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mardi 30 avril 2024

La chair des os - Kôno Taeko (lecture audio)

 J'avais prévu ce sujet hier, mais une recherche rapide sur cette autrice une fois de plus inconnue de moi, me dit qu'elle est née le 30 avril 1926. Elle aurait donc 98 ans si elle n'était pas morte il y a quelques années, j'ai donc logiquement décalé mon sujet d'un jour.

nouvelle également publiée dans ce recueil

Bon, celle-là ne m'a pas convaincue: une femme qui vient d'être plaquée se remémore des moments passés avec son ex, notamment, lorsqu'ils mangeaient des huîtres ensemble. Et visiblement, manger des huîtres, c'est son plaisir particulier. Enfin, son kif, c'est surtout d'ouvrir les huîtres de manière chirurgicale, car elle ne mange qu'une petite partie des aliments, celle que délaisse l'homme. Que ce soit les restes d'huître collés à la coquille, de viande collés aux os de poulet, ou aux arêtes de poisson.
Parallèlement depuis la rupture, elle se laisse aller, et ne mange plus, autant par manque d'argent que parce que, visiblement, pour elle, nourriture = sexe. S'il n'y a pas quelqu'un pour partager ce moment, et la nourrir de restes, elle perd l'appétit. Apparemment elle a aussi une sorte d'obsession par rapport au feu , ayant une peur maladive des incendies.

Bon, je n'aime pas les huîtres, donc le plaisir de leur consommation m'est franchement étranger. Plus généralement, et malgré la qualité de lecture, je suis restée totalement en dehors de cette histoire de liaison, puis de rupture SM.

Donc, ce n'est pas une autrice vers laquelle j'irai à nouveau en premier lieu...

On peut l'écouter ici, lue par Christiane Cohendy (54 minutes)

lundi 29 avril 2024

Tribu bêlante - Ôe Kenzaburô (lecture audio)

 Et la nouvelle du jour est cette fois d'un auteur bien connu, prix Nobel de Littérature en 1994, Prix Akutagawa ( l'équivalent peut être de notre Goncourt au Japon, en terme d'importance) en 1958 pour Gibier d'élevage.

Et pourtant, étonnamment, je ne l'avais pas encore lu, donc, c'est l'occasion ou jamais, via cette série audio.

Trouvable ici cette fois encore
Cette tribu bêlant (des " moutons humains" dans le titre original) sont les passagers japonais d'un bus, harcelés par des soldats américains, qui les humilient, les forçant à se mettre à 4 pattes et à bêler comme des moutons.
Donc on commence par une réflexion sur le thème "Vae Victis", malheur aux vaincus, les américains vainqueurs ne se comportant pas dignement et prenant plaisir à ridiculiser les vaincus.
Mais une fois les américains partis, ce bus  peuplé de japonais, dont certains ont évité la honte, devient une version réduite de la société japonaise tout entière, il y a ceux qui ont honte d'avoir laissé faire.. mais se sont bien abstenus pour ne pas retourner contre eux la vindicte des américains, ceux qui compatissent ou s'indignent... un peu tard, et ceux qui insinuent que les victimes (qui ont été menacées au couteaux, et ont préféré l'humiliation à la mort), sont complices, et ont en quelque sorte imposé aux autres la vision de leur défaite. Au point de forcer les victimes à aller porter plainte à la police, et à raconter cette humiliation, et à affronter l'hilarité des policiers, qui y voient une plaisanterie qui leur fera la soirée. Et où il n'y n'a pas vraiment matière à plainte, puisqu'il faudrait que les autorités japonaises s'opposent aux vainqueurs, donc autant dire, aucune possibilité de réparation. Les victimes ne voulant pas porter plainte, un des témoins les harcèle, voyant dans ce refus de déposer plainte se perdre l'occasion d'avoir le beau rôle de redresseur de torts. Oui, c'est tordu.

Mais j'ai bien aimé cette histoire étrange qui brouille les pistes entre victimes et bourreaux. Je pense que je me ré-intéresserai à cet auteur à l'avenir.

Lien pour l'écouter (enregistré en 1987 par Robert Rimbaud), accompagné d'un extrait d'une conférence donnée par Oê en 1987, qui explique l'origine et l'intention de sa nouvelle. 56 minutes au total

dimanche 28 avril 2024

L'idiote - Sakaguchi Ango ( lecture audio)

 Et hop, troisième lecture/ écoute de cette série de nouvelles proposées par Radio France.
C'est encore un auteur inconnu de moi, et donc une découverte.



Enregistrée en 1987 et lue par Raymond Gérôme ( 53 minutes). 


Donc, de quoi est-il question? D'une petite rue de Tokyo, où habitent des gens un peu particuliers, pendant la seconde Guerre Mondiale. Il y a Isawa le journaliste, il a un regard très critique sur la société et déteste son travail et surtout ses lecteurs, plus intéressés par les effets de mode que par les vrais sujets. Il y a une secrétaire du comité de quartier, enceinte, qui ne sait pas trop qui est le père de son futur enfant, car elle a, probablement en échange de nourriture été la maîtresse de tous les hommes du comité, qui maintenant se débinent pour laisser à l'un seul la tâche de subvenir aux frais de naissance. Il y a "le fou", un homme plutôt misanthrope qui a choisi de venir s'installer au bout d'une ruelle, le plus loin possible des gens. Il vit là avec sa mère, assez tyrannique, et sa femme " l'idiote". L'idiote ne sait pas faire grand chose (c'est à dire, pas grand chose de ce qui est attendu d'une japonaise de cette époque, autrement dit, la cuisine), et est craintive. Elle semble traumatisée, que ce soit par la guerre ou les reproches de son mari et de sa belle-mère.
Evidemment ces "inadaptés" sont surtout là pour mettre en exergue la fausseté de la société japonaise constituée " d'êtres creux", de la censure militaire, de la guerre, de la "volonté superficielle des gouvernements".
Et pourtant un événement inattendu se produit, le jour où l'idiote s'enfuit de chez elle... et trouve refuge chez Isawa, qui n'a pas le coeur de renvoyer cette femme paumée. Et tous deux commencent une étrange cohabitation, sous les bombardements. Il n'en fait pas sa maîtresse, mais l'observe, tant elle est différente des autres individus qu'il connaît, espérant découvrir chez-elle une étincelle d'intelligence, une réaction normale, un peu plus qu'animale. Leur manière de penser, différente du reste de la foule, est peut être la clef de leur salut dans une époque irrationnelle.

C'est un coup de pied réjouissant dans la fourmilière hiérarchique de son pays que donne Sakaguchi. Et ça m'étonne qu'il n'ait pas été, pour cette raison précise, mis plus en avant en Europe, tant son écriture est peu japonaise, dans un pays où la règle est d'être comme tout le monde et de ne pas faire de vagues.

Pour l'écouter, c'est ici.

vendredi 26 avril 2024

L'envoûtement - Enchi Fumiko (lecture audio)

 Je continue sur ma lancée audio, cette fois avec une romancière du XX° siècle, que je ne connaissais que de nom.
La série " une semaine au Japon" compile 5 nouvelles dont les lectures ont été enregistrées à différents périodes, Mais je suis directement passé à la seconde.
En effet, La première est Pays de Neige de Kawabata, que j'avais lu et chroniqué ici, donc je l'écouterai probablement à un autre moment.

Pour l'Envoûtement, c'est Guy Tréjan le lecteur, la nouvelle est trouvable dans

Je note!
Chikako et Keisaku sont un couple d'âge un peu avancé, leurs deux filles sont mariées et ont quitté la maison. Keisaku, le mari est amateur et collectionneur de porcelaines et a prêté un vase précieux pour une exposition, mais sa femme ne partage pas son enthousiasme. Ce prêt d'antiquité lui rappelle de mauvais souvenirs, qu'un flashback nous raconte.
Quelques années plus tôt, Keisaku a décidé d'ajouter à son emploi de banquier l'activité lucrative d'antiquaire, puisque c'est un domaine qui le passionne. Elle n'apprécie surtout pas de voir son mari garder pour lui les trésors, et revendre au prix fort à des touristes, des babioles sans valeur et des faux, ce qu'elle assimile à de l'escroquerie. Chikako en vient à mépriser son mari malgré la nécessité de ce commerce pour faire face aux dépenses quotidiennes dans un pays ruiné par la guerre. Un jour un italien client des antiquailles de son mari, sachant que Chikako parle anglais, lui propose un curieux emploi: traduire pour son compte, des livres érotiques japonais, à destination du marché européen. Chikako, horrifiée, assimile ça a de la prostitution, mais Keisaku accepte le marché, sans la consulter, ce qui n'est clairement pas pour arranger leurs relations déjà houleuses. Mais faute d'argent, elle plie, cachant cette activité licencieuse à ses filles. Et pourtant au fil de ses traductions, la prude Chikako commence à prendre intérêt à ce travail, et de fil en aiguille, de devenir officiellement traductrice y compris de littérature plus "noble", ce qui la met dans une relative indépendance financière par rapport à son mari, chose rare et précieuse pour une japonaise des années 1950.
Parallèlement à ça, le départ des enfants exacerbe les tensions entre deux personnes qui n'ont plus rien en commun. La littérature et les promenades dans son quartier sont ce qui égayent le morne quotidien de Chikako, qui commence à se voir vieillir et complexe, mais que ce vieillissement libère aussi, elle commence à oser dire tout haut ce qu'elle pense, sans se soucier vraiment de ce que les autres en penseront.

