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dimanche 14 juillet 2024

Frieren tome 1 - Yamada Kanehito et Abe Tsukasa

 Voilà un manga dont j'avais entendu parler à sa sortie, mais comme je suis beaucoup moins l'actualité sur ce plan là qu'il y a quelques années ( faute de temps, de sous, départ prévu à l'étranger, etc..), je ne m'y étais pas intéressée plus que ça.

Or, en ayant repris le travail dans une bibliothèque, je l'ai vu mentionné dans les coups de coeur faits par un collègue, et donc, hop, je me le mets de côté.

Très joli graphisme



C'est une histoire d'heroïc fantasy  avec les personnages habituels, ceux qu'on trouve dans une équipe de jeu de rôle ou de de jeu vidéo d'aventure.
Il y a le héros humain, l'elfe-mage, le prêtre et le nain guerrier. Tous ont des noms allemands, assez drôles d'ailleurs. Et des défauts qui ne sont habituellement pas mentionnés
Himmel ("Ciel"), c'est le chevalier en armure, celui qui rafle toute la gloire. Il est aussi orgueilleux, fier de sa beauté, le genre à passer des heures à choisir la pose pour la statue qui va être érigée à sa gloire... et à continuer à se bercer d'illusions sur son apparence, des années plus tard, une fois devenu vieux , chauve et ridé. Mais c'est un authentique type bien et généreux.
Heiter ( "brillant" ou " enjoué") c'est le prêtre, particulièrement porté sur la dive bouteille et les banquets , mais.. c'est aussi un authentique type bien.
Eisen ("Fer"), c'est le nain, toujours coiffé de son caque à corne. Peu caractérisé au début, si ce n'est qu'il est peu bavard et n'aime rien tant que sa tranquillité et sa petite maison dans la forêt.
Et Frieren ( "Geler" - oui le verbe), c'est l'elfe, qui donne son nom au titre. Elle est très peu en phase avec le monde alentour, ne comprend absolument pas les implicites humains, les pièges ( en se fait toujours avoir par les mimics) et a une propension marquée pour la grasse matinée

Ces petit détails donnent une nouvelle réalité aux héros dont on ne suivra pas les aventures, puisque l'histoire commence là où le jeu finit habituellement. Les héros on vaincu le boss final, le roi des démons, et viennent rechercher leur récompense ( insérer fanfare de la victoire). Oui mais après? Ils ont passé 10 ans ensemble et se séparent, chacun vaquant à sa vie: Himmel songe à trouver un travail en ville, Eisen repart chez lui, Heiter a une opportunité de carrière religieuse , et Frieren part sur les routes ramener de nouveaux sorts pour sa collection. Tout en promettant à ses camarade de venir les retrouver dans 50 ans.
Sauf qu'elle a oublié une chose, elle est sinon immortelle, du moins dotée d'une espérance de vie dépassant le millier d'années, les autres sont soit humains, soit doté d'une moindre longévité ( le nain vieillit au ralenti, mais sans commune mesure avec elle).
Et 50 ans plus tard, la petite troupe se retrouve: Frieren n'a pas changé d'un iota, tandis que ses compagnons ont pris un gros coup de vieux. Et contrairement à ce qu'on pouvait penser, ce n'est pas le prêtre alcoolique, mais Himel qui meurt le premier. Son enterrement est un choc pour Frieren: elle le connaissait mal, ils n'avaient passé que 10 ans ensemble sur les routes, comment aurait-elle pu le connaitre mieux. Des souvenirs lui reviennent. Toutes les fois où les autres lui ont dit des choses comme " on commence à bien te connaître", l'ont pressée. Ils savaient que leur temps était limité, et pour eux 10 est au mieux, un dixième de leur existence, quand c'est un bref instant pour elle.
Frieren va donc partir en pélerinage sur les traces de ces souvenirs, et d'autres encore plus anciens, pour se souvenir de toutes les fois où son manque de considération pour la temporalité différente des humains lui a fait négliger les autres et l'a séparée de ses amis. Dès lors son parcours sera daté en fonction de cet événement marquant, tout étant daté " X années après la mort du héros Himmel".
La gloire passe, les héros perdent de leur réalité et deviennent légende une fois que plus personne ou presque ne les a connus, et Frieren se sent investie de la mission de perpétuer leur mémoire, elle la seule qui leur survivra.

Retrouvent Heiter, elle passera quelques années avec lui, formant à la magie Fern (" loin"), une petite fille qu'il a sauvée quelques années plus tôt. Fern que l'on voit grandire et devenir adulte au fil des pages, dépassant rapidement en taille et en sagesse Frieren, à qui elle finit par dire " on dirait que je suis ta mère".

Mais quelle jolie découverte que ce manga qui parle en finesse, du temps qui passe, de mortalité, de souvenir, de gloire. "Ceci aussi passera". Memento Mori.
Les actions héroïques sont à peine suggérées par des flash-backs, qui sont plutôt centrés sur les pauses à l'auberge, et sur toutes les fois où Frieren n'a pas compris la logique humaine, et le fait qu'ils partagent la conscience aigue de leur fin prochaine, là où elle a tout son temps.
Inconsciemment, toutes ses actions sont en fait le résultat de quelque chose qui lui avait échappé à l'époque, mais a fait lentement son chemin. La magie: elle en fait, sans passion, parce que c'est son talent. La collection de sort? Un jour, Himmel lui a dit que c'était un loisir intéressant. La quête d'une fleur qui a disparu depuis 30 ans? Un jour, Himmel lui a dit qu'elle étaient courantes dans sa région d'origine. Tout la ramène, comme une idée fixe, à ce disparu à qui elle n'a pas assez fait attention tant qu'il était encore là, mais lui manque cruellement maintenant.
Ces deux là étaient plus proches et semblables qu'elle ne le pensait, mais.. elle ne s'en est pas rendu compte. Et se met in fine à la recherche ( pour au moins les 10 prochains tomes sûrement ) en quête d'un sort lui permettant de converser avec le fantôme d'Himmel et lui dire, enfin, combien il a compté pour elle, l'a inspirée et l'a faite changer pour le mieux.

Tout ça porte en filigrane l'angoissante question " à quoi bon s'attacher aux gens, puisqu'ils vont mourir?" Les humains le savent: Leur fin annonce la nôtre et c'est en ça qu'elle est douloureuse, mais ils rendent notre court temps sur terre bien plus intéressant, bien meilleurs et que l'amitié rend cette réalité bien plus supportable.

J'ai donc réservé les tomes suivants, et j'attends avec impatience la suite de cette aventure contemplative, sans grosse action mais avec beaucoup de philosophie, et pas mal d'humour quand même. C'est triste, mais pas déprimant non plus. ( il est classé shonen, mais vu la thématique, j'aurais juré avoir affaire à un seinen)
Petit coup de coeur!

vendredi 27 octobre 2023

Inunaki, le village oublié ( film 2019)

En parallèle avec le challenge Halloween sur mon autre blog, un film sur une légende urbaine.

Enfin, légende urbaine, ou légende rurale plutôt en l'occurrence, puisque le titre signifie exactement "le village du chien hurlant". Un village maudit que partent chercher deux adolescents visiblement amateurs d'urbex (ou rurex pour le coup?) et d'histoires fantastiques.
Explorant un tunnel réputé hanté, ils trouvent un panneau qui indique " la Constitution du Japon ne s'applique pas ici". Cette histoire me dit quelque chose mais je n'arrive plus à me souvenir où est-ce que je l'ai lue ( Apparemment pas dans Yurei Attack, un petit livre consacré aux fantômes.
Peut être dans un des épisodes de Yamishibai ( punaise, on en est à 11 saisons, je me suis arrêtée à 4, j'ai du retard à rattraper!)

Prix du jury au festival de Gerardmer 2020. Ca a du vraiment être la dèche cette année là, parce que bon...
Disons-le de suite, sans être un navet, ce village oublié est loin d'être un film mémorable.


Dans cette histoire, c'est Akina, la fille, pourtant plus énergique et qui se moque de son copain Yuma un peu plus " poule mouillée " qu'elle, qui pète un câble parce qu'elle pense avoir été attaquée par des revenants. Lorsqu'il rentre, Yuma téléphone à sa grande soeur Kanade, psychologue pour lui dire qu'Akina semble avoir un problème mental. Mais ce qu'il attend de sa soeur est moins une aide psychologique que parapsychologique: Kanade avait le don de " voir des choses" quand elle était petite, et ça continue en fait.

Et très vite, on se rend compte qu'il y a bien un problème, mais plus général dans la famille ultra traditionnelle, où le père autoritaire méprise ses enfants et sa femme, qu'il rend responsable elle et son " sang maudit" de la "bizarrerie" de leur fils ( ça va, c'est juste un ado qui joue à se faire peur, rien de très chelou non plus, c'est pas non plus un monstre sanguinaire)
La folie soudaine d'Akina prend un tour inattendu puisqu'elle se suicide le lendemain même de l'escapade en se jetant du haut d'un pylône électrique, sur la route. Problème: le médecin qui l'a autopsiée est formel: elle s'est noyée, elle avait une grande quantité d'eau dans les poumons, or... pas la moindre goutte d'eau en vue. Etraaaaaange, est-ce que ça aurait une signification importante? ( spoiler-qu'on-voit-tous-venir: oui, la flotte va réapparaitre sans cesse.)

Et évidemment les problèmes vont s'amplifier, puisque Yuma (suivi en secret par son petit frère Kota, trop curieux pour son propre bien) veut éclaircir ce mystère... et que ce sont donc rapidement les deux frères de Kanade qui sont portés disparus, tandis que leur mère semble possédée par l'esprit d'un chien enragé. Apparemment la famille est surnommée " les chasseurs de chiens" depuis des lustres, et... cette histoire de village "du chien hurlant" sent le loup-garou à plein nez.

Bon, c'est du film fantastique japonais, donc on n'est pas dans les grands effets, plutôt dans l'ambiance " apparition de spectres dans les miroirs" (encore que celui là décide d'emblée de partir sur une "réelle" histoire de hantise, plutôt que d'entretenir le suspense). Mais il n'est pas franchement très prenant, je dois malheureusement le dire.

