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mardi 30 avril 2024

La chair des os - Kôno Taeko (lecture audio)

 J'avais prévu ce sujet hier, mais une recherche rapide sur cette autrice une fois de plus inconnue de moi, me dit qu'elle est née le 30 avril 1926. Elle aurait donc 98 ans si elle n'était pas morte il y a quelques années, j'ai donc logiquement décalé mon sujet d'un jour.

nouvelle également publiée dans ce recueil

Bon, celle-là ne m'a pas convaincue: une femme qui vient d'être plaquée se remémore des moments passés avec son ex, notamment, lorsqu'ils mangeaient des huîtres ensemble. Et visiblement, manger des huîtres, c'est son plaisir particulier. Enfin, son kif, c'est surtout d'ouvrir les huîtres de manière chirurgicale, car elle ne mange qu'une petite partie des aliments, celle que délaisse l'homme. Que ce soit les restes d'huître collés à la coquille, de viande collés aux os de poulet, ou aux arêtes de poisson.
Parallèlement depuis la rupture, elle se laisse aller, et ne mange plus, autant par manque d'argent que parce que, visiblement, pour elle, nourriture = sexe. S'il n'y a pas quelqu'un pour partager ce moment, et la nourrir de restes, elle perd l'appétit. Apparemment elle a aussi une sorte d'obsession par rapport au feu , ayant une peur maladive des incendies.

Bon, je n'aime pas les huîtres, donc le plaisir de leur consommation m'est franchement étranger. Plus généralement, et malgré la qualité de lecture, je suis restée totalement en dehors de cette histoire de liaison, puis de rupture SM.

Donc, ce n'est pas une autrice vers laquelle j'irai à nouveau en premier lieu...

On peut l'écouter ici, lue par Christiane Cohendy (54 minutes)

lundi 29 avril 2024

Tribu bêlante - Ôe Kenzaburô (lecture audio)

 Et la nouvelle du jour est cette fois d'un auteur bien connu, prix Nobel de Littérature en 1994, Prix Akutagawa ( l'équivalent peut être de notre Goncourt au Japon, en terme d'importance) en 1958 pour Gibier d'élevage.

Et pourtant, étonnamment, je ne l'avais pas encore lu, donc, c'est l'occasion ou jamais, via cette série audio.

Trouvable ici cette fois encore
Cette tribu bêlant (des " moutons humains" dans le titre original) sont les passagers japonais d'un bus, harcelés par des soldats américains, qui les humilient, les forçant à se mettre à 4 pattes et à bêler comme des moutons.
Donc on commence par une réflexion sur le thème "Vae Victis", malheur aux vaincus, les américains vainqueurs ne se comportant pas dignement et prenant plaisir à ridiculiser les vaincus.
Mais une fois les américains partis, ce bus  peuplé de japonais, dont certains ont évité la honte, devient une version réduite de la société japonaise tout entière, il y a ceux qui ont honte d'avoir laissé faire.. mais se sont bien abstenus pour ne pas retourner contre eux la vindicte des américains, ceux qui compatissent ou s'indignent... un peu tard, et ceux qui insinuent que les victimes (qui ont été menacées au couteaux, et ont préféré l'humiliation à la mort), sont complices, et ont en quelque sorte imposé aux autres la vision de leur défaite. Au point de forcer les victimes à aller porter plainte à la police, et à raconter cette humiliation, et à affronter l'hilarité des policiers, qui y voient une plaisanterie qui leur fera la soirée. Et où il n'y n'a pas vraiment matière à plainte, puisqu'il faudrait que les autorités japonaises s'opposent aux vainqueurs, donc autant dire, aucune possibilité de réparation. Les victimes ne voulant pas porter plainte, un des témoins les harcèle, voyant dans ce refus de déposer plainte se perdre l'occasion d'avoir le beau rôle de redresseur de torts. Oui, c'est tordu.

Mais j'ai bien aimé cette histoire étrange qui brouille les pistes entre victimes et bourreaux. Je pense que je me ré-intéresserai à cet auteur à l'avenir.

Lien pour l'écouter (enregistré en 1987 par Robert Rimbaud), accompagné d'un extrait d'une conférence donnée par Oê en 1987, qui explique l'origine et l'intention de sa nouvelle. 56 minutes au total

dimanche 28 avril 2024

L'idiote - Sakaguchi Ango ( lecture audio)

 Et hop, troisième lecture/ écoute de cette série de nouvelles proposées par Radio France.
C'est encore un auteur inconnu de moi, et donc une découverte.



Enregistrée en 1987 et lue par Raymond Gérôme ( 53 minutes). 


Donc, de quoi est-il question? D'une petite rue de Tokyo, où habitent des gens un peu particuliers, pendant la seconde Guerre Mondiale. Il y a Isawa le journaliste, il a un regard très critique sur la société et déteste son travail et surtout ses lecteurs, plus intéressés par les effets de mode que par les vrais sujets. Il y a une secrétaire du comité de quartier, enceinte, qui ne sait pas trop qui est le père de son futur enfant, car elle a, probablement en échange de nourriture été la maîtresse de tous les hommes du comité, qui maintenant se débinent pour laisser à l'un seul la tâche de subvenir aux frais de naissance. Il y a "le fou", un homme plutôt misanthrope qui a choisi de venir s'installer au bout d'une ruelle, le plus loin possible des gens. Il vit là avec sa mère, assez tyrannique, et sa femme " l'idiote". L'idiote ne sait pas faire grand chose (c'est à dire, pas grand chose de ce qui est attendu d'une japonaise de cette époque, autrement dit, la cuisine), et est craintive. Elle semble traumatisée, que ce soit par la guerre ou les reproches de son mari et de sa belle-mère.
Evidemment ces "inadaptés" sont surtout là pour mettre en exergue la fausseté de la société japonaise constituée " d'êtres creux", de la censure militaire, de la guerre, de la "volonté superficielle des gouvernements".
Et pourtant un événement inattendu se produit, le jour où l'idiote s'enfuit de chez elle... et trouve refuge chez Isawa, qui n'a pas le coeur de renvoyer cette femme paumée. Et tous deux commencent une étrange cohabitation, sous les bombardements. Il n'en fait pas sa maîtresse, mais l'observe, tant elle est différente des autres individus qu'il connaît, espérant découvrir chez-elle une étincelle d'intelligence, une réaction normale, un peu plus qu'animale. Leur manière de penser, différente du reste de la foule, est peut être la clef de leur salut dans une époque irrationnelle.

C'est un coup de pied réjouissant dans la fourmilière hiérarchique de son pays que donne Sakaguchi. Et ça m'étonne qu'il n'ait pas été, pour cette raison précise, mis plus en avant en Europe, tant son écriture est peu japonaise, dans un pays où la règle est d'être comme tout le monde et de ne pas faire de vagues.

Pour l'écouter, c'est ici.

vendredi 26 avril 2024

L'envoûtement - Enchi Fumiko (lecture audio)

 Je continue sur ma lancée audio, cette fois avec une romancière du XX° siècle, que je ne connaissais que de nom.
La série " une semaine au Japon" compile 5 nouvelles dont les lectures ont été enregistrées à différents périodes, Mais je suis directement passé à la seconde.
En effet, La première est Pays de Neige de Kawabata, que j'avais lu et chroniqué ici, donc je l'écouterai probablement à un autre moment.

Pour l'Envoûtement, c'est Guy Tréjan le lecteur, la nouvelle est trouvable dans

Je note!
Chikako et Keisaku sont un couple d'âge un peu avancé, leurs deux filles sont mariées et ont quitté la maison. Keisaku, le mari est amateur et collectionneur de porcelaines et a prêté un vase précieux pour une exposition, mais sa femme ne partage pas son enthousiasme. Ce prêt d'antiquité lui rappelle de mauvais souvenirs, qu'un flashback nous raconte.
Quelques années plus tôt, Keisaku a décidé d'ajouter à son emploi de banquier l'activité lucrative d'antiquaire, puisque c'est un domaine qui le passionne. Elle n'apprécie surtout pas de voir son mari garder pour lui les trésors, et revendre au prix fort à des touristes, des babioles sans valeur et des faux, ce qu'elle assimile à de l'escroquerie. Chikako en vient à mépriser son mari malgré la nécessité de ce commerce pour faire face aux dépenses quotidiennes dans un pays ruiné par la guerre. Un jour un italien client des antiquailles de son mari, sachant que Chikako parle anglais, lui propose un curieux emploi: traduire pour son compte, des livres érotiques japonais, à destination du marché européen. Chikako, horrifiée, assimile ça a de la prostitution, mais Keisaku accepte le marché, sans la consulter, ce qui n'est clairement pas pour arranger leurs relations déjà houleuses. Mais faute d'argent, elle plie, cachant cette activité licencieuse à ses filles. Et pourtant au fil de ses traductions, la prude Chikako commence à prendre intérêt à ce travail, et de fil en aiguille, de devenir officiellement traductrice y compris de littérature plus "noble", ce qui la met dans une relative indépendance financière par rapport à son mari, chose rare et précieuse pour une japonaise des années 1950.
Parallèlement à ça, le départ des enfants exacerbe les tensions entre deux personnes qui n'ont plus rien en commun. La littérature et les promenades dans son quartier sont ce qui égayent le morne quotidien de Chikako, qui commence à se voir vieillir et complexe, mais que ce vieillissement libère aussi, elle commence à oser dire tout haut ce qu'elle pense, sans se soucier vraiment de ce que les autres en penseront.

C'est ici que vous pouvez l'écouter. Durée 55 minutes.