C'est ici que vous pouvez l'écouter. Durée 55 minutes.

Je ne connaissais donc pas vraiment l'auteur, mais c'est une découverte plutôt intéressante, d'autant que le personnage central est une dame qui n'est pas encore très vieille, mais plus jeune non plus, et se trouve dans un intense moment de remise en cause de sa vie. En travaillant à la bibliothèque, à partir de juin, je regarderai s'il y a d'autres textes de Fumiko Enchi.

mardi 30 janvier 2018

Pays de Neige - Kawabata Yasunari

Ho un billet, après presque 2 mois et demi de silence. Non , ce n'est pas que je ne faisais rien, mais j'ai été bien occupé par un MOOC assez costaud ces dernières semaines.

Pour conclure le challenge Cold Winter (sur mon autre blog), j'ai tout naturellement eu envie de faire un détour par le Japon, et ça tombe bien, la thématique étant, l'hiver, le froid, etc.. j'avais "Pays de neige" en réserve.

J'avoue que je ne connais que peu Kawabata, ma seule rencontre avec lui, jusqu'à présent, était une adaptation de "Tristesse et beauté " en monologue théâtral, il y a des années.
C'est donc sans trop savoir à quoi m'attendre que je me suis attaquée à un de ses textes les plus connus.




On y suit pendant 3 années Monsieur Shimamura, érudit tokyoïte, pendant ses vacances dans une station thermale de montagne, dans le bien nommé " Pays de neige". Car de la neige il y en a en effet partout et très longtemps dans ce coin montagneux. Et pas seulement la neige,mais la blancheur est partout, et à la neige répond le maquillage blanc des geisha, et plus tard la clarté de la voix lactée.

C'est dans ce cadre pittoresque qu'il a rencontré Komako, apprentie musicienne qui loge chez une maîtresse de musique. Comme il y a peu de travail dans ce coin là, et qu'il manquait de geisha pour égayer les soirées, elle était venue un peu au dépourvu amuser ce client. Non profssionnelle, elle avait tout de suite plus à Shimamura et les deux avaient rapidement entamé une liaison.
Lorsque commence le récit, Shimamura revient pour la seconde fois au pays de Neige, revoir Komako qu'il n'a pas oubliée. Celle -ci entre temps est devenue une vraie geisha professionnelle.
Mais alors qu'il arrive en train Shimamura est intrigué par une autre femme croisée dans le train, Yokô, parce qu'il l'a vue presque fantômatique dans un reflet de vitre, parce qu'elle a un regard vif et perçant, et surtout parce qu'elle a une jolie voix un peu grave. Je peux comprendre Shimamura sur ce point là, étant moi-même souvent plus frappée par la voix des gens que par leur physique. Mais c'est un détail qui m'intéresse, car le texte fait la part belle à la musique: Yokô a une jolie voix et chante dans son bain, Komako joue du shamisen.
Yokô et Komakô se connaissent, mais leur relation n'est jamais explicitée. Entre elle il semble y avoir une certaine affection, mais aussi une rivalité liée à un mourant.
C'est donc une sorte de triangle sentimental inavoué qui se noue entre les deux femmes et Shimamura au cours de ses visites, le tout narré sur un mode assez contemplatif et élégiaque.
En fait, plus qu'un roman, c'est presque une série d'instantanés de la vie montagnarde, comme autant d'estampes à l'ambiance brumeuse ou de leitmotiv musicaux ( la voix lactée, le train, les ivresses à répétitions de Komako, le deuil...)
Apparemment dans son pays d'origine Kawabata est plus considéré comme poète que comme romancier, et franchement, je veux bien le croire. Ca n'a pas du être facile du tout à traduire.

Pas désagréable à lire, mais, et apparemment c'est une constante de l'auteur, avec une fin ouverte qui n'apporte pas de réponse. A savoir donc.
Ca ne me pose pas de gros problème, mais ne le sachant pas a priori, c'est assez déroutant ( je l'ai lu en version e-book et j'ai presque cru qu'il y avait un second tome que j'avais oublié d'acheter)
et juste parce que j'avais envie de finir le challenge Cold Winter sur une image pittoresque, le Fuji-san sous la neige
A savoir donc, et à garder en tête pour d'autre lectures de l'auteur, au passage le premier auteur japonais à avoir reçu le Prix Nobel de littérature - Oe  Kenzaburo est le second et dernier en date.
Sur la fin ouverte, voici une analyse fort intéressante.
et au passsage première lecture du challenge je lis des classiques

vendredi 7 août 2015

Genbaku bunkaku, la littérature de la bombe atomique


pas encore lu, il est en bonne place sur ma liste.. et ça ne m'étonne pas du tout qu'Art Spiegelman l'ai préfacé

A la suite des attaques atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, le Japon a développé un courant littéraire nouveau: la littérature de la bombe atomique, romans, récits, mangas qui prennent pour cadre les tragédies, récits de survivants qui ont parfois été adaptés en films (Pluie noire par exemple) ou dessins animés ( Gen d'Hiroshima)

La majorité sont bien sûr japonais, mais pas tous ( Hiroshima mon amour de Marguerite Duras) et la littérature de la bombe ne s'est pas arrêtée quelques décennies plus tard ( Le poids des secrets dont j'ai parlé ici entre dans cette catégorie, bien qu'il ait été écrit récemment). Le traumatisme de la bombe est loin de s'être limité à un petit coin de la planète, aussi, d'autres textes de divers pays peuvent être aussi intégré dans une liste " littérature de la bombe"

Que ce soit le fait d'écrivains confirmés qui n'ont pu rester impassibles devant le drame,  ou d'anonymes qui ont voulu témoigner de ce qu'ils avaient vécu, peu ont été traduits en français, en voici quelques uns ( que je n'ai pas forcément encore lus, certains ont été édités à de très petits tirages, et sont difficiles à trouver)

romans, poèmes, nouvelles
- Hiroshima  fleurs d'été - Hara Tamiki (nouvelles)
- Pluie noire - Ibuse Masuji
- poèmes de la bombe atomique - Tôge Sankichi
- l'enfant d'Hiroshima - Hatano Isoko et Ichirô
- Le poids des secrets (5 tomes) - Shimazaki Aki. Le 3° délaisse le cadre atomique pour parler du tremblement de Terre du Kanto de 1923. Mais de ce que j'ai pu lire ailleurs, les deux événements sont rapprochés assez souvent, par leur ampleur le nombre de victimes et le truamatisme qu'ils ont laissé dans la mémoire collective.
- dites nous comment survivre à notre folie - Oe Kenzaburo ( la plupart des livres de l'auteur, sans y faire toujours directement référence, sont marqués par la guerre et la bombe)
- la fleur de l'oubli - Oba Minako

Témoignages
- Journal d'Hiroshima - Hachiya Michihiko
- il y a un an Hiroshima - Tôhara Hisashi
- les cloches de Nagasaki - Nagai Takashi (1949, adapté en film en 1950). Edité en Français sous le nom de Paul Nagai, l'auteur s'étant converti au catholicisme en 1934et ayant choisi ce nom de baptême.
- Le sourire des cloches de Nagasaki - Nagai Makoto (1959) L'auteur est le fils du précédent
- J'avais six ans à Hiroshima - Nakazawa Keiji  (auteur par ailleurs du manga Gen d'Hiroshima)
- le jour où le soleil est tombé - Bun Hashizume
- récit des jours d'Hiroshima - Hida Shuntaro

Reportages, essais
- Notes de Hiroshima - Oe Kenzaburô

Mangas et illustrations
- Gen d'Hiroshima - Nakazawa Keiji
- le pays des cerisiers - Kouno Fumiyo
- Pika l'éclair d'Hiroshima - Maruki Toshiko

auteurs non japonais
- Hiroshima mon amour - Marguerite Duras (France)
- Tu n'as rien vu à Hiroshima - Emanuelle Riva (Reportage photographique sur la reconstruction de la ville par l'actrice principal du film adapté d'Hiroshima mon amour)
- la guerre du pacifique: Hiroshima et Nagasaki - Sandrine Woelffel ( France), essai
- Hiroshima, Nagasaki, la fin de l'empire divin - Michel Hérubel ( France) essai
- Hiroshima, deux cerisiers et un poisson lune - alain Serres ( France) : jeunesse
- Les oiseaux reviennent à Hiroshima - viviane Koening ( France): jeunesse
- quand blanchit le monde - Kamila Shamsie ( Pakistan)
- Hiroshima - John Hersey ( USA)
- Le dernier train d'Hiroshima - Charles Pellegrino ( USA)
- les fleurs d'Hiroshima - Edita Morris (Suède)
- Hiroshima est partout - Günther Anders ( Allemagne)
- Les âmes mortes d'Hiroshima - Herlin Hans ( Allemagne)
- vivre à Hiroshima - Robert Jungk ( allemagne)
- Hiroshima et les fontaines de l'espoir - collectif ( Canada)
- les mille oiseaux de Sadako - Eleanor Coerr (Canada)  jeunesse
- requiem pour Nagasaki - Paul Glynn ( Australie)
- l'enfant de Nagasaki - Peter Townsend ( GB)

Avant toute question, non je n'ai pas intégré dans la liste La tombe des lucioles, car s'il y est bien question de guerre et de bombardement, il s'agit de bombardements " classiques" sur la ville de Kôbe, en février 1945. Il s'agit d'une nouvelle de guerre qui n'entre pas dans le cadre de la littérature de la bombe atomique. Mais je voulais quand même le signaler malgré tout. D'ailleurs je conseille plutôt le dessin animé qui en est adapté, bien plus marquant que la nouvelle, à voir un jour où vous avez un moral d'acier.