Il échoue, là où les bien plus anciens Ringu et Dark Water arrivaient à instiller une ambiance glauque à souhait, et c'est bien dommage. J'attendais quand même un peu mieux vu la réputation de Takashi Shimizu, et.. il m'est soudain revenu que j'avais vu il y a longtemps Ju-On et que je n'avais aucun souvenir de l'histoire. Mauvais signe.
Ben, relisant ma critique d'il y a 6 ans, ça avait déjà été un échec, et j'avais trouvé Ju-on mal ficelé. Et c'est pareil ici, le scénario se perd en chemin d'une histoire annexe autour de Ryotaro le gamin malade que soigne Kanade. C'est cool le Japon, il semble y avoir un psychologue attitré par patient, puisqu'elle vient la nuit prendre sa garde pour le surveiller comme...ben, une infirmière. Bon Ryotaro, c'est un peu Damien de la malédiction: un enfant adoptif, qui ne le sait pas, échangé par le père et le médecin à sa naissance. Sa mère célibataire est morte en couche, l'enfant des autres parents était mort né, donc quoi de plus "logique" que de refiler à sa mère un enfant, sans rien lui dire, en le faisant passer pour le sien, pour qu'elle ne soit pas malheureuse? Mouaif, c'est indéfendable à tous les niveaux.

Allez, bon, on va dire que le fond du film, c'est l'idée que les secrets de famille pourrissent la vie de tout le monde et finissent toujours par ressortir, La famille de Kanade a un secret en forme de malédiction, celle de Ryotaro a un secret, Akina avait un secret, le village caché avait un secret, les gens de la société d'électricité avaient un secret....

Rhaaa, j'aurais bien voulu aimer ce film, d'autant plus que je n'avais pas regardé de film fantastique japonais depuis au moins un lustre ( hé oui) mais comme Ju-On, sans être totalement mauvais, il a trop de défauts pour être repêché.
Il y avait justement plus de trouille dans les épisodes de Yamishibai ( qui eux ne durent que quelques minutes, ici c'est 1h44, qui auraient pu être mieux condensées). J'ai regardé jusqu'au bout par acquit de conscience, mais j'ai été tentée de l'accélerer si ça avait été possible. A défaut j'ai sauté quelques passages, mais ce n'est pas franchement le film que je conseillerais le plus.
Un mélange d'histoire de fantômes, de zombies et de chien-garous pas très convainquant. Déjà, je l'ai interrompu plusieurs fois pour écrire ma chronique, c'est signe qu'il n'est pas ouf', du moins pour moi. Il veut trop en faire.. et au final ne creuse réellement aucune idée, et reste assez mou. Mauvaise pioche.
Ghostland ne m'avait pas 100% convaincue, mais au moins il avait une ambiance spéciale. Là, il manque quelque chose, une patte, un style ( à part de considérer que les gamins à coupe au bol dans des histoires de fantôme soient le gimmick favori de Shimizu?). Donc peut vraiment mieux faire.

Mais si vous voulez tenter le coup malgré tout, c'est ici.

mercredi 4 octobre 2023

JoJo's Bizarre Adventure; Phantom Blood (T.1)

 Suite discussion ce printemps, lors du mois japonais, j'ai été tentée de me lancer à la découverte de JoJo, manga fleuve ( 131 tomes au moment où j'écris). Ca fait quelques temps que j'en entendais parler  j'ai toujours été dissuadée par la longueur, je n'ai ni la place ni le budget pour un shônen/ seinen aussi long.
Mais j'avoue que ça me titillait pour une raison bien simple: j'ai vu que l'auteur est un fan de rock et glisse absolument de partout des références parfois super pointues à ce domaine.

Et depuis quelques temps, chaque fois qu'une référence musicale apparait dans le manga ou sa version dessin animé, les fans de JoJo, viennent par curiosité écouter de quoi il s'agit et en débattre dans les fils de discussion youtube. Au grand dam des gens qui connaissent le morceau depuis longtemps et estiment le fil "pollué" par ces nouveaux venus.
Mon point de vue est opposé: non seulement j'estime que peu importe la voie d'accès, vu le nombre de commentaires du style " sans le manga d'Araki je n'aurais pas découvert tel ou tel artiste, et maintenant j'ai envie d'écouter ses autres titres", c'est tout bon si ça peut permettre à certains de découvrir comme ça ELP, Queen, les Stones, Iggy Pop, Led Zep' .
Mais inversement, sans ces commentaires, je ne serais pas aller fouiller les sites dédiés au manga, je n'aurais pas su qu'il y a des milliers de références à de morceaux que je connais, et je ne serais pas allée le lire. Démarche inverse.

Déjà un personnage central qui s'appelle Dio, ça part bien de mon point de vue, mais lorsque je tombe totalement par hasard sur une attaque de manga de baston " Soft and Wet", ma première réaction est d'halluciner en me disant "Est-ce que c'est vraiment une référence à ce que je pense? Nan, pas possible c'est trop peu connu du grand public", d'aller fouiller la liste des références et de trouver des attaques " Gold Experience" ou "Paisley Park", d'éclater d'un rire admiratif, et conclure: "Wow, c'est BIEN une référence à ce que je pense, et re wow, l'auteur et moi, on admire entre autres le même artiste et il va chercher loin, jusque sur ses albums les moins connus, ou plutôt on admire les mêmes artistes en général, ça va être de la balle!" .Rhooo, j'attends presque un "Shockadelica" ou un "Crystal Ball". Sérieusement ça me ferait tripper.

Sans dec' il y a même des références à Emerson Lake and Palmer, je crois rêver!, Queen, AC/DC, Tom Petty, les Stones, Jimi Hendrix... oui, j'approooooouuuuuuuve!

Liste de références musicales,

Liste de références culturelles : parfois des références à une photo

Liste de références culturelles, très complète et en anglais

Apparemment c'est surtout à partir de la 3° partie qu'il se lâche vraiment sur les références.

Et donc comment attaquer un manga de 131 volumes, quand on n'a ni place ni oseille? Va pour les versions numériques, un peu moins chères et qui ne prennent pas la place sur les étagères. Et un peu moins cher, le tome faisant 4,99€ , ça permet de se faire une bibliothèque virtuelle, sans avoir besoin de place dans la chambre. Et les premiers tomes n'étant pas disponibles à la médiathèque, ben.. pas trop d'autre solution.
 Spoiler ALERT: ne prenez pas le chien en sympathie. Apparemment beaucoup de bestioles meurent de mort violente dans ce manga, vous êtes prévenus, et c'est le cas dès ce tome 1. Ca ne va pas faire dans la dentelle au point qu'il est curieux que la série ait commencé comme un shônen pour " plus de 12 ans", avant de finir classée seinen. Ca aurait largement pu être le cas dès le tome 1 (sacrifice humain, accident, cadavres, assassinats, harcèlement moral, banditisme, vol... on est quand même dans de la thématique très lourde, la baston étant le moins violent de tous les sujets en fait). Je vais donc le classer en Seinen.

Alors précision utilse: oui, le graphisme est très années années 80, et oui il y a un pitiiiiit problème, ces deux gars sont supposés avoir 12 ans pendant la majeure partie du tome ( en tout cas, si le chien apparait c'est qu'il est vivant* et il meurt avant que les deux ne soient adultes, donc.. ouais, 12 ans!)



Tome 1: Ah, ça commence fort, par un sacrifice humain dès la page 2. Loin, loin dans le passé, dans ce qui deviendra le Mexique, un prêtre aztèque sacrifie deux personnes pour enchanter un masque démoniaque censé lui apporter la vie éternelle et une force surhumaine. Et  c'est ce masque qui au XIX° siècle en Angleterre va entraîner Jonathan Joestar, surnommé " JoJo" et Dio dans de bizarres aventures.

Dio, le blond, est le fils d'un bandit, Dario Brando. Des années plus tôt son père, détrousseur de cadavres, a involontairement sauvé le riche Lord Joestar d'un accident, alors qu'il était surtout venu lui refaire les poches le pensant raide. Joestar se croyant redevable a promis à Dario Brando de lui rendre la pareille. Lorsque le vieux Brando meurt, Dio, qui détestait cordialement son père accepte quand même la lettre qui lui permettra de rencontrer Joestar, espérant l'utiliser à son profit pour devenir riche.

De l'autre côté de la barrière, Jonathan Joestar, le brun, fils du lord, aide Erina, un gamine tyrannisée par des gars plus costaud. Pas par esprit chevaleresque, mais par ce qu'il est destiné à devenir gentilhomme et doit en tant que tel, maraver des vauriens (un peu pour gagner des "points de chevalerie", donc).
Premier truc que  Dio va faire en arrivant chez les gens qui vont l'héberger, c'est évidemment, chercher la castagne avec le fils de la famille tout en se faisant passer pour victime, entrer dans les grâces du père Joestar, et tenter se débarrasser de l'héritier légitime et le remplacer. Le plan le plus con de l'univers. machiavélique possible.
Sauf que le fameux masque aztèque présenté en intro se trouve comme décoration chez Joestar et est aspergé de sang lors d'une bagarre entre les deux, ce qui réveille ses pouvoirs maléfiques. Lorsque Dio, juste pour le plaisir de chercher les embrouilles, roule une pelle à la nana que Jojo avait aidée au début et pour qui il commence à en pincer, puis passe à la vitesse supérieure et tue le chien de Jojo,* évidemment la guerre entre le fils légitime et le fils adoptif va devenir sans merci.
7 ans plus tard, les deux ont grandi, fait leurs études, Dio le loubard est diplômé en droit (lol), Jojo s'est spécialité en archéologie pour pouvoir étudier le masque qui est chez lui. Les deux semblent s'être réconciliés, mais ce n'est qu'une façade, ils se détestent encore plus qu'avant. D'autant que Jojo découvre la vraie nature de Dio, qui pratique l'empoisonnement à ses heures perdues depuis l'âge de 12 ans.

Outre le fait que ce début me fait marrer parce que je pense forcément à une version parodique et très violente d'Amicalement Votre, le décalage graphique entre l'âge des personnage et leur apparence m'a bien fait rire.
Et Dio est un personnage absolument détestable, rien à sauver, méchant jusqu'à la moelle et ça faisait longtemps que je n'en avais pas vu un aussi ouvertement négatif, tiens. Le genre qu'on adore détester.
En tout cas ça commence bien et ce premier tome m'a bien accrochée, donc.. c'est parti pour se faire tout l'arc narratif pour ce mois Halloween.

* vous êtes prévenus, apparemment dans chaque saison, un chien meurt, c'est la manière privilégié du mangaka de montrer qu'un personnage est très méchant gratuitement, parce que "s'il tue un chien sans état d'âme, c'est que c'est un pourri, car tout le monde aime les chiens."