Je ne connaissais donc pas vraiment l'auteur, mais c'est une découverte plutôt intéressante, d'autant que le personnage central est une dame qui n'est pas encore très vieille, mais plus jeune non plus, et se trouve dans un intense moment de remise en cause de sa vie. En travaillant à la bibliothèque, à partir de juin, je regarderai s'il y a d'autres textes de Fumiko Enchi.

mercredi 28 juillet 2021

Fantômes du Japon (4) - Lafcadio Hearn

 De fait, le livre est fini, mais j'avais isolé cette histoire, de par son importance culturelle.

En effet, on en retrouve des traces un peu partout dans les arts, que ce soit picturaux ou scéniques. L'histoire est un classique du théâtre, du théâtre de marionnettes, du rakugo, a été adaptée en film à plusieurs reprises . C'est même le premier film fantastique japonais, muet, en 1910. Elle apparait aussi régulièrement dans les manga directement ou indirectement...




L'histoire, dont la première édition est connue au XVII° siècle, semble une traduction japonaise, issue d'un recueil de contes chinois, le Jiandeng Xinhua et popularisée par le jeu du Hyakumonogatari kaidankai qui consiste à se raconter 100 histoires de fantômes et monstres dans une soirée, à la lumière de cent bougies. A chaque histoire, une bougie est éteinte. Le jeu s'arrête en général à.. 99, afin de ne pas invoquer accidentellement les esprits.
Ce jeu est très connu, et a été par exemple mentionné dans XXXHolic.
En tout cas, le jeu est probablement antérieur à la parution de la traduction du recueil chinois.

 Histoire des fantômes de la lanterne pivoine ou le karma passionnel ( Botan doro)

Estampe de Yoshitoshi, allez savoir pourquoi O-Yoné a l'apparence d'une guenon..

Ici, Lafcadio Hearn se base sur la version du théâtre kabuki.

O-Tsuyu, fille d'un samouraï ne s'entend pas avec sa belle-mère, donc, pour aplanir les difficultés, son père l'envoie habiter seule avec sa servante O-Yone. O-Tsuyu reçoit un jour la visite d'un médecin, accompagné de Shinzaburo, fringuant samouraï. Les deux se plaisent, et O-Tsuyu fait promettre à Shinzaburo de revenir la voir, sinon, elle en mourrait de chagrin. Or il ne peux pas, suivant l'étiquette, revenir seul, et le médecin qui connait le père d'O-Tsuyu comme caractériel, craint d'être tenu pour responsable, si une liaison commençait. Shinzabuto ne peut revenir, et O-Tsuyu, ignorant tout et se croyant oubliée, meurt de chagrin, Yone aussi meurt de tristesse suite à la mort d'O-Tsuyu. Shinzaburo, qui ignore tout, apprend du médecin la mort de O-Tsuyu et O-Yoné, lequel s'empresse d'ajouter de manière moqueuse qu'elle a dû mourir d'amour pour lui, et de ne plus s'en faire, il ne reste plusqu'à réciter des sutra à leur mémoire. (quel sens de la compassion, et c'est médecin, ça? oO)

Effectivement, il n'y a rien d'autre à faire, donc Shinzaburo prie pour le repos de l'esprit des deux femmes, jusqu'au jour de o-Bon, où.. il rencontre les deux femmes portant une lanterne en forme de pivoine. Surprise des deux côtés, on leur avait justement dit que Shinzaburo était mort, et en discutant ils se rendent compte que le médecin lui-même dit à chacun que l'autre était mort. Commence alors une idylle clandestine ( pour éviter les ragots et en particulier du voisin mèle-tout, et voyant, de Shinzaburo. Mais Shinzaburo a des domestiques, qui l'entendent parler la nuit, et pensent qu'il est tombé dans les griffes d'une .. disons une chercheuse d'or. Et espionnant , le domestique voit quelque chose de pire encore: un  fantôme, le haut du corps est momifié, et elle n'a pas de pieds ( un classique des fantômes japonais).

Et bien sûr, il court informer le voyant de ce qu'il a vu. Qui décide de prendre la situation en main pour éviter le trépas rapide du malchanceux Shinzaburo. Informé de la situation, Shinzaburo qui doute d'être victime de fantomes, va quand même chercher la demeure de O-Tsuyu et O-Yone, à l'endroit qu'elles ont mentionné, et trouve effectivement leurs deux tombes. Il va falloir se faire désenvouter, car sa situation actuelle est le résultat d'un mauvais karma, et d'une erreur commise dans une existence précédente, concernant précisément cette femme: ils se suivent donc d'incarnations malheureuses en incarnations malheureuses.

je vous avoue que j'aimerais bien voir la version pour théâtre de marionnettes

Il barde donc sa maison d'amulettes pour empêcher les fantômes d'entrer. Elles reviennent nuit après nuit, et finissent pas négocier avec le serviteur: il a besoin de son employeur pour vivre, mais accepte d'enlever les amulettes , contre une somme d'argent suffisante pour ne plus dépendre de lui.
Evidemment on se doute de la suite : Shinzaburo est trouvé mort , au lit, accompagné d'un squelette qui l'a étranglé.
Il y a une conclusion intéressante où l'auteur, débat des personnages de l'histoire de son point de vue occidental: Shinzaburo est pour lui un type méprisable, en comparaison des héros de romans d'amour courtois, qui se sacrifient par amour, quand bien même en tant que chrétiens, ils ne pensent pas disposer d'autres vies. Pour lui, Shinzaburo aurait pu accepter d'en sacrifier une puisqu'il en avait d'autres " en attentes" en tant que bouddhiste. Et sa visite au cimetière de légende est décevante, le lieu a été transformé en potager et il n'y trouve qu'une mamie, qui cultive des patates dans l'ancien cimetière et montre deux fausses tombes d'O-Yoné et O-Tsuyu aux curieux venus en pélerinage. Ce retournement de situation absurde est plein d'humour sarcastique qui rappelle l'origine européenne de Hearn :D

Une autre variante de cette histoire, bien plus factuelle, mettant en scène Ogiwara, un veuf, séduit par le fantôme d'Otsuyu, sans que cette fois il soit question de karma.

Il y a bien d'autres histoires de fantômes japonais, telle celles d'Oiwa ou d'Okiku, qui avec celle d'Ostuyu sont les Nihon sai dan kaidan, les " Trois grandes histoires de fantômes du Japon", mais pour une raison ou une autre, Hearn ne les a pas intégrées à son recueil. Ceci dit, j'aim maintena tbien envie de découvrir les ouvrages qu'il a consacrés à la culture antillaise.

mercredi 21 juillet 2021

Fantômes du Japon (3) - Lafcadio Hearn

Et on continue!
avec les deux dernières thématiques du recueil " Enchantements et désagréments" et " du fini à l'infini". Don c bon, comme auparavant, vu qu'il s'agit de courtes nouvelles dont précisémet la chute justifie le classement dans telle ou telle catégorie, je peux difficilement faire autrement que spoiler. Désolée!


Enchantements et désagréments: une petite série d'histoires plus courtes que les précédentes, sur la thématique des métamorphoses. Cette fois, on y trouve des humains victimes d'animaux ou de plantes qui ont usurpé la forme humaine, parfois sans mauvaise intention, parfois pour faire passer un message, ou vraiment pour nuire.

- Le vampire du fond des eaux: ou L'histoire de Chûgorô. Chûgorô est un soldat de Kyotô, un homme parfaitement normal et sympathique, qui se retrouve malgré lui victime d'un maléfice. En effet, il a un jour croisé une belle femme qui l'a ouvertement dragué, puis emmené dans son palais au fond de la rivière, s'en faisant épouser, mais avec la clause de ne pas révéler ce mariage. Chûgorô s'épuise donc, rejoignant nuit après nuit son aquatique épouse, sans se douter de la vraie identité de celle-ci.
Le texte traduit parle de vilaine grenouille, je me demande si ce ne serait pas en fait un kappa.

- La mort d'un canard sauvage ou Oshidori: où l'on apprend que les canards sauvages Oshidori (les mandarins) sont au Japon le symbole de la fidélité. Un chasseur tue un jour un canard sauvage pour son dîner.  La nuit suivante, l'esprit de la cane vient le hanter sous forme d'une femme qui lui reproche le peurtre de son mari.

- Le message de la mouche ou l'histoire d'une mouche:
Une servante d'une famille de notables, ne fait jamais aucun effort de coquettereie, bien qu'elle soit correctement payée et fournie en vêtements. Lorsque son employeur lui en deande la raison, elle s'explique simplement: lorsque ses parents sont morts  elle n'avait pas les moyen de faire effectuer un service funéraire digne de ce nom au temple. Elle économise donc sou après sou, pour cet objectif, et promet de faire ensuite des efforts. Ce par quoi elle gagne encore plus l'estime de ses employeurs. Elle meurt cependant peu après avoir pu réaliser son projet, et revient, sous forme de mouche, jour après jour chez ses employeurs: il lui restait encore un peu d'argent, elle tente de leur faire comprendre qu'elle voudrait utiliser cette somme pour son propre service funéraire. Qui se fera donc sous la forme d'un inattendu enterrement de mouche, avec plaquette funéraire.

- Le faisan et le parricide, ou l'histoire d'un faisan: Un fermière voit en rêve feu son beau père, l'avertissant qu'il va courir le lendemain un grand danger et qu'elle doit le sauver. Le lendemain même, un faisan qui fuit devant les chasseurs entre chez elle et se laisser attrapper et cacher. Elle en est sûre c'est son beau-père. Lorsqu'elle raconte à son mari ce qui s'est passé, il se moque d'elle et tue le faisan pour le manger, sous prétexte " mon père préfèrerait être mangé par sa famille que par les chasseurs". On ne plaisante pas avec ces choses dans un pays qui croit à la réincarnation, la femme va porter plainte contre son mari, et la justice lui donen raison: tuer la réincarnation de son père reste un parricide.