Je ne sais pas s'il existe une littérature faisant référence directe aux bombardements de Tôkyô, mais ils sont évoqués par comparaison dans la littérature de la bombe atomique: la ville de Tôkyô avait subi en mars 1945 un bombardement de bombes incendiaires qui avaient brûlé une grande partie de la ville et fait de nombreuses victimes -le but avoué des USA étant " cuire et bouillir" les habitants jusqu'au dernier - lors des attaques sur Hiroshima, les habitants ont cru au départ à un bombardement incendiaire du même type.

Si vous avez connaissance d'écrits ou de témoignages traduits sur les autres bombardements, je suis très intéressée, et élargirai ma liste à la littérature de la guerre en général.


samedi 4 avril 2015

Une histoire singulière à l'est du fleuve - Nagai Kafû

Comme j'avais bien apprécié "Scènes d'été" récemment, j'ai décidé d'enchaîner sur un autre titre du même auteur.

Le fleuve en question, c'est le Sumidagawa qui traverse Tôkyô. A l'est se trouvent les quartiers populaires, anciens villages peu à peu grignotés par la grande ville :Mukôjima et Terajima, habités par les ouvriers et Tamanoi, le quartier des prostituées.
C'est dans ces endroits là, en 1936, que déambule Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire à la recherche d'une inspiration pour finir le roman qu'il a commencé d'écrire: son héros a fui une vie maritale ennuyeuse après 20 ans de mariage et l'auteur envisage de le faire se cacher dans une de ces banlieues en compagnie de sa maîtresse entraineuse de bar. Mais l'auteur sèche un peu pour conclure une histoire que lui même trouve assez peu crédible.
L'inspiration lui viendra suite à la rencontre fortuite d'O-Yuki, prostituée des bas quartiers qui s'incruste un soir de pluie sous son parapluie. Tadasu se prend au jeu et revient la voir, pas tellement pour les plaisirs qu'on peut trouver avec une prostituée, mais plutôt parce qu'O-Yuki a un style un peu suranné, qui lui rappelle le temps passé. Car le vrai souci de Tadasu, c'est qu'il a du mal a accepter le changement, la mutation de la ville: il n'arrive pas à rester chez lui, car le son des radios et phonographes de ses voisins l'empêche de travailler. Le quartier où vit O-Yuki étant assez miséreux, la modernité ne s'y est pas encore vraiment implantée. Et même si le canal qui y passe est crasseux et infesté de moustiques, on y est tranquille, dans le silence.

J'ai moins aimé ce texte que Scènes d'été, on y est plus dans la description des promenades de l'auteur en panne d'inspiration et de ses regrets du temps passé que dans le réel récit que pourrait laisser présager le titre. Dans le fond, l'histoire n'est pas si singulière que ça.

Mais plusieurs choses m'intéressent. L'auteur comme son personnage évitent la police: Tadasu a déjà été interpellé une fois un soir, un homme des beaux quartiers dans ce lieu populaire paraissant d'emblée louche à une police qui semble sur les dents. On est à l'été 1936, et on sent déjà que quelque chose couve, les gens se soupçonnent, la situation n'est pas tranquille. Des choses se passent notamment du côté de la Mandchourie et le pays vient de connaître une tentative de putsch au mois de février

La mise en abîme est sympathique: C'est Nagaï Kafû, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'aventure de Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'histoire d'un sexagénaire en fuite avec une prostituée. L'auteur, son personnage et le personnage de son personnage sont tous des gens en marge de la société. Et souvent, les pistes se brouillent, on ne sait plus trop lequel s'exprime de Nagai ou de Ôe. Le livre de Nagai se passe en 1936 et a été écrit en 1936, et fait référence à des événements contemporains, ou à des gens qu'il a personnellement connu. Personnellement, j'aime bien cette espèce de dédoublement.
Tôkyô années 30, une image trouvée ici

La troisième chose qui m'interpelle, c'est le fait que le sexagénaire de 1936 (je vous laisse choisir lequel de l'auteur ou du personnage) regrette le passé et tente d'en retrouver des traces dans son époque. Et trace un portrait d'une ville.. qui n'existe déjà plus pour le lecteur du XXI° siècle, et que donc, sa déambulation et sa critique du Tôkyô des années 30, ressuscite involontairement le Tôkyô des années 30, où, même si les traditions se perdent, on peut encore croiser des femmes en kimono et geta coiffées d'un chignon sophistiqué qui croisent des "modern-girls" équivalent japonaises des flappers américaines ou des garçonnes en France.

En tout cas un auteur que je lirais à nouveau si j'arrive à mettre la main sur d'autres ouvrages, la bibliothèque de ma ville est assez pauvre en ouvrages japonais non contemporains.

dimanche 8 mars 2015

Scènes d'été - Nagai Kafû

Et dans la même foulée que Mokusei, ma dernière virée à la bibliothèque a fait atterrir ce petit volume entre mes mains. Encore un auteur que je ne connaissais que de nom, et je dois dire que je suis contente de ma découverte.

Scènes d'été est une nouvelle, écrite en 1914, publiée en 1915 dans des circonstances assez comiques comme nous l'explique la postface: l'auteur savait qu'il risquait d'être censuré et a donc décidé de faire paraitre sa nouvelle un samedi, pendant les jours de fermeture du service chargé de surveiller les publications. Lorsque le travail a repris le lundi, et que les censeurs ont voulu faire interdire la publication, trop tard! L'intégralité des volumes imprimés avait été déjà vendue.
Celà donne une idée du genre d'électron libre qu'était Nagai: un anti conformiste à tous les niveaux qui a envoyé bouler le carcan social et familial dès qu'il en a eu l'occasion, divorçant 'une femme imposée par sa famille pour se mettre à la colle avec une demi-mondaine.

Et c'est cette expérience qu'on retrouve dans la nouvelle à travers l'aventure un peu ridicule de Keizô, bon bourgeois bien comme il faut qui, à l'instar de l'auteur, fréquente assidument les quartiers des plaisirs de Tôkyô. Il s'est en particulier entiché de Chiyoka, qui porte le titre ronflant de Geisha, mais est loin de l'idéal de raffinement et de classe qui est au coeur du métier. Disons-le carrément: Chiyoka est simplement une prostituée, et pas du meilleur niveau: plutôt laide de l'avis de ses consoeurs, et surtout débraillée, nonchalante, bordélique, volontiers négligée et d'une hygiène parfois douteuse. Et pourtant elle ne manque pas de clients. Ce sont même tous ces défauts qui lui attirent un certain succès dans la profession: au milieu des filles tirées à quatre épingles, on ne voit qu'elle, et sa rusticité est au final son principal atout. Et comme elle n'est pas de première jeunesse ( comprendre 25 ans), elle a déjà remboursé une bonne partie de la dette qu'elle doit à l'établissement où elle officie, et c'est donc l'occasion pour Keizô d'en faire sa maitresse officielle à peu de frais en finissant de rembourser la dette et en l'installant dans un petit appartement avec une petite pension mensuelle. La chose était monnaie courante et même une marque de richesse, un peu comme les riches européens qui avaient "leur" danseuse. Mais Keizô est radin, et la petite pension est vraiment trop petite: qu'a celà ne tienne Chiyoka, rebaptisée O-chiyo, a maintenant un endroit à elle pour continuer à tapiner tranquillement en douce de son protecteur.

J'ai bien aimé cette histoire, souvent drôle, la nonchalance d'O-Chiyo est vraiment aux antipodes de la grâce mise en avant dans le monde de l'Ukiyo-e, et, entre le protecteur et la protégée, le plus malin n'est pas celui qu'on croit, le rapport de domination finit par s'inverser du fait de l'inertie absolue d'O-Chiyo sur qui les engueulades n'ont aucune prise et c'est Keizô qui finit par avoir l'impression d'être au service rémunéré de cette femme.

Nagai n'était pas seulement un trublion excentrique, mais aussi un fin connaisseur de littérature européenne, et ça se sent bien dans ce texte. Il a notamment lu Zola et Maupassant, et il y a quelque chose de l'auteur de La Maison Tellier et de Boule de suif dans cette histoire de demi-mondaine. Contemporain d'Akutagawa, un autre adepte de littérature européenne, c'est vraiment ce genre d'auteurs que je conseillerait à quelqu'un qui voudrait faire une première expérience de littérature japonaise, sans trop savoir par où commencer. Les deux sont volontiers ironiques, Akutagawa est plus sombre, Ce titre de Nagai est plus léger. En tout cas, je continuerai à découvrir cet auteur, dont la découverte m'a bien plu.

