qui" vu que les membres des deux groupes ont fortement tendance à sortir avec ceux du groupe rival, j'ai laissé tomber. Ca pourrait bien se passer dans l'arrière salle d'une supérette entre collègues de travail que ça serait pareil donc... intérêt vite perdu.

Donc c'est parti pour un shojo lycéen dans le milieu des fanfares amateurs.




On y suit donc Mizuki, 15, lycéenne de Tokyo en plein burn-out. Dressée comme un parfait chien savant par ses parents, elle craque. Elle n'a pas de loisirs, une vie sociale inexistante, pas d'amis, aucun centre d'intérêt car on lui serine depuis la maternelle que son destin est d'entrer dans une université prestigieuse.  Pour y faire quoi? Ben, elle même ne le sait pas, vu qu'elle n'a pas d'autre horizon que l'entrée à l'université. Elle n'a même aucune idée des matières qui lui plaisent ou non, quant toujours tout traité sur un pied d'égalité. Elle profite donc des grandes vacances ( au printemps au Japon) pour fuguer loin des parents et d'un quotidien insupportable, pour rejoindre sa tante, gérante d'un café restaurant à Akita ( le grand nord, autant dire quitter la capitale pour ce qu'on appelait quand j'étais au collège" le Japon de l'envers", un peu ce qu'un certain président appelait chez nous " la France d'en-bas". Précisément le genre d'endroit où les lycéens qui s'ennuient rêvent de faire le chemin inverse et d'aller étudier... à Tokyo)
Sauf que son vide existentiel la suit, jusqu'au jour où elle fait connaissance d'Akira, le lycéen qui a un petit travail au café. Elle tombe sous le charme non pas d'Akira qui a un sale caractère, mais de sa trompette. Pour la première fois de sa vie, Mizuki s'enthousiasme pour quelque chose, et, pire que tout du point de vue de ses parents, pour quelque chose qui n'est pas en lien avec les études, le prestige, ou la réussite sociale...
Mizuki fait donc des pieds et des mains pour rester à Akita, intégrer le lycée où Akira joue dans une fanfare, pour pouvoir elle aussi se mettre à jouer de la trompette dans la fanfare du lycée.
Problème: elle n'y connait rien, n'a aucune notion de musique, ne sait évidemment jouer d'aucun instrument, ne sait pas marcher au pas et a une nette tendance à baisser les bras quand une nouvelle difficulté se présente, pour aller pleurer dans on coin. Geignarde, trouillarde et pleurnicheuse ( mais au contraire de Nana, elle veut vraiment corriger ce défaut), elle doit donc à la fois apprendre son nouveau loisir, mais ausssi apprendre à faire un truc qu'elle ne sait absolument pas faire: avoir des relations sociales normales et se faire des amis.
C'est mal parti avec Akira qui ne tolère ce boulet que parce que c'est la nièce de son employeuse, maiiiis ils peuvent collaborer: Akira est un excellent trompettiste qui veut aller étudier la musique à l'étranger mais se heurte a un problème majeur: il galère à mort en anglais. Mizuki ne sait pas jouer de trompette mais en tant qu'élève modèle, a un très bon niveau d'anglais...

Bon, c'est un manga ( bizarrement classé seinen, alors que vu le cadre et les thèmes ce serait plutôt un shojo pour moi) plutôt classique: le personnage maladroit qui se retrouve propulsé dans une situation qui lui pose problème, les gens que tout oppose mais qui vont devoir collaborer, la vie à la campagne vs la vie à la capitale, les relations difficiles avec les parents. Mais d'une part, c'est l'histoire d'une fille qui se passionne pour la trompette, et donc ça fait plaisir, et d'autre part ça me rappelle la très sympathique série Hibike Euphonium ( qui a 10 cette année, ce que le temps passe!), et donc c'est une bonne chose.
Et la bonne nouvelle c'est q'il est fini au Japon, et qu'il y a seulement 6 tomes, don  ça reste une série lisible, qui risque moins de de se disperser au fil des tomes.

samedi 17 mai 2025

Solitude d'un autre genre - Kabi Nagata

17 mai, c'est la journée journée de lutte contre l'homophobie, et j'ai le sujet parfait pour ça!

Que voilà un étrange manga, absolument pas tout public. Issu d'un webcomic a visée cathartique, l'autrice ne nous cache rien de son mal être: attention on va parler de comportements auto destructeurs, de dépression, de maladie mentale, de mutilations, de prostitution, de sexisme...

le graphisme est inhabituel, plus proche de la BD indé.
Le sens de lecture aussi est européen. Un tel sujet ne pouvait pas vraiment être édité directement dans une maison d'édition normale, et c'est son succès sous forme de webmanga qui a fait qu'il a fini par être édité



Car le problème de l'héroïne c'est de se sentir incomprise. Mais elle ne se comprend pas elle même ( et la raison de cette incompréhension est expliquée en notes de fin, qui présentent la situation des minorités LGBT dans le Japon contemporain).
Nagata est anorexique/ boulimique, incapable de garder un travail longtemps car elle sombre vite dans des crises d'angoisse.. Elle voudrait que ses parents la comprenne.. mais ne trouve jamais le courage de leur parler franchement. Et leur parler de quoi? De ce qu'elle est? Elle-même ne le sait pas, car elle se refuse tout plaisir physique, à commencer par manger. Elle s'estime ne pas a voir le droit au plaisir quel qu'il soit. Pour trouver une raison a sa souffrance, elle commence à se scarfier: une blessure visuble est une raison légitime de souffrir, quand un mal être psychologique, donc invisibile, ne lui semble pas une souffrance valide. Là, au moins, dit-elle, elle a une vraie raison d'aller mal.

Et pourtant elle a un désir secret: elle veut qu'une femme plus âgée la câline.
Car ce que Nagata ne s'avoue pas c'est qu'elle est lesbienne, et s'en punit plus ou moins consciemment.
La déclic qui va la faire changer et la pousser à s'accepter est double. Premièrement un entretien d'embauche, où elle évoque son hobby: dessiner. Elle n'est pas retenue, mais la dame qui lui fait passer l'entretien lui dit clairement: " vous n'êtes pas la même, vous êtes bien plus vivante quand vous parlez de dessin, continuez dans cette voie, donnez tout". Ce soutien involontaire de la part d'une inconnue lui fait prendre conscience qu'il n'y a pas beaucoup de solutions: elle seule peut faire changer la situation qui lui déplaît.
La seconde étape cruciale est la découverte de services de prostitution lesbiens. Après tout, pourquoi pas, organiser un rendez-vous est facile, rapide, discret via une application... et même si son premier rendrez-vous ( et de fait sa première expérience sexuelle) est un fiasco, c'est aussi un pas vers l'acceptation. Elle est lesbienne, elle a le droit de l'être, même dans une société qui préfère ignorer leur existence.
Car au delà du sujet LGBT, c'est aussi la place des femmes dans la société japonaise qui est évoquée: le rôle traditionnel qu'on attend encore d'elle, la quasi-obligation d'arrêter de travailler quand on se marie et qu'on a un enfant, qui conduit à la spectaculaire baisse de natalité actuelle, puisque les femmes préfèrent rester célibataires sans enfant, que de devoir dépendre d'un mari, parfois encore choisi par les parents, ou par défaut. Mais paradoxalement la prostitution ( des femmes et des hommes, parfois d'individus très jeunes et pas encore majeurs)  y est répandue, au vu et su de tous ( j'ai vu de mes yeux de jeunes garçons et filles, des escorts, le soir en pleine rues de Tokyo faire la publicité d'un bar à hôtes ou à hôtesses), mais.. il ne faut pas en parler. Les magasins multicolores de préservatifs on pignon sur rue, mais les informations sur la prévention des IST et des grosses non désirées est proche du zéro.
Et plus généralement, il y a l'idée ( et c'est pareil en Russie ou en Hongrie) que si on ne parle pas d'homosexualité, ça détournera les jeunes de ces comportements, puisqu'ils ne sauront pas ce que c'est. Pire, en parler est considéré comme faire la promotion de comportements déviants et passible de prison dans certains pays.
L'hypocrisie sur ces sujets est énorme. Au Japon, elle n'est pas passible de prison, mais dans une pays où un proverbe dit " les clous qui dépassent appellent le marteau", tout comportement dans soit peut différent de celui attendu est socialement sanctionné. Les choses évoluent peu a peu mais en clair, un employé peut être mis au placard.. pour en être sorti!