-Celui qui voulait voir l'éléphant blanc à six défenses ou la légende de Fugen Bosatsu. Le Fugen Bosatsu est une image particulière de Bouddha, monté sur un éléphan à 6 défenses, dont on dit qu'il peut apparaitre à des personnes pieuse, dans des circonstances particulière. Le voir sous cette forme est le souhait le plus cher d'un prêtre, qui va voir son rêve réalisé de manière inattendue, dans une soirée musicale: une courtisane de condition très modeste s'avère être l'incarnation de Fugen Bosatsu, et lui seul peut la voir sous sa forme divine, avec l'éléphant, lorsqu'il ferme les yeux.


-Le "cerisier du seizième jour" ou Jyûroku- zakura
: Un cerisier particulier, très ancien ne fleurit qu'un jour par an, le 16° jour du premier mois lunaire ( donc encore en hiver). Et ce parce qu'il est hanté par le fantôme d'un homme, qui lorsque son cerisier préféré a dépéri, n'a pas hésiter à se sacrifier pour le sauver, sous forme d'échange équivalent : une vie contre une vie.

- l'histoire de " Saule Vert", l'histoire d'Aoyagi: Un samourai égaré dans une tempête trouve refuge chez des montagnards et leur fille, la jolie " Aoyagi", qui se révèle étonnamment raffinée et cultivée pour une montagnarde. L'homme pense qu'elle ferait épouse parfaite et l'emmène donc avec lui, puisqu'il ne peut se marier qu'avec l'autorisation de son chef militaire. Ce qui se fera après quelques péripéties. Jusqu'au jour où sa femme lui révèle sa vraie nature: elle est l'esprit d'un arbre, et doit maintenant quitter son mari malgré elle. Dans la montagne, quelqu'un a coupé son corps physique et elle va donc simplement disparaître.

Du fini à l'infini: cette sélection se penche plus spécialement sur les histoires de réincarnations et de bouddha.

- Le mort qui protesta contre ses voleurs ( Shiryô) et le magasin de porcelaine hanté par la haine (Ikiryô): ces deux courtes histoires sont en fait deux face d'une même situation: dans la première, le fantôme d'un haut fonctionnaire mort, accusé faussement de malversation et dont la famille va être spoliée, revient prouver son innocence: prenant possession du corps d'une de ses servantes, il va donc prouver ses dire en refaisant les comptes. Un fantôme tout à fait habituel, donc. Dans le second, un employé de magasin, très compétent, est poursuivi par le fantôme d'un vivant, ce qui n'existe pas en Europe. Dans la tradition japonaise, c'est psible: un sentiment violent, en particulier d'aversion, peut venir hanter la victime exactement comme un fantôme vengeur. Ici, l'homme est trop compétent en fait, il est détesté par la femme de son employeur, car elle s'imagine qu'il va faire preuve d'ambition et spolier son propre fils de son héritage. Sa haine démesurée a pris forme à son insu et elle n'a même pas conscience de la situation, elle a au contraire tout fait pour cacher son aversion pour lui. La solution est simple pour contenter les deux partis: éloigner le bon employé en l'envoyant ouvrir une succursale dans uen autre ville, il ne sera plus sous le nez de la vieille dame, et le "fantôme de l'inimitié" disparaîtra tout seul, sans dommage pour personne.

- l'enfant qui naquit deux fois ou la renaissance de Katsugoro:
Un petit garçon , Katsugoro, demande un jour abruptement à sa soeur de qui elle était l'enfant dans sa vie antérieure. Elle ne le sait pas alors que lui se souvient parfaitement de sa précédente famille et de son précédent nom. Il s'appellait Tozo venait d'un autre village, et est mort de maladie plusieurs années plus tôt. La famille voulant en avoir le coeur net, envoie donc le gamin avec sa grand-mère en visite chez sa première famille, folle de joie de le savoir à nouveau vivant.

- Devant la Cour Suprême: ha, une histoire du VIII° siècle pour illustrer le concept de " dieu injuste", des dieux non reconnus par la doctrine bouddhique (en gros, païens) que l'on prie mais dont les bienfaits finiront par amener le malheur. Kinumé, une jeune femme, a failli mourir de maladie et a été sauvée par "le dieu de la Peste" prié par ses parents. Cependant ce n'est pas gratuit, et le dieu ne peut la sauver qu'en échange de la vie d'une autre femme, son homonyme, qu'elle lui désigne. Le dieu va donc faire mourir son homonyme. Mais la justice divine bouddhique ne l'entend pas de cette façon et procède à un échange: après quelques jours de coma, c'est la seconde Kinumé, la victime désignée, qui se réveille dans le corps de la première. Mais l'histoire se finit bien: les familles passent un accord, la survivante qui a le corps de l'une et l'esprit de l'autre malgré elle devient donc l'unique héritière de DEUX héritages :D

- Le samouraï qui fit ouvrir les portes de la naissance, ou l'histoire de Umetsu-Chubei: Umetsu Chubei est un samourai qui, involontairement, va rendre service à une divinité. En remerciement de quoi, il se vera doté d'une force surhumaine, ainsi que tous ses descendants.

- Celui que le passé désigna pour connaître l'avenir, ou une histoire de divination: Ici, le narrateur nous parle de divination, à travers une histoire de voyance, qu'il tient d'un voyant, pour illustrer un proverbe " le diseur de bonne aventure ne connaît pas son propre destin"

- Sur la montagne des crânes d'hommes, fragment: Le boddhisatva acompagne un pélerin sur le lieu où il doit avoir une révélation, mais le chemin est long et fastidieux, il s'agit en fait d'une montagne d'os et decrânes humains. Sans savoir où cette coute histoire allait amener, j'ai beaucoup aimé la chute, complètement philosophique.

- "Et le temps lui-même est une illusion" ou " Dans le cercle": celle là est .. impossible a résumer. Il s'agit d'une discussion philosophique sur le concept de réincarnation et d'éveil, qui est loin, très loin d'être aussi positif que se l'imaginent beaucoup de gens.
A Ushiku, le plus grand Bouddha du monde.



jeudi 15 juillet 2021

Fantômes du Japon (2) - Lafcadio Hearn

Et hop deuxième sujet extrait de cet ouvrage, cette fois sur les thématiques " horreurs et malheurs " et " vertiges et prodiges", que j'ai donc gardé pour marquer le coup de O-Bon.

Horreurs et malheurs, comme on s'y attend, met en scène des histoires plus violentes et cruelles que précédemment, on y trouve des yokai connus : le rokurokubi ( goule dont la tête se detache du corps pour aller dévorer les vivants la nuit), le nopperabo ( monstre sans visage) , des cadavres rétifs, des esprits sanguinaires... Ca va saigner. Attention spoilers, parce que ce sont des histoires très courtes, et il est impossble d'en parler sans les résumer, ce qui implique de dévoiler la fin. Donc dans la mesure du possible je tente le coup du surlignage pour révéler le spoiler.

- le fantôme à la tête coupée: Un prêtre errant, ancien samouraï ( et toujours vaillant), hébergé par de braves gens est nuitamment attaqué par cinq "Rokuro-kubi", plus que des fantômes, des créatures fantastiques dont , selon les cas, le cou s'allonge démesurément, ou la tête se détache  pour aller commettre des forfaits. Ses "gentils hôtes" sont bien décidés à en faire leur pitance. Pour les vaincre, il faut déplacer leurs corps et les cacher. Les monstres disparaîtront pour toujours si la tête et le corps ne sont pas rassemblés à l'aube.

- Celui qui avala un fantôme: une histoire à fin ouverte. Un homme, buvant un thé, voit dans sa tasse une étrange apparition. Un fantôme. Il décide malgré tout de boire le thé, et le fantôme avec... et reçoit évidemment le jour même la visite .. du fantôme, bien décidé à se venger de cette affront. Mais... nous ne connaitrons pas la fin de l'hisoire et c'est bien dommage, Lafcadio Hearn précisant que c'est typique des récits fantastiques japonais, à nous d'imaginer ce qui va se passer entre l'homme et le fantôme.

- Le décapité qui mordit la pierre: un condamné à mort, avant son trépas, maudit le seigneur qui va le faire exécuter, promettant de se venger et de le hanter. A quoi le seigneur rétorque: " je ne peux pas acorder foi à vos parole, prouver moi que c'est exact. Il y a une grosse pierre plate au sol, si votre tête coupée vient la mordre, alors j'accorderai du crédit à la menace". Le condamné promet de la mordre.. ce que fait sa tête , sitôt coupée. Et de mourir et de ne jamais revenir hanter qui que ce soit. Le Seigneur savait: seule la dernière menace d'un condamné est dangereuse. En détournant son attention, il a annulé la malédiction, le fantôme a oublié sa vengeance!

- Le fantôme dans visage: Ici il est dénommé " mujina", bien que je le connaisse par ailleurs sous le nom de Nopperabô. Un vieux marchand rencontre une jeune femme éplorée, un soir, pleurant et se cachant le visage. EIl lui propose de l'aider, avant de se rendre compte avec horreur qu'elle n'a pas de visage: ni nez, ni yeux, ni bouche, une face lisse comme un oeuf C'est un yokai. Malheureusement pour qui veut les aider, cette malédiction se transmet instantanément à qui regarde le monstre!

- Le chevaucheur de cadavre: Une histoire assez glauque. Une  femme divorcée, évidemment contre son gré, vient de mourir, pendant l'absence de son ancien mari. elle a proféré à son encontre des menaces et  l'homme risque gros. Pour éviter de se faire déchiqueter par son ex femme, l'exorciste lui donne la seule solution: il doit passer la nuit, assis sur le dos de son ex femme, la tenant par les cheveux, tel un cheval par les rênes, sachant qu'elle va essayer de le désarçonner. S'il survit à la nuit, il sera sauvé de la malédiction... A cheval sur un cadavre... beurk...

