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samedi 29 novembre 2014

Neuro t.1 et 2 - Matsui Yusei

Fin du mois de novembre, officiellement le challenge Halloween est fini, mais qu'importe, j'ai gardé pour ce mois-ci, une histoire de démon.

En août dernier, j'avais fait un article sur l'édition numérique en manga, en disant que Glénat commençait à mettre une partie de son catalogue à disposition en édition numérique.
Et que ça me tentait particulièrement pour les séries comprenant de nombreux volumes ( plus de place chez moi!) ou difficile à trouver en occasion.
Et c'est le cas de celle-là. Je voyais passer régulièrement ce titre sur les calendriers de parution il y aquelques années, sans avoir jamais avoir cherché à savoir de quoi il s'agissait.
Il faut dire que le titre français complet " Neuro le mange-mystère" fait vaguement enfantin, et donc, ne m'a vraiment pas parlé. Et si je n'avais pas eu l'occasion de discuter de choses et d'autres sur un forum en anglais, avec quelqu'un au Canada, qui m'a dit " lis-le si tu as l'occasion, c'est déjanté", je ne m'en serai probablement jamais préoccupée.

Donc quand j'ai vu le titre mis à disposition sur ce format, ben , hop, tentons le coup.
Je précise que le titre original est " Majin tantei Nôgami neuro" : "Nôgami Neuro, le détective démon". déjà, ça fait moins gamin.
non, ce n'est pas une erreur d'impression, la couverture originale est pareille
pareil pour le tome 2.

Mais ça parle de quoi,
Le démon Neuro est un passionné de mystères et d'énigmes, dont il se nourrit ( plus exactement, il se nourrit de l'énergie malveillante. Or un mystère sert souvent à cacher un crime, un concentré d'énergie malveillante) Il a déjà absorbé toutes les énigmes du monde des ténèbres et décide de venir s'approvisionner dans le monde des humains.
Tout est normal, s'accroupir verticalement est banal chez les démons
Pendant ce temps là, sur Terre, Yako, une lycéenne, est accablée de chagrin: son père vient d'être assassiné de plusieurs coups de couteau, dans une pièce entièrement fermée, de manière incompréhensible.
Neuro déboule donc chez elle de manière.. tonitruante et passe un marché avec Yako: elle veut comprendre ce qu'il  s'est passé, il peut l'aider. Lui cherche à rassasier sa faim de mystères, tout en restant relativement discret, il a donc besoin d'une couverture aux yeux des humains.
oui c'est ien comme ça qu'il déboule chez Yako, sans comprendre vraiment pourquoi elle reste sans voix

Yako se fera passer pour une détective amateur très douée, Neuro résoudra les énigmes en se présentant comme l'associé de Yako, lui laissant tout le crédit de la découverte.

Mais évidemment passer un accord avec un démon est rarement de tout repos, surtout que celui là a des méthodes persuasives, très persuasives. En manipulant les cerveaux humains pour créer des illusions terrifiantes, ou en transformant ses mains en l'un des 777 outils démoniaques qu'il peut faire apparaitre à volonté pour démonter des objets lorsqu'il s'ennuie, enquêter à distance ou pourrir la vie de Yako. Oui car disons le carrément, c'est un parasite et un emmerdeur de première qui, en bon démon qu'il est n'hésite pas a user de méthodes coercitives pour l'obliger à bosser pour lui. Quitte à la torturer un peu ( qu'on se rassure, elle semble être aussi résistante et élastique que Luffy dans One Piece!)
Il faut dire que si son apparence terrestre est celle d'un humain presque normal ( un peu excentrique avec ses cheveux bicolores décorés de triangles de Penrose tout de même) quoique doté d'un corps déformable et d'une tendance à se tenir debout à l'horizontale sur les murs, lorsqu'il reprend son apparence démoniaque ( une tête ornée d'un bec de perroquet géant - ou de styracosaure-  muni de dents pointues et coiffé de cornes) on a de suite moins envie de s'opposer à lui.
vous voyez ce que je veux dire?

Je n'ai pas tellement adhéré au premier tome, les enquêtes sont peu "nutritives" je dirais. Mais l'expérience m'a appris à ne pas juger d'une série seulement sur son tome 1, et du coup, j'ai persévéré, parce que ce mélange de shônen complètement barré et d'enquêtes policières m'intriguait.  Dès le tome 2, les histoires se font plus longues, des personnages secondaires deviennent récurrents. Même si le principal centre d'intérêt pour l'instant reste de se demander quel outil démoniaque terrifiant tout en étant parfaitement ridicule Neuro va encore inventer. Parce que oui, c'est le décalage entre le quotidien super terre à terre de Yako et les bizarreries que peut faire un démon qui cherche à rester discret tout en ne connaissant rien aux habitudes humains qui a un certain charme délirant. Après ce que je trouve agréable c'est qu'il y a de la marge d'évolution pour les personnages, le héros est clairement sur terre dans le seul but de manger, mais insensiblement, devient presque sympathique , presque. Par moments. Sans cesser d'être malgré tout envahissant et tyrannique.

C'est barré, c'est énorme, c'est cartoonesque, les dessins défient la logique et les lois de la physique ou de la géométrie euclidienne, mais avec une bonne raison - lorsque le personnage principal peut changer de forme ou s'asseoir au plafond, pas étonnant de trouver quelques références à des figures impossibles, comme je le disais le triangle de Penrose, ou les dessins de Mauritz Escher, ou des effets kaléidoscope. Le graphisme est plutôt spécial, mais adapté à son sujet, donc de ce côté là ça va aussi .