Ici, une courte biographie de l'auteur agrémentée de quelques extraits de la nouvelle

jeudi 5 mars 2015

Mokusei! Une histoire d'amour - Cees Nooteboom

 Une suggestion de lecture trouvée ici, sur le tout récent blog de ma camarade babélionaute Myrthe. Et comme il m'a fallu aller renouveler ma carte de bibliothèque, j'en ai profité pour faire une petite virée dans les rayons..

Une histoire d'amour.. ou plutôt une histoire de ruptures.
Entre Arnold,le photographe hollandais  et le Japon, qu'il a pourtant adulé.
Entre Arnold, et sa muse Satoko, surnommée " Mokusei", les choses étaient vouées à l'échec, dès le départ. Arnold est tombé amoureux de Satoko lors de son premier voyage, alors qu'il recherchait un modèle pour un dépliant touristique. Satoko, qu'il a choisie après avoir vu de nombreuse photos de mannequins, trop "occidentalisées" à son goût, parce qu'elle faisait plus "authentiquement japonaise" à ses yeux d'occidental Une liaison qui était factice dès les départ: La campagne publicitaire devait comporter une photo de femme en kimono, Satoko correspondait non à la réalité du Japon du début des années 80, mais à l'idée que s'en faisait Arnold: le Japon éternel, figé dans ses rituels, son idéal d'harmonie.
Mais voilà Arnold a idéalisé Satoko, comme il a idéalisé le pays, en refusant de voir ses réalités contemporaines, ses banlieues moches et bétonnées comme on en trouve partout ailleurs. Et pourtant il avait été prévenu par un de ses amis diplomate qui y vivait depuis longtemps: le pays que tu cherches n'existe pas, n'existe plus, c'est comme résumer la hollande à  la peinture flamande,  et à trop idéaliser les choses, on finit par tomber de haut.. puis par les détester de ne pas correspondre à ce que l'on imaginait. Au premier voyage, Arnold n'a vu, et surtout, voulu voir que les bons côtés du pays.. au 5° il n'est plus capable que de voir ce qu'il a volontairement occulté jusque là. Et son rejet est aussi total que l'était son obsession, pour Satoko, et pour le pays qu'elle représente.

Plus que l'histoire d'amour entre deux personnages, c'est la réflexion sur la fascination que peut exercer un pays en général que je trouve intéressante. Arnold ne s'intéresse au pays et à sa culture que de manière sélective, en choisissant ce qui va dans le sens de ses préjugés sur ce que doit être la culture locale, le pays, les habitants, et ne se laisse pas la possibilité d'être déçu.

Et vous savez quoi? Des gens comme ça j'en connais. j'en ai rencontré lors de mes 4 voyages. Des qui n'y étaient allées que pour un aspect précis: la mode, le shopping, les jeux vidéo, les salles d'arcades, draguer les japonaises (oui..). La personne qui n'y allait quasiment que pour la mode et le shopping m'a confié l'an dernier n'avoir aucune envie d'y retourner, ses goûts ont changé, elle sature, et surtout elle ne supporte pas des coins comme Akihabara ( le quartier des otaku à Tokyo), qui ne sont pas ce qu'elle attend du Japon, et la dégoûtent . Oui, c'est à ce point. Exactement  le sentiment que décrit Cees Nooteboom.
Le roman date de 1980, à l'époque où peu d'européens avaient une image du Japon autre que celle classique, bouddhiste, rituelle et absolument pas contemporaine.. Celle de certains de mes camarades de voyage était 100% contemporaine, et la mode étant maintenant à la Corée du Sud, ils se sont pris de passion pour ce pays.

Personnellement, j'ai adoré mes 4 voyages, un peu moins le dernier pour d'autres raisons, mais je n'y retournerai pas ni cette année, ni probablement l'an prochain. Pour éviter la lassitude: le pays me plaît énormément, mais j'ai aussi envie de voir d'autres endroits, d'autres pays.
Ou alors, dans des régions totalement différentes, je ne pense pas remettre les pieds à Tokyo ni même à Kyoto avant un certain temps. Et aussi je veux me laisser le temps d'apprendre un peu plus la langue, pour justement en profiter vraiment à fond lors d'un prochain voyage, voire d'un stage de langue sur place, pourquoi pas.
Mais sinon, comme je suis du genre à partir quasiment les mains dans les poches et à me laisser surprendre, ben oui, il ya des choses qui me plaisent, d'autres moins, mais c'est comme ça, pas de quoi en faire une maladie.

Par contre comme j'habite un pays, et une ville touristique,  et que je bosse dans ce domaine, j'en vois à la pelle, des touristes du genre d'Arnold: qui arrivent avec une idée préconçue de ce que doit être "La France", et qui repartent déçus de ce que les villes soient sales, que les français fassent la tronche dans les transports, et tiennent rigueur au pays de ne pas correspondre à ce que les films et les prospectus leur ont vendu, au lieu d'essayer de remettre en perspective la vision idyllique et bien pastel qu'ils avaient au départ. C'est dommage.
Voilà un article sur le "syndrome de Paris", dans le sens inverse: la déception des touristes japonais ( et chinois aussi maintenant), qui arrivent en France avec une image figée.. qui ne correspond pas à la réalité, et en font littéralementdes syncopes.
(puis apparemment l'image que les touristes ont de LA française c'est: grande, mince, cheveux châtains, toujours élégante.. évidemment, s'ils me voient, je suis la négation la plus absolue de cette image, hormis les cheveux. Et pourtant je suis française, donc je comprends tout à fait le passage du livre où le manager de l'agence de mannequins ne comprend pas ce qu'Arnold veut lorsqu'il lui demande une modèle qui "fasse" japonaise. Sa réponse st évidente " mais elles sont toutes japonaises")

Un mot du mokusei: c'est un arbre qui fleurit à l'automne, en tout cas le kinmokusei, je ne sais pas s'il y a d'autres variétés. C'est ce qu'on appelle en Europe "olivier odorant" (bien qu'il en soit pas de la famille des oliviers) ou Osmanthe. L'odeur en est étonnante: on le sent beaucoup de loin, et peu de près. Une odeur sucrée sans être écoeurante, qui évoque un peu la pêche, l'abricot et le bonbon. Très agréable, dommage qu'on ne puisse pas ramener les odeurs comme souvenir de voyage autrement que sous forme d'encens.

Le Japon vu par.. un auteur néerlandais.

dimanche 22 février 2015

Le poids des secrets tome 5 - Shimazaki Aki

Suite et fin du cycle romanesque, le poids des secrets: Hotaru ( lucioles)

attention, vu qu'il s'agit du dernier tome, ce que je dis risque de spoiler les 4 premiers, donc  panneau d'avertissement

En 1995, Grand-mère Mariko a eu un accident. La vieille dame, victime d'une commotion cérébrale, semble divaguer et son entourage n'y prête pas plus d'attention que ça, considérant qu'il s'agit d'une séquelle de son accident, qui va d'ailleurs en s'améliorant. Sauf sa petite fille Tsubaki qui comprend que ce qui a l'air d'un radotage de vieille dame malade est en fait l'aveu d'une complicité de crime.

En effet, on se souvient de Yukiko commettant un assassinat dans le tome 1. Or ce crime a eu un témoin: Mariko, qui a été la première a trouver la victime et a caché le message incriminant Yukiko, bien qu'elle n'ai jamais su la raison qui l'a poussée à commettre ce crime. Pourquoi a-t-elle fait ça?

Parce que la victime, Monsieur Horibe,  était un sale type qui harcelait Mariko, et que si Yukiko ne l'avait pas fait avant elle, c'est Mariko elle même qui l'aurait tué.
 Ironie du sort on apprend incidemment plus loin qu'une 3° personne avait également des envie de meurtres vis à vis de monsieur Horibe, qui s'est fait une spécialité de sélectionner des jeunes femmes à peine majeures, encore fraîche et naïves, d'en faire ses maîtresses et de les abandonner par la suite - ou de les harceler sans fin, en réclamant un "droit de propriété" sur elles. Ceci est donc le récit de la manipulation de Mariko par le si sympathique, si souriant, si brillant, mais surtout si tyrannique monsieur Horibe, qui a conduit à la succession d'événements dont on connaît le dénouement depuis le tome 1. Le récit d'un assassinat... à l'envers.