Allez go pour les références musicales, il arrive à en caser même dans l'Angleterre du XIX° siècle, des références souvent au rock anglais évidemment.
Chaque arc suit un personnage surnommé JoJo, dont le nom vient de Get Back " Jojo was a man who thought he was a loner, But he knew it couldn't last..". Le nom d' Erina est apparemment une déformation japonaise du nom Eleanor (Rigby) en katakana. Dio, ben... Dio, il n'y a pas de mystère.


samedi 23 octobre 2021

Hikaru no go - Obata Takeshi et Hotta Yumi

 Haaa que lire, que lire pour ce mois Halloween, qui soit facile à caser entre deux cours?

J'en ai fini avec les fantômes du Japon compilés par Lafcadio Hearn, et l'illumination m'est venue en triant mes mangas pour voir ceux que je garde, ceux que je tente de revendre..
Je n'avais pas touché à cette série depuis presque 20 ans, et pourtant je l'aimais bien.
Je ne l'a jamais finie, pour plusieurs raisons, elle était sympa, mais menaçait d'être longue (23 tomes en tout, j'en ai lu 19), et surtout elle a perdu pour moi pas mal de saveur après le tome 15, j'ai beaucoup moins accroché.

Or, parfait, même si le sujet est comme l'indique le titre le jeu de Go, l'un des personnages principaux est un fantôme et, pour tout dire, mon personnage préféré de cette histoire. Il est régulièrement tordant. Donc cette Chronique ne concernera que les tomes 1 à 15, qui ont une coloration fantastique, via le personnage central qu'est Saï, le fantôme.

Tome 1, voici Hikaru,11 ans, le héros, il porte tout au long de la série des vêtements ornés du chiffre 5 ( prononcé " Go" en japonais)



L'idée de base n'est pas très originale: fin des années 1990, Hikaru, 11 ans, gamin en fin de primaire, élève plus que médiocre a été puni par ses parents: privé d'argent de poche jusqu'à ce qu'il relève le niveau et obtienne la moyenne à ses contrôles d'histoire.
A l'affut d'un moyen de se faire un peu d'argent, il fouille le grnier et trouve un vieux goban, plateau de go qui appartenait à son grand-père. L'objet est joli et ancien, Hikaru espère en tirer un peu d'argent. Mais il est hanté par un fantôme, Saï no Fujiwara. De son vicant à l'époque Heian, Saï était maître de go, professeur de l'empereur. Faussement accusé de triche et acculé au suicide, son fantôme est resté, rongé par la tristesse de ne plus pouvoir jouer. Lorsque le goban est touché par quelqu'un qui peut qvoir du potentiel, Saï en prend possession pour pouvoir joeur à nouveau, faisant de son hôte le meilleur joueur de go de son époque.

Saï prend possession de l'esprit d'Hikaru, qui est le seul a pouvoir le voir et l'entendre. Mais de là à dire qu'Hikaru a du potentiel... il sait à peine que le go existe, ne le perçoit d'abord que comme un passe temps de vieux, ennuyeux, puis comme quelque chose qui peut être lucratif. Le fantôme et Hikaru vont donc monter un plan à la Cyrano: Saï va souffler les réponses en cours d'histoire à Hikaru, l'aider à remonter ses notes, et en échange, celui-ci sera sa main pour jouer au go. Ce qu'Hikaru accepte mollement ( il n'a pas trop le choix, les états d'âme de Saï l'envahissent, s'il ne contente pas le spectre, il est physiquement malade).

Tome 15: Saï le fantôme

Ce gamin déluré et incapable de se concentrer est l'opposé même de l'idéal du joueur de go.
Que se passe-t-il quand un fanraron indiscipliné rencontre par hasard un autre gamin qui lui pratique le go depuis son enfance? Akira Toya, fils du meilleur joueur de go de la planète, 11 ans lui aussi, espoir de la discipline et déjà d'un niveau professionnel, va se voir infliger une cuisante défaite par Saï, via Hikaru.. qui n'a jamais touché une pierre de go de sa vie. Et s'imagine que ce débutant est en fait un rival de très haut niveau qui cache bien son jeu.
De fait, le pauvre Akira ne peut pas savoir qu'il a réellement en face de lui le meilleur joueur du monde, et va s'acharner à vouloir battre Saï et Hikaru. C'est donc cette rivalité, et le développement de la passion d'Hikaru , sur plusieurs années, pour le jeu de go, qui est raconté. D'une part la quête d'Akira à la recherche de cette incroyable compétence quil n'a vu qu'une fois, les rencontres suivantes avec Hikaru l'yant bien déçu, celle d'Hikaru qui prend goût au jeu et se dit que finalement, s'il peut en faire son avenir professionnel, ce ne serait pas mal de passer son temps à jouer plutôt que d'étudier. Et celle de Saï, qui depuis qu'il a vu des parties du père d'Akira, ne rêve que de pouvoir l'affronter.
Or comment faire quand on est mort depuis mille ans, qu'on veut affronter un champion de niveau mondial, et qu'on n'a comme seule solution de faire jouer à sa place un gamin de 11 ans. Comment un gosse inconnu peut-il même avoir l'occasion de jouer contre un pro, et surtout comment ensuite justifier qu'il lui mette la misère?

Donc quelque chose de classique: un manga sur un jeu, tourné à la manière d'un manga de sport ( avec les classiques du manga scolaire: clubs, rivalités de clubs entre le shogi et le go, rivalité des clubs entre collèges...)
C'était un pari osé, qui a payé, au Japon et en occident lors de la publication: un jeu à l'image démodée, qui a regagné en popularité, en Asie comme en Europe.

Et donc il y a deux ou trois personnages que j'aime particulièrement. Saï en tout premier: Saï est l'antithèse d'Hikaru, mais devient son mentor. Raffiné, élégant, d'une intelligence redoutable, intègre mais, bien qu'un tricheur ai causé sa mort, dans sa naïveté, il ne se rend pas compte que le plan qu'il propose à Hikaru est de la triche, puisque dans son idée, il s'agit seulement de s'adonner innocemment à son jeu favori, l'argent ni la gloire ne sont pas un moteur.
Mais ça reste de la triche ... jusqu'à ce qu'Hikaru veuille prendre son indépendance et se vautre.

Ses réactions au début du manga sont vraiment très drôles: il n'a plus hanté personne depuis 140 ans et ne connait pas la vie moderne, est fasciné par la télévision, les pendules, les distributeurs de boissons, etc...
De plus c'est un personnage graphiquement splendide, dont le costume ancien permet à Obata des illustrations raffinées de splendide qualité, qui tranchent à la foi avec la modernité du Japon d'Hikaru, et avec le caractère imprévisible, pétulant et un peu roublard et manipulateur dont le scénario l'a doté. Un élégant fantôme millénaire à l'air parfaitement digne, doté un esprit très gamin mais qui le rend très attachant.


L'autre personnage que j'aime beaucoup, c'est Akira, le petit champion, au look démodé: coupe au bol et costume marin, coaché depuis ses deux ans par son père, sa vie est loin d'être facile, et il a souvent l'air triste et trop adulte. L'écueil d'en faire un casse-pied orgueilleux fier de son niveau , de son ascendance et de son niveau de vie ( il est de famille riche) a heureusement été évité.
C'est un gamin solitaire et timide, mais qui prend toutes les occasions possibles pour être sociable, serviable. Il ne refuse jamais malgré son niveau de jouer avec qui que ce soit, autres enfants ou retraités, débutants comme joueurs confirmés, avec un sens de la justice et de l'équité. Au contraire, son statut et sa célébrité lui posent problème, il évite de se mêler aux autres non par orgueil, mais parce qu'il a conscience des attentes que les autres projettent sur lui, les camarades de son âge s'attendent à ce qu'il les ridiculise, le détestent par principe, et essayent de le battre par tous les moyens, y compris en trichant. Akira c'est le gosse adorable, mais trop doué qui n'arrive pas vraiment à se faire des amis et est victime d'un a-priori.
Akira, le rival.. 13 ans, oui, oui...

Prenant Hikaru pour un joueur de génie, un rival digne de ce nom, il essaye malgré tout régulièrement de s'en rapprocher pour s'en faire un ami, malgré leur différence sociale. Ce qu'Hikaru, beaucoup moins mature, ne comprend pas vraiment.
Donc oui, j'aime beaucoup Akira, pour ce bon esprit et le fait qu'il essaye autant que possible d'être un gamin normal, bien que son talent au go le prive d'une bonne partie de sa jeunesse. J'ai juste envie de lui dire " vire moi ce costume, met un tee shirt, je t'emmène voir un dessin animé et manger une glace" ( d'ailleurs c'est un peu ce que fait la dame qui tient le club de go où il donne des cours: elle est la seule personne à le traiter normalement, presque comme une grande soeur, vient le chercher au collège en voiture et lui propose des biscuits.)
Et au fil des tomes sont évolution fait plaisir: son sens de la justice et de l'intégrité se confirme et , contraint une fois devenu professionnel de tricher et de perdre des parties contre des sponsors, pour ne pas les vexer ce qu'il se refuse à faire, il trouve la seule solution qui lui permette de ne pas se compromette, ten rendant toute contestation impossible, et tout en les ridiculisant de façon magistrale: calculer afin de faire match nul avec les 4 sponsors, en même temps, qu'ils soient de bon niveau ou complètement nuls.
Désolée Hikaru, c'est tout le héros, mais tu n'as pas la classe du p'tit Akira.

Seulement voilà, même si la série est sympa et continue, après de superbes tomes 13 et 14, le tome 15, abandonne totalement l'élément fantastique: exit le fantôme ( c'est à la fois logique et super triste: Hikaru es devenu pro, Saï s'il restait, deviendrait inutile et gènerait la progression du jeune héros, or, il s'gait d'un shonen, qui doit mettre le gamin en avant. Ce n'est pas le Go de Saï, mais le go d'Hikaru, le titre de la série. Mais ce tome 15 est psychologiquement dur, bien mené, mais ... dur : voir Hikaru, qui n'a pas conpris les avertissement de Saï qui sentait sa disparition très proche, chercher son ami fantôme partout où il pourrait être, et sombrer dans la dépression lorsqu'il comprend que Saï ne reviendra pas.. C'est raide!)