Car le Japon n'est vraiment pas un pays où la différence est acceptée, et la différence même souvent à la marginalisation. Ici on parle du cas des Toyoko Kids ( attention, images violentes de bras scarifiés ou de jeunes ivres morts), adolescents désocialisés, rejetés par leurs parents, et qui n'ont souvent pas d'autre choix que la mendicité et/ ou la prostitution. Parce qu'ils sont différents, parfois atteints de maladies mentales (qu'on préfère cacher ou ignorer plutôt que de soigner), et n'arrivent pas à se couler dans les attentes d'une société hyper rigide où c'est "marche au même pas que les autres ou crève". Je suppose que bon nombre d'entre eux sont également des membres de la communauté LGBT mis à la porte par leur famille.

Le manga a d'ailleurs des suites.. que ne semblent pas franchement plus joyeuses que ce premier tome, mais qui ont le mérite d'aborder de front les problèmes sociaux: Boire pour oublier ma solitude, Journal de ma solitude, Solitude d'une guerrière errante. Je vais clairement m'y intéresser si je les trouve!

jeudi 17 avril 2025

La gameuse et son chat ( 8 tomes ) - Nadatani Wataru

 Et hop deuxième manga " feel good " dans la foulée du premier, cette fois avec un personnage adulte. Enfin, d'âge adulte... mais doté d'un centre d'intérêt que la société considère comme puéril, surtout pour une femme: une gameuse.





Et mine de rien, c'est une petite révolution à sa manière car son héroïne 29 ans au début, est une employée de bureau tout ce qu'il y a de plus ordinaire, si ce n'est qu'elle se distingue par son efficacité et sa rapidité. Riko Kozakura, surnommée " Zéro heure sup'" ( ce qui n'est pas un compliment au Japon où faire des heures supplémentaires est considéré comme un gage de sérieux.. mais personne  ne peut rien lui reprocher puisqu'elle arrive toujours à boucler son travail, sans erreur et donc... rien à redire), part toujours à l'heure. A la limite on lui reproche plutôt de ne pas participer aux presque obligatoires soirées post-travail, et comme personne ne sait rien de sa vie en dehors, les collègues se posent des questions. Pourquoi part-elle toujours si vite? Elle est toujours pressée, elle est plutôt jolie, il doit y avoir un homme qu'elle ne veut pas faire attendre..

Rein ne saurait être plus faux. Riko optimise son temps de travail et son temps de transport pour pouvoir geeker à l'aise chez elle en célibataire contente de l'être. C'est une gameuse hardcore. Du genre qui calcule ses activités à la minute près pour pouvoir consacrer tout son temps libre à jouer. Et dans tous les genres: du jeu casual sur téléphone jusqu'au MMORPG, de l'héroïc fantasy à la chasse aux pokemons, du jeu de combat à celui de gestion, elle kiffe tout! Et seule sa soeur est au courant de ce loisir considéré comme bien peu adulte et bien peu féminin. D'autant que physiquement, Riko est l'opposé du cliché de la geekette: une stricte comptable en tailleur.

Jusq'au jour où un chaton perdu est trouvé sur le parking de la société. Personne ne peut le prendre: le patron a déjà 3 autres chats, la collègue d'open space vit dans un immeuble où les animaux ne sont pas autorisés ( c'est courant au Japon), etc.. Et inexplicablement, Riko, qui n'a jamais eu d'animal de compagnie, tombe sous le charme de la boule de poils et l'adopte aussi sec.

Problème, elle est totalement noob en matière de.. tout ce qui n'est pas jeu. Qu'à cela ne tienne, elle va donc envisager la chose sous cet angle. Elle voit la croissance du chat comme de l'augmentation de niveau, son développement comme un gain de compétences, les passages à l'animalerie - où la vendeuse est une "PNG"- comme de l'équipement, les visites chez le véto comme des soins qui permettent de restaurer sa barre de vie et ses points de santé.
Et contre toute attente ça marche. Omusubi le chat ( un synonyme d'onigiri, à cause de sa tête triangulaire) est même ensuite doté d'un "compagnon de quête", nommé Soboro ( dont le nom désigne une sorte boulette de poulet à la sauce soja) et tous deux font une équipe d'exploration redoutable. Peu a peu le monde de Riko devient moins virtuel. Toujours aussi high tech, mais un peu plus tourné vers le vivant.

Et ses chats deviennent si important que, lorsque Riko se trouve contrainte de choisir entre ses chats et son travail ( la société déménage et il lui est impossible de trouver un appartement qui accepte les chats à une distance raisonnable de son nouveau poste, et dans son budget), ce sont les chats qui priment.

Une petite lecture à nouveau sans prise de tête mais, que ça fait plaisir de voir un personnage féminin à l'aise dans sa vie, qui assume ses loisirs différents, qui contre toute attente se fout totalement de la pression sociale et vit très bien son célibat de trentenaire qui n'a aucun projet familial. Et n'en fait pas une affaire d'état. Ce n'est ni un stress, ni une revendication, c'est juste sa manière d'être. Rien que pour ça, ça m'a beaucoup plu.

Le petit monde de Machida ( manga 7 tomes) - Andô Yuki

 Encore une série piochée un peu au hasard, à cause de son titre intrigant.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, une comédie lycéenne probablement.

C'est un peu ça, mais pas tout à fait. Lycéen, oui, comédie, pas tellement même si certains passages sont souvent drôles.



Hajime Machida, c'est le type ultra banal, et déjà ça.. ce n'est pas très banal.

Un héros lycéen quelconque. aAu physique moyen. Avec des lunettes, qui font que tout le monde le prend pour un intello... alors que c'est un élève très médiocre qui peine à atteindre la moyenne.
Il est nul en sport. Il est nul en cuisine. Il n'a pas de hobby particulier. Il n'est doué en rien de spécial.
Bref, le mec ultra normal.
A une chose près, il est très observateur. Et gentil. Les deux caractéristiques additionnées font qu'il sait instinctivement quoi dire ou quoi faire pour remonter le moral à quelqu'un. Il est par exemple le premier à se rendre compte que la mamie du coin de la rue a changé de coiffure, et la félicite. Ou à se proposer pour aider une prof âgée à transporter des cartons. Où à aider un camarade harcelé.

Donc tout le monde l'aime bien  parce que c'est le type sympa. Au point d'avoir un succès incroyable avec les filles, alors qu'il est " quelconque", et... de ne même pas s'en rendre compte.
Car notre type lambda est aussi d'une naïveté absolue, qui pourrait en faire un pigeon ultime ( il manque d'ailleurs dans un des épisodes se faire rouler par une nana qui l'utilise pour rendre son ex jaloux, sauf que.. son sens de l'observation lui fait vite remarquer non qu'elle le drague, mais qu'elle n'a pas fait une croix sur celui qu'elle a pourtant plaqué).