- le mangeur de cadavre: Un prêtre errant arrivant dans une village où quelqu'un vient de mourir, apprend qu'il y a là un étrange rite. Dès qu'il y a un décès, tout le monde part, laissant le cadavre seul dans une pièce. au matin, il n'y a plus trace du mort. Le prêtre a vite fait de comprendre: le cadavre est mangé par un  fantôme d'un confrère, mort depuis longtemps, qui habitait autrefois dans la montagne.

- la morte aux mains vivantes: Encore une histoire très louche, de jalousie féminine, et particulièrement cruelle. La femme d'un Daimyo, mourante, fait appeller près d'elle une des concubines d eson mari ( rien que de trèshabituelle), qu'elle dit aimer comme une soeur, lui faisant promettre d'épouser son futur veuf et de bien s'occuper de lui. La jeune femme acquiesce, et la mourante lui demande un dernier service: la transporter sur son dos jusqu'au jardin, pour voir une dernière fois les arbres en fleurs. Et en profite pour saisir sa rivale par les seins , avant de mourir. Mais impossible de détacher les mains de la morte, qui se sont soudées à la peau de la jeune femme. Il n'y a pas d'autre moyen que de les couper.. Mais les mains restent malgré tout vivantes, pinçant et torturant sans relâche la femme... toutes les nuits, et ce pendant dix-sept ans, malgré les exorcismes et prières propitiatoires.

- la légende de la cascade aux esprits: une histoire bien saignante. Les ouvrières, pauvres, d'une filature de chanvre, près du lieu dit de "la cascade aux esprits", font un pari: elle donneront toutes leur paye de la journée à celle qui aura le courage d'aller chercher largent contenu dans la boite à offrandes de la cascades aux esprits. O-Katsu, qui a un enfant en bas-âge, et bien besoin d'argent, se dévoue. Et par voler le tronc, son enfant emmailloté sur le dos. Elle sent bien qu'on essaye de la saisir, lorsquelle s'empare de la boîte, mais revient malgré tout à l'atelier. Où tout le monde va découvrir l'horreur: O-Kastu a le dos trempé de sang, l'enfant a eu la tête coupée.

Vertiges et prodiges:
Un peu de calme et de mystère pas forcément saignant, après le précédent chapitre!

- le prêtre qui écrit avec cinq pinceaux en même temps: L'écriture de Kobodaishi, alias Kukai. Kukai est un authentique prrêtre des VIII°/ IX° sièclle, particulièrement important à Shikoku dont il est originaire, puisque le pélerinage des 88 temps lui est dédié. Mais bien qu'ayant existé en tant que personnage authentique, tout comme Siddharta Gautama un millénaire plutôt ou les philosophes grecs, il est aussi semi-légendaire, et toutes sortes de miracles lui sont attribués. Notamment, comme il était également calligraphe, la capacité d'écrire avec 5 pinceaux en même temps ( un dans chaque main, un à chaque pied et un entre les dents), et de tracer des caractères capables de s'animer. On a donc ici 3 histoires de caractères enchantés.
- le tableau qui avait une âme: L'histoire de Kwashin Koji,prédicateur de rue et peintre de Kyotô, auteur d'un kakemono représentant des démons si réalistes qu'ils terrifiaient la population, laquelle retournait fissa dans le droit chemin pour éviter les malédictions, non sans avoir laissé une obole au prêtre. Le tableau ayant attiré l'attention d'un daimyô, qui voulut l'acheter, le prêtre refusa de se séparer de ce gagne pain, et fut assassiné par un vassal qui lui vola le tableau. Or une fois ramené, le papier s'avéra blanc et le daimyo apprit que le mort, très vivant, continuait à prêcher avec son tableau. Deuxième tentative d'assassinat, deuxième échec: le supposé mort continuait ses prêches intinérant. Arrêté, il finit par s'enfuir en embarquant sur un bateau dessiné sur l'un de ses tableaux :)

- le gamin qui dessinait des chats: lui n'a pas de nom connu, c'est un fils de paysan, inapte aux travaux des champs, mais doué pour la peinture. A ce détail près qu'il ne dessine QUE des chats, encore et toujours. Envoyé dans un temples pour devenir moine, il s'y montre encore inapte, mais son talent pictural va quand même faire des merveilles. Car, de passage dans un temple abandonné, il trouve des panneaux blancs où peindre des chats... sans savoir que le temple est hanté par un démon-rat. Que tous cs chats vont nuitamment s'empresser de chasser .

- celui qui tomba amoureux d'un portrait: La fille sur le paravent. Un homme achete sur un marché un vieux tableau représentant une jolie femme et à force de le contempler, fini par tomber amoureux de cette femme idéale. Au point de s'en rendre malade. Jusqu'au jour où un spécialiste lui explique qu'il y a un moyen de transformer son tableau en femme réelle,bien que le modèle soit mort depuis longtemps. Le peintre était si doué qu'il a pu enfermer dans son dessi  on seulement la forme mais aussi l'esprit de la fille: il suffit alors de lui donner un nom et de l'appeller par ce nom, jusqu'à ce qu'elle se matérialise. Et lui offrir une coupe de saké acheté chez 100 marchands différents, afin qu'elle reste et dise elle-même la suite du rituel à accomplir.
Une variante locale de l'histoire de Pygmalion, donc, plus ou moins.

- la prisonnière du miroir
: Un petit temple tombe en ruine.Juste pour le plaisir je cite le nom du daimyô local, qui n'a pas les moyens de le faire réparer, très drôle pour les français: le seigneur " Kitahataké". En cas de guerre, c'est toujours la faute du seigneur Kitahataké. En tout cas le seigneur Kitahataké a dépensé trop d'argent en guerres et n'a plus de liquidités pour l'entretien. Donc le prêtre local fait appel à un autre seigneur pour récupérer des fonds. MAis comme celà peut prendre du temps, le prêtre se voit contraint de louer un logement à Kyotô en attendant . Or la maison possède un puits intarissable, même en pleine période de sécheresse, mais auquel une sinistre réputaton est attachée: plusieurs personnes s'y sont mystérieusement noyé, et cet été-là, une voisine venue y puiser de l'eau est aussi retrouvée morte. Se penchant sur le puits il y voit une femme, en train de se farder, et manque se noyer lui aussi.
Jusqu'au jour de tempête où il reçoit la visite du fantôme du puits, qui vient s'expiquer: elle est la première a être tombée dedans et est devnue esclave du dragon qu'il l'habitait, contrainte de faire tomber d'autres victimes pour nourrir le dragon. Le dragon est parti, le puits est à sec, elle vient donc implorer le prêtre de procéder aux rites de purification pour la libérer elle aussi. Il ne s'agit pas d'une vraie femme, mais de l'esprit d'un miroir précieux tombé au fond du puits. Que le miroir soit rendu à la famille de son légitime propritaire, et tous els problèmes d'argent du prêtre seront rapidement réglés en remerciement.

- A propos d'un mort et d'une cloche: ou plutôt en anglais " d'un miroir et d'une cloche". La légende de la mugen-kane, cloche fondue à partir de miroirs de bronze, et maudite par une femme qui regrettait d'avoir du donner son miroir: le miroir ne fond pas, on comprend qu'elle ne voulait pas réellement le donner et est la risée de tout le village. De honte elle se suicide, mais auparavant maudit la cloche: après sa mort le miroir fondra, la cloche sera fondue.. mais celui ou celle qui arrivera à la briser à force de la faire sonner gagnera une éoemet somme d'argent. ce qui dot arriver arrive, les gens se succèdent jour et nuit pour sonner la cloche au points que les moines n'en peuvent plus et la jettent dans un marécage. Impossible de la sonner, mais les japonais ne manquent pas d'astuce, ni ce superstition: qu'à cela ne tiennt, toyt objetc peut devenir symboliquement la cloche, ils façonnent donc plein d'objets variés pour les casser, déclarant que c'est la cloche, symboliquement, en éprant être chacun l'élu du fantome de la femme: le tintamarre continue de plus belle.
Une histoire plutôt originale, mais d'une narration assez étrange, qui part en tout sens. Peut-être est-ce la traduction depuis l'anglais qui est en cause.

Un furisode aux couleurs particulièrement ardentes

- Le grand incendie de la robe aux longues manches: un furisode ( titre original), kimono à longues manches. Lors d'une fête une femme voit un samourai aux vêtements de couleur éclatantes. L'homme autant que le vêtement lui plaisent beaucoup. Mais impossible de retrouver l'inconnu! Dans l'espoir d'attirer son attention, au cas où elle le rencontrerait à nouveau, elle se fait confectionner un kimono tout semblable à celui du monsieur, le porte souvent, et prie devant lui en esprant se concilier les dieux. Mais malgré tous ses efforts, elle ne le revoit pas, et meurt soudainement. Le vêtement précieux donné au temple est vite revendu: tutes ses propriétaires succèsisvent meurent le jour même où elles décident de le porter, après avoir déclaré êtres hantées par le fantôme d'un bel homme. Pour purifier le vêtement, le prêtre décide de le brûler. Mais iprégné de la passion de la dame, le vêtement brûle.. envoyant des éctincelles dans tout le quartier, qui se répandent partout en ville, déclenchant le " grand incendie du kimonon à longues manches" ( à Tokyô en mars 1657). Un incendie de deux jours, tout à fait réel, et rvraisemblablement causé par le rituel de purification d'un furisode maudit. 65% de la ville a été détruit. Une manière radicale de déclarer sa flamme à quelqu'un!




vendredi 23 octobre 2020

Fantômes du Japon (1) - Lafcadio Hearn

Une lecture, et qui plus est, autre qu'un manga mais c'est la teuf !