Mais voilà, je n'ai pas vraiment poursuivi après, même si les autres personnages sont attachants, il manque ce qui faisait la saveur de la série. Et aussi à l'époque, faute de place, je ne suis pas allée au delà du tome 19, ne sachant pas combien il y en aurait en tout (23, pour un shônen c'est encore raisonnable j'aurais quand même pu la finir sans trop de problèmes).. mmm je le classe Shônen de sport, car après tout le go est un sport cérébral et le manga a toutes les caractéristique du manga sportif: le dépassement, la rivalité, les compétitions, etc...
Et juste pour montrer l'évolution graphique, le dernier tome.
Ce qui suit une logique, puisque les héros ont maintenant 16/17 ans.

Et juste pour le plaisir des yeux, une illustration automnale.
Saï est un personnage souvent drôle, mais les illsutrations le mettant en scène sont souvent plutôt liés au wabi-sabi, à l'impermanence, à la nature, à la fragilité de la vie, son statut de fantôme en faisant le personnage " philosophique" de l'histoire.

Takeshi Obata a depuis fait à nouveau des étincelles avec Death note, dans un autre style, mais dans les deux cas, je le classe parmi les très grands dessinateurs de manga contemporains, avec Takehiko Inoue. L'un comme l'autre étants non seulement dessinateurs, mais aussi illustrateurs, ce qui apporte beaucoup dans la composition et la colorisation.
Peut être un jour finirai-je la lecture de cette série.


mercredi 28 juillet 2021

Fantômes du Japon (4) - Lafcadio Hearn

 De fait, le livre est fini, mais j'avais isolé cette histoire, de par son importance culturelle.

En effet, on en retrouve des traces un peu partout dans les arts, que ce soit picturaux ou scéniques. L'histoire est un classique du théâtre, du théâtre de marionnettes, du rakugo, a été adaptée en film à plusieurs reprises . C'est même le premier film fantastique japonais, muet, en 1910. Elle apparait aussi régulièrement dans les manga directement ou indirectement...




L'histoire, dont la première édition est connue au XVII° siècle, semble une traduction japonaise, issue d'un recueil de contes chinois, le Jiandeng Xinhua et popularisée par le jeu du Hyakumonogatari kaidankai qui consiste à se raconter 100 histoires de fantômes et monstres dans une soirée, à la lumière de cent bougies. A chaque histoire, une bougie est éteinte. Le jeu s'arrête en général à.. 99, afin de ne pas invoquer accidentellement les esprits.
Ce jeu est très connu, et a été par exemple mentionné dans XXXHolic.
En tout cas, le jeu est probablement antérieur à la parution de la traduction du recueil chinois.

 Histoire des fantômes de la lanterne pivoine ou le karma passionnel ( Botan doro)

Estampe de Yoshitoshi, allez savoir pourquoi O-Yoné a l'apparence d'une guenon..

Ici, Lafcadio Hearn se base sur la version du théâtre kabuki.

O-Tsuyu, fille d'un samouraï ne s'entend pas avec sa belle-mère, donc, pour aplanir les difficultés, son père l'envoie habiter seule avec sa servante O-Yone. O-Tsuyu reçoit un jour la visite d'un médecin, accompagné de Shinzaburo, fringuant samouraï. Les deux se plaisent, et O-Tsuyu fait promettre à Shinzaburo de revenir la voir, sinon, elle en mourrait de chagrin. Or il ne peux pas, suivant l'étiquette, revenir seul, et le médecin qui connait le père d'O-Tsuyu comme caractériel, craint d'être tenu pour responsable, si une liaison commençait. Shinzabuto ne peut revenir, et O-Tsuyu, ignorant tout et se croyant oubliée, meurt de chagrin, Yone aussi meurt de tristesse suite à la mort d'O-Tsuyu. Shinzaburo, qui ignore tout, apprend du médecin la mort de O-Tsuyu et O-Yoné, lequel s'empresse d'ajouter de manière moqueuse qu'elle a dû mourir d'amour pour lui, et de ne plus s'en faire, il ne reste plusqu'à réciter des sutra à leur mémoire. (quel sens de la compassion, et c'est médecin, ça? oO)

Effectivement, il n'y a rien d'autre à faire, donc Shinzaburo prie pour le repos de l'esprit des deux femmes, jusqu'au jour de o-Bon, où.. il rencontre les deux femmes portant une lanterne en forme de pivoine. Surprise des deux côtés, on leur avait justement dit que Shinzaburo était mort, et en discutant ils se rendent compte que le médecin lui-même dit à chacun que l'autre était mort. Commence alors une idylle clandestine ( pour éviter les ragots et en particulier du voisin mèle-tout, et voyant, de Shinzaburo. Mais Shinzaburo a des domestiques, qui l'entendent parler la nuit, et pensent qu'il est tombé dans les griffes d'une .. disons une chercheuse d'or. Et espionnant , le domestique voit quelque chose de pire encore: un  fantôme, le haut du corps est momifié, et elle n'a pas de pieds ( un classique des fantômes japonais).

Et bien sûr, il court informer le voyant de ce qu'il a vu. Qui décide de prendre la situation en main pour éviter le trépas rapide du malchanceux Shinzaburo. Informé de la situation, Shinzaburo qui doute d'être victime de fantomes, va quand même chercher la demeure de O-Tsuyu et O-Yone, à l'endroit qu'elles ont mentionné, et trouve effectivement leurs deux tombes. Il va falloir se faire désenvouter, car sa situation actuelle est le résultat d'un mauvais karma, et d'une erreur commise dans une existence précédente, concernant précisément cette femme: ils se suivent donc d'incarnations malheureuses en incarnations malheureuses.

je vous avoue que j'aimerais bien voir la version pour théâtre de marionnettes

Il barde donc sa maison d'amulettes pour empêcher les fantômes d'entrer. Elles reviennent nuit après nuit, et finissent pas négocier avec le serviteur: il a besoin de son employeur pour vivre, mais accepte d'enlever les amulettes , contre une somme d'argent suffisante pour ne plus dépendre de lui.
Evidemment on se doute de la suite : Shinzaburo est trouvé mort , au lit, accompagné d'un squelette qui l'a étranglé.
Il y a une conclusion intéressante où l'auteur, débat des personnages de l'histoire de son point de vue occidental: Shinzaburo est pour lui un type méprisable, en comparaison des héros de romans d'amour courtois, qui se sacrifient par amour, quand bien même en tant que chrétiens, ils ne pensent pas disposer d'autres vies. Pour lui, Shinzaburo aurait pu accepter d'en sacrifier une puisqu'il en avait d'autres " en attentes" en tant que bouddhiste. Et sa visite au cimetière de légende est décevante, le lieu a été transformé en potager et il n'y trouve qu'une mamie, qui cultive des patates dans l'ancien cimetière et montre deux fausses tombes d'O-Yoné et O-Tsuyu aux curieux venus en pélerinage. Ce retournement de situation absurde est plein d'humour sarcastique qui rappelle l'origine européenne de Hearn :D

Une autre variante de cette histoire, bien plus factuelle, mettant en scène Ogiwara, un veuf, séduit par le fantôme d'Otsuyu, sans que cette fois il soit question de karma.

Il y a bien d'autres histoires de fantômes japonais, telle celles d'Oiwa ou d'Okiku, qui avec celle d'Ostuyu sont les Nihon sai dan kaidan, les " Trois grandes histoires de fantômes du Japon", mais pour une raison ou une autre, Hearn ne les a pas intégrées à son recueil. Ceci dit, j'aim maintena tbien envie de découvrir les ouvrages qu'il a consacrés à la culture antillaise.

mercredi 21 juillet 2021

Fantômes du Japon (3) - Lafcadio Hearn

Et on continue!
avec les deux dernières thématiques du recueil " Enchantements et désagréments" et " du fini à l'infini". Don c bon, comme auparavant, vu qu'il s'agit de courtes nouvelles dont précisémet la chute justifie le classement dans telle ou telle catégorie, je peux difficilement faire autrement que spoiler. Désolée!


Enchantements et désagréments: une petite série d'histoires plus courtes que les précédentes, sur la thématique des métamorphoses. Cette fois, on y trouve des humains victimes d'animaux ou de plantes qui ont usurpé la forme humaine, parfois sans mauvaise intention, parfois pour faire passer un message, ou vraiment pour nuire.

- Le vampire du fond des eaux: ou L'histoire de Chûgorô. Chûgorô est un soldat de Kyotô, un homme parfaitement normal et sympathique, qui se retrouve malgré lui victime d'un maléfice. En effet, il a un jour croisé une belle femme qui l'a ouvertement dragué, puis emmené dans son palais au fond de la rivière, s'en faisant épouser, mais avec la clause de ne pas révéler ce mariage. Chûgorô s'épuise donc, rejoignant nuit après nuit son aquatique épouse, sans se douter de la vraie identité de celle-ci.
Le texte traduit parle de vilaine grenouille, je me demande si ce ne serait pas en fait un kappa.

- La mort d'un canard sauvage ou Oshidori: où l'on apprend que les canards sauvages Oshidori (les mandarins) sont au Japon le symbole de la fidélité. Un chasseur tue un jour un canard sauvage pour son dîner.  La nuit suivante, l'esprit de la cane vient le hanter sous forme d'une femme qui lui reproche le peurtre de son mari.

- Le message de la mouche ou l'histoire d'une mouche:
Une servante d'une famille de notables, ne fait jamais aucun effort de coquettereie, bien qu'elle soit correctement payée et fournie en vêtements. Lorsque son employeur lui en deande la raison, elle s'explique simplement: lorsque ses parents sont morts  elle n'avait pas les moyen de faire effectuer un service funéraire digne de ce nom au temple. Elle économise donc sou après sou, pour cet objectif, et promet de faire ensuite des efforts. Ce par quoi elle gagne encore plus l'estime de ses employeurs. Elle meurt cependant peu après avoir pu réaliser son projet, et revient, sous forme de mouche, jour après jour chez ses employeurs: il lui restait encore un peu d'argent, elle tente de leur faire comprendre qu'elle voudrait utiliser cette somme pour son propre service funéraire. Qui se fera donc sous la forme d'un inattendu enterrement de mouche, avec plaquette funéraire.

- Le faisan et le parricide, ou l'histoire d'un faisan: Un fermière voit en rêve feu son beau père, l'avertissant qu'il va courir le lendemain un grand danger et qu'elle doit le sauver. Le lendemain même, un faisan qui fuit devant les chasseurs entre chez elle et se laisser attrapper et cacher. Elle en est sûre c'est son beau-père. Lorsqu'elle raconte à son mari ce qui s'est passé, il se moque d'elle et tue le faisan pour le manger, sous prétexte " mon père préfèrerait être mangé par sa famille que par les chasseurs". On ne plaisante pas avec ces choses dans un pays qui croit à la réincarnation, la femme va porter plainte contre son mari, et la justice lui donen raison: tuer la réincarnation de son père reste un parricide.