Alors même si j'ai quelques reproches à faire à l'écriture, un peu répétitive ( je ne compte plus les fois où quelqu'un dit " j'ai eu un coup au coeur".. "j'ai eu un moment de panique" ou quelque chose du genre aurait fait l'affaire pour éviter la répétition d'une expression tellement peu courante qu'on est obligés de s'en souvenir, mais bon...) j'aime beaucoup cette narration éclatée en 5 tomes qui s'éclairent et se précisent les uns et les autres, pour arriver à expliquer à rebours les conditions qui ont amené l'événement du tome 1.
du coup je maintiens ce que je disais précédemment: le tome 4 se démarque dans le lot, puisqu'il n'est pas pleinement lié au crime ou à Mariko, et donc paraît un peu plus dispensable dans le lot

Ceci dit, je recommande chaudement la lecture de l'ensemble en gardant en mémoire qu'il n'est pas parfait, mais très agréable à lire.

lundi 9 février 2015

Le poids des secrets tome 3 et 4 - Shimazaki Aki

Juste hier, je parlais des 2 premiers tomes, voilà la suite ( les romans sont très courts est se lisent assez vite). Même principe: un secret que l'on va conserver pour le bien des autres, quitte à se torturer l'esprit pendant des années.

Tome 3: Tsubame ( Hirondelle): Cette fois, c'est Mariko, la mère célibataire de Yukio qui est au centre de l'intrigue, et tout ce qui s'est passé pendant sa jeunesse. Car elle aussi est fille naturelle, sa mère a prétendu que son père avait disparu avant sa naissance, mais est-ce bien vrai. Toujours est-il qu'en 1923, Yohni Kim, 12 ans, n'a comme famille que sa mère et son oncle. Car c'est celà son secret: Yohni Kim est sa vraie identité, sa mère est coréenne, et vit dans la misère avec l'espoir illusoire de retourner un jour au pays qu'elle a fui pour raisons politiques. Lorsque le 1° septembre 1923, la terre tremble, Yohni et sa mère s'en sortent, mais doivent faire face à une vague de racisme sans précédent: dans la panique, la rumeur se répand que les coréens profiteraient des dégâts pour empoisonner les puits et perpétrer des actes terroristes. Les coréens sont arrêtés et exécutés en masse, La mère de Yohni la laisse en garde dans un orphelinat et une église dont elle connaît le prêtre, qui la cache sous le faux nom de Mariko Kanazawa. Et ne reviendra jamais la chercher, probablement victime d'une exécution sommaire. Mariko, traumatisée, ne prononcera plus un moment pendant des mois, jusqu'au jour où elle voit des hirondelles et retrouve goût à la vie. Après plusieurs années passées sans nouvelle de sa mère, le prêtre l'emmène établir un état civil au nom bien Japonais de Mariko Kanazawa. Elle sera officiellement japonaise et pourra vivre sans risquer de persécutions. Tout le monde l'ignorera, y compris son mari, qui aurait pourtant été compréhensif, y compris son fils Yukio - car les actes de racisme touche également les migrants de 2 et 3° générations. son seul lien avec son ancienne identité est le journal de sa mère rédigé en coréen, qu'elle ne lit pas, mais se fera pourtant traduire au soir de sa vie par une vieille dame qui n'a pas renoncé à ses origines. Dedans se trouve pourtant l'identité de son père.

Tome 4: Wasurenagusa ( Ne m'oublie pas - nom japonais du myosotis)
Années 30, c'est maintenant Kenji Takahashi, futur mari de Mariko et père adoptif de Yukio qui nous raconte son histoire. Né dans une riche famille très traditionnaliste, on attend de lui qu'il soit un fils obéissant, qu'il épouse une femme bien sous tout rapprt, qu'il fasse un héritier et reprenne l'entreprise familiale. Ce qu'il fait, hormis l'héritier. Sa mère le force a divorcer, houspillant sa belle fille qui ne peut être que stérile. Lors que son ex femme se remarie et à un enfant, Kenji comprend vite d'où vient le problème, chose que sa famille ne veut pas accepter. Lorsqu'il rencontre Mariko, mère célibataire, qui lui plait, il voit de suite la solution: elle a besoin d'un père pour son fils, il a besoin d'une femme avec enfant. Mariko n'est pas assez bien pour sa famille? Qu'importe, cette fois, il prend sa décision, laisse tomber l'entreprise et ses parents et vit sa vie. La seule chose qui le taraude, c'est Sono, une dame qui fut autrefois sa nurse pendant quelque temps, que a mère a chassée parce que une fois de plus " pas fréquentable pour la famille" et avec laquelle il a gardé contact secrètement. Sono qui lui a toujours manifesté de l'affection lui est plus chère que sa propre mère si difficile à vivre. Or Sono qui voyage beaucoup est partie en Russie est n'a plus donné signe de vie  hormis une carte postale portant des fleurs blues et le nom " niezabudoka" ( ne m'oublie pas en Russe).
quartier Nihonbashi Tôkyô 1923

J'ai un peu moins apprécié des deux tomes, surtout le tome 4 en fait. Pas désagréable, mais j'ai trouvé la résolution un peu facile, attendue. Le fait aussi peut être que le vrai secret ne soit pas la stérilité de Kenji, mais relève de la génération de ses parents et arrive seulement à la toute fin. Et que je le voyais venir gros comme un camion. Le fait aussi qu'il ne soit pas vraiment lié à celui du tome 3 et au tremblement de terre. Des 4 lus jusqu'à présent , c'est celui auquel j'ai le moins accroché. Le 3 est vraiment bien, le secret de Mariko est vital - au moins pendant sa jeunesse, et donc moins tiré par les cheveux que le 4° tome, qui manque cruellement d'un fond historique. la guerre de Manchourie et la déportation en Russie n'y joue pas le même rôle que les autres catastrophes dans les autres tomes ou que la déportation dans "Au coeur du Yamato". Pourtant les thèmes du racismes dans Tsubamé et de la pression sociale dans Wasurenagusa rendent le tout toujours intéressant, même si moins dramatique que les précédents. Et puis autant  Mariko que Kenji sont des personnages battants qui finissent pas décider pour eux même, ça compense le bémol que je mets par ailleurs à ce quatrième tome.

Prochaine étape, le cinquième et dernier tome, tout seul. Je n'en connais pas encore la teneur, si ce n'est qu'il se passe à l'époque contemporaine.

dimanche 8 février 2015

Le poids des secrets t. 1 et 2 - Shimazaki Aki

 Lors de ma commande de fin d'année, j'ai vu que la première pentalogie de Shimazaki Aki était à présent éditée en coffret rassemblant les 5 tomes. Comme j'ai beaucoup aimé au coeur du Yamato - que je n'ai pas fini, le 5 tome n'était pas disponible à la bibliothèque -ni une ni deux, je me la suis auto-offerte.
Le poids des secrets est plus ancien (de 1999 à 2005) et je viens de voir qu'elle vient d'entamer une autre série de roman, au titre global non encore défini. Miam!

Au moment de rédiger le même problème que la première fois s'est présenté à moi: les 5 tomes sont indépendant et peuvent être lus sans ordre précis, mais comment chroniquer: un par un, ce qui ferait 5 chroniques courtes? ou globalement pour une seule beaucoup plus longue et dense?
J'ai choisi une 3 solution, découper, pas tout à fait arbitrairement, car si on retrouve les mêmes personnages de volume en volume, chacun se focalise su le point de vue précis de l'un d'entre eux. Avec en toile de fond une catastrophe ( bombe atomique, guerre de Manchourie ou tremblement de terre du Kanto) et des secrets de famille, de ceux qu'on cache pour épargner les gens , et qui font d'autant plus de dégâts le jour inévitable où ils ressortent.
On suit l'histoire d'une famille sur plusieurs générations ( attention ça se complique assez vite, j'ai du me faire un petit tableau généalogique au bout d'un moment). En fait j'ai rassemblé les deux premiers tomes, car ils se passent à la même époque et concernent la même histoire, vu par chacun des protagonistes.

Tome 1: Tsubaki ( Camélias): Dans les années 90 probablement. Yukiko, une vieille dame, vient de mourir d'un cancer, probablement consécutif aux irradiations subies dans sa jeunesse. En effet, Yukiko était une survivante du bombardement du 9 août 1945, à Nagasaki. elle n'avait jamais accepté d'en parler, sauf la veille de sa mort, où pour la première fois, elle a évoqué cette catastrophe auprès de son petit fils, en prononçant des paroles ambigües " il y a des cruautés qu'on n'oublie jamais, pour moi ce n'est pas la guerre ni la bombe atomique". Le fin mot de l'histoire, elle le révèle dans une lettre posthume laissée à sa fille: Yukiko a commis un assassinat dans sa jeunesse, qui par une étrange ironie du sort, est passé inaperçu: le jour même, la bombe a rasé précisément le quartier en rase campagne où elle et sa famille avaient déménagé justement pour courir moins de risque. Impossible de retrouver le corps et de savoir si la victime est morte empoisonnée ou sous la bombe. Par la même occasion, elle révèle un autre secret: elle a un demi-frère, Yukio, du même âge qu'elle, qu'elle a bien connu en tant que voisin mais a qui elle a caché leur lien de parenté lorsqu'elle l'a découvert, "pour le protéger". C'est ce deuxième secret qu'on verra dans le tome 2, où on découvre que Yukio savait déjà une partie de la vérité, et que Yukiko aurait peut être mieux fait de s'expliquer pour le bien de son frère.
nota: à l'interieur du coquillage est écrit: Yukiko, en hiragana, l'un des deux syllabaires japonais