Donc une découverte plutôt sympathique, je lui donnerai probablement encore sa chance sur les tomes suivants pour voir si l'humour décalé ne s'essouffle pas trop vite. En tout cas, elle vaut mieux que ce que son titre français un peu en bois laissait imaginer.
Il y a une adaptation animée, comme sur beaucoup de mangas, il faudra que j'y jette un oeil, j'aimerais bien entendre la voix qui a été donnée à ce personnage dingo et haut en couleurs.
en novembre, c'est shônen démoniaque

samedi 18 octobre 2014

Vagabond t1 et 2 - Inoue Takehiko

Ce mois ci, c'est la commémoration de la bataille de Sekigahara ( 20/21 octobre 1600) et je voulais marquer l'occasion, et quoi de mieux que de parler, à l'occasion du samedi manga d'un manga tiré d'un roman historique qui justement commence directement sur le champ de bataille. Attachez vos casques, nous partons sur les traces du samouraï Musashi.

En fait, il y a longtemps, j'avais eu l'occasion de lire le tome 1, qui m'avait complètement convaincue, et j'avais su qu''il devait y avoir une réédition en plus grand format. Celle que j'ai sous la main, qui regroupe les tomes 1 et 2 de l'édition classique. Apparemment, malheureusement, cette réédition somptueuse ne concerne que les deux premiers volumes, je ne trouve pas d'info sur le site de l'éditeur. Vraiment dommage elle est de toute beauté.

Voilà donc ce que je disais sur le tome 1,  je confirme ce que je disais à l'époque: il vaut mieux avoir lu le roman de Yohikawa auparavant, à cause des ellipses.

 Mais je ne suis absolument pas déçue: Takuan, que j'attendais avec impatience, apparaît dans cette deuxième partie et il est vraiment excellent. Mais vraiment, tout à fait tel que je me l'imaginais en lisant le roman. Pareil pour grand-mère Osugi, la vieille dame caractérielle. Le fait d'avoir les deux premiers tomes ensemble est très bon de ce point de vue, on se rend compte à quel point c'est une personnage complexe, à la fois vieille dame intraitable envers tout le monde, sauf envers Matahachi, son petit dernier - qu'elle n'hésiterait pourtant pas à punir d'un bon coup de pied au derche s'il était là. Mais sa détresse de ne pas savoir s'il est toujours en vie, son refus obstiné de l'imaginer autrement qu'héroïque ont quelque chose d'à la fois drôle quand on a vu le loustic en action, et touchant.
J'aime aussi beaucoup Otsu, il faut dire qu'elle et moi on a en commun de réagir contre l'adversité en se mettant en colère, même si je pleure moins qu'elle car je ne sais pas être triste autrement qu'en râlant.
 Mais sa manière de casser les fenêtres en braillant " salaud, salaud!" est très drôle, et là aussi, c'est un personnage féminin fort. J'avais déjà dit ça à la lecture du roman, les deux personnages féminins principaux sont absolument mémorables.
Par contre j'avoue que je n'avais pas souvenir que le frère cadet Tsujikaze intervenait dans cette partie là, mais mon souvenir du roman remonte à 2010. Faudra que je le relise à un moment libre. Il ne m'avait pas spécialement marquée contrairement à son ainé, il faut dire qu'il y a tellement de monde dans cette saga, j'ai un peu oublié les personnages secondaires.

Alors bon, ça m'ennuie terriblement de ne pas savoir si les tomes suivants vont avoir droit ou pas à cette double édition. Parce que là, maintenant j'ai hâte de voir arriver Kojirô Sasaki, l'éternel opposant de Musashi. Probablement pas avant quelques tomes, puisque là, Takezo n'est encore que Takezo, il n'a pas encore découvert la philosophie ni décidé de changer de vie et de nom.
M'en fiche , pour le plaisir, je remets les fresques faites par Inoue sensei pour une librairie de New-York parce que  Ouaaaaah!


et résultat:

et re-ouaaaaah!

parce que j'avais zappé la lecture de juin!

samedi 11 octobre 2014

Le pacte des yôkai T.1 - Midorikawa Yuki

Mois halloween oblige, le manga d'octobre sera donc une histoire de monstres.. ( le premier manga d'octobre en fait, j'ai une lecture de retard, je vais essayer de la combler ce mois ci)

Le pacte des Yôkai, je ne le connaissais que de nom, ainsi que le petit chat tricolore qui en est la "mascotte" en quelque sorte ( et voui, j'ai aussi ramené de voyage un porte clef à son effigie, on en trouvait partout il y a 2 ans)

J'ai pu trouver le tome 1 à la médiathèque et.. c'est parti.

On fait connaissance dès le premier chapitre de Takashi Natsume, lycéen orphelin qui a passé sa jeunesse trimballé de famille d'accueil en famille d'accueil, pour finir, au moment où commence l'histoire, par être hébergé chez de lointains parents. La raison de tous ces déménagements, c'est que Takashi est étrange. Vraiment étrange. il finissait toujours par effrayer les gens qui s'occupaient de lui en racontant des histoires de monstres. Et pour cause, depuis toujours il voit les créatures surnaturelles, qui semblent lui en vouloir personnellement. Du coup, il tient sa langue, n'en parle plus a personne, et se débrouille tout seul pour essayer de les semer. Et bien sûr, sa réputation de type bizarre ne fait qu'augmenter, lorsque les gens le voient fuir comme un dératé, devant.. rien.

Un jour, alors qu'il tente une fois de plus de se tirer des griffes d'un monstre agressif qui le prend pour quelqu'un d'autre du nom de "Reiko", il casse par mégarde une cordelette de temps qui scellait magiquement "Madara", un monstre enfermé dans une statuette de Maneki Neko, qui lui explique: Reiko était la grand-mère de Takashi, une femme dotée d'un grand pouvoir magique qui avait elle aussi la possibilité de voir les monstres et s'est retrouvée par conséquent marginalisée de la société humaine ( là j'ai envie de dire: comment a-t-elle pu avoir une descendance, si tout le monde l'évitait..). Elle a donc commencé à défier les monstres, qu'elle battait régulièrement à plate couture, les forçant à devenir ses "amis" ( enfin ça s'apparente à de l'esclavage plutôt)/ elle possédait un carnet, ou elle a inscrit tous les noms des monstres vaincus. Or posséder le nom d'un monstre, c'est l'asservir. Et si quelque chose arrive au carnet, si une page est déchirée ou brûlée, le porteur du nom qui y figurait meurt, aussi simple que ça. De fait, les monstres veulent surtout récupérer leur identité avant tout.