-Celui qui voulait voir l'éléphant blanc à six défenses ou la légende de Fugen Bosatsu. Le Fugen Bosatsu est une image particulière de Bouddha, monté sur un éléphan à 6 défenses, dont on dit qu'il peut apparaitre à des personnes pieuse, dans des circonstances particulière. Le voir sous cette forme est le souhait le plus cher d'un prêtre, qui va voir son rêve réalisé de manière inattendue, dans une soirée musicale: une courtisane de condition très modeste s'avère être l'incarnation de Fugen Bosatsu, et lui seul peut la voir sous sa forme divine, avec l'éléphant, lorsqu'il ferme les yeux.


-Le "cerisier du seizième jour" ou Jyûroku- zakura
: Un cerisier particulier, très ancien ne fleurit qu'un jour par an, le 16° jour du premier mois lunaire ( donc encore en hiver). Et ce parce qu'il est hanté par le fantôme d'un homme, qui lorsque son cerisier préféré a dépéri, n'a pas hésiter à se sacrifier pour le sauver, sous forme d'échange équivalent : une vie contre une vie.

- l'histoire de " Saule Vert", l'histoire d'Aoyagi: Un samourai égaré dans une tempête trouve refuge chez des montagnards et leur fille, la jolie " Aoyagi", qui se révèle étonnamment raffinée et cultivée pour une montagnarde. L'homme pense qu'elle ferait épouse parfaite et l'emmène donc avec lui, puisqu'il ne peut se marier qu'avec l'autorisation de son chef militaire. Ce qui se fera après quelques péripéties. Jusqu'au jour où sa femme lui révèle sa vraie nature: elle est l'esprit d'un arbre, et doit maintenant quitter son mari malgré elle. Dans la montagne, quelqu'un a coupé son corps physique et elle va donc simplement disparaître.

Du fini à l'infini: cette sélection se penche plus spécialement sur les histoires de réincarnations et de bouddha.

- Le mort qui protesta contre ses voleurs ( Shiryô) et le magasin de porcelaine hanté par la haine (Ikiryô): ces deux courtes histoires sont en fait deux face d'une même situation: dans la première, le fantôme d'un haut fonctionnaire mort, accusé faussement de malversation et dont la famille va être spoliée, revient prouver son innocence: prenant possession du corps d'une de ses servantes, il va donc prouver ses dire en refaisant les comptes. Un fantôme tout à fait habituel, donc. Dans le second, un employé de magasin, très compétent, est poursuivi par le fantôme d'un vivant, ce qui n'existe pas en Europe. Dans la tradition japonaise, c'est psible: un sentiment violent, en particulier d'aversion, peut venir hanter la victime exactement comme un fantôme vengeur. Ici, l'homme est trop compétent en fait, il est détesté par la femme de son employeur, car elle s'imagine qu'il va faire preuve d'ambition et spolier son propre fils de son héritage. Sa haine démesurée a pris forme à son insu et elle n'a même pas conscience de la situation, elle a au contraire tout fait pour cacher son aversion pour lui. La solution est simple pour contenter les deux partis: éloigner le bon employé en l'envoyant ouvrir une succursale dans uen autre ville, il ne sera plus sous le nez de la vieille dame, et le "fantôme de l'inimitié" disparaîtra tout seul, sans dommage pour personne.

- l'enfant qui naquit deux fois ou la renaissance de Katsugoro:
Un petit garçon , Katsugoro, demande un jour abruptement à sa soeur de qui elle était l'enfant dans sa vie antérieure. Elle ne le sait pas alors que lui se souvient parfaitement de sa précédente famille et de son précédent nom. Il s'appellait Tozo venait d'un autre village, et est mort de maladie plusieurs années plus tôt. La famille voulant en avoir le coeur net, envoie donc le gamin avec sa grand-mère en visite chez sa première famille, folle de joie de le savoir à nouveau vivant.

- Devant la Cour Suprême: ha, une histoire du VIII° siècle pour illustrer le concept de " dieu injuste", des dieux non reconnus par la doctrine bouddhique (en gros, païens) que l'on prie mais dont les bienfaits finiront par amener le malheur. Kinumé, une jeune femme, a failli mourir de maladie et a été sauvée par "le dieu de la Peste" prié par ses parents. Cependant ce n'est pas gratuit, et le dieu ne peut la sauver qu'en échange de la vie d'une autre femme, son homonyme, qu'elle lui désigne. Le dieu va donc faire mourir son homonyme. Mais la justice divine bouddhique ne l'entend pas de cette façon et procède à un échange: après quelques jours de coma, c'est la seconde Kinumé, la victime désignée, qui se réveille dans le corps de la première. Mais l'histoire se finit bien: les familles passent un accord, la survivante qui a le corps de l'une et l'esprit de l'autre malgré elle devient donc l'unique héritière de DEUX héritages :D

- Le samouraï qui fit ouvrir les portes de la naissance, ou l'histoire de Umetsu-Chubei: Umetsu Chubei est un samourai qui, involontairement, va rendre service à une divinité. En remerciement de quoi, il se vera doté d'une force surhumaine, ainsi que tous ses descendants.

- Celui que le passé désigna pour connaître l'avenir, ou une histoire de divination: Ici, le narrateur nous parle de divination, à travers une histoire de voyance, qu'il tient d'un voyant, pour illustrer un proverbe " le diseur de bonne aventure ne connaît pas son propre destin"

- Sur la montagne des crânes d'hommes, fragment: Le boddhisatva acompagne un pélerin sur le lieu où il doit avoir une révélation, mais le chemin est long et fastidieux, il s'agit en fait d'une montagne d'os et decrânes humains. Sans savoir où cette coute histoire allait amener, j'ai beaucoup aimé la chute, complètement philosophique.

- "Et le temps lui-même est une illusion" ou " Dans le cercle": celle là est .. impossible a résumer. Il s'agit d'une discussion philosophique sur le concept de réincarnation et d'éveil, qui est loin, très loin d'être aussi positif que se l'imaginent beaucoup de gens.
A Ushiku, le plus grand Bouddha du monde.



jeudi 15 juillet 2021

Fantômes du Japon (2) - Lafcadio Hearn

Et hop deuxième sujet extrait de cet ouvrage, cette fois sur les thématiques " horreurs et malheurs " et " vertiges et prodiges", que j'ai donc gardé pour marquer le coup de O-Bon.

Horreurs et malheurs, comme on s'y attend, met en scène des histoires plus violentes et cruelles que précédemment, on y trouve des yokai connus : le rokurokubi ( goule dont la tête se detache du corps pour aller dévorer les vivants la nuit), le nopperabo ( monstre sans visage) , des cadavres rétifs, des esprits sanguinaires... Ca va saigner. Attention spoilers, parce que ce sont des histoires très courtes, et il est impossble d'en parler sans les résumer, ce qui implique de dévoiler la fin. Donc dans la mesure du possible je tente le coup du surlignage pour révéler le spoiler.

- le fantôme à la tête coupée: Un prêtre errant, ancien samouraï ( et toujours vaillant), hébergé par de braves gens est nuitamment attaqué par cinq "Rokuro-kubi", plus que des fantômes, des créatures fantastiques dont , selon les cas, le cou s'allonge démesurément, ou la tête se détache  pour aller commettre des forfaits. Ses "gentils hôtes" sont bien décidés à en faire leur pitance. Pour les vaincre, il faut déplacer leurs corps et les cacher. Les monstres disparaîtront pour toujours si la tête et le corps ne sont pas rassemblés à l'aube.

- Celui qui avala un fantôme: une histoire à fin ouverte. Un homme, buvant un thé, voit dans sa tasse une étrange apparition. Un fantôme. Il décide malgré tout de boire le thé, et le fantôme avec... et reçoit évidemment le jour même la visite .. du fantôme, bien décidé à se venger de cette affront. Mais... nous ne connaitrons pas la fin de l'hisoire et c'est bien dommage, Lafcadio Hearn précisant que c'est typique des récits fantastiques japonais, à nous d'imaginer ce qui va se passer entre l'homme et le fantôme.

- Le décapité qui mordit la pierre: un condamné à mort, avant son trépas, maudit le seigneur qui va le faire exécuter, promettant de se venger et de le hanter. A quoi le seigneur rétorque: " je ne peux pas acorder foi à vos parole, prouver moi que c'est exact. Il y a une grosse pierre plate au sol, si votre tête coupée vient la mordre, alors j'accorderai du crédit à la menace". Le condamné promet de la mordre.. ce que fait sa tête , sitôt coupée. Et de mourir et de ne jamais revenir hanter qui que ce soit. Le Seigneur savait: seule la dernière menace d'un condamné est dangereuse. En détournant son attention, il a annulé la malédiction, le fantôme a oublié sa vengeance!

- Le fantôme dans visage: Ici il est dénommé " mujina", bien que je le connaisse par ailleurs sous le nom de Nopperabô. Un vieux marchand rencontre une jeune femme éplorée, un soir, pleurant et se cachant le visage. EIl lui propose de l'aider, avant de se rendre compte avec horreur qu'elle n'a pas de visage: ni nez, ni yeux, ni bouche, une face lisse comme un oeuf C'est un yokai. Malheureusement pour qui veut les aider, cette malédiction se transmet instantanément à qui regarde le monstre!

- Le chevaucheur de cadavre: Une histoire assez glauque. Une  femme divorcée, évidemment contre son gré, vient de mourir, pendant l'absence de son ancien mari. elle a proféré à son encontre des menaces et  l'homme risque gros. Pour éviter de se faire déchiqueter par son ex femme, l'exorciste lui donne la seule solution: il doit passer la nuit, assis sur le dos de son ex femme, la tenant par les cheveux, tel un cheval par les rênes, sachant qu'elle va essayer de le désarçonner. S'il survit à la nuit, il sera sauvé de la malédiction... A cheval sur un cadavre... beurk...

- le mangeur de cadavre: Un prêtre errant arrivant dans une village où quelqu'un vient de mourir, apprend qu'il y a là un étrange rite. Dès qu'il y a un décès, tout le monde part, laissant le cadavre seul dans une pièce. au matin, il n'y a plus trace du mort. Le prêtre a vite fait de comprendre: le cadavre est mangé par un  fantôme d'un confrère, mort depuis longtemps, qui habitait autrefois dans la montagne.