Et dans la réalité, c'est bien souvent le cas: le mec gentil, serviable et naïf est pris pour un con par l'univers entier qui y voit la bonne poire.
Bon, c'est partiellement le cas: aîné d'une fratrie de 5, avec une mère enceinte du 6° enfant ( laquelle a un bon caractère, mais aucune imagination puisque ses enfants se nomment par ordre d'arrivé: un, deux, trois... Hajime signifie " premier"), un père scientifique qui revient 2 semaines en vacances juste le temps de faire l'enfant suivant à sa femme.. C'est sur lui que tout le monde compte. Au point d'être vraiment dépendants de ce grand frère "papa poule" (oui, c'est une référence que seuls les quadragénaires connaissent).
Et au fil des tomes, il va aussi faire la connaissance d'une camarade de classe qui est devenue totalement asociale depuis qu'elle a été victime... pas vraiment de harcèlement scolaire, mais plutôt d'ostracisme. Et pourtant la fille qui n'attend rien de personne va finir par se socialiser au contact de ce nouveau copain qui considère tout le monde comme sa famille. Attention spoiler qui n'en est pas un pour les nippophones, elle se prénomme "Nana", donc.. 7. Nom qui la classe d'office dans la liste des frères et soeurs, du moins de coeur, d'Hajime. Elle qui a une famille dysfonctionnelle et ne sait pas ce que c'est que la vie de famille a bien du mal à comprendre le fonctionnement de cette tribu qu'elle considère comme "un peu à l'ouest".

Un héros aussi gentil et naïf, ça augure de quelque chose d'un peu cucul-la-praline. Et honnêtement, ça l'est, parce que la simple vision de Machida par des inconnus agit sur eux comme un catalyseur, à la limite de la magie, et leur donne immédiatement envie d'être bons, généreux, de se rabibocher avec leurs proches, d'adopter des chiens abandonnés... j'exagère mais pas tant que ça.

Mais en filigrane il y a quand même des choses intéressantes qui transparaissent sur la société japonaise, via les personnages adultes: la mère au foyer qui attend son mari et délègue le soin des plus jeunes à ses aînés ( ce qui sous entend que ce n'est pas habituel, la femme doit tout faire à la maison dans la conception japonaise ) la tante qui n'ose se résoudre à dire qu'elle est stérile ( la honte dans une société où on attend d'une femme qu'elle soit épouse et mère), le fait que le fils aîné doive endosser un rôle de ère de famille alors qu'il a 16 ans., la prof de 40 ans qui son célibat fait complexe (au Japon, à 25 ans, une femme est périmée sur le marché du mariage), le col-blanc qui fait des heures sup' et se plonge tellement dans son travail qu'il ne voit pas que son couple bat de l'aile, les retraités que leur famille ne vient plus voir...

Il n'y a pas qu'au Japon que c'est comme ça, d'ailleurs, mais ce sont en tout cas des thèmes sociaux que l'auteur mentionne discrètement...et auxquels son anti héro sympa apporte une solution idéalisée.
Donc oui, du manga "feel good", qui ne va pas super loin dans la dénonciation, mais ça ne fait pas de mal une fois de temps en temps, une lecture légère et optimiste qui donne l'illusion que le monde ne va pas si mal . Et puis bon Machida c'est un peu le pote qu'on aimerait avoir: un peu naïf, mais sympa et surtout, ni calculateur, ni manipulateur. D'un naturel désarmant. Son seul problème est qu'il est si attentif aux autres qu'il ne l'est pas à lui même et est incapable de se connaitre vraiment... Et qu'il n'a pas un autre ami du même genre en face de lui pour l'aider à se trouver.
Donc il ne faut pas s'attendre à grand-chose, l'histoire est cousue de fil blanc, la fin se voit venir de loin ( et en même temps, tout autre fin n'aurait pas eu de sens), c'est un manga "gentil" et parfois ça ne fait pas de mal.
Et puis en résistant à la méchanceté globale, Machida ne serait-il pas plus punk qu'il en a l'air? ( ouais, non quand même pas)
Mais j'aime beaucoup cette idée que quand le monde entier est cruel, être sympa, c'est putain de punk!
Soyez des putains d'punks!

samedi 27 juillet 2024

Running girl - Shigematsu Narumi

 Et c'est le grand retour du manga/ animé sportif de l'été.

J'ai repéré celui-ci à la bibliothèque où je travaille, et le sujet m'a paru intéressant, puisqu'on y parle de handisport.

Graphiquement, il n'est pas renversant, même s'il faut lui reconnaître un  grand soin apporté au réalisme des prothèses, validé par toute une équipe de consultants dans ce domaine.
Narrativement non plus, dans le sens où on retrouve le schéma ultra classique du personnage central qui a un problème, doit le résoudre et va le faire avec brio, soutenu par une équipe soudée d'amis.. et quelques opposants jaloux de ses succès, et sous la houlette d'un "maître" grognon qui poursuit ses propres buts.
Mais faire une oeuvre novatrice n'est pas le propos, l'objectif est de faire connaître le domaine du handisport, qui, il faut bien l'admettre, est encore le parent pauvre lors des diffusions médiatiques.



Ici, Rin, lycéenne de 16 ans, amputée  d'une jambe suite à une maladie, va retrouver l'énergie et l'espoir en découvrant l'athlétisme handisport. Son talent et sa ténacité la font repérer de monsieur Kazami, prothésiste, qui a justement d'un sprinter à son service, pur être le "représentant" de ses lames de course. en effet, la société pour laquelle il développe les lames estime que le projet est trop couteux pour un retour sur investissement suffisant, et menace de fermer cette section si ses lames ne se distinguent pas lors d'une course régionale. Kazami lui, vise plus haut: il espère que les lames de sa fabrication mèneront un athlète jusqu'aux jeux paralympiques.

Rin a besoin des prothèses de compétition de Kazami pour retrouver le goût de vivre via le sport, Kazami à besoin d'une athlète talentueuse pour prouver la qualité de ses prothèses. Ces deux-là vont donc devoir travailler ensemble pour mener à bien cet objectif avant l'échéance des jeux de Tokyo ( le manga date de 2020)


Et donc en trois tomes on suit son parcours non jusqu'aux jeux paralympiques, mais jusqu'aux épreuves de sélection pour ceux-ci, car pour elle la victoire est moins la sélection, que les étapes qui y mènes, comment elle passe en 2 ans de lycéenne déprimée par sa maladie, et ce qu'elle a perdu, à athlète motivée pour se surpasser. C'est aussi le parcours de changement qu'elle amène aux gens qu'elles rencontrent: Kazami, dont au départ l'objectif est très personnel, se rend compte que ses prothèses peuvent vraiment changer la vie des gens qui en ont besoin. Kei, la championne d'athlétisme du lycée, orgueilleuse et individualiste, qui découvre au contact de cette nouvelle camarade - dont l'enthousiasme malgré le handicap la pousse à intégrer un club de sport classique-  le plaisir de la course de relai et du travail d'équipe. Le petit garçon passionné de foot, et qui pense devoir renoncer à son loisir après l'amputation, et qui retrouve lui aussi sa raison d'exister avec la découverte du handi-sport.
Et même la mangaka qui en préparant son sujet, a rencontré des sportifs handicapés qui lui ont fait découvrir leur monde, leurs parcours et leur ténacité.
Donc, peu importe de savoir si Rin va se qualifier pour les jeux, et d'ailleurs en seulement trois tomes, tout va à toute vitesse, les personnages secondaires apparaissent et disparaissent.. comme dans la vie finalement, quand on change de club ou d'établissement, on ne sait pas ce que deviennent les anciens camarades, chacun faisant sa vie de son côté.