Takashi qui possède toujours le carnet dans les souvenirs de sa grand mère va donc devoir accomplir un rituel rendre l'un après l'autre leurs noms et leur liberté aux yôkai asservis par sa grand mère. Au grand dam de Madara qui le colle toujours, espérant récupérer le carnet avant qu'il ne soit entièrement vide, visible de tout le monde sous son apparence de Maneki Neko surnommé " Nyanko-sensei" ou " maitre Griffou" dans la VF. Son apparence réelle, une sorte de gros loup menaçant, n'est visible que de Takashi.

Comment dire. L'idée est bonne mais j'ai du mal à accrocher. Le scénario trop répétitif pour l'instant, chaque chapitre présentant un ou deux nouveau monstre qui récupère son nom et qu'on ne reverra plus. Hormis Takashi et Nyanko Sensei, les autres personnages ne reviennent jamais, du coup il est assez difficile de rentrer dans l'histoire, qui est une succession de sujets indépendants. Chaque chapitre refait d'ailleurs une rapide présentation de l'histoire, ce qui n'aide pas. Dans une magazine de prépublication, qui parait  tous les mois ou toutes les semaines, je comprends. Des lecteurs peuvent arriver en cours de route et être largués. Dans une une version reliée, ça me gêne toujours un peu.
Pas grand chose à dire sur le graphisme, il est assez classique et ne casse pas des briques pour l'instant. L'idée du lycéen qui voit les monstres non plus, n'est pas très novatrice: C'était déjà le cas du héros de XXX Holic et surtout du Cortège des cents démons.

C'est surtout avec ce dernier que la comparaison fait mal.
Le Cortège est une série que j'avais adoré, vraiment. J'avais accroché à fond dès le premier tome. Malheureusement, elle a commencé à paraître en 2007, et n'a pas su trouver son public, et s'est arrêtée en France au bout de 6 tomes alors qu'il y en a 18 ou 19. Cet arrêt est vraiment ma pire déception éditoriale des dernières années. Le graphisme était très joli, plutôt de style réaliste, les personnages secondaires nombreux et attachants, le côté tranche de vie quotidienne allié au contexte fantastique passait très bien. Mais il n'a pas eu le succès escompté. Un éditeur anglophone avait prévu de le publier en anglais, et j'étais prête à acheter les tomes suivants en anglais pour avoir la suite. Mais il n'a  pas donné suite. Et apparemment même en scantrad amateur, personne ne s'est dévoué.

Donc non, ça n'est pas une très bonne lecture. Pas mauvais, mais pour le moment, pas mémorable.
MAIS
Je sais d'expérience qu'un premier tome n'est que rarement convaincant, donc  l'occasion je lirais le deuxième pour voir. D'abord parce que Nyanko Sensei est plutôt marrant, à se la jouer comme yôkai supérieur, je suis meilleur que vous, bande de nases.. tout en réagissant comme un chat qui s'amuse avec une ficelle.
Après pour donner une chance à la série. Bon logiquement par la suite, la série DOIT faire intervenir d'autres personnages récurrents et une vraie trame narrative pour exister. Je pense qu'on reverra le moine et son fils qui apparaissent dans l'une des histoires.

Et puis  elle a été adaptée en série animée, on verra, si je n'accroche pas au manga, il n'est pas exclus que je préfère l'anime. On verra bien . En tout cas pour l'instant, la poursuite de ce titre n'est pas vraiment ma priorité, et si le tome 2 ne me convainc pas plus, je passerai à autre chose. Dommage j'aurais vraiment aimé l'apprécier, mais non, ce n'est pas lui qui me fera oublier la déception de l'arrêt du Cortège.
Il y a des yôkai sur le vaisseau fantôme!
octobre: un shôjo plein de créatures fantastiques

samedi 27 septembre 2014

Thermae Romae T. 1 - Yamazaki Mari

Encore un tome 1, oui, je présente beaucoup de tomes 1 pour ces samedis manga, promis après je développerai!

Donc à l'origine, c'était mon titre prévu pour juin, au motif que j'étais en cure thermale, puis pas eu assez de temps.

Donc, nous partons pour la Rome antique, en 128 de notre ère pour être précis, sous le règne d'Hadrien pour nous baigner aux thermes. Lucius Modestus est un architecte spécialisé en conception d'établissements thermaux, mais, au début de cette histoire, il vient de perdre son dernier contrat: ses plans ne sont pas assez modernes, pas assez audacieux.
Alors qu'il broie du noir, et tente de se changer les idées en allant aux thermes, comme tout romain qui se respecte, il manque se noyer, est aspiré dans une conduite d'eau et se retrouve projeté.. au XX° siècle au Japon. Très exactement, sans ce qui semble être un bain public de quartier. Choc des cultures: le grand romain taillé comme une statue se retrouve perdu au milieu de petits bonshommes à " face plate" qu'ils prend pour des esclaves, en supposant que la conduite  reliait en fait le bain des citoyens à celui des esclaves juste à côté. Tout l'étonne, jusqu'à ce qu'il se réveille, à nouveau chez lui, à Rome, à l'époque de l'empereur Hadrien.
Mais ce voyage spatio-temporel va lui donner de nouvelles idées pour améliorer ses plans malgré les décalage évident entre les deux cultures, source de gags assez fendards. Car les japonais modernes s'amusent énormément des bourdes et de l'innocence de ce touriste qui ne parle pas la langue et semble s'étonner de tout. Et Lucius est fort marri, non seulement de se trouver projeté , lui le fier romain convaincu de la supériorité de Rome, dans une culture qui non seulement lui semble plus avancée ( et pour cause, même s'il en suppose pas un instant avoir fait une visite dans le futur), mais aussi une potentielle puissance militaire rivale pour Rome. Et surtout, il commence à complexer, car les idées novatrices qui commencent à lui valoir, au fil des mois et des années un succès grandissant, ne sont qu'impostures et copies d'une autre culture, même si lui seul le sait.