Tome 2: Hamaguri (Palourdes). Même histoire, vue cette fois du point de vue de Yukio. Yukio est le fils d
naturel de Mariko, né dans les années 30, autant dire, la honte absolue. Traité de bâtard toute sa vie, ses seuls moments de joie étaient, pendant sa petit enfance, les sorties au parc avec sa mère, où il rencontrait un homme et sa file. Yukio et la gamine dont il ignorait le nom, jouaient ensemble à Kaiwase, un jeu qui consiste à rassembler par paire des coquilles de palourdes. Puis sa mère s'est mariée avec Monsieur Takahashi, qui l'a adopté, et tous ont déménagé à Nagasaki, ou personne ne connaissait la vérité. L'ironie du sort cette fois, par rapport au tome 1, c'est que Yukio a compris dès l'âge de huit ans qu'il avait une demie soeur: la petite fille du parc et que l'homme du parc était son vrai père. Par contre, il n'a jamais su son prénom, et ne l'a pas reconnue, ni elle ni son père, lorsqu'ils sont arrivés une douzaine d'années plus tard, pas du tout par hasard, pour habiter la maison mitoyenne. Yukio et Yukiko, le frère et la soeur ont donc vécu comme voisins pendant 2 ans, sans se reconnaitre, et sont même tombés amoureux l'un de l'autre. Yukio ignorant le nom de sa soeur, mais sachant qu'elle existe, Yukiko n'ayant pas reconnu son camarade d'enfance, mais cachant leur parenté lorsqu'elle la découvre par hasard, et fuyant Yukio au lieu d'éclaircir les choses.
Nagasaki 1945

Et là encore, c'est un carton plein, j'ai bien aimé, l'écriture est agréable ( en français dans le texte), pas renversante, mais agréable. Mais surtout, j'aime bien la narration: les coïncidences n'en sont pas vraiment, et donc ne paraissent pas énormes, et il y a quelque chose d'une tragédie dans cette histoire de gens qui pour éviter de blesser les autres, gardent un silence dont le résultat entraîne une réaction en chaîne - si j'ose dire - est, au final, plus désastreux que ne l'aurait été la révélation des secrets.
Et du fait que la même histoire soit vue par deux narrateurs différents, le 2 tome apporte des précisions, oblige à revoir ce qu'on a pensé du premier. C'est ce deuxième tome qui donne de l'intérêt au premier, en soulignant l'échec des décisions prises par Yukiko dans le tome 1.

Prochaine étape, les tomes 2 et 3, qui remontent d'une génération, et vont s'articuler autour des parents de Yukio et du tremblement de terre de Tokyo en 1923.

lundi 2 février 2015

Deux amours cruelles- Tanizaki Junichirô

Tanizaki est un auteur dont j'avais déjà lu " le pont flottant des songes" il y a quelques temps, je l'avais trouvé pas mal, mais sans vraiment accrocher,, et je prédisais qu'il ne me laisserait pas une grand souvenir, et.. je confirme. Quand j'ai vu qu'un de mes bons copains avait lu un autre titre du même auteur pour le challenge écrivains Japonais, je me le suis fait prêter, histoire de donner une autre chance à l'auteur.

"Deux amours cruelles"  rassemble deux nouvelles ayant pas mal de thèmes communs, l'amour et la cruauté, le sacrifice, certes, mais aussi, et ça, c'est la bonne surprise, la musique.

Dans la première, "l'histoire de Shunkin" , le narrateur décide de nous raconter l'histoire d'une musicienne et professeur de musique, et de son disciple et souffre-douleur, quasi esclave Sasuke.
Petite, Mozuya Koto avait un bon caractère, était plutôt douée pour la danse et les arts que la richesse de sa famille lui permettait de pratiquer. Mais devenue aveugle à l'âge de neuf ans, elle n'a plus vécu que pour la musique, son caractère s'est aigri, et elle est devenue incroyablement orgueilleuse à force d'être couvée et traitée en reine par des parents surprotecteurs. Par manque de chance on la disait belle et talentueuse, ce qui l'a encore poussé un peu plus à un orgueil démesuré et, malgré tout courtisée par de nombreux hommes, elle développe en prenant de l'âge un caractère colérique dont le premier à faire les frais a été Sasuke. D'abord engagé comme guide pour la conduire à ses cours de koto, puis devenu son élève et martyre, et enfin son amant et semi-esclave volontaire. Car hors de question pour Koto, devenue Shunkin, son nom de métier, de condescendre à épouser un homme de basse classe, tot juste bon à lui réchauffer les pieds et a assouvir ses pulsions.
Le destin de ces deux là changera par la suite d'une agression dont est victime Shunkin, que sa morgue a conduite à se faire beaucoup d'ennemis.

Pas mal, je dirais, mais je n'ai pas 100% aimé, la faute aux personnages, Shunkin est bien trop orgueuilleuse et  Sasuke est bien trop masochiste pour que je puisse les prendre en sympathie. Par contre j'ai beaucoup aimé la narration, qui prend pour base une fausse biographie écrite par Sasuke et entreprend de la mettre en doute, avec un humour cynique assez réjouissant:
Koto est réputée très belle? Pourtant j'ai vu une photo, elle était petite, avec un visage régulier, mais plutôt banale.
Koto était exceptionnellement douée pour la danse? N'oublions pas que la biographie a été écrite par un admirateur éperdu qui lui était tout dévoué.
Koto avait un sale caractère mais ses professeurs passaient au dessus en disant qu'elle était douée et qu'on pouvait lui pardonner? Il faut plutôt se souvenir qu'elle était de famille très riche et que personne ne se serait risquer à punir une fille Mozuya quelle que soit son insolence.
J'aime bien cette idée de créer un personnage, de l'encenser.. pour mieux faire ressortir par la suite ses vices.

Nota: cette nouvelle contient une courte scène ( qu'on sent venir dès le début) d'auto-mutilation. Je préfère prévenir. Et personnellement je ne suis pas fan de ce genre de choses, même si c'est loin d'atteindre le niveau de "Patriotisme" de Mishima.

Par contre en fouillant, le net, je vois qu'elle a été adaptée au théâtre et jouée à Paris façon Bunraku. J'aime bien l'idée des oiseaux de papiers ( dans la nouvelle Shunkin élève des oiseaux chanteurs de grand prix)

La deuxième nouvelle "Ashikari" est plus courte, mais je l'ai préférée à Shunkin, en ce sens qu'elle ne met pas en scène deux personnage sans un rapport de sadomasochisme, mais un trio qui passe un pacte des plus étranges, qui me rappelle un peu ( un peu je dis) Cyrano.
Lors d'une promenade nocturne, le narrateur rencontre un homme étrange, qui au fil de la discussion va lui raconter une non moins étrange histoire de famille: Lorsqu'il était petit, son père, Serizawa,  l'emmenait tous les ans assister en douce à une fête en l'honneur de la lune, une fête prestigieuse avec musique, danses.. En grandissant, l'enfant découvre que la maîtresse de cérémonie Oyu-sama n'est autre que sa tante. Bien des années plus tôt, son père est tombé amoureux d'Oyu, rencontrée par hasard au théâtre. Cette affection était réciproque, mais Oyu était veuve avec un enfant en bas-âge et traitée en véritable reine par sa belle famille à la condition expresse de ne pas se remarier et de garder indéfiniment le deuil de feu son époux. C'est sans compter avec la soeur de Serizawa qui lui propose une idée un peu folle: courtiser et épouser Oshizu, la jeune soeur d'Oyu, ainsi, il pourra au moins passer du temps avec Oyu, en tant que beau frère. Oshizu n'est pas bête, elle adore sa soeur et en vient donc a accepter ce marché: elle épousera Serizawa, mais par respect pour sa soeur, ne touchera pas son mari, et au contraire favorisera autant que possible les rencontres entre son époux et Oyu. Et Serizawa et Oyu, passeront du temps ensemble sans rien faire non plus, par respect pour le sacrifice d'Oshizu. Le trio commence donc un étrange et malsain ménage à trois, parfois à la limite de l'indécence.; jusqu'à ce que les gens commencent à jaser.

Et donc, j'ai préféré cette nouvelle: on y retrouve la narration distanciée empreinte d'un léger humour, des situations à la limite du scabreux sans y tomber.. et surtout des personnages nettement plus sympathiques que dans Shunkin. Mais je note que dans les deux cas, les hommes sont volontiers portraiturés comme faibles, pathétiques et vaguement ridicules, alors que les femmes ont une sacrée force de caractère.


Pour lire le point de vue de Sylvain ( qui est toujours nettement moins prolixe que moi, mais illustre avec des estampes de sa collection personnelle) c'est par là!

jeudi 29 janvier 2015

Une parfaite chambre de malade - Ogawa Yôko

Voilà un auteur que je n'avais pas encore eu l'occasion d'aborder, mais j'avais déjà croisé ce nom à plusieurs reprises dans le cadre du challenge In the mood for Japan" il y a quelques années. Je l'avais mis dans un coin de ma tête, et l'occasion s'est présenté sous forme d'un pillage en règle du rayon littérature japonaise de ma médiathèque.
J'ai pris ce titre un peu au hasard parmi plusieurs, et il s'avère justement que les deux nouvelles de ce recueil sont ses premiers écrits ( 1989), pour une fois je commence involontairement ma découverte dans le bon ordre.