Donc oui, on peut lui reprocher d'être trop court pour vraiment approfondir certains personnages et leurs relation, et de précipiter un peu les péripéties, mais ce n'est pas non plus l'objectif d'avoir une histoire haletante. Mais c'est une lecture sympa qui a le mérite de mettre en avant un sujet rare et parfois difficile, sans insister lourdement sur le pathos. Je n'en attendais pas grand chose, je le qualifierai donc de "bonne surprise"

dimanche 14 juillet 2024

Frieren tome 1 - Yamada Kanehito et Abe Tsukasa

 Voilà un manga dont j'avais entendu parler à sa sortie, mais comme je suis beaucoup moins l'actualité sur ce plan là qu'il y a quelques années ( faute de temps, de sous, départ prévu à l'étranger, etc..), je ne m'y étais pas intéressée plus que ça.

Or, en ayant repris le travail dans une bibliothèque, je l'ai vu mentionné dans les coups de coeur faits par un collègue, et donc, hop, je me le mets de côté.

Très joli graphisme



C'est une histoire d'heroïc fantasy  avec les personnages habituels, ceux qu'on trouve dans une équipe de jeu de rôle ou de de jeu vidéo d'aventure.
Il y a le héros humain, l'elfe-mage, le prêtre et le nain guerrier. Tous ont des noms allemands, assez drôles d'ailleurs. Et des défauts qui ne sont habituellement pas mentionnés
Himmel ("Ciel"), c'est le chevalier en armure, celui qui rafle toute la gloire. Il est aussi orgueilleux, fier de sa beauté, le genre à passer des heures à choisir la pose pour la statue qui va être érigée à sa gloire... et à continuer à se bercer d'illusions sur son apparence, des années plus tard, une fois devenu vieux , chauve et ridé. Mais c'est un authentique type bien et généreux.
Heiter ( "brillant" ou " enjoué") c'est le prêtre, particulièrement porté sur la dive bouteille et les banquets , mais.. c'est aussi un authentique type bien.
Eisen ("Fer"), c'est le nain, toujours coiffé de son caque à corne. Peu caractérisé au début, si ce n'est qu'il est peu bavard et n'aime rien tant que sa tranquillité et sa petite maison dans la forêt.
Et Frieren ( "Geler" - oui le verbe), c'est l'elfe, qui donne son nom au titre. Elle est très peu en phase avec le monde alentour, ne comprend absolument pas les implicites humains, les pièges ( en se fait toujours avoir par les mimics) et a une propension marquée pour la grasse matinée

Ces petit détails donnent une nouvelle réalité aux héros dont on ne suivra pas les aventures, puisque l'histoire commence là où le jeu finit habituellement. Les héros on vaincu le boss final, le roi des démons, et viennent rechercher leur récompense ( insérer fanfare de la victoire). Oui mais après? Ils ont passé 10 ans ensemble et se séparent, chacun vaquant à sa vie: Himmel songe à trouver un travail en ville, Eisen repart chez lui, Heiter a une opportunité de carrière religieuse , et Frieren part sur les routes ramener de nouveaux sorts pour sa collection. Tout en promettant à ses camarade de venir les retrouver dans 50 ans.
Sauf qu'elle a oublié une chose, elle est sinon immortelle, du moins dotée d'une espérance de vie dépassant le millier d'années, les autres sont soit humains, soit doté d'une moindre longévité ( le nain vieillit au ralenti, mais sans commune mesure avec elle).
Et 50 ans plus tard, la petite troupe se retrouve: Frieren n'a pas changé d'un iota, tandis que ses compagnons ont pris un gros coup de vieux. Et contrairement à ce qu'on pouvait penser, ce n'est pas le prêtre alcoolique, mais Himel qui meurt le premier. Son enterrement est un choc pour Frieren: elle le connaissait mal, ils n'avaient passé que 10 ans ensemble sur les routes, comment aurait-elle pu le connaitre mieux. Des souvenirs lui reviennent. Toutes les fois où les autres lui ont dit des choses comme " on commence à bien te connaître", l'ont pressée. Ils savaient que leur temps était limité, et pour eux 10 est au mieux, un dixième de leur existence, quand c'est un bref instant pour elle.
Frieren va donc partir en pélerinage sur les traces de ces souvenirs, et d'autres encore plus anciens, pour se souvenir de toutes les fois où son manque de considération pour la temporalité différente des humains lui a fait négliger les autres et l'a séparée de ses amis. Dès lors son parcours sera daté en fonction de cet événement marquant, tout étant daté " X années après la mort du héros Himmel".
La gloire passe, les héros perdent de leur réalité et deviennent légende une fois que plus personne ou presque ne les a connus, et Frieren se sent investie de la mission de perpétuer leur mémoire, elle la seule qui leur survivra.

Retrouvent Heiter, elle passera quelques années avec lui, formant à la magie Fern (" loin"), une petite fille qu'il a sauvée quelques années plus tôt. Fern que l'on voit grandire et devenir adulte au fil des pages, dépassant rapidement en taille et en sagesse Frieren, à qui elle finit par dire " on dirait que je suis ta mère".

Mais quelle jolie découverte que ce manga qui parle en finesse, du temps qui passe, de mortalité, de souvenir, de gloire. "Ceci aussi passera". Memento Mori.
Les actions héroïques sont à peine suggérées par des flash-backs, qui sont plutôt centrés sur les pauses à l'auberge, et sur toutes les fois où Frieren n'a pas compris la logique humaine, et le fait qu'ils partagent la conscience aigue de leur fin prochaine, là où elle a tout son temps.
Inconsciemment, toutes ses actions sont en fait le résultat de quelque chose qui lui avait échappé à l'époque, mais a fait lentement son chemin. La magie: elle en fait, sans passion, parce que c'est son talent. La collection de sort? Un jour, Himmel lui a dit que c'était un loisir intéressant. La quête d'une fleur qui a disparu depuis 30 ans? Un jour, Himmel lui a dit qu'elle étaient courantes dans sa région d'origine. Tout la ramène, comme une idée fixe, à ce disparu à qui elle n'a pas assez fait attention tant qu'il était encore là, mais lui manque cruellement maintenant.
Ces deux là étaient plus proches et semblables qu'elle ne le pensait, mais.. elle ne s'en est pas rendu compte. Et se met in fine à la recherche ( pour au moins les 10 prochains tomes sûrement ) en quête d'un sort lui permettant de converser avec le fantôme d'Himmel et lui dire, enfin, combien il a compté pour elle, l'a inspirée et l'a faite changer pour le mieux.

Tout ça porte en filigrane l'angoissante question " à quoi bon s'attacher aux gens, puisqu'ils vont mourir?" Les humains le savent: Leur fin annonce la nôtre et c'est en ça qu'elle est douloureuse, mais ils rendent notre court temps sur terre bien plus intéressant, bien meilleurs et que l'amitié rend cette réalité bien plus supportable.

J'ai donc réservé les tomes suivants, et j'attends avec impatience la suite de cette aventure contemplative, sans grosse action mais avec beaucoup de philosophie, et pas mal d'humour quand même. C'est triste, mais pas déprimant non plus. ( il est classé shonen, mais vu la thématique, j'aurais juré avoir affaire à un seinen)
Petit coup de coeur!

mercredi 4 octobre 2023

JoJo's Bizarre Adventure; Phantom Blood (T.1)

 Suite discussion ce printemps, lors du mois japonais, j'ai été tentée de me lancer à la découverte de JoJo, manga fleuve ( 131 tomes au moment où j'écris). Ca fait quelques temps que j'en entendais parler  j'ai toujours été dissuadée par la longueur, je n'ai ni la place ni le budget pour un shônen/ seinen aussi long.
Mais j'avoue que ça me titillait pour une raison bien simple: j'ai vu que l'auteur est un fan de rock et glisse absolument de partout des références parfois super pointues à ce domaine.