- la morte aux mains vivantes: Encore une histoire très louche, de jalousie féminine, et particulièrement cruelle. La femme d'un Daimyo, mourante, fait appeller près d'elle une des concubines d eson mari ( rien que de trèshabituelle), qu'elle dit aimer comme une soeur, lui faisant promettre d'épouser son futur veuf et de bien s'occuper de lui. La jeune femme acquiesce, et la mourante lui demande un dernier service: la transporter sur son dos jusqu'au jardin, pour voir une dernière fois les arbres en fleurs. Et en profite pour saisir sa rivale par les seins , avant de mourir. Mais impossible de détacher les mains de la morte, qui se sont soudées à la peau de la jeune femme. Il n'y a pas d'autre moyen que de les couper.. Mais les mains restent malgré tout vivantes, pinçant et torturant sans relâche la femme... toutes les nuits, et ce pendant dix-sept ans, malgré les exorcismes et prières propitiatoires.

- la légende de la cascade aux esprits: une histoire bien saignante. Les ouvrières, pauvres, d'une filature de chanvre, près du lieu dit de "la cascade aux esprits", font un pari: elle donneront toutes leur paye de la journée à celle qui aura le courage d'aller chercher largent contenu dans la boite à offrandes de la cascades aux esprits. O-Katsu, qui a un enfant en bas-âge, et bien besoin d'argent, se dévoue. Et par voler le tronc, son enfant emmailloté sur le dos. Elle sent bien qu'on essaye de la saisir, lorsquelle s'empare de la boîte, mais revient malgré tout à l'atelier. Où tout le monde va découvrir l'horreur: O-Kastu a le dos trempé de sang, l'enfant a eu la tête coupée.

Vertiges et prodiges:
Un peu de calme et de mystère pas forcément saignant, après le précédent chapitre!

- le prêtre qui écrit avec cinq pinceaux en même temps: L'écriture de Kobodaishi, alias Kukai. Kukai est un authentique prrêtre des VIII°/ IX° sièclle, particulièrement important à Shikoku dont il est originaire, puisque le pélerinage des 88 temps lui est dédié. Mais bien qu'ayant existé en tant que personnage authentique, tout comme Siddharta Gautama un millénaire plutôt ou les philosophes grecs, il est aussi semi-légendaire, et toutes sortes de miracles lui sont attribués. Notamment, comme il était également calligraphe, la capacité d'écrire avec 5 pinceaux en même temps ( un dans chaque main, un à chaque pied et un entre les dents), et de tracer des caractères capables de s'animer. On a donc ici 3 histoires de caractères enchantés.
- le tableau qui avait une âme: L'histoire de Kwashin Koji,prédicateur de rue et peintre de Kyotô, auteur d'un kakemono représentant des démons si réalistes qu'ils terrifiaient la population, laquelle retournait fissa dans le droit chemin pour éviter les malédictions, non sans avoir laissé une obole au prêtre. Le tableau ayant attiré l'attention d'un daimyô, qui voulut l'acheter, le prêtre refusa de se séparer de ce gagne pain, et fut assassiné par un vassal qui lui vola le tableau. Or une fois ramené, le papier s'avéra blanc et le daimyo apprit que le mort, très vivant, continuait à prêcher avec son tableau. Deuxième tentative d'assassinat, deuxième échec: le supposé mort continuait ses prêches intinérant. Arrêté, il finit par s'enfuir en embarquant sur un bateau dessiné sur l'un de ses tableaux :)

- le gamin qui dessinait des chats: lui n'a pas de nom connu, c'est un fils de paysan, inapte aux travaux des champs, mais doué pour la peinture. A ce détail près qu'il ne dessine QUE des chats, encore et toujours. Envoyé dans un temples pour devenir moine, il s'y montre encore inapte, mais son talent pictural va quand même faire des merveilles. Car, de passage dans un temple abandonné, il trouve des panneaux blancs où peindre des chats... sans savoir que le temple est hanté par un démon-rat. Que tous cs chats vont nuitamment s'empresser de chasser .

- celui qui tomba amoureux d'un portrait: La fille sur le paravent. Un homme achete sur un marché un vieux tableau représentant une jolie femme et à force de le contempler, fini par tomber amoureux de cette femme idéale. Au point de s'en rendre malade. Jusqu'au jour où un spécialiste lui explique qu'il y a un moyen de transformer son tableau en femme réelle,bien que le modèle soit mort depuis longtemps. Le peintre était si doué qu'il a pu enfermer dans son dessi  on seulement la forme mais aussi l'esprit de la fille: il suffit alors de lui donner un nom et de l'appeller par ce nom, jusqu'à ce qu'elle se matérialise. Et lui offrir une coupe de saké acheté chez 100 marchands différents, afin qu'elle reste et dise elle-même la suite du rituel à accomplir.
Une variante locale de l'histoire de Pygmalion, donc, plus ou moins.

- la prisonnière du miroir
: Un petit temple tombe en ruine.Juste pour le plaisir je cite le nom du daimyô local, qui n'a pas les moyens de le faire réparer, très drôle pour les français: le seigneur " Kitahataké". En cas de guerre, c'est toujours la faute du seigneur Kitahataké. En tout cas le seigneur Kitahataké a dépensé trop d'argent en guerres et n'a plus de liquidités pour l'entretien. Donc le prêtre local fait appel à un autre seigneur pour récupérer des fonds. MAis comme celà peut prendre du temps, le prêtre se voit contraint de louer un logement à Kyotô en attendant . Or la maison possède un puits intarissable, même en pleine période de sécheresse, mais auquel une sinistre réputaton est attachée: plusieurs personnes s'y sont mystérieusement noyé, et cet été-là, une voisine venue y puiser de l'eau est aussi retrouvée morte. Se penchant sur le puits il y voit une femme, en train de se farder, et manque se noyer lui aussi.
Jusqu'au jour de tempête où il reçoit la visite du fantôme du puits, qui vient s'expiquer: elle est la première a être tombée dedans et est devnue esclave du dragon qu'il l'habitait, contrainte de faire tomber d'autres victimes pour nourrir le dragon. Le dragon est parti, le puits est à sec, elle vient donc implorer le prêtre de procéder aux rites de purification pour la libérer elle aussi. Il ne s'agit pas d'une vraie femme, mais de l'esprit d'un miroir précieux tombé au fond du puits. Que le miroir soit rendu à la famille de son légitime propritaire, et tous els problèmes d'argent du prêtre seront rapidement réglés en remerciement.

- A propos d'un mort et d'une cloche: ou plutôt en anglais " d'un miroir et d'une cloche". La légende de la mugen-kane, cloche fondue à partir de miroirs de bronze, et maudite par une femme qui regrettait d'avoir du donner son miroir: le miroir ne fond pas, on comprend qu'elle ne voulait pas réellement le donner et est la risée de tout le village. De honte elle se suicide, mais auparavant maudit la cloche: après sa mort le miroir fondra, la cloche sera fondue.. mais celui ou celle qui arrivera à la briser à force de la faire sonner gagnera une éoemet somme d'argent. ce qui dot arriver arrive, les gens se succèdent jour et nuit pour sonner la cloche au points que les moines n'en peuvent plus et la jettent dans un marécage. Impossible de la sonner, mais les japonais ne manquent pas d'astuce, ni ce superstition: qu'à cela ne tiennt, toyt objetc peut devenir symboliquement la cloche, ils façonnent donc plein d'objets variés pour les casser, déclarant que c'est la cloche, symboliquement, en éprant être chacun l'élu du fantome de la femme: le tintamarre continue de plus belle.
Une histoire plutôt originale, mais d'une narration assez étrange, qui part en tout sens. Peut-être est-ce la traduction depuis l'anglais qui est en cause.

Un furisode aux couleurs particulièrement ardentes

- Le grand incendie de la robe aux longues manches: un furisode ( titre original), kimono à longues manches. Lors d'une fête une femme voit un samourai aux vêtements de couleur éclatantes. L'homme autant que le vêtement lui plaisent beaucoup. Mais impossible de retrouver l'inconnu! Dans l'espoir d'attirer son attention, au cas où elle le rencontrerait à nouveau, elle se fait confectionner un kimono tout semblable à celui du monsieur, le porte souvent, et prie devant lui en esprant se concilier les dieux. Mais malgré tous ses efforts, elle ne le revoit pas, et meurt soudainement. Le vêtement précieux donné au temple est vite revendu: tutes ses propriétaires succèsisvent meurent le jour même où elles décident de le porter, après avoir déclaré êtres hantées par le fantôme d'un bel homme. Pour purifier le vêtement, le prêtre décide de le brûler. Mais iprégné de la passion de la dame, le vêtement brûle.. envoyant des éctincelles dans tout le quartier, qui se répandent partout en ville, déclenchant le " grand incendie du kimonon à longues manches" ( à Tokyô en mars 1657). Un incendie de deux jours, tout à fait réel, et rvraisemblablement causé par le rituel de purification d'un furisode maudit. 65% de la ville a été détruit. Une manière radicale de déclarer sa flamme à quelqu'un!




mercredi 28 octobre 2020

Ludwig Révolution t.4 - Kaori Yuki

 Dernier tome des aventures de Ludwig.

Et plus que deux histoires en fait. La première " la princesse du sel" est tirée de "la gardeuse d'oies à la fontaine" mais Kaori Yuki en a changé le tire pour eviter la confusion avec la gardeuse d'oies tout court, déja adaptée précédemment. Et " la lumière bleue" je suis d'accord ce sont des histoires presque totalement inconnues.



La princesse du sel, (3 chapitres) conclut de manière un peu précipitée il est vrai l'histoire de Julius et Petronella. Mais il vaut mieux un peu précipité que pas de fin du tout.

A la fin du tome 3, la situation était telle que Ludwig savait qui en voulait à sa vie par les informations obtenues du chaperon rouge et d'Hansel et Gretel. Décidé à confronter son père et ces usurpateurs, il avait donc d'une part entamé son voyage de retour vers son pays et d'autre part, envoyé le chaperon rouge à la recherche d'une mystérieuse personne dont il savait qu'elle ne lui refuserait pas son aide. Wilhelm lui, ne sait pas qui sont les commanditaires de ces tentatives d'assassinat.

Purée leurs tronches... même à Halloween ils pèteraient l'ambiance

Et donc cette piste est exploitée, et j'avais totalement oublié ce personnage disons...totalement taré.