Un manga plutôt sympa, souvent drôle , qui met en miroir deux cultures très très différentes mais qui ont le même goût des bains. Pour moi qui ait visité les ruines grecques et romaines à plusieurs occasions, et qui ai testé plusieurs onsen, ça me parle évidemment. Les gags sont plutôt  bien vus ( Lucius qui émerge dans un bain extérieur et tombe nez à nez avec des singes.. contre lesquels il ne manque bien sur pas de se friter, ou qui découvre un artefact d'une civilisation supérieure: le distributeur de savon Hello Kitty, ou encore les toilettes supermodernes qui font de la musique: il s'imagine que quelque part derrière le mur il y a un esclave qui joue de la musique pour occuper les utilisateurs)

Après je regrette un peu la structure assez répétitive de ce premier tome: chaque chapitre correspond à un problème particulier, qui Lucius va résoudre en faisant un petit voyage dans le temps - à chaque fois qu'il met les pieds dans un bassin d'eau chaude en fait, plouf! le voilà parti pour le monde moderne). Donc idée sympa, mais le découpage tourne un peu en rond, c'est dommage.
Mais rien que pour l'originalité du sujet et le comique de situation, je pense que je lirais la suite à l'occasion...


samedi 2 août 2014

Hotaru t.1& 2 - Hiura Satoru

C'est l'été et je n'ai pas vraiment envie de me compliquer la vie, j'ai donc ressorti et relu pour l'occasion un titre que j'avais déjà chroniqué il y a 2 ou 3 ans sur mon autre blog. Mais bon voilà, c'est la saison où les revue pour nanas titrent sur " comment draguer sur la plage", "comment faire durer un amour d'été", "X astuces pour être belle sur la plage", alors par contre pied, je ressors Hotaru, l'histoire d'une nana flemmarde, bordélique et qui se contrefout à peu près autant que moi de se trouver un mec. A peu près, car la grosse différence, c'est que je n'essaye pas en dehors de donner l'impression d'être parfaite. Oui, je suis un poisson séché, qui assume totalement. Un poisson séché? oui, lisez la suite, vous allez comprendre...

C'est assez sympa, dans le genre comédie sentimentale, certes, mais au moins les personnages sont adultes et évoluent dans le monde du travail, c'est déjà un bon point, même si l'héroïne de 28 ans a parfois la plupart du temps des réactions dignes d'une ado.

Mais commençons par le scénario, plaisamment absurde: Hotaru, 28 ans, employée de bureau modèle dans une société de déco intérieure, toujours tirée à 4 épingles, cache bien son jeu. Sitôt rentrée chez elle, elle redevient Hotaru la souillon, qui s'envoie bière sur bière en trainant en vieux tee shirt informe dans un appartement qui ressemble aux écuries d'Augias. Vous vous reconnaissez? Oui, moi aussi ( à part pour la bière). Une vie peinarde et presque sans souci, sauf que bien évidemment, Hotaru est une fille, une vraie, avec un vrai coeur de midinette, une qui soupire au passage du beau gosse de service et que son célibat travaille ( ça c'est déjà beaucoup moins mon style).
La dessus s'ajoute LE coup de théâtre improbable qui vient bousculer le quotidien pépère de Hotaru: le fils du propriétaire de l'appartement qu'elle loue arrive avec armes et bagages, car sa femme l'a fichu à la porte. Et par un sale coup du sort, il s'avère qu'il s'agit du chef de service de Hotaru.
Voilà donc notre miss pagaille obligée de cohabiter avec son patron, le chef Takano, 41 ans, qui s'avère être un maniaque du rangement, doublé d'une langue de vipère. Le duo mal assorti, un grand classique de la comédie, donc. Mais il s'avère que ça marche plutôt bien, la confrontation quotidienne de "poisson séché" (Hotaru vue par le chef) et du "vieux" (le chef vu par Hotaru) n'est bien sur pas de tout repos, mais assez drôle. Car évidemment le chef fait tout pour se débarrasser de son encombrante squatteuse, à commencer par la pousser dans les bras du fameux beau gosse de service ( un personnage au demeurant plutôt sympathique, mais assez terne dans ces deux premiers volumes). Sans se rendre bien compte que, finalement, cette confrontation avec une nana au caractère opposé et aux points de vue "jeunes" lui sont bénéfiques, en le sortant de sa routine au fil des chapitres, en le poussant vers un peu plus de spontanéité...

Donc pour l'instant, un manga pas révolutionnaire, mais assez frais et sympathique, qui me rappelle en fait un peu les premiers volumes de Kimi wa Pet (pour rappel, une wonder woman qui n'aime rien tant que glandouiller en regardant le catch à la télé se retrouvait à cohabiter avec un jeune homme de caractère totalement opposé au sien).
Et comme Kimi wa pet, qui partait pourtant bien mais qui perdait beaucoup en délire sur les derniers volumes,  je crains qu'Hotaru ne se dilue aussi beaucoup par la suite, à moins de bifurquer en introduisant de nouveaux personnages et en les développant au lieu de rester centrés sur le trio principal? Heu, j'en doute, en fait. Car oui, bien sûr, je sens gros comme une maison venir le triangle amoureux, quand Hotaru finira par se rendre compte que son maniaque de chef est bourré de qualités bien cachées outre le fait d'être pas mal/ classe/ probablement riche/ chef ( bref tout ce qui peut intéresser une office lady standard). Un type doué en cuisine, qui aime faire le ménage et capable de sortir, comme ça, à l'improviste, des répliques mi-sarcastiques mi-adorables. Oui, hein.. je le vois venir j'vous dis

 Attention ce qui suit dérive un poil en hors sujet, vous voilà prévenus:

Ceci dit, bien que pour l'instant le scénario soit prévisible, mais je peux me tromper et je l'espère, ça reste frais et sympa, l'humour marche bien pour peu qu'on soit bien disposée, et c'est parfois plus subtil que ce qu'on pourrait attendre. Mine de rien, le propos sur la société japonaise est assez cynique, on est quand même dans un pays où l'opinion publique est assez féroce avec les gens qui ne rentrent pas dans le moule, et ou la pression sur les femmes est omniprésente. Je suis finalement assez contente de vivre en France, où on ne traite pas ouvertement les célibataires de plus de 30 ans de "poissons séchés" ou de "chiens perdants". Bon, ici, c'est juste un peu plus faux-derche la pression sociale existe de manière plus souterraine ( genre le marronnier régulier des talk shows,, vous savez, les femmes qui ne veulent pas d'enfants dans un pays ou la fécondité est de 2 enfants par femme, pour qui rappeler que nous sommes ultra minoritaires..et regardez, elle, ça fait 5 ans que son mari essaye de la faire changer d'avis sans y arriver...LE pauvre, etc etc.. hmm bizarre, il n'y a pas vraiment ce genre d'émissions récurrentes sur " ces hommes qui ne veulent pas d'enfants". Et dans mon cas j'aggrave la situation, je ne veux même pas de mari! hooooo la LOSE!)

Donc bon, je m'égare c'est vrai. Tout ça pour dire que si le propos est léger en apparence, une problématique autre affleure là dessous et que j'aimerai bien qu'elle soit exploitée. Enfin, c'est pas du Okazaki (Kyoko) non plus, je ne pense pas que Hiura aille vraiment gratter là où ça fait mal. Mais c'est déjà un rien plus subtil que le "BD de fille" à la mode en ce moment sous nos latitudes (puis surtout, ça fait plaisir d'avoir pour une fois un personnage qui avoue la quarantaine, même s'il fait plus jeune. Le chef est pour l'instant clairement mon préféré, avec son sens de l'humour assez féroce, le manga serait largement moins drôle s'il n'était pas là.. et puis un mélomane, cinéphile, qui aime faire la cuisine, et surtout doté d'un humour cynique, on peut passer sur sa maniaquerie, il n'est pas loin de l'homme idéal dans ma définition à moi ;) Enfin, du genre qu'on ne peut trouver qu'en film ou en BD, donc...

Je ne pense pas cependant que je suivrai régulièrement ce manga, sauf si je trouve les autres volumes en occasion, pour voir comment ça évolue sur la durée ( bon au moins, l'héroïne se trouve un Jules dès le chapitre 2, au moins ça,  c'est fait, ça ne durera pas des tomes entiers). Wait and See.
En Juillet  on se détend les neurones avec un josei sentimentalo-humoristique
 Je sais qu'il existe une série TV adaptée de ce manga, ça peut être une idée à creuser, je ne m'y connais que très peu en série japonaise, donc une truc pas trop prise de chou pour commencer, ça peut me tenter s'il croise ma route.

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dimanche 20 juillet 2014

Hokusai - Ishinomori Shotarô

  Je l'avoue, parfois, j'ai du mal à m'y retrouver dans l'océan qu'est devenu l'édition manga, dans cette submersion de comédies lycéennes ou de shonen de baston au nombre faramineux de tomes, les titres mis en avant sont un peu toujours les mêmes, ou des copies de copies.  Mais heureusement, certains éditeurs ont la bonne idée de commencer à publier des auteurs et des oeuvres plus anciennes. Ça a commencé il y a quelques années avec, à tout seigneur tout honneur, Tezuka, publié chez Dargaud et Kana. Puis Hiroshi Hirata chez Asuka et maintenant, toujours chez Kana, c'est Ishinomori, autre auteur majeur dans son pays, qui est édité chez nous.

Et ça me fait particulièrement, il y a longtemps que j'espérais voir arriver ces oeuvres aux thèmes plus sérieux, voire très noir parfois (Gekiga," dessins dramatiques" au contraire du manga "dessins humoristiques), ou en tout cas plus ambitieux. Ou moins porteurs sous nos latitudes.

Et c'est dans cette catégorie que rentre " Hokusai" de Shôtarô Ishinomori. Un manga donc, sur la vie de celui qui est l'inventeur du terme même de manga, le célébrissime peintre Hokusai. Le premier peintre japonais à avoir connu le succès à l'étranger et notamment en Europe, lorsque le Japon a recommencé à avoir des relations diplomatiques avec le reste du monde. Et une influence sur les artistes européens.

Une preuve?
La vague de Camille Claudel, à voir au musée Rodin de Paris
 A mettre bien sûr en rapport avec l'estampe la plus célèbre de Hokusai
La grande vague de Kanagawa


Une très bonne surprise je dois dire, pour peu qu'on ne soit pas réfractaire aux dessins assez simples des années 70/80, dans la veine de ceux de Tezuka, très clairs, très lisibles, assez limités parfois en décors, des ombrages en hachures légères, etc...Un peu dans l'idée de la ligne claire en Europe
En tout cas moi j'aime, j'avoue avoir parfois un peu de mal avec la tendance actuelle (surtout dans les shojo) de saturer les planches de dizaines et de dizaines de trames.