Et depuis quelques temps, chaque fois qu'une référence musicale apparait dans le manga ou sa version dessin animé, les fans de JoJo, viennent par curiosité écouter de quoi il s'agit et en débattre dans les fils de discussion youtube. Au grand dam des gens qui connaissent le morceau depuis longtemps et estiment le fil "pollué" par ces nouveaux venus.
Mon point de vue est opposé: non seulement j'estime que peu importe la voie d'accès, vu le nombre de commentaires du style " sans le manga d'Araki je n'aurais pas découvert tel ou tel artiste, et maintenant j'ai envie d'écouter ses autres titres", c'est tout bon si ça peut permettre à certains de découvrir comme ça ELP, Queen, les Stones, Iggy Pop, Led Zep' .
Mais inversement, sans ces commentaires, je ne serais pas aller fouiller les sites dédiés au manga, je n'aurais pas su qu'il y a des milliers de références à de morceaux que je connais, et je ne serais pas allée le lire. Démarche inverse.

Déjà un personnage central qui s'appelle Dio, ça part bien de mon point de vue, mais lorsque je tombe totalement par hasard sur une attaque de manga de baston " Soft and Wet", ma première réaction est d'halluciner en me disant "Est-ce que c'est vraiment une référence à ce que je pense? Nan, pas possible c'est trop peu connu du grand public", d'aller fouiller la liste des références et de trouver des attaques " Gold Experience" ou "Paisley Park", d'éclater d'un rire admiratif, et conclure: "Wow, c'est BIEN une référence à ce que je pense, et re wow, l'auteur et moi, on admire entre autres le même artiste et il va chercher loin, jusque sur ses albums les moins connus, ou plutôt on admire les mêmes artistes en général, ça va être de la balle!" .Rhooo, j'attends presque un "Shockadelica" ou un "Crystal Ball". Sérieusement ça me ferait tripper.

Sans dec' il y a même des références à Emerson Lake and Palmer, je crois rêver!, Queen, AC/DC, Tom Petty, les Stones, Jimi Hendrix... oui, j'approooooouuuuuuuve!

Liste de références musicales,

Liste de références culturelles : parfois des références à une photo

Liste de références culturelles, très complète et en anglais

Apparemment c'est surtout à partir de la 3° partie qu'il se lâche vraiment sur les références.

Et donc comment attaquer un manga de 131 volumes, quand on n'a ni place ni oseille? Va pour les versions numériques, un peu moins chères et qui ne prennent pas la place sur les étagères. Et un peu moins cher, le tome faisant 4,99€ , ça permet de se faire une bibliothèque virtuelle, sans avoir besoin de place dans la chambre. Et les premiers tomes n'étant pas disponibles à la médiathèque, ben.. pas trop d'autre solution.
 Spoiler ALERT: ne prenez pas le chien en sympathie. Apparemment beaucoup de bestioles meurent de mort violente dans ce manga, vous êtes prévenus, et c'est le cas dès ce tome 1. Ca ne va pas faire dans la dentelle au point qu'il est curieux que la série ait commencé comme un shônen pour " plus de 12 ans", avant de finir classée seinen. Ca aurait largement pu être le cas dès le tome 1 (sacrifice humain, accident, cadavres, assassinats, harcèlement moral, banditisme, vol... on est quand même dans de la thématique très lourde, la baston étant le moins violent de tous les sujets en fait). Je vais donc le classer en Seinen.

Alors précision utilse: oui, le graphisme est très années années 80, et oui il y a un pitiiiiit problème, ces deux gars sont supposés avoir 12 ans pendant la majeure partie du tome ( en tout cas, si le chien apparait c'est qu'il est vivant* et il meurt avant que les deux ne soient adultes, donc.. ouais, 12 ans!)



Tome 1: Ah, ça commence fort, par un sacrifice humain dès la page 2. Loin, loin dans le passé, dans ce qui deviendra le Mexique, un prêtre aztèque sacrifie deux personnes pour enchanter un masque démoniaque censé lui apporter la vie éternelle et une force surhumaine. Et  c'est ce masque qui au XIX° siècle en Angleterre va entraîner Jonathan Joestar, surnommé " JoJo" et Dio dans de bizarres aventures.

Dio, le blond, est le fils d'un bandit, Dario Brando. Des années plus tôt son père, détrousseur de cadavres, a involontairement sauvé le riche Lord Joestar d'un accident, alors qu'il était surtout venu lui refaire les poches le pensant raide. Joestar se croyant redevable a promis à Dario Brando de lui rendre la pareille. Lorsque le vieux Brando meurt, Dio, qui détestait cordialement son père accepte quand même la lettre qui lui permettra de rencontrer Joestar, espérant l'utiliser à son profit pour devenir riche.

De l'autre côté de la barrière, Jonathan Joestar, le brun, fils du lord, aide Erina, un gamine tyrannisée par des gars plus costaud. Pas par esprit chevaleresque, mais par ce qu'il est destiné à devenir gentilhomme et doit en tant que tel, maraver des vauriens (un peu pour gagner des "points de chevalerie", donc).
Premier truc que  Dio va faire en arrivant chez les gens qui vont l'héberger, c'est évidemment, chercher la castagne avec le fils de la famille tout en se faisant passer pour victime, entrer dans les grâces du père Joestar, et tenter se débarrasser de l'héritier légitime et le remplacer. Le plan le plus con de l'univers. machiavélique possible.
Sauf que le fameux masque aztèque présenté en intro se trouve comme décoration chez Joestar et est aspergé de sang lors d'une bagarre entre les deux, ce qui réveille ses pouvoirs maléfiques. Lorsque Dio, juste pour le plaisir de chercher les embrouilles, roule une pelle à la nana que Jojo avait aidée au début et pour qui il commence à en pincer, puis passe à la vitesse supérieure et tue le chien de Jojo,* évidemment la guerre entre le fils légitime et le fils adoptif va devenir sans merci.
7 ans plus tard, les deux ont grandi, fait leurs études, Dio le loubard est diplômé en droit (lol), Jojo s'est spécialité en archéologie pour pouvoir étudier le masque qui est chez lui. Les deux semblent s'être réconciliés, mais ce n'est qu'une façade, ils se détestent encore plus qu'avant. D'autant que Jojo découvre la vraie nature de Dio, qui pratique l'empoisonnement à ses heures perdues depuis l'âge de 12 ans.

Outre le fait que ce début me fait marrer parce que je pense forcément à une version parodique et très violente d'Amicalement Votre, le décalage graphique entre l'âge des personnage et leur apparence m'a bien fait rire.
Et Dio est un personnage absolument détestable, rien à sauver, méchant jusqu'à la moelle et ça faisait longtemps que je n'en avais pas vu un aussi ouvertement négatif, tiens. Le genre qu'on adore détester.
En tout cas ça commence bien et ce premier tome m'a bien accrochée, donc.. c'est parti pour se faire tout l'arc narratif pour ce mois Halloween.

* vous êtes prévenus, apparemment dans chaque saison, un chien meurt, c'est la manière privilégié du mangaka de montrer qu'un personnage est très méchant gratuitement, parce que "s'il tue un chien sans état d'âme, c'est que c'est un pourri, car tout le monde aime les chiens."

Allez go pour les références musicales, il arrive à en caser même dans l'Angleterre du XIX° siècle, des références souvent au rock anglais évidemment.
Chaque arc suit un personnage surnommé JoJo, dont le nom vient de Get Back " Jojo was a man who thought he was a loner, But he knew it couldn't last..". Le nom d' Erina est apparemment une déformation japonaise du nom Eleanor (Rigby) en katakana. Dio, ben... Dio, il n'y a pas de mystère.


mercredi 5 octobre 2022

Le livre des sorcières (T 1 et 2) - Ebishi Maki

 Au détour d'un rayonnage de la bibliothèque, mais que vois-je, un titre qui sera parfait pour le mois Halloween.