En fait, celui- ci était prévu cet été, pour marquer le coup de O-bon, je l'avais lu il y a longtemps, mais je voulais le relire un peu auparavant pour en parler. Sauf que j'ai déménagé et qu'il s'est retrouvé au fond d'un carton, je ne l'ai pas retrouvé à temps. Tant pis, ce sera donc un sujet Halloween.

Lafcadio Hearn est un étrange personnage, au chemin de vie très inhabituel. Anglo - grec, dont le prénom évoque l'île de Leucade dont il était à moitié originaire, ce qui était un métissage rarissime au XIXE siècle, le monsieur a eu une vie très chaotique, quelques soucis à se trouver un port d'attache, et a beaucoup voyagé. De ses voyages, il a tiré la matière de plusieurs nouvelles et récits inspiré des folklores des lieux qu'il visitait : Louisiane, Caraïbes et donc Japon. Pour ce dernier , il est l'un des premier européens à s'y être fixé au moment de l'ouverture du pays, à en avoir appris la langue et à avoir mené un véritable travail d'ethnologue en ce qui concerne le folklore et les recits fantastiques en particulier. C'est à lui que l'Occident doit la découverte des légendes et creatures fantastiques japonaises, bien longtemps avant la déferlante de manga sur le thème des yokai et yurei.

Je dois reconnaître que ce genre de personnes atypiques me plaît beaucoup, il va falloir que je me renseigne sur ses écrits concernant les Caraïbes.

Ce sont donc une bonne quantité de contes et légendes regroupés par thématiques que contient l'ouvrage.

Donc vu qu'il y a beaucoup de nouvelles regroupées en 6 parties, je vais morceller.

Et donc voici les deux premières parties: " songes et mensonges" et " amours et retours". Le deux sont peuplés de fantômes, fantômes d'êtres humains ou lieux fantômes, et de yokai.

Songes et mensonges: ici il va etre question d'aventures vécues en rêve, d'illusions, de pays mythiques. Les deux premiers contes sont très connus, mais j'ai une préférence pour le très inattendu " homme requin " de la dernière et la cocasse " Source magique"

- l'aveugle qui faisait pleurer les morts, ou l'histoire de Hoishi sans oreilles: 

l'aveugle Hoishi est un musicien pauvre mais talentueux, qui vit dans un temple et par un concours de circonstance, se retrouve sans le savoir recruté par des fantômes .Jusqu'à ce que des passants signalent aux prêtre que la nuit, Hoishi joue comme un forcené au cimetière. Le prêtre comprenant qui abuse de l'infirmité de Hoishi, lui propose alors un une solution pour le sortir de ce pétrin. Hoishi restera la nuit seul sans bruit dans la pièce et ne répondra pas à l'appel du samouraï fantôme. Le prêtre ayant pris soin de le couvrir entièrement de formules de protections le rendant invisible aux esprits. Mais il a oublié les oreilles, seule partie que voit le samouraï. Deux oreilles flottant au milieu du vide, qu'il coupe pour les ramener comme preuve qu'il est acquitté de sa mission et a ramené la seule partie qu'il a pu trouver d'Hoishi. Et les fantômes  ne revinrent plus. C 'est depuis ce jour qu'il fut surnommé "Hoishi sans oreilles"

- le songe d'un jour d'été ou l'histoire de Urashima Taro. Et l'histoire de la source magique

Urashima Taro à dos de tortue

Une des légendes les plus connues,  qui narre la mésaventure du pêcheur Urashima Tarô, sauvé de la noyade par la fille du roi- dragon de la mer. Il se marie avec elle au fond de l'eau, mais éprouve quelques temps plus tard l'envie de revoir la terre ferme, sa famille et ses amis. Elle lui confie un coffret avec pour consigne de ne pas l'ouvrir. Mais lorsque Tarô se retrouve chez lui, il ne reconnaît rien et pour cause: les quelques jours passés dans le palais sous-marin sont en fait des siècles sur terre. Ses proches sont morts depuis longtemps, on raconte l'histoire légendaire de son naufrage aux enfants et on lui montre le cénotaphe à son nom. De désespoir Tarô ouvre la boîte... Et tombe en poussière, rattrapé par le temps.
L'auteur complète ici par l'histoire de la source magique: un vieux paysan assoiffé se désaltère à une source sans connaître  sa vertu miraculeuse,et lorsqu'il rentre chez lui, il a retrouvé le physique et la santé de ses vingt ans... sa femme s'empresse de s'y rendre et boit à son tour.. et boit et boit... jusqu'à retrouver le physique de ses deux ans. 

- Le rêve du papillon et de la fourmi: 

Un homme fait une sieste au pied d'un arbre. Il rêve qu'on vient le chercher pour épouser une noble dame, avec laquelle il part vivre dans une ile dont il est nommé gouverneur, poste où il reste pendant 25 ans, menant une vie des plus banales, avec des enfants, jusqu'à la mort de sa femme. On lui annonce alors qu'il peut rentrer chez lui. A son réveil, sa sieste n'a duré que quelques minutes. Il s'est endormi sur une fourmilière, et creusant pour en avoir le coeur net, il découvre que la fourmilière est le palais miniature dont il a rêvé.

- le mangeur de rêves:

 le Baku est une créature mythique, supposé' dévorer les rêves. Il suffit de lui raconter ses cauchemars pour le nourrir. Mais ce qu'un humain considère comme cauchemar peut en fait être un bon rêve, dont le baku ne voudra pas.


un modèle de baku pour tatouage

- la ville qui ne connaît pas la mort et la douleur: 

Horai est une ville mythique qui ne connaît jamais le malheur, c'est toujours l'été, les habitants y vivent éternellement jeunes et heureux....ville enchantée de fées ou monde de fantômes ignorants de leur situation?

- celui qui voulait rencontrer Bouddha ou l'histoire d'un tengu ( homme- oiseau messager des dieux):

 

Statue de tengu

Un vieux prêtre sauve un vautour martyrisé par des gamins, sans savoir qu'il s'agit d'un tengu. Pour le remercier le tengu offre de réaliser son voeu : voir le bouddha avant de mourir. Le tengu accède à cette requête recommandant au vieux prêtre de ne pas se prosterner devant le bouddha, de ne rien dire. On sait ce qui se passe quand un personnage de conte est averti de ne pas faire quelque chose: il le fait, pour son malheur.

- la gratitude de l'homme-requin: 

Totaro vient en aide à un désespéré. C'est un homme-requin exilé de la mer, que Totaro installe dans un étang. L'humain et la créature fantastique deviennent amis, jusqu'à ce que Totaro tombe amoureux d'une femme...mais pour l'épouser il doit amener 10 000 rubis à sa famille. C'est à son tour d'être désespéré, au point d'en perdre la santé. Ce qui attriste beaucoup son ami le requin qui pleure beaucoup. Mais les requins ont l'étrange capacité de pleurer des rubis. A condition d'être affectés d'un vrai chagrin, or comme Totaro est ragaillardi suite à cette découverte, que faire? Il n'a pas assez de rubis, mais le requin n'a plus de raison d'être triste. 

Amours et retours: cette fois, il va être question de fantômes et de réincarnation. Histoires d'amour au travers des siècles...et vengeances de femmes trahies. Cette fois j'ai bien aimé la compassion de Benten et l'histoire de O-Tei, les deux avec une fin heureuse. De temps en temps ça fait plaisir. Mais aussi parce qu'elle sont très asiatiques, avec dans le premier cas, une partie de l'esprit d'une femme qui quitte son corps et vit indépendamment d'elle, et dans le second, une réincarnation qui se passe bien.

- la légende du village des joueurs de koto, ou l'histoire de Ito Norisuke

Ito Norisuke, jeune ronin, rencontre une petite servante un soir sur la route et pour lui éviter une attaque, la raccompagne chez son employeur, dans un village très isolé. Pour le remercier, il est invité. Quelle surprise d'etre attendu par la maitresse des lieux, une fort jolie femme de noble famille qui le demande illico en mariage. L'aubaine est inespérée et Ito accepte... sans savoir qu'elle est un fantôme. Ce n'est qu'une fois marié qu'elle lui révèle avoir vécu plusieurs siècles plus tôt, l'avoir rencontré de son vivant, mais n'avoir pu l'épouser à cette époque. Son regret l'a condamnée à errer sur terre comme fantôme. Mais elle promet de venir le chercher 10 ans plus tard. Ito prend la chose avec philosophie, accepte le fait d'être marié à une femme fantôme.. Et attend les 10 ans sans poser de question.

- Histoire des fantômes de la lanterne pivoine ou le karma passionnel. : Celui là est si important que je le garde pour un sujet à part

- Celui qui épousa deux fois la même femme ou la compassion de Benten.


Benten est l'une des 7 divinités du bonheur,ici accompagnée de mon animal totem.

Un jeune homme se promenant près du temple de Benten, déesse de la beauté, trouve un poème écrit sur un rouleau de papier. Il en admire l'écriture et s'imagine celle qui a bien pu rédiger d'une aussi jolie calligraphie: il imagine une jeune femme, qui devient son obsession. Il décide donc de prier Benten pour rencontrer cette mystérieuse calligraphe. Ce qui se passe, il rentre donc chez lui à l'issue d'un mariage organisé par le dieu des mariages lui même, et vit très heureux avec sa femme, invisible pourtant au yeux du voisinage.. Jusqu'au jour où quelqu'un qui ne le connaît pas l'appelle par son nom, et lui explique que la déesse Benten lui est apparue en rêve, annonçant où et quand le trouver et qu'il épouserait la fille de la famille. Quelle n'est pas la surprise du jeune homme de voir une femme pareille à la sienne qui ignore totalement que son esprit est déjà marié depuis plusieurs mois avec son futur époux...
(c'est une chance pour lui que l'auteur de la calligraphie ait bien été une jeune femme, pas un vieux bonze !)