Autre particularité, c'est drôle. Très drôle. Car on est loin d'une hagiographie du peintre, Ishinomori insiste au contraire sur son côté fantasque, imprévisible.. et grand amateur de divertissements coûteux, d'alcool et de jolies femmes,qui le laissent régulièrement sans un sous vaillant. On a donc droit a quelques pages olé-olé ( qui ont probablement inspirés la mention " public averti" au dos du livre). Attention donc, yeux chastes, il y a des nichons à l'air (hooo!)et des parties de galipettes (hiiii!) de ci de là.  M'enfin, rien de bien choquant, hein... à mon humble avis le plus érotique, c'est la reproduction de l'estampe "le rêve de la femme du pêcheur" de Hokusai lui-même. Une scène, comment dire.. allégorique ( j'aime bien le fait que la prostituée ait compris tout de suite ce que représente le poulpe)
Donc humoristique, avec beaucoup de personnages secondaire caricaturés, qui peuvent là aussi rebuter certains. Mais les disputes de Hokusai avec l'écrivain Bakin (oui celui-là même de "l'illumination créatrice "d'Akutagawa) sont assez truculentes et irrésistibles. Sa démesure est souvent source de quiproquos et pourtant, malgré son orgueil en société, le personnage n'est pas antipathique, car il n'a de cesse de se remettre en question lorsqu'il sent qu'il atteint une limite, de progresser et d'améliorer son art, face auquel seul il fait preuve de modestie.
Rien que la tête de Hokusai sur la couverture donne le ton.

Enfin troisième point qui peut gêner les lecteurs de manga récents: la narration. Elle n'est pas linéaire, et progresse par aller-retour dans la biographie du peintre. On commence d'emblée par sa mort (90 ans quand même), pour retracer son parcours au fil de ses changements fréquents d'identités. En fait plus que le peintre Hokusai lui-même et son travail, c'est le regard qu'il porte sur ses contemporains, son témoignage sur son époque qui est au centre du manga: au travers de ses dessins et estampes, c'est la société japonaise du XIX° siècle qui apparaît: moines errants, paysans aux rizières, voleurs - et voleuses-  de grand chemin, prostituées, étrangers venus faire du commerce, gens du quotidiens se délassant à l'Onsen, pêcheurs, tout une foule dans leurs occupations quotidiennes etc...

De ce point de vue là, c'est une vraie réussite, un régal (et j'aime beaucoup l'idée d'Ishinomori de faire correspondre sur une double page un paysage "style Hokusai" associé au même paysage "style Ishinomori", où se déplacent... Hokusai et ses disciples. allez, pour faire une petite critique négative: le livre fait plus de 500 page, en format assez petit, et justement, c'est dommage pour ce genre de doubles pages, où les illustrations sont coupées en deux de manière pas toujours réussie, par la mise en page.

Une très bonne découverte, donc, qui me conforte donc dans mon idée de me faire une petite série de lectures manga "à l'ancienne", puisqu'en définitive, je les trouve souvent plus intéressants au niveau thèmes et plus audacieux au niveau scénario que leur homologues plus récents.

C'est l'été et j'ai très peu de temps libre, donc, je recycle mes anciens sujets. Mais mon avis sur celui ça n'a pas changé à la relecture

samedi 24 mai 2014

Nouvelles de littérature japonaise - Ikegami Ryôichi

Et le manga du mois est une adaptation littéraire de plusieurs nouvelles des années 1910 à 1940, mises en images à la fin des  années 90 par Ikegami R., mangaka surtout connu en France pour sa série Crying Freeman.
Ce one shot regroupe 5 nouvelles de 5 auteurs différents.Certains célèbres en Europe, d'autres à peu près inconnus. Enfin, il aurait fallu préciser "nouvelles criminelles" ou "sanglantes" car toutes impliquent la mort d'au moins un des personnages.

- Figures infernales ( Akutagawa Ryûnosuke), une nouvelle que j'avais déjà lue et chroniquée ici, peut être la plus malsaine de tout le recueil. Intéressante malgré tout mais glauque. Et le style réaliste d'Ikegami est loin d'atténuer la chose, au contraire.

- Madame Osei ( Edogawa Ranpo). Un auteur dont j'ai entendu parler à plusieurs reprises, mais que je n'ai pas encore lu. Cette nouvelle met en scène Kakutaro, un homme aimable et gentil manipulé par sa trop jolie femme. Kakutaro est tuberculeux et dot rester chez lui, et Osei, prétextant d'aller voir ses parents, passe tous ses après midis en compagnie de son amant. Tout le monde est au courant, mais Kakutaro se refuse a demander le divorces, invoquant mille raisons, car dans le fond, il aime toujours sa femme. Et bien sur ignore qu'elle n'attend qu'une occasion de se débarrasser de lui.
J'ai beaucoup apprécié cette nouvelle policière, avec une conclusion parfaitement cynique - un auteur de culture européenne aurait probablement tourné une résolution plus "morale"  - qui me convainc d'aller creuser un peu du côté de cet auteur.

-L'amour de Tojuro ( Kan Kikuchi): fin du XVII° siècle, la loi au Japon punit de mort l'adultère. L'acteur Tojuro, célèbre dans des rôles de coureur de jupons, doit pour la première fois interpréter dans une pièce l'amant d'une femme mariée, faire ressentir le danger de mort qui plane sur son personnage  mais n'arrive pas à bien cerner le rôle. La solution est donc toute trouvée: il va tenter de séduire une femme mariée et observer ce qui s'ensuit.

- La porte de Matsuzake (Yamamoto Shûgorô): XVII° siècle également. Le samouraï Munetoshi revient dans sa région natale occuper un poste de Daimyo. Il espère revoir Toshiro, son camarade d'enfance, qui est cependant introuvable. Munetoshi est borgne depuis l'âge de 11 ans, officiellement à la suite d'une chute, mais la réalité est autre: C'est Toshiro qui l'a involontairement blessé lors d'un entrainement martial, et tous deux ont gardé le secret depuis lors. La brusque disparition de l'un est donc clairement liée au retour de l'autre..

J'ai un peu moins accroché à ces deux nouvelles, pourtant bien ancrées dans deux traditions très japonaises: le théâtre Kabuki d'une part, et le monde des samourai de l'autre. Et pourtant non, finalement j'ai moins aimé, peut être justement parce que quelques clefs de lecture auraient été bienvenues. Mais finalement l'histoire ancrée dans le quotidien d'Edogawa m'a plus parlé.