Et si la magie n'est pas un sujet nouveau en manga, il a le mérite de sorctir du domaine habituel de la fantaisie pour se concentrer sur une période que je n'ai pas souvenir d'avoir vue très souvent en manga: la Renaissance en Europe du nord ( à part peut être Divci Valka titre que je n'ai jamais trouvé à lire, mais dont l'action se déroule au XV° siècle à Prague, donc plutôt Europe Centrale ce qui pique fort ma curiosité. Quelques titres de mémoire se passent à la Renaissance italienne autour des Médicis, mais.. ça reste quand même rare). Et la sorcellerie est ici présenté sous son côté historique, via le délire collectif de la Renaissance, qui a conduit à l'exectution d'un grand nombre de gens soupçonnés de sorcellerie.

D'ailleurs dsions le de suite, le titre japonais est ici très mal traduit. "Le livre des sorcières" ( très banal quand même) s'intule en VO " Mahô wo mamoru" : Protéger, ou sauver, les sorcières. C'est le souhait le plus cher du héros.

On y rencontre quelques personnages célèbres et réels de l'époque, époque qui se caractérise par un mysticisme religieux exacerbé par les tensions entre catholiques et protestants. La rivalité aux Pays-Bas entre les cdeux courants fait rage, chaque camp utilisant à son profit les superstitions d'une population qu'il est plus rentable, au sens le plus bassement pécuniaire du terme, de maintenir dans l'ignorance que d'instruire. En cas d'épidémie, c'est toujours plus simple d'accuser le camp adverse, ces mécréants, d'être la cause, et de demander aux gens des dons, plutôt que de chercher à connaître la nature des choses. Ceux qui ont peur verseront leur oboloe, acheteront des dons, paieront pour des messes si on leur fait suffisamment peur.
Et lorsqu'il n'y a pas d'épidémie? Hé bien la solution est trouvée: c'est la faute aux sorcières, aux démons, aux loups-garous, aux fées...ou pire: aux hérétiques, qui veulent connaître la raison profonde des choses, et commencent à mettre en doute ce que les religieux leur disent de croire. Ceux là sont encore plus dangereux, ils ruineraient le commerce si on n'y met pas bon ordre.

Epoque paradoxale qui voit donc conjointement des avancées sur beaucoup de plans scientifiques, mais aussi l'apogée de la chasse aux sorcières.

Le manga retrace le parcours de Jean Wier, médecin formé auprès de Henrich-Cornelius Agrippa,  autre authentique personnage à la réputation sulfureuse.


Le tome 1 s'ouvre sur Wier, déjà médecin renommé au service du duc de Clèves. Celui-ci a un problème: dans un village de son fief a été signalé un loup garou, qui aurait attaqué une paysanne. Le duc, en homme intelligent, sait qu'une simple rumeur peut mettre le feu aux poudres et dégénérer en massacre lorsqu'une population, se croyant victime des démons, cède à la panique. Il envoie donc son médecin personnel rencontrer la paysanne blessée et recueillir son témoignage, afin d'éviter qu'un ou plusieurs innocents accusés de sorcellerie ne soit victimes d'une vengeance.

Wier lui même sait parfaitement à quelles extrémités peuvent conduire la croyance aux puissances occultes: dans son enfance, il a rencontré une étrange petite fille et sa mère tout aussi étrange. Des femmes, que l'on qualifierait maintenant de névrosées, inoffensives, mais qui parlent seules et prétendent voir et entendre des choses que les autres ne voient pas. C'est extrêmement dangereux d'être différent dans une époque ultra conformiste.
La petite fille, Elma, se promène le visage couvert d'un masque de diable, prétendant que lorsqu'elle le porte, elle peut voir et entendre les fées. Jean, impressionnable mais intelligent, se rend vite compte que quelque chose ne tourne pas rond: la petite prétend faire de la magie, transformer un champ de houblon en champ de fleurs.. mais il n'y a rien. Elle est donc seule à voir les effets de sa "magie".
Ce qui n'empêche pas Jean d'avoir la peur de sa vie, lorsque sa nouvelle amie prétend qu'une fée, qu'elle seule peut voir, veut les emporter au fond de l'étang.
Le remous causé par cette histoire fait conduire la mère et la fille en prison, elles sont jugées vite fait bien fait comme sorcières et décapitées, sous les yeux de Jean. Evénement d'autant plus traumatique qu'avant d'être executée Elma lui a avoué qu'elle n'avait jamais eu la moindre hallucination, qu'elle agissait simplement comme sa mère, pour faire en sorte qu'elle ne soit pas la seule à "voir des choses".
Jean sait donc parfaitement que la peur est contagieuse, il l'a éprouvée, il l'a vue à l'oeuvre chez les paysans qui ont comdammé Elma et sa mère, événement traumatique qui le hante et dont il continue à faire des cauchemars, années après années. Deux personnes ont été décapitées, dont le seul tort était d'avoir trop d'imagination.

On suit donc deux lignes temporelles en même temps:
- celle en 1551, où Jean découvre vite que la paysanne, Marthe, attaquée par un loup-garou, si elle a bien été mordue par quelque chose ou quelqu'un, est victime d'une illusion: elle prétend avoir été attaquée par un loup dans sa chambre, alors qu'elle allait se coucher. Son père alerté par les cris, prétend, lui avoir vu un homme s'enfuir par la fenêtre, le seul moyen de concilier les deux est de prétendre qu'il s'agit d'un loiup garou, qui, comme c'est pratique, aurait dans sa fuite laissé tomber un gant portant son initiale , un L. D'autant plus pratique que le père de Marthe déteste un de ses voisins, nommé Lambert, depuis qu'il les a chopés en flagrant délit lui et sa fille dans la grange. Lambert en a cependant épousé une autre, et depuis le père le hait. Le faire accuser de commerce avec le diable et d'être un loup-garou, à une époque où les procès de ce genre ne laissent à l'accusé aucune chance de s'en sortir. Il va donc lui falloir trouver un moyen de faire comprendre que cette histoire de loup garou n'est qu'une vulgaire querelle de voisins.

- celle de 1530: Jean adolescent, tourmenté de n'avoir rien pu faire pour sauver Elma et sa mère, étudie la médecine. Entendant parler de Heinrich-Cornelius Agrippa, médecin d'Anvers, il fait tout son possible pour devenir son apprenti. Car Agrippa, médecin grande gueule, qui refuse de prendre parti enctre les catholiques et les protestants, et n'hésite pas à menacer de malédiction les malades mauvais payers, a une réputation d'hérétique. Et surtout, un fait de gloire aux yeux de Jean: il est le seul homme connu qui a réussi à faire acquitter une sorcière. C'est plutôt ça qui l'intéresse. Savoir comment il s'y est pris et à sont tour, faire acquitter les gens accusés faussement de sorcellerie, afin d'atténuer son sentiment de culpabilité. Le talent juridique d'agrippa s emanifeste également quelques temps plus tard, lorsque suite à une épidémie de peste, alors qu'il était resté seul en ville avec un collègue venu de France, mais qui n'avait pas obtenu le droit officiel d'exercer, il prouve par A +B que celui qui est accusé bien que n'ayant pas de droit officiel ne s'est pas défilé et a sauvé beaucoup de malades, et que précisement, les accusateurs sont les médecins qui  on fui et ne sont revenus que lorsque le danger est passé.