Donc à peine de retour Dorothea la sorcière, qui outre son masochisme et sa tendance à vendre régulièrement des potions totalement ridicules contre une forte somme ( ceci aura son explication dans " la lumière bleue"), est une sorcière douée, capable de sentir un maléfice. Celui ci est concentré dans des cristaux de sel disséminés tout autour du château. Elle va donc se donner pour mission d'aller les détruire, non sans avoir auparavant en secret jeté un sort de protection à Ludwig, et lui avoir recommandé de ne rien manger de ce qu'on lui proposerait au château.

Dès lors, si quelqu'un essaye d'attenter à la vie de Ludwig, c'est elle qui recevra le coup, à distance. Ce qui se passe, Wilhelm goûte sans le savoir à une tarte hallucinogène concoctée par Julius, voit des monstres partout, poignarde Ludwig , et est jeté en prison sur ordre du roi, manipulé par Petronella. C'est simple, il suffira de dire à la population " le valet a attaqué Julius sur ordre de Ludwig, s'est retourné contre son maitre et l'a tué avant d'être arrêté. Et bien sur le but était de renverser le roi..."

Et donc Ludwig protégé par le sort de Dorothea , se réveille dans son cercueil avec auprès de lui Julius, qui , versé en magie, se rend vite compte de l'existence d'une protection magique, et vien lui réclamer son coffret d'amethyste " qui contient son coeur"... Objet que Ludwig lui aurait dérobé 4 ans plus tôt lors d'une guerre, car Julius n'est absolument pas le fils du roi, mais un jeune noble du pays voisin, qui a vu sa famille massacrée par Ludwig (?) lors de l'attaque de son pays. Attaque qu'il n'a évidemment jamais commise puisqu'il avait moins de 15 ans à l'époque ( oui ce débauché de Ludwig a... 19 ans et un tableau de chasse digne de Don Juan). Mais il sait qui en est responsable et c'est précisément la personne qu'il veut faire retrouver par le chaperon rouge.

Celle ci se nomme Amalberga, est sadique et violente au dernier degré, et est surtout la légitime souveraine exilée par son mari. Oui, la reine, la mère de Ludwig, qui lui ressemble au physique comme au caractère. Et purée j'avais oublié à quel point elle est gratinée. Donc avertie que son mari - qui n'est qu'un roi consort- a fait courir le bruit de sa mort, elle s'applique avec son allure de femme pirate, et sa clique de brigands armés jusqu'aux dents pour reprendre son trône.


Oui lareine est complètement tarée, et donc je la kiffe, Kaori Yuki est allée jusqu'au bout de la logique, le fils est largement plus soft que sa mère.

Une dernière petite apparition de la belle au bois dormant ( qui est devenue l'esprit d'une ronce enchantée, car dotée elle aussi d'une ascendance de sorcière elle n'est pas réellement morte, mais a juste changé de forme), pour aider Dorothea mourante, puisqu'elle a pris le coup de poignard destiné à Ludwig.


Sauf que, il reste une dernière histoire " la lumière bleue" qui va enfin éclaircir les raisons de Dorothea. Peu avant de mourir ( ou plutôt de quitter son corps temporaire) elle explique qu'elle va au "pays des morts à la lumière bleue", pour y intégrer un nouveau corps. Elle est immortelle et est maudite, condamnée à se réincarner encore et encore pour rapporter de l'or en grande quantité à son maître - d'où son apparence qui ne change jamais siècle après siècle, et sa vénalité.

Bien des années avant, un mercenaire au caractère épouvantable avait demandé une princesse en mariage et devant le refus de la fille et de sa famille avait juré de se venger. Arrivé chez Dorothea , il s'etait comporté de manière si inacceptable qu'elle l'avait jet dans un puits sans savoir que le puits contenait la lampe bleue magique, qui allait servir la vengeance du mercenaire ( on passera donc sur le fait qu'une sorcière très douée pour repérer les sortilèges aurait ignoré qu'une lampe magique abritant un démon se trouvait dans son propre puits asséché).

Dès lors l'ancien militaire a pu obtenir ce qu'il voulait du démon en échange de beaucoup d'or: le roi a été détrôné, la princesse est devenue sa servante, la population massacrée est devenue son armée de zombies assoiffée d'or, il est devenu roi du pays rebaptisé " pays de la lumière bleue", est immortel dans un corps toujours renouvelé, et a condamné Dorothea a lui ramener toujours plus d'or pour le démon.

Bien qu'il s'en défend, Ludwig a une dette envers elle, et prétextant " avant de mourir, elle s'est exprimée de manière volontairement obscure pour m'intriguer et m'obliger à aller y voir de plus près " , va effectivement aller chercher ce pays maudit.

Ludwig ne sera jamais honnête envers lui-même!

Au final, la fin reste ouverte à une suite, mais heureusement les dernières histoires concluent avec Julius et Dorothea ( qui est au centre de ce tome, yay!). Donc bonne petite relecture d'une courte serie qui a le mérite de conclure à peu près, ce n'est pas toujours le cas avec l'auteur, et de ne pas.se prendre au sérieux. Même si on y retrouve les thèmes habituels: manipulation et sorcellerie, poupées humaines, princesses perverses, travestissements à plusieurs niveaux, masochisme et sadisme, Eros et Thanatos et malheureusement le retournement final un peu trop habituel chez elle du méchant désigné qui est en fait manipulé par quelqu'un d'autre que personne ne soupçonnait. Sur une courte série de 4 tomes, ce n'est pas trop gênant , sur une série comme Comte Cain/ GodChild entièrement basée sur le fait que ce personnage est en quelque sorte le parrain d'une organisation mafieuse, un retournement de ce type dans le derniers chapitre bousille totalement ce que la dizaine de tomes précédents avaient établi ( et alors sur les 20 tomes d'Angel Sanctuary, c 'est un gâchis total)


Et.. oups, Dorothéa s'est réincarnée un peu trop vite, son nouveau corps n'a qu'une douzaine d'années.. et plus de nichons, donc forcément, si elle revient par la suite dans un futur tome, ben..je suppose que le sujet gros nichons sera aussi plus ou moins évacué. En tout cas , elle reste mon personnage favori!

Donc oui, je vais revendre cette série qui m'a bien plu, mais que je ne relirai probablement pas. J'ai besoin de place et d'un peu de sous, donc, il me faut à présent faire un tri sur mes étagères, entre les series finies que je ne relirai pas, ou celles que je ne finirai jamais, celles que je peux racheter en version numérique donc qui n'encombreront plus ma chambre, ce sera la mission de l'année qui vient.



vendredi 23 octobre 2020

Fantômes du Japon (1) - Lafcadio Hearn

Une lecture, et qui plus est, autre qu'un manga mais c'est la teuf !

En fait, celui- ci était prévu cet été, pour marquer le coup de O-bon, je l'avais lu il y a longtemps, mais je voulais le relire un peu auparavant pour en parler. Sauf que j'ai déménagé et qu'il s'est retrouvé au fond d'un carton, je ne l'ai pas retrouvé à temps. Tant pis, ce sera donc un sujet Halloween.

Lafcadio Hearn est un étrange personnage, au chemin de vie très inhabituel. Anglo - grec, dont le prénom évoque l'île de Leucade dont il était à moitié originaire, ce qui était un métissage rarissime au XIXE siècle, le monsieur a eu une vie très chaotique, quelques soucis à se trouver un port d'attache, et a beaucoup voyagé. De ses voyages, il a tiré la matière de plusieurs nouvelles et récits inspiré des folklores des lieux qu'il visitait : Louisiane, Caraïbes et donc Japon. Pour ce dernier , il est l'un des premier européens à s'y être fixé au moment de l'ouverture du pays, à en avoir appris la langue et à avoir mené un véritable travail d'ethnologue en ce qui concerne le folklore et les recits fantastiques en particulier. C'est à lui que l'Occident doit la découverte des légendes et creatures fantastiques japonaises, bien longtemps avant la déferlante de manga sur le thème des yokai et yurei.

Je dois reconnaître que ce genre de personnes atypiques me plaît beaucoup, il va falloir que je me renseigne sur ses écrits concernant les Caraïbes.

Ce sont donc une bonne quantité de contes et légendes regroupés par thématiques que contient l'ouvrage.

Donc vu qu'il y a beaucoup de nouvelles regroupées en 6 parties, je vais morceller.

Et donc voici les deux premières parties: " songes et mensonges" et " amours et retours". Le deux sont peuplés de fantômes, fantômes d'êtres humains ou lieux fantômes, et de yokai.

Songes et mensonges: ici il va etre question d'aventures vécues en rêve, d'illusions, de pays mythiques. Les deux premiers contes sont très connus, mais j'ai une préférence pour le très inattendu " homme requin " de la dernière et la cocasse " Source magique"

- l'aveugle qui faisait pleurer les morts, ou l'histoire de Hoishi sans oreilles: 

l'aveugle Hoishi est un musicien pauvre mais talentueux, qui vit dans un temple et par un concours de circonstance, se retrouve sans le savoir recruté par des fantômes .Jusqu'à ce que des passants signalent aux prêtre que la nuit, Hoishi joue comme un forcené au cimetière. Le prêtre comprenant qui abuse de l'infirmité de Hoishi, lui propose alors un une solution pour le sortir de ce pétrin. Hoishi restera la nuit seul sans bruit dans la pièce et ne répondra pas à l'appel du samouraï fantôme. Le prêtre ayant pris soin de le couvrir entièrement de formules de protections le rendant invisible aux esprits. Mais il a oublié les oreilles, seule partie que voit le samouraï. Deux oreilles flottant au milieu du vide, qu'il coupe pour les ramener comme preuve qu'il est acquitté de sa mission et a ramené la seule partie qu'il a pu trouver d'Hoishi. Et les fantômes  ne revinrent plus. C 'est depuis ce jour qu'il fut surnommé "Hoishi sans oreilles"

- le songe d'un jour d'été ou l'histoire de Urashima Taro. Et l'histoire de la source magique

Urashima Taro à dos de tortue

Une des légendes les plus connues,  qui narre la mésaventure du pêcheur Urashima Tarô, sauvé de la noyade par la fille du roi- dragon de la mer. Il se marie avec elle au fond de l'eau, mais éprouve quelques temps plus tard l'envie de revoir la terre ferme, sa famille et ses amis. Elle lui confie un coffret avec pour consigne de ne pas l'ouvrir. Mais lorsque Tarô se retrouve chez lui, il ne reconnaît rien et pour cause: les quelques jours passés dans le palais sous-marin sont en fait des siècles sur terre. Ses proches sont morts depuis longtemps, on raconte l'histoire légendaire de son naufrage aux enfants et on lui montre le cénotaphe à son nom. De désespoir Tarô ouvre la boîte... Et tombe en poussière, rattrapé par le temps.
L'auteur complète ici par l'histoire de la source magique: un vieux paysan assoiffé se désaltère à une source sans connaître  sa vertu miraculeuse,et lorsqu'il rentre chez lui, il a retrouvé le physique et la santé de ses vingt ans... sa femme s'empresse de s'y rendre et boit à son tour.. et boit et boit... jusqu'à retrouver le physique de ses deux ans. 