- L'histoire du donjon (Kyôka Izumi): un auteur totalement inconnu de moi, et après quelques recherches, cette nouvelle, dans la présente édition est surement la seule oeuvre traduite de cet auteur. Elle est aussi un peu a part des autres, car même s'il y est aussi question de samourai et de grande dame, on est clairement dans le domaine du fantastique ( il m'a d'ailleurs fallu la relire 2 fois d'affilée, pour bien comprendre car il y a sur l'édition qu'on m'a prêté un petit souci d'impression - une bulle reproduite deux fois, et une autre déplacée, ce qui au final donne une bulle manquante.. et probablement une donnée importante).
Lors d'une chasse au faucon, un orage éclate et le faucon s'enfuit dans une vieille tour. L'animal est récupéré par et libéré par la dame qui y vit avec ses suivantes, et qui est foncièrement opposée à toute forme d'asservissement, y compris celle d'un oiseau.
 Le seigneur du lieu tient le fauconnier responsable de la perte du faucon et l'envoie donc à la recherche de l'oiseau. Mais la tour est réputée hantée. Et la jolie dame qui y habite et qui le reçoit sans méchanceté, mais avec mauvaise humeur, et semble tout ignorer de la marche du monde, est-elle vraiment humaine?
Là aussi, une nouvelle que j'ai appréciée pour son côté fantastique. Par contre je ne sais pas si l'ouvrage a été réédité ( il date de 1999) et si dans ce cas, ce problème de bulles a été rectifié.

Donc au final je dirais, intéressant, un style graphique réaliste très joli, mais un petit manque d'explications pour le public occidental, or justement ce qui est implicite pour un lecteur japonais - en tout cas, s'il s'y connait en code samourai - ne l'est pas pour un lecteur français.
On voit qu'il s'agit d'une des premières édition de seinen en France: le sens de lecture est européen. Probablement que l'éditeur a pensé s'adresser à un lectorat non habitué des mangas. Ca aussi j'espère que ce sera corrigé si une réédition est prévue car du coup la mise en page se retrouve aussi inversée ( ce n'est pas le cas ici, mais dès fois, on aboutissait a des choses assez étranges dans ces anciennes éditions, lorsqu'un personnage montre son coeur... à droite).

En tout cas, je ne suis pas sure qu'il ait réussi à trouver son public, en tout cas, en 99. Si on ne me l'avait pas prêté, je n'en aurais jamais entendu parler. En tout cas il en ressort que Edogawa Ranpo est sur ma liste à lire.

samedi 26 avril 2014

Urusei Yatsura tome 1 - Takahashi Rumiko

J'ai finalement décidé de déplacer le challenge "un manga par mois" ici ce sera plus logique et ça m'éitera dorénavant de faire des sujets en double
Donc, Avril, c'est le mois du poisson . De la blague pouet-pouet. Donc un manga d'humour s'imposait ce mois-ci. Et j'en ai finalement peu dans ma réserve, donc j'ai décidé de ressortir un manga vintage de la fin des années 70, Urusei Yatsura ( connu apparemment en France pour son adaptation en dessin animé sous le titre Lamu, du nom d'un des personnages principaux, bien que je ne l'aie jamais vue je dois dire). Par contre la mangaka est une célébrité dans son pays.
J'ai donc ressorti le tome 1 de cette série complètement barrée, enfin, tome un de l'édition française, qui correspond à 2 tomes en version originale, 325 pages de délire total.

Qu'on juge:

l'anti héros, Ataru, est poursuivi par une déveine incroyable: non seulement il est né sous une très mauvaise étoile, le jour de sa naissance ayant vu se succéder une salve ahurissante de mauvais présages, mais lorsque on le découvre pour la première fois, il vient de se disputer avec sa petite amie Shinobu et de se retrouver flanqué à l'eau par Cherry, un moine exorciste de type " sans-gêne et pique assiette" qui a cru qu'il allait se suicider.. et a misérablement raté son sauvetage. Pour couronner le tout, il découvre en rentrant chez lui que les extraterrestres ont débarqué. Chez lui. Et pas par accident. Choisi par ordinateur parmi tous les terriens. Si c'est pas ce qu'on appelle un mauvais Karma.
Pour faire simple le chef extraterrestre lui propose un marché: affronter l'un des leurs dans une sorte de partie de chat perché. S'il gagne et arrive à l'attraper sous 10 jours, les envahisseurs partiront.
Sauf que l'extraterrestre en question est une fille. Une pin-up dotée de cornes,nommée Lamu, qui se balade sans cesse en bikini et bottes tigrées. Ce qui pose problème car Ataru est un dragueur invétéré, et Shinobu plus que jalouse. Mais bon, c'est pour la bonne cause, Shinobu promet à Ataru de l'épouser s'il gagne. Or évidemment, il y a quiproquo: lorsqu'il arrive enfin à attrapper Lamu, elle croit que c'est elle qu'il veut épouser. Et s'incruste donc à domicile chez celui qu'elle considère comme son fiancé.
A partir de là..
En fait chaque chapitre est une nouvelle mésaventure pour Ataru, aux prises, par la faute de sa nonchanlance ou par la faute des parasites, ses camarades de lycée, ses parents, Lamu ou Cherry en général, avec une créature issue du folklore japonais: les extraterrestres ont la dégaine d'oni ( les ogres du folklores nippon: souvent rouges, cornus et vétus de peau de tigre), on y croise "la dame des neiges" ( Yuki -onna, la personnification de l'hiver), un démon renard ( kitsune) accro à l'alcool, les 7 divinités du bonheur ( shichi fukujin), aux dégaines de Yakuza qui organisent une bataille de tama-ire ( un jeu avec des balles et un panier, aussi sérieux si on réglait un conflit à la balle au prisonniers, en gros), des kappa dans une parodie du conte très connu au Japon " Urashima tarô"