Un parfaite chambre de malade  - Une narratrice anonyme annonce d'emblée la couleur: elle va nous parler des derniers mois de la vie de son frère, mort d'un cancer à 21 ans ( la maladie exacte n'est pas nommée, mais on le devient assez bien). Lors de ces derniers moments à passer ensemble, le frère et la soeur qui étaient assez distants jusque là se rapprochent. Comme elle travaille comme secrétaire à l'hôpital où son frère est soigné, dès la fin de son service elle vient lui rendre visite et passe peu a peu presque tout son temps libre auprès de lui. Où plutôt dans la chambre, un endroit qui la rassure: propre, net, sans la moindre tâche. Car cette femme est hantée par le souvenir de sa mère, malade mentale à tendance " diogène" qui entassait chez elle une pagaille invraisemblable et laissait constamment moisir de la nourriture dans les endroits les plus improbables. La narratrice en a développé une répulsion physique pour la saleté, et par extension pour la nourriture, qu'elle assimile à la corruption, à la saleté , aux ordures, partant du principe que " ce qu'on n'a pas mangé moisit, donc, puisque qu'on mange des choses putrescibles, qui dit qu'elles ne moisissent pas à l'intérieur du tube digestif, corrompant ainsi l'organisme". Elle fait une fixation sur les bouches des gens ne voit plus que ça, le côté organique de la corvée de manger, la couleur d'une sauce qui lui rappelle le jour où elle a assisté a une ablation chirurgicale. Oui, elle est passablement dérangée elle aussi.
 En ce sens, la chambre de malade débarrassée tous les jours de la moindre miette est parfaite. Son frère aussi est parfait, lui qui de par sa maladie n'arrive plus a manger et s'affaiblit de jour en jour et semble non pas mourir mais devenir transparent et s'effacer proprement. La rencontre avec le médecin soignant, qui lui aussi a eu une jeunesse hors du commun, va lui permettre enfin d'extérioriser son angoisse de la vie et de la mort , qu'elle fuit en se réfugiant dans un endroit perçu comme immuable, où ni la vie ni la mort paradoxalement n'existent.
Ce texte assez court est très riche en thématiques, au delà de sa curieuse fixation sur la pourriture et l'organique jusqu'à en donner la nausée. J'ai au final bien apprécié.

La désagrégation du papillon - là encore il est question de maladie, d'enfance plutôt étrange et d'une narratrice mal dans sa vie. Une jeune femme qui a été élevée par sa grand-mère assez stricte, vient de la confier à une institution spécialisée car la vieille dame souffre de maladie d'Alzheimer et n'est plus autonome. Mais cette séparation, bien que nécessaire puisque la famille n'est plus en mesure de s'occuper d'elle , est vécue par la narratrice comme un déchirement, voire une trahison. En effet, elle estime, piété filiale oblige, qu'elle aurait du se dévouer entièrement à celle qui l'a élevée (sa mère l'a quasiment abandonnée là) et tente de compenser l'absence de Sae, la vieille dame, en s'imaginant.. enceinte. Peut-être l'est-elle , peut-être pas, rien n'est sur, mais toujours est-il qu'elle préfère assimiler la boule d'angoisse et de culpabilité qu'elle a au ventre de cette manière.

Etonnamment, bien que ces deux nouvelles soient proches par les thèmes abordés ( la maladie, la mort, l'absence d'un être cher, l'enfance inhabituelle), mais j'ai moins bien accroché à la deuxième que j'ai trouvé moins aboutie. Elle part un peu dans tous les sens, si bien que même si je l'ai lue il y a seulement quelques jours, j'ai un souvenir moins clair que de la précédente. Des péripéties, ou plutôt, des non-péripéties quotidiennes qui s'enchaînent un peu moins bien, avec une rupture qui s'annonce entre la narratrice et son petit ami, en compagnie de qui elle ne se sent pas vraiment bien, des non-dits un peu usants qui ne font pas vraiment progresser le récit mais le font bifurquer vers quelque chose d'autre de manière moins convaincante ... voilà, C'est au niveau narratif que j'ai moins accroché, et c'est peut être ce qui importe le plus pour moi.
écrivain contemporain

jeudi 13 mars 2014

Engrenages et La vie d'un idiot - Akutagawa R.

Deux nouvelles posthumes de Ryûnosuke Akutagawa, auteur que j'avais découvert et beaucoup aimé avec Rashômon

Dans "engrenages", on suit  l'anti héros en perdition, harcelé par des migraines qui lui font voir des hallucinations d'engrenages, poursuivi par la peur de devenir fou, et qui ne peut s'empêcher de voir des présages dans ce que n'importe qui en bonne santé nerveuse considèrerait comme coïncidences ou ne remarquerait simplement pas. La couleur jaune, un chien qui aboie 4 fois ( au Japon, 4 se dit shi.. homophone du mot mort, et le 4 est donc considéré comme un présage funeste), un manteau de pluie associé à l'idée d'un fantôme, et sûrement beaucoup d'autres que j'ai laissé échapper par manque de connaissances..

"La vie d'un idiot" reprend la même idée, mais dans une forme différente: une nouvelles morcelé en de nombreux chapitres parfois très courts, où, cette fois, le narrateur fait le bilan de sa vie peu satisfaisante.. Les deux sont intéressantes, mais la première est peut être plus "littéraire", avec un fil directeur plus net. En tout cas elle m'a un peu plus parlé que La vie d'un idiot, qui fait plus "témoignage clinique" sur la maladie nerveuse

C'est dramatique, car on sent bien que l'auteur est vraiment au bout du rouleau. Car oui, pour le coup, l'auteur et le narrateur sont difficilement dissociables. Mais en même temps, passionnant, car pour le coup, la névrose est particulièrement bien rendue. L'auteur est "le fils d'une folle", étiquette qu'il se donne à lui même et qui lui pourrit littéralement la vie, persuadé qu'il est condamné à suivre le même chemin. C'est d'autant plus triste de constater à chaque page qu'on a affaire à quelqu'un d'une culture immense, tant asiatique qu'européenne ( il cite Mérimée, Baudelaire,Anatole France, Gogol..) Du coup, je crois que c'est exactement l'auteur que je conseillerais à qui veut attaquer la littérature japonaise, parce qu'il reste accessible au novice dans ses références, à mi-chemin entre l'Europe et l'Asie ( n'oublions pas qu'on est à l'ère Meiji, l'ouverture du pays vers les autres pays est toute récente, la névrose d'Akutagawa doit être intéressante à mettre en parallèle avec la mutation de son époque)

dimanche 23 février 2014

La parfaite lumière - Yoshikawa Eiji

 Et voilà le tome 2. La aussi, je remonte un ancient post, pulié en 2011, afin de rassembler les 2 tomes sur 2 jours

La Parfaite Lumière enchaîne donc exactement là où finissait La Pierre et le sabre, à savoir le trio Musashi, Jôtarô son disciple et Ôtsu la femme déterminée en partance pour Edo ( Tokyo), récemment promue nouvelle capitale, où Musashi espère faire carrière. Les trois sont évidemment très vite séparés, et on retrouve la structure du premier volume, à savoir les histoires parallèles des principaux personnages sur une durée de plusieurs années. Musashi va continuer son périple, prendre un nouveau disciple en la personne de Iori, petit paysan orphelin et débrouillard, être tenté par une carrière officielle au service d'un haut fonctionnaire, mais rester finalement rônin, jugeant qu'il ne pourra se perfectionner sur la Voie du sabre qu'en gardant son indépendance.

Ôtsu, d'abord rattrapée par son ancien fiancé, le pitoyable Matahachi, passe pas mal de temps au second plan du récit, pour ne revenir que sur la fin, sans avoir trop souffert car elle a toujours une chance incroyable qui la met régulièrement à l'abri des coups durs, lui laissant donc l'occasion de se lamenter sur son sort ( l'auteur se fait d'ailleurs plaisir en raillant un peu son personnage par la bouche de Jôtarô qui la recherche car il l'aime bien, bien qu'elle soit toujours d'humeur maussade, toujours en train de pleurer, ce qui n'en fait pas la compagne de voyage la plus agréable).

Jôtarô, ainsi que Matahachi, après quelques péripéties, tomberont dans les griffes d'un personnage très douteux, qui cache sous des dehors avenants et insoupçonnables, de noirs desseins politiques que je tairai ici, pour ne pas vous gâcher un ressort essentiel de l'histoire.Rassurez vous, ils s'en sortiront grâce à l'intervention providentielle de l'indispensable Takuan, toujours prêt à rendre service - à grands coups de pieds au derche si possible.