-La première femme du samouraï ou la réconciliation.

Un samouraï pauvre mais heureux en mariage, décide malgré tout de divorcer, pour épouser une femme plus riche dont la famille lui ouvrira la porte d'une belle carrière. Mais la seconde femme est aussi acariâtre que la première était aimable, et l'homme regrette d'avoir aussi honteusement trahi sa première épouse pour de l'argent. Au bout de quelques années, il décide de divorcer de sa seconde femme pour retrouver la première, qu'il retrouve effectivement. Toujours aussi jeune qu'avant, dans une maison pourtant en ruine et envahie d'herbes folles. Pas difficile de deviner ce qui est arrivé à la malheureuse.

- le mariage posthume ou l'histoire de o-Tei.

Nagao et O-Tei sont fiancés depuis l'enfance et doivent se marier quand Nagao aura fini ses etudes. Mais O-Tei meurt avant l'age adulte . Elle promet à son fiancé qu'ils se reverront , et pas dans l'autre monde, s'il a la patience d'attendre qu'elle se réincarne et que sa nouvelle incarnation soit adulte. Problème: où la trouver et comment la reconnaître? Nagao mène sa vie pendant 17 ans, se marie , devient veuf... et un jour en voyage dans un village, rencontre une servante d'auberge, de 17 ans, portrait craché de O-Tei. Lorsqu'il lui demande son nom en lui disant qu'elle ressemble de manière effrayante à quelqu'un qu'il a bien connu autrefois, elle répond instantanément " je suis O-Tei, morte il y a 17 ans, et tu es Nagao mon fiancé, je t'avais dit qu'on se retrouverait" avant de s'évanouir et de perdre tout souvenir de sa révélation. Mais enfin une histoire qui finit bien!

- la femme de la neige ou Yuki- Onna

Pas de fantôme cette fois, mais un yokai des plus connus. Deux bûcherons, un vieil homme et son jeune apprenti,égarés en pleine tempête de neige, trouvent refuge dans une chaumière. En pleine nuit le jeune se réveille et voit une femme vêtue de blanc penchée sur son employeur: elle vient de le tuer, mais épargne l'apprenti par pitié pour sa jeunesse. Mais gare à lui s'il raconte à quiconque ce qu'il a vu, elle le saura et reviendra se venger. Le jeune homme rencontre l'année suivante une jolie femme, nommée Yuki, neige. Elle est très gentille et il a tôt fait de la demander en mariage, un mariage durable et heureux, ils ont dix enfants sans que la femme ne semble jamais changer physiquement.
C'est alors qu'un jour il lui raconte cette étrange rencontre avec une créature surnaturelle à laquelle, comme par hasard, elle ressemble beaucoup. Apprenant la chose Yuki se fâche, car il avait promis de ne jamais raconter cette histoire et vient de la trahir.. auprès d'elle -même. Mais cette fois encore elle l'épargne, avant de disparaître, car les enfants seraient orphelins.

- la morte trop aimante ou l'histoire de O-Kame

La jeune O-Kame , qui adore son mari est mourante. Elle lui fait promettre de ne jamais se remarier, ce qu'il accepte. Peu après les funérailles de O-Kame, le veuf commence a dépérir, et visiblement pas seulement de chagrin. Il finit par révéler que toutes les nuits, O-Kame dont l'esprit ne trouve pas le repos malgré les offrandes, revient le hanter. Et lorsque les prêtres ouvrent la tombe, O -Kame parait bien vivante et bien nourrie. O-Kame est un vampire, même si ce nom n'est jamais dit, apparemment bien décidée à ce que son cher époux la rejoigne le plus vite possible.

- Le secret que la morte voulait effacer ou un secret mort

Une jeune femme nommée O-Sono vient de mourir, et son fantôme revient, nuit après nuit, comme attiré par la commode où elle rangeait bijoux et vêtements. Le prêtre tente d'apaiser le fantôme en donnant bijoux et vêtements au temple, ce qui habituellement fait disparaître les revenants, mais rien n'y fait , O-Sono revient toujours hanter sa commode vide. Elle n'est pas dangereuse, mais anxieuse à cause d'une lettre qui se trouve cachée sous un tiroir. La promesse du prêtre de brûler la lettre sans révéler ce qui s'y trouve apaise O-Sono qui peut disparaître. Et le lecteur non plus ne saura pas ce qui l'angoissait.

Voilà pour les deux premières parties, la suite arrive très vite, c'est promis, si je ne tiens pas ma promesse, que les fantômes viennent me tourmenter!

Le Japon vu par....un anglo-grec.

jeudi 14 janvier 2016

Le ruban - Ogawa Ito

Le ruban - ou plutôt " Ruban" tout court puisqu'il s'agit d'un nom... est un recueil de nouvelles que j'ai emprunté un peu par hasard, mais le résumé m'a plu.

Ils s'appellent donc "Ruban", " Banana" ou encore "Suehiro", ou "Sûbô".. parfois ils n'ont pas de noms.
Ils arrivent un peu par hasard dans la vie des humains au moment où ceux-ci doivent affronter une crise, une maladie ou un deuil. Compagnons d'un jour ou de plusieurs années, leur présence va changer la vie des maîtres qu'ils se sont choisis. Ce sont des oiseaux, ou peut-être, un seul oiseau qui passe de main en main.

Tout commence le jour où Sumire, vieille dame un peu excentrique passionnée d'oiseaux ramène chez elle trois oeufs rescapés d'un typhon, bien cachés sous son chapeau, dans son chignon. Dans le plus grand secret, Sumire ( violette) la grand- mère et Hibari (alouette) sa petite-fille de 10 ans, vont alors se lancer dans une couvaison loufoque: Sumire va garder les oeufs bien au chaud dans son chignon, à charge pour Hibari va s'occuper de les retourner périodiquement. Et chose inespérée, l'un des oeufs finit par éclore, et il en sort une... chose qui de l'avis d'Hibari ressemble plus à un dinosaure qu'à un oiseau. Mais le poussin, nommé "ruban" car il relie la grand-mère et la petite-fille, survit et devient un joli oiseau jaune qui fait le bonheur de ses maîtresses... jusqu'au jour ou une porte mal fermée offre à Ruban la voie de la liberté. Il fallait s'y attendre, mais le coup est dur pour elles.

Dès lors de nouvelle en nouvelle, on va retrouver un oiseau jaune, qui fait renaître l'espoir chez ceux qui l'ont perdu. Son apparition brève sur la fenêtre d'une dame dépressive à la suite de la mort de son enfant va lui faire changer de point de vue; trouvé quasi-mourant et envoyé au centre de soin pour oiseaux, il est pris en affection par le soigneur qui le nomme Banana, et met un point d'honneur à le sauver, en mémoire de Citron, la perruche de son enfance qu'il a involontairement tuée avec une nourriture inadaptée; après quelques aventures, il finit par adopter Mihoko, une autre vieille dame, illustratrice, qui vient d'apprendre qu'elle n'avait plus que quelques mois à vivre, et va retrouver l'énergie de terminer ses dernières peintures en compagnie de celui qu'elle appelle Suehiro. A la mort de Mihoko, c'est une autre dame qui le récupère. On le retrouve ensuite à Matsuyama...

Peut-être est-ce Ruban, peut-être seulement un de ses congénères ( car la temporalité est vague, et les lieux des différentes nouvelles très éloignés les uns des autres), en tout cas, tel un ruban, l'oiseau est un fil rouge de nouvelle en nouvelle. On n'apprend d'ailleurs seulement dans la 3°nouvelle de quel animal il s'agit exactement: une perruche callopsite. Avec ses taches rouges et rondes sur les joues ( tiens donc, ça serait pas un peu le drapeau duJapon ça, par hasard?)
En tous cas, l'animal n'est pas choisi au hasard, il n'est pas endémique au Japon ( dans la nature, c'est un oiseau d'Australie) et n'a donc aucune raison précise de s'y trouver, encore moins d'y nicher et d'y pondre des oeufs, cette bizarrerie est déjà un indice de son sens avant tout symbolique.
perruche callopsite mutation lutino (les plus courant ont le corps gris), Ruban est un lutino

Car, bien sûr,  l'oiseau est un symbole: de la liberté, de l'espoir qui peut revenir de manière inattendue, lorsque les humains semblent au fond du gouffre. Du temps qui passe et de la certitude de la mort aussi, qu'il faut accepter pour profiter du moment présent. car dans le fond, c'est bien de mort, de deuil et d'apaisement qu'il est question.
Toutes les nouvelles évoquent la notion de mort, de mort physique, ou de séparation. Depuis Sumire qui profite de l'occasion pour préparer sa petite fille à l'idée de la mort, et qu'un jour la petite fille va grandir et devoir vivre sans la grand-mère qu'elle adore, jusqu'à la dernière nouvelle,qui boucle la boucle en revenant à l'histoire de Sumire ( qui se trouve étrangement liée au mur de Berlin, ville où elle a dû laisser une partie d'elle même symboliquement) et d'Hibari qui a du mal a accepter une opération qui en l'amputant d'une partie d'elle-même, littéralement, peut lui rendre la santé qu'elle a perdu, ou plutôt laissé se dégrader depuis la fuite de Ruban.
Mais malgré ces thèmes sombre,s la mort, la maladie, le deuil.. le recueil met aussi en avant l'espoir et l'apaisement, donc non, ne fuyez pas, les sujets sont tristes, mais le traitement ne l'est pas! En fait, je trouve les récits assez proche de ceux de Banana Yoshimoto, une des jolies découvertes de l'an dernier.