Bon après on accroche ou pas, disons que c'est le genre de chose qu'il faut lire au compte goutte pour ne pas se lasser, les structures des chapitres sont assez répétitives ( LA guigne fond sur Ataru, sous la forme d'un monstre traditionnel> il s'en sort de manière ridicule > tout le monde se défoule sur lui), mais, à petites doses, certains gags sont vraiment hilarants. Plus du côté des personnages secondaires d'ailleurs: Cherry le moine envahissant. Ou Rei, l'ex- petit ami de Lamu, venu tenter de la convaincre de revenir sur sa planète: chacune de ses apparitions est un gros moment de rigolade: un type aux allures de play-boy vêtu d'une espèce de pyjama tigré, qui souffre d'un petit problème d'identité: des qu'il a faim ou qu'il s'énerve, il se transforme en énorme bovin tigré irrésistiblement attiré par tout ce qui se mange. Bon à l'état normal, ce n'est guère mieux, vu qu'il doit connaître une seule phrase en langage terrien. Un bonne source de gags celui aussi.
Et les références au folklore sont  bien marrantes dans ce tome un ( je ne saurais pas dire comment ça évolue par la suite, vu que je n'ai pas le tome 2 sous la main, je sais qu'il y en a une trentaine en tout, mais je crains que ce genre d'humour s'épuise assez vite en fait)

Enfin, c'est vraiment le genre de titre à ressortir le jour où on a juste envie d'un truc marrant sans prise de tête.

samedi 8 février 2014

Me & the devil blues tome 1 - Hiramoto Akira

Bon alors,  et avant que quiconque râle, oui, ce billet n'est pas nouveau.. en fait, pas exactement, je l'ai un peu remanié, mais je l'avais déjà publié il y a quelques années sur feu le site " peppermint blues". A l'époque, le webmaster  et président de l'assos',m'avait demandé l'exclusivité, j'avais accepté. Seulement voilà, le site est mort depuis longtemps, l'assos' Peppermint est en déshérance depuis que le président a décidé de passer à autre chose, j'estime donc que le temps a suffisamment passé pour que je récupère mon article. Donc non, si vous aviez déjà lu tout ça sur Peppermint blues, je n'ai pas repris à mon compte un article venu de ce site, j'en étais déjà l'auteur. Dans la version originale destinée à un site de blues, mais pas forcément lu par des fans de mangas, j'avais fait une intro façon " le manga pour les nuls"..
 Evidemment ici, ça n'a pas lieu d'être, vu que j'aurais plutôt des lecteurs chevronnés que des amateurs de blues!

oui, un manga sur le blues.. comme il y en a sur a peu près tout ce qu'on peut imaginer...


janvier: un seinen sur la musique

Donc «  Me  and the Devil Blues ».. Le titre vous parle peut-être. C’est l’histoire d’un type pas vraiment doué pour le travail de la terre, pas vraiment doué pour la vie de famille, pas vraiment doué en musique non plus mais qui ne rêve que de ça. Un brave gars qui croit au vaudou, au mauvais œil, et qui suite à une plaisanterie d’ivrogne dans un bar ira se promener sur un carrefour désert espérant rencontrer celui qui exaucera son souhait de devenir un vrai bon musicien. Un type surnommé RJ. Robert Johnson. Juste la première " star du blues", dont on prétendit qu'il avait passé un contrat avec le diable, pour jouer avec une telle perfection
La où le titre réussit un bon coup, c’est qu’il ne prend pas de parti. Ce n’est pas une biographie, le héros et son parcours sont plutôt le prétexte à un « road movie en BD ». D’ailleurs la narration et les cadrages sont très cinématographiques, évoquant énormément les frères  Coen .L’ambiance est proche de celle de O Brother, la narration rappelle celle, pas évidente a priori de No Country for Old Men. Le duel de Guitare entre RJ et Son House du premier volume est proche du duel de western, la violence du shérif envers ses adjoints dans le deuxième volume évoque aussi un  film de gangsters des années 40. S’adressant a des gens pas forcément calés en blues, la BD convoque donc l’autre art visuel qu’est le cinéma.
Ce n’est pas non plus une histoire fantastique, qui poserait pour acquise une intervention démoniaque. De manière plus maline, l’auteur ne reste sur le fil : au lecteur de l’interpréter à sa façon : pacte avec le diable ou cas de schizophrénie, d’hallucinations collectives…
son house,dont il est aussi question.. avec un guitare a résonateur , comme j'adore!

On est donc à mi-chemin entre la biographie (non du bluesman au parcours finalement mal connu Robert Johnson, mais du mythe Robert Johnson) et le Mythe tout court ( celui de Faust en l’occurrence)
Et de fait RJ va quand même rencontrer le démon :dans le premier tome,  sous la forme d’un autre personnage ayant réellement existé.. leur rencontre potentielle aurait donc pu avoir lieu.. ou peut être pas !
L’autre point à souligner, c’est que, contrairement à ce qui manquait singulièrement dans « Meteor slim », une Bd que je chroniquerai ici une de ces jours, le contexte n’est pas oublié.. celui de la pauvreté, du labeur aux champs, mais aussi et surtout, la ségrégation raciale et la peur qui en découle, la violence au quotidien dans un pays ou tout un chacun à la gâchette facile et la prohibition.
Lorsque j'avais chroniqué pur la première fois cette série, 2 tomes étaient parus en France, et 4 au Japon. Malheureusement.. elle en est restée à 4 tomes, car la série a été stoppée dans son pays d'origine, faute de parler au plus grand nombre. Dommage, car c'était un seinen très prometteur, sur un sujet qui me tenait à coeur, et il n'y a pas pour le moment de nouvelles à son sujet Sera-t-il repris un jour, aucune idée... c'est d'ailleurs frustrant de parler d'un manga dont on sait qu'il y a peu de chance de voir un jour l'intégralité. Mais il a tout à fait sa place dans le challenge " des notes et des mots": Car Sweet home Chicago ( le standard ultime de blues, qui clôt presque tous les concerts) I'll dust my broom, kind hearted woman, terraplane blues, et me and the devil blues qui donne son titre au manga, tous devenus des tubes mille fois repris, c'est lui!