- Le rêve du papillon et de la fourmi: 

Un homme fait une sieste au pied d'un arbre. Il rêve qu'on vient le chercher pour épouser une noble dame, avec laquelle il part vivre dans une ile dont il est nommé gouverneur, poste où il reste pendant 25 ans, menant une vie des plus banales, avec des enfants, jusqu'à la mort de sa femme. On lui annonce alors qu'il peut rentrer chez lui. A son réveil, sa sieste n'a duré que quelques minutes. Il s'est endormi sur une fourmilière, et creusant pour en avoir le coeur net, il découvre que la fourmilière est le palais miniature dont il a rêvé.

- le mangeur de rêves:

 le Baku est une créature mythique, supposé' dévorer les rêves. Il suffit de lui raconter ses cauchemars pour le nourrir. Mais ce qu'un humain considère comme cauchemar peut en fait être un bon rêve, dont le baku ne voudra pas.


un modèle de baku pour tatouage

- la ville qui ne connaît pas la mort et la douleur: 

Horai est une ville mythique qui ne connaît jamais le malheur, c'est toujours l'été, les habitants y vivent éternellement jeunes et heureux....ville enchantée de fées ou monde de fantômes ignorants de leur situation?

- celui qui voulait rencontrer Bouddha ou l'histoire d'un tengu ( homme- oiseau messager des dieux):

 

Statue de tengu

Un vieux prêtre sauve un vautour martyrisé par des gamins, sans savoir qu'il s'agit d'un tengu. Pour le remercier le tengu offre de réaliser son voeu : voir le bouddha avant de mourir. Le tengu accède à cette requête recommandant au vieux prêtre de ne pas se prosterner devant le bouddha, de ne rien dire. On sait ce qui se passe quand un personnage de conte est averti de ne pas faire quelque chose: il le fait, pour son malheur.

- la gratitude de l'homme-requin: 

Totaro vient en aide à un désespéré. C'est un homme-requin exilé de la mer, que Totaro installe dans un étang. L'humain et la créature fantastique deviennent amis, jusqu'à ce que Totaro tombe amoureux d'une femme...mais pour l'épouser il doit amener 10 000 rubis à sa famille. C'est à son tour d'être désespéré, au point d'en perdre la santé. Ce qui attriste beaucoup son ami le requin qui pleure beaucoup. Mais les requins ont l'étrange capacité de pleurer des rubis. A condition d'être affectés d'un vrai chagrin, or comme Totaro est ragaillardi suite à cette découverte, que faire? Il n'a pas assez de rubis, mais le requin n'a plus de raison d'être triste. 

Amours et retours: cette fois, il va être question de fantômes et de réincarnation. Histoires d'amour au travers des siècles...et vengeances de femmes trahies. Cette fois j'ai bien aimé la compassion de Benten et l'histoire de O-Tei, les deux avec une fin heureuse. De temps en temps ça fait plaisir. Mais aussi parce qu'elle sont très asiatiques, avec dans le premier cas, une partie de l'esprit d'une femme qui quitte son corps et vit indépendamment d'elle, et dans le second, une réincarnation qui se passe bien.

- la légende du village des joueurs de koto, ou l'histoire de Ito Norisuke

Ito Norisuke, jeune ronin, rencontre une petite servante un soir sur la route et pour lui éviter une attaque, la raccompagne chez son employeur, dans un village très isolé. Pour le remercier, il est invité. Quelle surprise d'etre attendu par la maitresse des lieux, une fort jolie femme de noble famille qui le demande illico en mariage. L'aubaine est inespérée et Ito accepte... sans savoir qu'elle est un fantôme. Ce n'est qu'une fois marié qu'elle lui révèle avoir vécu plusieurs siècles plus tôt, l'avoir rencontré de son vivant, mais n'avoir pu l'épouser à cette époque. Son regret l'a condamnée à errer sur terre comme fantôme. Mais elle promet de venir le chercher 10 ans plus tard. Ito prend la chose avec philosophie, accepte le fait d'être marié à une femme fantôme.. Et attend les 10 ans sans poser de question.

- Histoire des fantômes de la lanterne pivoine ou le karma passionnel. : Celui là est si important que je le garde pour un sujet à part

- Celui qui épousa deux fois la même femme ou la compassion de Benten.


Benten est l'une des 7 divinités du bonheur,ici accompagnée de mon animal totem.

Un jeune homme se promenant près du temple de Benten, déesse de la beauté, trouve un poème écrit sur un rouleau de papier. Il en admire l'écriture et s'imagine celle qui a bien pu rédiger d'une aussi jolie calligraphie: il imagine une jeune femme, qui devient son obsession. Il décide donc de prier Benten pour rencontrer cette mystérieuse calligraphe. Ce qui se passe, il rentre donc chez lui à l'issue d'un mariage organisé par le dieu des mariages lui même, et vit très heureux avec sa femme, invisible pourtant au yeux du voisinage.. Jusqu'au jour où quelqu'un qui ne le connaît pas l'appelle par son nom, et lui explique que la déesse Benten lui est apparue en rêve, annonçant où et quand le trouver et qu'il épouserait la fille de la famille. Quelle n'est pas la surprise du jeune homme de voir une femme pareille à la sienne qui ignore totalement que son esprit est déjà marié depuis plusieurs mois avec son futur époux...
(c'est une chance pour lui que l'auteur de la calligraphie ait bien été une jeune femme, pas un vieux bonze !)

-La première femme du samouraï ou la réconciliation.

Un samouraï pauvre mais heureux en mariage, décide malgré tout de divorcer, pour épouser une femme plus riche dont la famille lui ouvrira la porte d'une belle carrière. Mais la seconde femme est aussi acariâtre que la première était aimable, et l'homme regrette d'avoir aussi honteusement trahi sa première épouse pour de l'argent. Au bout de quelques années, il décide de divorcer de sa seconde femme pour retrouver la première, qu'il retrouve effectivement. Toujours aussi jeune qu'avant, dans une maison pourtant en ruine et envahie d'herbes folles. Pas difficile de deviner ce qui est arrivé à la malheureuse.

- le mariage posthume ou l'histoire de o-Tei.

Nagao et O-Tei sont fiancés depuis l'enfance et doivent se marier quand Nagao aura fini ses etudes. Mais O-Tei meurt avant l'age adulte . Elle promet à son fiancé qu'ils se reverront , et pas dans l'autre monde, s'il a la patience d'attendre qu'elle se réincarne et que sa nouvelle incarnation soit adulte. Problème: où la trouver et comment la reconnaître? Nagao mène sa vie pendant 17 ans, se marie , devient veuf... et un jour en voyage dans un village, rencontre une servante d'auberge, de 17 ans, portrait craché de O-Tei. Lorsqu'il lui demande son nom en lui disant qu'elle ressemble de manière effrayante à quelqu'un qu'il a bien connu autrefois, elle répond instantanément " je suis O-Tei, morte il y a 17 ans, et tu es Nagao mon fiancé, je t'avais dit qu'on se retrouverait" avant de s'évanouir et de perdre tout souvenir de sa révélation. Mais enfin une histoire qui finit bien!

- la femme de la neige ou Yuki- Onna

Pas de fantôme cette fois, mais un yokai des plus connus. Deux bûcherons, un vieil homme et son jeune apprenti,égarés en pleine tempête de neige, trouvent refuge dans une chaumière. En pleine nuit le jeune se réveille et voit une femme vêtue de blanc penchée sur son employeur: elle vient de le tuer, mais épargne l'apprenti par pitié pour sa jeunesse. Mais gare à lui s'il raconte à quiconque ce qu'il a vu, elle le saura et reviendra se venger. Le jeune homme rencontre l'année suivante une jolie femme, nommée Yuki, neige. Elle est très gentille et il a tôt fait de la demander en mariage, un mariage durable et heureux, ils ont dix enfants sans que la femme ne semble jamais changer physiquement.
C'est alors qu'un jour il lui raconte cette étrange rencontre avec une créature surnaturelle à laquelle, comme par hasard, elle ressemble beaucoup. Apprenant la chose Yuki se fâche, car il avait promis de ne jamais raconter cette histoire et vient de la trahir.. auprès d'elle -même. Mais cette fois encore elle l'épargne, avant de disparaître, car les enfants seraient orphelins.

- la morte trop aimante ou l'histoire de O-Kame

La jeune O-Kame , qui adore son mari est mourante. Elle lui fait promettre de ne jamais se remarier, ce qu'il accepte. Peu après les funérailles de O-Kame, le veuf commence a dépérir, et visiblement pas seulement de chagrin. Il finit par révéler que toutes les nuits, O-Kame dont l'esprit ne trouve pas le repos malgré les offrandes, revient le hanter. Et lorsque les prêtres ouvrent la tombe, O -Kame parait bien vivante et bien nourrie. O-Kame est un vampire, même si ce nom n'est jamais dit, apparemment bien décidée à ce que son cher époux la rejoigne le plus vite possible.

- Le secret que la morte voulait effacer ou un secret mort

Une jeune femme nommée O-Sono vient de mourir, et son fantôme revient, nuit après nuit, comme attiré par la commode où elle rangeait bijoux et vêtements. Le prêtre tente d'apaiser le fantôme en donnant bijoux et vêtements au temple, ce qui habituellement fait disparaître les revenants, mais rien n'y fait , O-Sono revient toujours hanter sa commode vide. Elle n'est pas dangereuse, mais anxieuse à cause d'une lettre qui se trouve cachée sous un tiroir. La promesse du prêtre de brûler la lettre sans révéler ce qui s'y trouve apaise O-Sono qui peut disparaître. Et le lecteur non plus ne saura pas ce qui l'angoissait.

Voilà pour les deux premières parties, la suite arrive très vite, c'est promis, si je ne tiens pas ma promesse, que les fantômes viennent me tourmenter!

Le Japon vu par....un anglo-grec.