Le tome 2 ne suit pas tout à fait la même logique, il ne continue pas directement l'affaire du loup garou, mais constitue tout entier un flashback dans les années 1540: après la peste, Jean a poursuivi son apprentissage auprès d'Agrippa, et compris d'où venait la réputation d'hérétique de celui-ci. Passionné de justice, Agrippa ne supporte pas la corruption des autorités catholiques qu'il soupçonne de monter de toutes pièces ces histoires de possessions et de diableries, afin de s'enrichir en vendant des indulgence au peuple maintenu dans la peur et l'ignorance. Jean lui explique enfin son passé et ce qui le hante, la raison pour laquelle il veut sauver des sorcières. Le maitre comme l'élève ne nient pas l'existence du diable - on est au XVI siècle- mais voient plutôt les sorcières et les possédés comme des malades, les démons profitent de la maladie pour posséder ceux qui seraient de nos jours des dépressif ou des névrosés. Névrose collective entretenue par le climat de peur causé par la religion. Et que s'il s'agit d'une maladie qui ressemble à une possession, un traitement adapté avec des calmants peut calmer les symptômes, ce qui ne serait pas le cas pour une réelle possession.

Quelques années plus tard, alors qu'Agrippa est déjà mort, Jean est marié et vit dans une autre ville. Il va suvir un deuxième choc psychologique. Trois femmes meurent soudainement, Jean, mandaté pour l'examen post morteme de la première se rend compte qu'elle a été empoisonnée à l'arsenic, dans une cruche au fond de laquelle a été tracé un symbole magique. Jean retient l'arsenic comme cause, le juge, aussi névrosé que le reste de la société, considère que la mort a été causée par le symbole magique. une malédiction par vaisselle interposée. et qui dit malédiction dit sorcière.
Il ne faut pas longtemps avant que soit accusé la vieille dame un peu bizarre depuis qu'elle a perdu toute sa famille lors de la peste.
Pire chaque symptôme que Jean perçoit comme des preuves de mélancolie, est retenu comme preuve de sorcellerie par la population: " puisqu'elle a été déclarée sorcière, elle l'est, ses actes le prouvent". Elle agit bizarrement parce qu'elle est une sorcière, mais elle est une sorcière parce qu'elle agit bizarrement et puisque le juge l'a dit c'est donc vrai. CQFD. D'autant qu'elle avait en main un sceau magique acheté ( comme l'a fait la moitié de la ville) à un magicien autoproclamé qui les dessine au fond d'une taverne pour de l'argent. Ca vaut les ventes d'indulgences.
Personnene semble même se dire qu'une vieille dame du peuple à la vue basse n'a ni la connaissance, ni le matériel, ni la technique pour tracer un symbole magique parfait au fond d'une cruche étroite.
Or Jean en a vite le soupçon: Nora, la vieille dame accusée, est une coupable idéale derrière laquelle se cache un vrai criminel qui risque de continuer si on ne le trouve pas. Or le juge le met au pied du mur: il y a acte de sorcellerie, doncsi ce n'est pas Nora, il y a une autre sorcière en ville. Pour blanchir la vielle dame, Jean doit donc présenter une autre sorcière. Celui qui veut sauver les sorcières doit en faire accuser une autre.

Et voilà un titre qui est fort prometteur. Il y a 3 tomes parus en France comme au Japon, ma bibliothèque n'a pour l'instant que les  2 premiers, mais j'ai bien accroché à cette histoire policière qui tente de réhabiliter les individus qui ont effectivement souvent du servir de couverture à de vrais crimes.
Graphiquement, il ne sort pas vraiment du lot, rien d'exceptionnellement novateur, mais plutôt sympa. notamment les costumes, la dessinatrice semble avoir bien examiné les tableaux de la Renaissance flamande.
( je note quand même une mini erreur: que ce soit en 1550 ou en 1530, Jean a toujours l'air d'un adolescent, alors qu'il est censé avoir au moins 35 ans au moment de l'affaire du loup-garou), mais ces deux premiers tomes sont prometteurs. apparemment, la série n'a que 3 tomes au total, ça me convient bien, ce ne sera pas une série interminable.
Je ne connaissais pas du tout l'auteur, mais autant pour le cadre et le sujet original, et l'enquête plutôt bien menée, j'ai hâte de trouver le troisième tome.

Enfin, l'auteur est japonaise, mais le sujet est germanique, l'action naviguant entre Pays-bas et Allemagne.




samedi 23 octobre 2021

Hikaru no go - Obata Takeshi et Hotta Yumi

 Haaa que lire, que lire pour ce mois Halloween, qui soit facile à caser entre deux cours?

J'en ai fini avec les fantômes du Japon compilés par Lafcadio Hearn, et l'illumination m'est venue en triant mes mangas pour voir ceux que je garde, ceux que je tente de revendre..
Je n'avais pas touché à cette série depuis presque 20 ans, et pourtant je l'aimais bien.
Je ne l'a jamais finie, pour plusieurs raisons, elle était sympa, mais menaçait d'être longue (23 tomes en tout, j'en ai lu 19), et surtout elle a perdu pour moi pas mal de saveur après le tome 15, j'ai beaucoup moins accroché.

Or, parfait, même si le sujet est comme l'indique le titre le jeu de Go, l'un des personnages principaux est un fantôme et, pour tout dire, mon personnage préféré de cette histoire. Il est régulièrement tordant. Donc cette Chronique ne concernera que les tomes 1 à 15, qui ont une coloration fantastique, via le personnage central qu'est Saï, le fantôme.

Tome 1, voici Hikaru,11 ans, le héros, il porte tout au long de la série des vêtements ornés du chiffre 5 ( prononcé " Go" en japonais)



L'idée de base n'est pas très originale: fin des années 1990, Hikaru, 11 ans, gamin en fin de primaire, élève plus que médiocre a été puni par ses parents: privé d'argent de poche jusqu'à ce qu'il relève le niveau et obtienne la moyenne à ses contrôles d'histoire.
A l'affut d'un moyen de se faire un peu d'argent, il fouille le grnier et trouve un vieux goban, plateau de go qui appartenait à son grand-père. L'objet est joli et ancien, Hikaru espère en tirer un peu d'argent. Mais il est hanté par un fantôme, Saï no Fujiwara. De son vicant à l'époque Heian, Saï était maître de go, professeur de l'empereur. Faussement accusé de triche et acculé au suicide, son fantôme est resté, rongé par la tristesse de ne plus pouvoir jouer. Lorsque le goban est touché par quelqu'un qui peut qvoir du potentiel, Saï en prend possession pour pouvoir joeur à nouveau, faisant de son hôte le meilleur joueur de go de son époque.

Saï prend possession de l'esprit d'Hikaru, qui est le seul a pouvoir le voir et l'entendre. Mais de là à dire qu'Hikaru a du potentiel... il sait à peine que le go existe, ne le perçoit d'abord que comme un passe temps de vieux, ennuyeux, puis comme quelque chose qui peut être lucratif. Le fantôme et Hikaru vont donc monter un plan à la Cyrano: Saï va souffler les réponses en cours d'histoire à Hikaru, l'aider à remonter ses notes, et en échange, celui-ci sera sa main pour jouer au go. Ce qu'Hikaru accepte mollement ( il n'a pas trop le choix, les états d'âme de Saï l'envahissent, s'il ne contente pas le spectre, il est physiquement malade).