J'ai beaucoup aimé, les nouvelles se suivent bien avec un fil directeur, qui n'est jamais vraiment clair (est-ce le même oiseau, des détails laissent à penser que oui, mais la chronologie "à trous" laisse planer le doute). J'aime l'idée que la conclusion reprenne les personnages de la première nouvelle, exactement comme le ruban, le lien, le cercle qu'affection la calligraphie et qui revient à son point de départ. L'oiseau relie les humains, même ceux qui ne se connaissent pas, c'est très zen comme idée dans le fond.
cercle de Tanaka shingai

jeudi 13 août 2015

la montagne radieuse - Genyû sôkyû

Non je n'en ai pas tout à fait fini avec les ravages de l'atome.. mais cette fois on fait un bond en avant jusqu'en mars 2011. L'auteur est un veilleur de temple ( je ne connais pas la hiérarchie bouddhique, je suppose qu'il s'agit soit d'un civil chargé de l'entretien courant du temple, soit d'un religieux assistant d'un bonze, je vois ça un peu comme un diacre dans le catholicisme) de la région de Fukushima, déjà écrivain avant la catastrophe, mais qui a ressenti le besoin d'écrire à ce sujet. Peut-être en se basant sur les récits qu'il a entendus des survivants accueillis dans son temple.

Le recueil compte six nouvelles d'ambiances très différentes:

la première, je traîne ton ombre, réaliste, se passe dans les premiers jours après le tsunami et met en parallèle des réfugiés qui tentent de survivre dans un refuge d'un côté, et un jeune diplômé devenu du jour au lendemain un paria, car il travaille chez Tepco. Le tout mis en relation avec la chanson un peu ringarde "minato machi blues".

La dernière, la montagne radieuse,se passe plusieurs décennies après la catastrophe dans une ambiance légèrement science fiction: après le tremblement de terre, le tsunami, et l'accident nucléaire, on apprend que Tôkyô s'est dépeuplée et que le mont Fuji est entré en éruption. Dans cette ambiance apocalyptique,  le point de vue des gens à changé sur l'irradiation et des touristes font maintenant le tour des sites d'accidents nucléaires de la planète et viennent visiter les lieux, guidés par les descendants des victimes en espérant se gorger de radiations maintenant considérées comme bénéfiques pour la santé ( je suppose qu'il s'agit d'un clin d'oeil sarcastique aux Tchernobyl tour, circuits de visite de très mauvais goût en Ukraine)

Entre les deux, des récits qui vont en s'éloignant de la date du 11 mars 2011 qui mettent en scène différents aspects de la survie, souvent via les insectes, grillons, cigales, araignées d'eau ou mante religieuse, qui symbolisent la survie acharnée dans cette zone dévastée.

Dans les grillons, quelques semaines ont passé: Michihiko, fils déjà quadragénaire d'un bonze, vient de reprendre le temple où officiait son père, traumatisé par le fait d'avoir été emporté avec sa maison au fil de la vague et qui n'a survécu que par miracle. Mais maintenant incapable d'assurer le service. Michihiko se reconstitue une famille de fortune avec Aya, une femme qui pourrait presque être sa fille et qu'il a accueillie dans son refuge-temple-baraquement provisoire et Mii une petite fille tout aussi perdue qu'eux deux. C'est le retour des grillons qui va donner à ces trois survivants le courage d'affronter un futur qui s'annonce morose, dans un provisoire qui risque de durer.

Dans l'indignation de Kotarô, le petit Kotarô, 3 ans, est amené par sa mère au poste de police, pour procéder à un prélèvement ADN, qui pourrait être utile pour retrouver son père pompier, porté disparu depuis plus d'un an. Là aussi, après avoir hésité pendant un certain temps, la mère du petit garçon finit par accepter l'évidence: son mari ne reviendra probablement pas, letest ADN est une sorte de manière de fermer la parenthèse sur l'indécision , pour accepter et aller de l'avant.

Dans l'araignée d'eau, c'est Chiharu, partie depuis deux ans à Hokkaido avec sa fille, laissant son mari et sa meilleure amie Sayuri,  par peur des radiations, qui revient  au pays pour les fêtes d'O-bon. Elle n'a pas pu se mettre d'accord avec son mari, indécrottable optimiste qui refuse de quitter la région pour la rejoindre en prétendant qu'il n'ya rien à craindre.. La fête d'O-bon sera aussi l'enterrement de la relation de Chiharu avec son mari, ses amis et sa région d'origine.

Dans la mante religieuse, le sexagénaire Monsieur Yamaguchi s'est porté volontaire pour décontaminer les toits: il n'a plus rien à perdre, il a survécu au tsunami, alors qu'il était déjà malade d'un cancer, tandis que sa femme Seiko, encore jeune et en pleine forme est morte noyée. Sa seule consolation dans cette situation est de rependre une dernière fois son ancien métier d'organisateur de mariage pour son médecin traitant et d'organiser un mariage vraiment insolite, fait de bric et de broc, dans les baraquements de fortune où vivent le médecin et sa future femme en attendant la date prévue, il n'y a qu'une chose qui compte vraiment: aider la mante religieuse qu'il a trouvée dans son semblant de jardin à survivre le plus longtemps possible malgré les rigueurs de l'hiver dans la région de Sendai.

Ces nouvelles sont plutôt intéressantes par leur point de vue différents: selon le cas c'est l'inondation ou l'irradiation qui est au centre du problème. Les trois premières, les plus proches temporellement de la date fatidiques, sont plus axées sur le tsunami et les ravages immédiats, et pas si éloignées des témoignages dont je parlais au sujet de la bombe A. tant qu'on ne sait pas exactement ce qui s'est passé, ce sont les dégâts immédiats qui priment. La menace nucléaire concerne plutôt les trois suivantes, lorsqu'on prend conscience de la menace invisible, qui elle perdure alors qu'on tente de reconstruire après le passage du raz-de-marée. Il n'y a pas beaucoup de choix: la fuite ou le renoncement.
L'ensemble n'est pas sinistre. mais il est loin d'être joyeux. Je remarque cependant que, discrètement, l'auteur glisse ici et là dans la bouche de ses survivants des remarques assez acides sur le gouvernement et le mensonge. Auparavant il n'était pas de bon ton de contester au Japon les décisions gouvernementales, mais la contestation affleure ici et là.
Est-ce que la catastrophe de Fukushima va à son tour être à l'origine d'un nouveau mouvement littéraire, ou bien est-ce que des productions du type de celle -ci vont rester marginale, ou bien encore fusionner ( je n'aime pas employer ce mot dans ce contexte, mais je n'en vois pas d'autre) avec la littérature de la bombe A pour former une seule et même " littérature de l'atome"? Il est probablement encore trop tôt pour le savoir.
même raison que pour le Genbaku bunkaku: non seulement il est question d'une catastrophe qui a fait des milliers de victimes, morts ou sans-abris, mais 3 des nouvelles ( les grillons, l'araignée d'eau et la montagne radieuse font explicitement références aux fêtes d'O-bon et aux rites funéraires)

mardi 7 juillet 2015

Kitchen - Yoshimoto Banana

Comme j'ai bien aimé Dur Dur, je m'étais promis de lire Kitchen lorsqu'il serait enfin disponible à la bibliothèque , encore un ouvrage qui est souvent sorti).

Ce recueil contient  trois nouvelles, les deux premières sont liées et forment un diptyque, la troisième est tout à fait indépendante.

Kitchen: 
La jeune Mikage est un peu perdue, car sa grand mère qui l'a élevée à la mort de ses parents vient de mourir à son tour, alors que Mikage est encore étudiante. Elle tourne en rond, dort dans la cuisine ( le bruit du réfrigérateur la calme, et lui fait oublier sa solitude) et se laisse aller à sa tristesse lorsque l'évidence s'impose à elle: il va falloir déménager, car elle n'a ni travail, ni ressources et ne peut continuer à payer le loyer. Le secours va lui venir de Yûichi, un étudiant de son âge qu'elle ne connait que de vue, mais qui était très lié avec sa grand-mère, et de sa mère Eriko, les deux vivent dans une maison assez grande et proposent à Mikage de l'héberger. Les gens qu'elle va apprendre à connaître sont tout sauf classiques. Yûichi est un gentil garçon, un peu solitaire et secret, et pour cause: sa mère l'exubérante Eriko n'est pas sa mère mais son père, qui travaille comme " entraîneuse" dans un bar de travestis. Yûichi le vit plutôt bien mais évite malgré tout de le clamer sur tous les toits.  six mois passés à squatter chez eux, et cette nouvelle famille recomposée va lui redonner goût à la vie.

La pleine lune:
Six mois plus tard, Mikage a retrouvé sa joie de vivre et employé toute son énergie à apprendre la cuisine. Grâce à  sa motivation, elle a réussi a décrocher un emploi d'assistante dans un cours de cuisine. C'est alors qu'elle apprend la mort d'Eriko, dans des circonstances particulièrement tragiques. Ni une ni deux, cette fois, c'est Yûichi qui a besoin d'elle et de son soutien, elle va se démener pour lui changer les idées à son tour, et l'empêcher de sombre r dans la dépression et l'alcoolisme. Quitte à faire des kilomètres en pleine nuit pour lui amener un plat particulièrement succulent qu'elle a eu l'occasion de goûter par hasard ( oui la cuisine, en tant que pièce, mais aussi en tant qu'activité, joue un grand rôle dans les deux nouvelles).