Ôsugi, la grand-mère de combat reste égale à elle même durant la majeure partie du roman, il est dommage d'ailleurs qu'elle change in extremis dans un retournement de situation à 100 pages de la fin assez peu convaincant il est vrai, qui la voit devenir inséparable d'Ôtsu, qu'elle vient pourtant de tyranniser pendant près de 1300 pages et 2 gros volumes.
Et bien sûr on retrouve l'éternel rival de Musashi, Sasaki Kojirô , dans le rôle du méchant, rongé d'ambition, dont le but unique est d'affronter Musashi en duel. Et bien que l'auteur fasse tout pour le rendre antipathique au possible, hautain, prétentieux, vantard, etc.. je continue à penser que c'est quand même l'un des personnages les plus intéressants ( car plus ambigu, mon monolithique que le héros, justement). Et comme vous le supposez, cet affrontement tant attendu sera la conclusion du roman, je ne vous ferai pas l'affront de vous donner le résultat, les deux protagonistes ayant existé , il est facile de le savoir en consultant n'importe quelle bonne encyclopédie ;)

D'ailleurs, tiens je viens de voir que Genzô Murakami, un autre écrivain, a écrit un roman consacré à Kôjirô, il serait intéressant de voir quel portrait en est fait, par contre, je ne sais pas du tout s'il en existe une traduction en français ou en anglais( apparemment, une chose que ne mentionne pas du tout Yoshikawa, Kôjirô était malentendant, ce qui peut changer l'éclairage quand à l'attitude hautaine et distante que stigmatise Yoshikawa)

Grosso modo, les points faibles sont un peu les mêmes que sur le premier volume: des coups de théâtre pas toujours convaincants. Dans le premier volume, tout le monde se ratait avec une régularité d'horloge suisse. Dans le second volume, surtout vers la fin, comme il faut bien amener le dénouement, tout le monde se retrouve comme par hasard dans la même petite ville, Iori retrouve comme par hasard aussi sa soeur abandonnée à la naissance et qu'il n'a jamais connu, des ennemis de 12 ans se réconcilient, des amis perdus de vue renouent.. vous voyez l'idée. C'est un peu maladroit et pas toujours convaincant.

L'autre difficulté de ce second volume, c'est le cadre historique: là où le premier était encore assez rural, avec juste quelques repères de noms ou de lieux, le deuxième est plus politique, puisqu'il traite en partie de l'ère Tokugawa, de l'installation du nouveau shogun à Edo, il ya des rebondissements politiques, et il n'est pas toujours évident de s'y retrouver, de savoir qui fait partie du clan Tokugawa, qui soutient le clan Toyotomi, qui fait allégeance à qui ou au contraire, qui complote contre les autres et pourquoi. Bon, l'avantage, c'est que le système politique est tellement complexe, à la fois féodal et incroyablement administratif, que maintenant, j'ai très envie d'en savoir plus sur cette période charnière.

En effet, et ça c'est une des forces du roman qui délaisse assez régulièrement le monde des samouraï et des courtisans pour s'intéresser à celui du peuple: paysans, commerçants, citadins... la société est en pleine mutation, le code d'honneur des nobles est en perte de vitesse au profit d'une caste montante, roturière mais souvent plus riche que les seigneurs: les commerçants. L'action se passe entre 1601 et 1614, donc quelques années avant la politique protectionniste de fermeture du pays, et les échanges commerciaux notamment avec les autres pays d'Asie sont florissants.

Je conclurai donc en disant que ce deuxième volume m'a un tout petit peu moins plu que le premier, par manque de connaissance sur la situation du pays, qui gêne un peu la fluidité de la lecture ( "attends voir, c'est qui lui déjà?" d'autant qu'une palanquée de nouveaux personnages viennent rejoindre ceux déjà présents), et à cause des ficelles narratives qui deviennent un peu trop visible sur les derniers chapitres. On est aussi dans quelque chose de plus philosophique, plus spirituel que ne l'était le début de la formation de Musashi, mais ça reste léger, hein, rassurez-vous encore une fois, il y a quand même une bonne grosse baston toues les 25 pages. Sinon, toujours cette ambiance un peu Dumas un peu western, que j'adore. Pour l'instant, les deux volumes de Musashi sont donc ma meilleure découverte de ce challenge... par contre, indispensable de ne pas laisser trop passer de temps entre la lecture des deux volumes, car il faut raccrocher les wagons immédiatement, car on oublie facilement  quelques détails du premier volume si on laisse passer trop de temps. Mais maintenant, en tout cas, j'ai envie d'en savoir plus sur l'ère Edo, le bushido, le zen, les rites shinto, etc...
pour le plaisir et parce que l'action de passe a Edo, une maquette représentant une rue d'Edo, avant qu'elle ne devienne Tôkyô.

La pierre et le sabre - Yoshikawa Eiji


Attention, coup de coeur! Mais coup de coeur géant!
 voici donc "la Pierre et le sabre" de Yoshikawa Eiji.. un pavé (780 pages et ce n'est que le premier volume d'un dyptique!) qui narre les aventures de Takezô et Matahachi, têtes brûlées et mauvais garçons d'un village de campagne du Kansai ( région d'Ôsaka/ Kyoto) qui rêvent de gloire et de brillante carrière militaire dans un pays encore plus ou moins féodal, mais sur le point d'être unifié par le shogun Tokugawa Ieyasu.

Comme il s'agit d'un roman historique, la plupart des personnages et des rebondissements importants sont véridiques et font partie de l'histoire du Japon. Takezô deviendra sous le nom de Musashi le plus célèbre escrimeur du pays, le parangon du samouraï même. Cette première partie narre ses exploits ( assez souvent contestables d'ailleurs) depuis la bataille de Sekigahara (octobre 1600, qui voit la victoire de Tokugawa Ieyasu et son accession au pouvoir) et l'évolution mentale, morale et technique du sauvageon Takezô et sa transformation en véritable kendoka digne de ce nom.

J'ai lu ici et là beaucoup de commentaires qui comparent le roman à "autant en emporte le vent", allez savoir pourquoi, pour moi, c'est plutôt du côté des "trois mousquetaires" qu'il faut lorgner. Et même, question structure, du côté du western. avec Musashi en bon - mauvais côté compris, Matahachi en truand ( un truand un peu minable qui usurpe l'identité d'un samouraï reconnu pour son propre profit), et Sasaki Kojirô en brute fière aux méthodes coercitives et aux motivations encore floues.

La bonne, la très bonne surprise, c'est que le roman mi action/mi philosophique ne traîne pas en longueur, la narration est bien maîtrisée en dépit de coups de théâtre un peu faciles - personnages qui se croisent et se recroisent à 500 m près sans jamais se voir), mais comme l'action est bien menée, ça passe bien. Et cerise sur le gâteau, l'auteur délaisse parfois son personnage central au profit des personnages secondaires souvent plus intéressants. Notamment les femmes. Que se soit Ôtsu, la groupie - désolée il n'y a pas d'autre mot!- de Musashi qui bien qu'elle pleure souvent, sait se montrer une femme de caractère, Akemi la malchanceuse exploitée depuis son enfance par sa maquerelle de mère, Yoshino Dayû la geiko symbole d'éducation et de classe, toutes ont leurs petits moments de gloire avec même quelques notations discrètement féministes qui font plaisir. Et surtout, allez savoir pourquoi, j'adore Ôsugi, la veille dame acariâtre qui a décidé de se venger d'un tort imaginaire que lui aurait causé le héros, et le poursuit avec une opiniâtreté souvent comique, n'hésitant pas, à 60 ans passés à provoquer en duel un escrimeur reconnu.

Matahachi le double "raté" du héros est intéressant aussi, peu de choses séparent les deux amis, si ce n'est d'avoir été bien aiguillé en ce qui concerne Musashi, on a souvent la sensation qu'il s'en est fallu de peu pour que les choses soient totalement différentes. La rencontre avec le moine farfelu Takuan et ses leçons très peu orthodoxes, un peu de chance, un peu plus de discipline aussi.

Et, comme il y a un second volume , j'ai hâte de savoir  ce que vont devenir les héros en partance pour la nouvelle ville d'Edo (Tôkyô), d'en savoir plus sur le mystérieux et fanfaron Sasaki dont l'affrontement inévitable avec Musahi promet beaucoup, de retrouver Takuan l'imprévisible moine, et surtout la vieille rombière Ôsugi qui m'a bien fait rire à ses dépends. Tant de questions en attente de réponses!

et puis cerise sur le gâteau, comme tout le volume se passe dans le Kansai ou j'ai passé quelques jours, c'est un vrai plaisir de voir à quoi ressemblent les lieux auxquels il est fait référence. Alors pour le plaisir:
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A Nara (Livre II: l'eau) La pagode Kofûkji et le Todaiji (plus grand bâtiment en bois du monde qui contient une statue géante du bouddha)
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A Kyoto le Kyomizudera (livre II, mémé Ôsugi provoque Musashi en duel devant ce temple et les badauds médusés)
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Ginkakuji ( temple d'argent, mentionné plusieurs fois dans le livre IV)
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et Gion, le quartier des plaisirs célèbre pour ses geiko, mentionné aussi plusieurs fois.
Bon Osaka et Himeji sont aussi  évoqués, mais je ne suis allée à Ôsaka que de nuit, dans un quartier hypermoderne, et Himeji est en travaux depuis des années. Donc, pas de photo utilisable.

( remise à jour d'un article posté en 2010, les photos datent du printemps 2007, si vous êtes curieux)