Tome 15: Saï le fantôme

Ce gamin déluré et incapable de se concentrer est l'opposé même de l'idéal du joueur de go.
Que se passe-t-il quand un fanraron indiscipliné rencontre par hasard un autre gamin qui lui pratique le go depuis son enfance? Akira Toya, fils du meilleur joueur de go de la planète, 11 ans lui aussi, espoir de la discipline et déjà d'un niveau professionnel, va se voir infliger une cuisante défaite par Saï, via Hikaru.. qui n'a jamais touché une pierre de go de sa vie. Et s'imagine que ce débutant est en fait un rival de très haut niveau qui cache bien son jeu.
De fait, le pauvre Akira ne peut pas savoir qu'il a réellement en face de lui le meilleur joueur du monde, et va s'acharner à vouloir battre Saï et Hikaru. C'est donc cette rivalité, et le développement de la passion d'Hikaru , sur plusieurs années, pour le jeu de go, qui est raconté. D'une part la quête d'Akira à la recherche de cette incroyable compétence quil n'a vu qu'une fois, les rencontres suivantes avec Hikaru l'yant bien déçu, celle d'Hikaru qui prend goût au jeu et se dit que finalement, s'il peut en faire son avenir professionnel, ce ne serait pas mal de passer son temps à jouer plutôt que d'étudier. Et celle de Saï, qui depuis qu'il a vu des parties du père d'Akira, ne rêve que de pouvoir l'affronter.
Or comment faire quand on est mort depuis mille ans, qu'on veut affronter un champion de niveau mondial, et qu'on n'a comme seule solution de faire jouer à sa place un gamin de 11 ans. Comment un gosse inconnu peut-il même avoir l'occasion de jouer contre un pro, et surtout comment ensuite justifier qu'il lui mette la misère?

Donc quelque chose de classique: un manga sur un jeu, tourné à la manière d'un manga de sport ( avec les classiques du manga scolaire: clubs, rivalités de clubs entre le shogi et le go, rivalité des clubs entre collèges...)
C'était un pari osé, qui a payé, au Japon et en occident lors de la publication: un jeu à l'image démodée, qui a regagné en popularité, en Asie comme en Europe.

Et donc il y a deux ou trois personnages que j'aime particulièrement. Saï en tout premier: Saï est l'antithèse d'Hikaru, mais devient son mentor. Raffiné, élégant, d'une intelligence redoutable, intègre mais, bien qu'un tricheur ai causé sa mort, dans sa naïveté, il ne se rend pas compte que le plan qu'il propose à Hikaru est de la triche, puisque dans son idée, il s'agit seulement de s'adonner innocemment à son jeu favori, l'argent ni la gloire ne sont pas un moteur.
Mais ça reste de la triche ... jusqu'à ce qu'Hikaru veuille prendre son indépendance et se vautre.

Ses réactions au début du manga sont vraiment très drôles: il n'a plus hanté personne depuis 140 ans et ne connait pas la vie moderne, est fasciné par la télévision, les pendules, les distributeurs de boissons, etc...
De plus c'est un personnage graphiquement splendide, dont le costume ancien permet à Obata des illustrations raffinées de splendide qualité, qui tranchent à la foi avec la modernité du Japon d'Hikaru, et avec le caractère imprévisible, pétulant et un peu roublard et manipulateur dont le scénario l'a doté. Un élégant fantôme millénaire à l'air parfaitement digne, doté un esprit très gamin mais qui le rend très attachant.


L'autre personnage que j'aime beaucoup, c'est Akira, le petit champion, au look démodé: coupe au bol et costume marin, coaché depuis ses deux ans par son père, sa vie est loin d'être facile, et il a souvent l'air triste et trop adulte. L'écueil d'en faire un casse-pied orgueilleux fier de son niveau , de son ascendance et de son niveau de vie ( il est de famille riche) a heureusement été évité.
C'est un gamin solitaire et timide, mais qui prend toutes les occasions possibles pour être sociable, serviable. Il ne refuse jamais malgré son niveau de jouer avec qui que ce soit, autres enfants ou retraités, débutants comme joueurs confirmés, avec un sens de la justice et de l'équité. Au contraire, son statut et sa célébrité lui posent problème, il évite de se mêler aux autres non par orgueil, mais parce qu'il a conscience des attentes que les autres projettent sur lui, les camarades de son âge s'attendent à ce qu'il les ridiculise, le détestent par principe, et essayent de le battre par tous les moyens, y compris en trichant. Akira c'est le gosse adorable, mais trop doué qui n'arrive pas vraiment à se faire des amis et est victime d'un a-priori.
Akira, le rival.. 13 ans, oui, oui...

Prenant Hikaru pour un joueur de génie, un rival digne de ce nom, il essaye malgré tout régulièrement de s'en rapprocher pour s'en faire un ami, malgré leur différence sociale. Ce qu'Hikaru, beaucoup moins mature, ne comprend pas vraiment.
Donc oui, j'aime beaucoup Akira, pour ce bon esprit et le fait qu'il essaye autant que possible d'être un gamin normal, bien que son talent au go le prive d'une bonne partie de sa jeunesse. J'ai juste envie de lui dire " vire moi ce costume, met un tee shirt, je t'emmène voir un dessin animé et manger une glace" ( d'ailleurs c'est un peu ce que fait la dame qui tient le club de go où il donne des cours: elle est la seule personne à le traiter normalement, presque comme une grande soeur, vient le chercher au collège en voiture et lui propose des biscuits.)
Et au fil des tomes sont évolution fait plaisir: son sens de la justice et de l'intégrité se confirme et , contraint une fois devenu professionnel de tricher et de perdre des parties contre des sponsors, pour ne pas les vexer ce qu'il se refuse à faire, il trouve la seule solution qui lui permette de ne pas se compromette, ten rendant toute contestation impossible, et tout en les ridiculisant de façon magistrale: calculer afin de faire match nul avec les 4 sponsors, en même temps, qu'ils soient de bon niveau ou complètement nuls.
Désolée Hikaru, c'est tout le héros, mais tu n'as pas la classe du p'tit Akira.

Seulement voilà, même si la série est sympa et continue, après de superbes tomes 13 et 14, le tome 15, abandonne totalement l'élément fantastique: exit le fantôme ( c'est à la fois logique et super triste: Hikaru es devenu pro, Saï s'il restait, deviendrait inutile et gènerait la progression du jeune héros, or, il s'gait d'un shonen, qui doit mettre le gamin en avant. Ce n'est pas le Go de Saï, mais le go d'Hikaru, le titre de la série. Mais ce tome 15 est psychologiquement dur, bien mené, mais ... dur : voir Hikaru, qui n'a pas conpris les avertissement de Saï qui sentait sa disparition très proche, chercher son ami fantôme partout où il pourrait être, et sombrer dans la dépression lorsqu'il comprend que Saï ne reviendra pas.. C'est raide!)

Mais voilà, je n'ai pas vraiment poursuivi après, même si les autres personnages sont attachants, il manque ce qui faisait la saveur de la série. Et aussi à l'époque, faute de place, je ne suis pas allée au delà du tome 19, ne sachant pas combien il y en aurait en tout (23, pour un shônen c'est encore raisonnable j'aurais quand même pu la finir sans trop de problèmes).. mmm je le classe Shônen de sport, car après tout le go est un sport cérébral et le manga a toutes les caractéristique du manga sportif: le dépassement, la rivalité, les compétitions, etc...
Et juste pour montrer l'évolution graphique, le dernier tome.
Ce qui suit une logique, puisque les héros ont maintenant 16/17 ans.

Et juste pour le plaisir des yeux, une illustration automnale.
Saï est un personnage souvent drôle, mais les illsutrations le mettant en scène sont souvent plutôt liés au wabi-sabi, à l'impermanence, à la nature, à la fragilité de la vie, son statut de fantôme en faisant le personnage " philosophique" de l'histoire.

Takeshi Obata a depuis fait à nouveau des étincelles avec Death note, dans un autre style, mais dans les deux cas, je le classe parmi les très grands dessinateurs de manga contemporains, avec Takehiko Inoue. L'un comme l'autre étants non seulement dessinateurs, mais aussi illustrateurs, ce qui apporte beaucoup dans la composition et la colorisation.
Peut être un jour finirai-je la lecture de cette série.