Moonlight shadow:
 Satsuki, 20 ans et quelques, est inconsolable. Quelques mois plus tôt, Hitoshi, son petit ami est mort dans un accident de voiture avec la petite amie de son frère alors qu'il la ramenait à la gare pour prendre son train. Les quatre jeunes étaient inséparables, mais pour Satsuki, comme pour Hiiragi, le petit frère, perdre deux personne d'un seul coup, c'est très difficile à accepter. Chacun tente de faire face comme il le peut: Hiiragi essaye de surmonter son chagrin en allant au lycée en fille, une manière pour lui de faire survivre la défunte, Satsuki s'est plongée à corps perdu dans le jogging, jusqu'à s'en rendre malade. Mais elle s'arrête toujours avant de traverser le pont qui sépare son quartier de celui où vivait Hitoshi. C'est lors d'un jogging matinal qu'elle rencontre par hasard Urara une fille étrange, plantée sur le pont. Les deux filles se revoient plusieurs fois et Urara finit par lui faire promettre de se retrouver un jour à une heure précise au bord de la rivière où quelque chose de rarissime va se passer...quelque chose lié à la rivière et aux âmes errantes.

J'ai attendu justement aujourd'hui pour publier ce billet, en écho au précédent sur Tanabata. Et voilà la preuve de ce que je disais, sur le fait que cette légende est tellement célèbre qu'elle est souvent évoquée directement ou indirectement ( ici , le nom de la fête est même cité, même si l'action ne se déroule pas pendant la fête): la rivière qui séparent les amoureux, le pont infranchissable, la mort aussi inéluctable qu'un décret divin.

Ces trois nouvelles sont très réussies, j'aime beaucoup le fait que les protagonistes ne soient pas classiques mais dégagent beaucoup de chaleur humaine, que la cuisine et les plaisirs de la table soient vraiment un lien entre les gens, qu'il y ait la nécessité de trouver en soi-même ses propres ressources pour rebondir après un coup dur et que l'amitié soit au centre de tout.
Les sujets sont tragiques ( la mort, le deuil, l'alcoolisme et même le meurtre) mais les textes ne le sont pas, et sont même plutôt positifs, mettant en scène des gens que la société classeraient comme losers, mais qui ont en fait d'énormes ressources qui forcent le respect.

Encore un auteur qui me plaît particulièrement avec Aki shimazaki, deux jolies découvertes depuis l'été dernier. JE vais la suivre elle aussi particulièrement.


lundi 23 mars 2015

Dur, dur - Yoshimoto Banana

Encore un auteur dont j'ai vu le nom ici et là sur les blogs ( et comment oublier un pseudo pareil, " Banana"?), une écrivaine contemporaine de la même génération que sa compatriote Ôgawa Yoko que j'ai découverte il y a peu. Et comme j'ai entrepris de dévaliser le rayon " histoires courtes" de la médiathèque, j'ai choisi un peu au hasard ce recueil de deux nouvelles , ou contes, dont le point commun premier est d'avoir le mot " dur" dans le titre. Les autres points communs étant un cadre temporel similaire ( l'automne, qui est presque un personnage à part entière) et la thématique du deuil.


Dans Peau dure ( hard- boiled, étonnamment, les titres originaux sont en en anglais, littéralement "dur" comme la cuisson des oeufs, de manière imagée " dure-à-cuire"), une narratrice anonyme en randonnée dans la montagne, est victime d'une série d'incidents fantastiques, à la limite du surnaturel: un caillou noir lié à un sanctuaire abandonné semble la suivre partout et attirer la malchance, l'hôtel qu'elle a choisi se révèle sinon glauque , du moins étrange, et l'ambiance générale lui fait faire des rêves dérangeants liés à son passé: Autrefois elle a eu une brève liaison avec Chizuru, une autre femme, un peu médium. Les deux femmes ont vécu ensemble dans un appartement à peine plus confortable qu'un squatt, avant de rompre sans heurts ni larmes de cette histoire sans avenir. Chizuru est morte accidentellement peu de temps après, et la narratrice ne s'était pas vraiment rendu compte que cette perte lui rongeait la vie, jusqu'à cet automne.

Dans Coup dur ( hard-luck) c'est une famille entière qui est victime d'un coup du sort: Kuni-chan, la fille aînée est mourante, dans le coma après une attaque cérébrale, probablement due à un excès de zèle au travail. La situation est difficile à vivre surtout pour sa soeur, la narratrice qui était très proche d'elle, qui a bien du mal a accepter l'inéluctable, tout en reconnaissant à mi-mots qu'il serait peut-être moins pénible que Kuni-chan meure vraiment, plutôt que cette non-présence qui n'est pas vraiment une absence. C'est Sakai, le frère de l'homme que sa soeur allait épouser, un type un peu original mais sensé, qui va l'aider à passer le cap au moment fatal.

J'ai beaucoup, mais alors vraiment beaucoup aimé ces deux nouvelles, plus encore qu'" une parfaite chambre de malade" sur un sujet similaire ( en tout cas similaire au deuxième texte). D'abord parce que les deux sont bien ancrés dans la réalité, mais avec une petite touche de fantastique bienvenue. Et un humour léger, qui se traduit en situations cocasses:  dans la deuxième nouvelle, l'héroïne revient en voiture avec son père après avoir accompli la tâche déprimante de vider le bureau de sa soeur.. mais le retour dans une voiture trop petite qui déborde de trop de cartons est à la fois un moment comique - l'humour aide à surmonter l'angoisse- mais aussi un rapprochement très mignon entre un père et sa fille qui subissent un même choc et luttent chacun à leur manière pour ne pas se laisser abattre. Dans la première nouvelle, c'est une narratrice plutôt réaliste qui se retrouve aux prises avec des fantômes...et pas seulement ses propres fantômes. Mais dans les deux cas, ce sont des femmes fortes, qui ne se laissent pas abattre par les circonstances, et ça, ça fait très plaisir à lire. Les thèmes sont lourds, mais le traitement est optimiste.
Encore un auteur que je vais suivre.


dimanche 8 mars 2015

Scènes d'été - Nagai Kafû

Et dans la même foulée que Mokusei, ma dernière virée à la bibliothèque a fait atterrir ce petit volume entre mes mains. Encore un auteur que je ne connaissais que de nom, et je dois dire que je suis contente de ma découverte.

Scènes d'été est une nouvelle, écrite en 1914, publiée en 1915 dans des circonstances assez comiques comme nous l'explique la postface: l'auteur savait qu'il risquait d'être censuré et a donc décidé de faire paraitre sa nouvelle un samedi, pendant les jours de fermeture du service chargé de surveiller les publications. Lorsque le travail a repris le lundi, et que les censeurs ont voulu faire interdire la publication, trop tard! L'intégralité des volumes imprimés avait été déjà vendue.
Celà donne une idée du genre d'électron libre qu'était Nagai: un anti conformiste à tous les niveaux qui a envoyé bouler le carcan social et familial dès qu'il en a eu l'occasion, divorçant 'une femme imposée par sa famille pour se mettre à la colle avec une demi-mondaine.

Et c'est cette expérience qu'on retrouve dans la nouvelle à travers l'aventure un peu ridicule de Keizô, bon bourgeois bien comme il faut qui, à l'instar de l'auteur, fréquente assidument les quartiers des plaisirs de Tôkyô. Il s'est en particulier entiché de Chiyoka, qui porte le titre ronflant de Geisha, mais est loin de l'idéal de raffinement et de classe qui est au coeur du métier. Disons-le carrément: Chiyoka est simplement une prostituée, et pas du meilleur niveau: plutôt laide de l'avis de ses consoeurs, et surtout débraillée, nonchalante, bordélique, volontiers négligée et d'une hygiène parfois douteuse. Et pourtant elle ne manque pas de clients. Ce sont même tous ces défauts qui lui attirent un certain succès dans la profession: au milieu des filles tirées à quatre épingles, on ne voit qu'elle, et sa rusticité est au final son principal atout. Et comme elle n'est pas de première jeunesse ( comprendre 25 ans), elle a déjà remboursé une bonne partie de la dette qu'elle doit à l'établissement où elle officie, et c'est donc l'occasion pour Keizô d'en faire sa maitresse officielle à peu de frais en finissant de rembourser la dette et en l'installant dans un petit appartement avec une petite pension mensuelle. La chose était monnaie courante et même une marque de richesse, un peu comme les riches européens qui avaient "leur" danseuse. Mais Keizô est radin, et la petite pension est vraiment trop petite: qu'a celà ne tienne Chiyoka, rebaptisée O-chiyo, a maintenant un endroit à elle pour continuer à tapiner tranquillement en douce de son protecteur.

J'ai bien aimé cette histoire, souvent drôle, la nonchalance d'O-Chiyo est vraiment aux antipodes de la grâce mise en avant dans le monde de l'Ukiyo-e, et, entre le protecteur et la protégée, le plus malin n'est pas celui qu'on croit, le rapport de domination finit par s'inverser du fait de l'inertie absolue d'O-Chiyo sur qui les engueulades n'ont aucune prise et c'est Keizô qui finit par avoir l'impression d'être au service rémunéré de cette femme.

Nagai n'était pas seulement un trublion excentrique, mais aussi un fin connaisseur de littérature européenne, et ça se sent bien dans ce texte. Il a notamment lu Zola et Maupassant, et il y a quelque chose de l'auteur de La Maison Tellier et de Boule de suif dans cette histoire de demi-mondaine. Contemporain d'Akutagawa, un autre adepte de littérature européenne, c'est vraiment ce genre d'auteurs que je conseillerait à quelqu'un qui voudrait faire une première expérience de littérature japonaise, sans trop savoir par où commencer. Les deux sont volontiers ironiques, Akutagawa est plus sombre, Ce titre de Nagai est plus léger. En tout cas, je continuerai à découvrir cet auteur, dont la découverte m'a bien plu.

Ici, une courte biographie de l'auteur agrémentée de quelques extraits de la nouvelle