Et voilà le tome 2. La aussi, je remonte un ancient post, pulié en 2011, afin de rassembler les 2 tomes sur 2 jours

La
Parfaite Lumière enchaîne donc exactement là où finissait La Pierre et
le sabre, à savoir le trio Musashi, Jôtarô son disciple et Ôtsu la femme
déterminée en partance pour Edo ( Tokyo), récemment promue nouvelle
capitale, où Musashi espère faire carrière. Les trois sont évidemment
très vite séparés, et on retrouve la structure du premier volume, à
savoir les histoires parallèles des principaux personnages sur une durée
de plusieurs années. Musashi va continuer son périple, prendre un
nouveau disciple en la personne de Iori, petit paysan orphelin et
débrouillard, être tenté par une carrière officielle au service d'un
haut fonctionnaire, mais rester finalement rônin, jugeant qu'il ne
pourra se perfectionner sur la Voie du sabre qu'en gardant son
indépendance.
Ôtsu, d'abord rattrapée par son ancien fiancé, le
pitoyable Matahachi, passe pas mal de temps au second plan du récit,
pour ne revenir que sur la fin, sans avoir trop souffert car elle a
toujours une chance incroyable qui la met régulièrement à l'abri des
coups durs, lui laissant donc l'occasion de se lamenter sur son sort ( l'auteur se fait d'ailleurs plaisir en raillant un peu son personnage
par la bouche de Jôtarô qui la recherche car il l'aime bien, bien
qu'elle soit toujours d'humeur maussade, toujours en train de pleurer, ce
qui n'en fait pas la compagne de voyage la plus agréable).
Jôtarô,
ainsi que Matahachi, après quelques péripéties, tomberont dans les
griffes d'un personnage très douteux, qui cache sous des dehors avenants
et insoupçonnables, de noirs desseins politiques que je tairai ici,
pour ne pas vous gâcher un ressort essentiel de l'histoire.Rassurez
vous, ils s'en sortiront grâce à l'intervention providentielle de
l'indispensable Takuan, toujours prêt à rendre service - à grands coups
de pieds au derche si possible.
Ôsugi, la grand-mère de combat
reste égale à elle même durant la majeure partie du roman, il est
dommage d'ailleurs qu'elle change in extremis dans un retournement de
situation à 100 pages de la fin assez peu convaincant il est vrai, qui
la voit devenir inséparable d'Ôtsu, qu'elle vient pourtant de tyranniser
pendant près de 1300 pages et 2 gros volumes.
Et bien sûr on
retrouve l'éternel rival de Musashi, Sasaki Kojirô , dans le rôle du
méchant, rongé d'ambition, dont le but unique est d'affronter Musashi en
duel. Et bien que l'auteur fasse tout pour le rendre antipathique au
possible, hautain, prétentieux, vantard, etc.. je continue à penser que
c'est quand même l'un des personnages les plus intéressants ( car plus
ambigu, mon monolithique que le héros, justement). Et comme vous le
supposez, cet affrontement tant attendu sera la conclusion du roman, je
ne vous ferai pas l'affront de vous donner le résultat, les deux
protagonistes ayant existé , il est facile de le savoir en consultant
n'importe quelle bonne encyclopédie ;)
D'ailleurs, tiens je viens
de voir que Genzô Murakami, un autre écrivain, a écrit un roman consacré
à Kôjirô, il serait intéressant de voir quel portrait en est fait, par
contre, je ne sais pas du tout s'il en existe une traduction en français
ou en anglais( apparemment, une chose que ne mentionne pas du tout
Yoshikawa, Kôjirô était malentendant, ce qui peut changer l'éclairage
quand à l'attitude hautaine et distante que stigmatise Yoshikawa)
Grosso
modo, les points faibles sont un peu les mêmes que sur le premier
volume: des coups de théâtre pas toujours convaincants. Dans le premier
volume, tout le monde se ratait avec une régularité d'horloge suisse.
Dans le second volume, surtout vers la fin, comme il faut bien amener le
dénouement, tout le monde se retrouve comme par hasard dans la même
petite ville, Iori retrouve comme par hasard aussi sa soeur abandonnée à
la naissance et qu'il n'a jamais connu, des ennemis de 12 ans se
réconcilient, des amis perdus de vue renouent.. vous voyez l'idée. C'est
un peu maladroit et pas toujours convaincant.
L'autre
difficulté de ce second volume, c'est le cadre historique: là où le
premier était encore assez rural, avec juste quelques repères de noms ou
de lieux, le deuxième est plus politique, puisqu'il traite en partie de
l'ère Tokugawa, de l'installation du nouveau shogun à Edo, il ya des
rebondissements politiques, et il n'est pas toujours évident de s'y
retrouver, de savoir qui fait partie du clan Tokugawa, qui soutient le
clan Toyotomi, qui fait allégeance à qui ou au contraire, qui complote
contre les autres et pourquoi. Bon, l'avantage, c'est que le système
politique est tellement complexe, à la fois féodal et incroyablement
administratif, que maintenant, j'ai très envie d'en savoir plus sur
cette période charnière.
En effet, et ça c'est une des
forces du roman qui délaisse assez régulièrement le monde des samouraï
et des courtisans pour s'intéresser à celui du peuple: paysans,
commerçants, citadins... la société est en pleine mutation, le code
d'honneur des nobles est en perte de vitesse au profit d'une caste
montante, roturière mais souvent plus riche que les seigneurs: les
commerçants. L'action se passe entre 1601 et 1614, donc quelques années
avant la politique protectionniste de fermeture du pays, et les échanges
commerciaux notamment avec les autres pays d'Asie sont florissants.
Je
conclurai donc en disant que ce deuxième volume m'a un tout petit peu
moins plu que le premier, par manque de connaissance sur la situation du
pays, qui gêne un peu la fluidité de la lecture ( "attends voir, c'est
qui lui déjà?" d'autant qu'une palanquée de nouveaux personnages
viennent rejoindre ceux déjà présents), et à cause des ficelles
narratives qui deviennent un peu trop visible sur les derniers
chapitres. On est aussi dans quelque chose de plus philosophique, plus
spirituel que ne l'était le début de la formation de Musashi, mais ça
reste léger, hein, rassurez-vous encore une fois, il y a quand même une
bonne grosse baston toues les 25 pages. Sinon, toujours cette ambiance
un peu Dumas un peu western, que j'adore. Pour l'instant, les deux
volumes de Musashi sont donc ma meilleure découverte de ce challenge...
par contre, indispensable de ne pas laisser trop passer de temps entre
la lecture des deux volumes, car il faut raccrocher les wagons
immédiatement, car on oublie facilement quelques détails du premier
volume si on laisse passer trop de temps. Mais
maintenant, en tout cas, j'ai envie d'en savoir plus sur l'ère Edo, le
bushido, le zen, les rites shinto, etc...
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| pour le plaisir et parce que l'action de passe a Edo, une maquette représentant une rue d'Edo, avant qu'elle ne devienne Tôkyô. |