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jeudi 1 octobre 2020

Tsukimi!

 Oh! Un billet ici, tout arrive!

Car aujourd'hui a lieu une fête un peu particulière, donc je n'avais pas encore eu l'occasion de parler, la fête de tsukimi.

Tsuki = la lune

Mi = regarder, comme dans "hanami" regarder les fleurs, la fête du printemps , beaucoup plus connue. Un grand classique des films, mangas et animés.

Mais là où le hanami a pris une forte valeur sociale, un grand rassemblement presque obligatoire ( sauf cette année où peu de monde a pu l'organiser, confinement oblige au Japon aussi) qui tourne à la beuverie de plein air, tsukimi a gardé un caractère modeste, discret, raffiné, poétique.


Tsukimi, c'est donc la fête de la contemplation de la première pleine lune d'automne.


Le but est de boire une coupe de saké sous la pleine lune ( et non des litres jusqu'à  l'ivresse) en dégustant des mochi et dango dont la forme rappelle la lune, en racontant l'histoire du lapin dans la lune.

La fête n'est pas uniquement japonaise, on en trouve des variantes en Chine, où ile me semble bien que c'était l'un des loisirs raffinés des lettrés. Ce qui semble se confirmer par l'existence de haikus sur le thème de la contemplation de la lune.

le miroir de la lune
vu(e) une nuit parfumée d’automne –
Nouvel An pour les yeux


Matsuo Bashô ( 1644-1695 )

Fût-ce en mille éclats
elle est toujours là
la lune dans l’eau !


Ueda Chôshû (1852-1932)

Je ne ferai pas ma blague favorite à ce sujet ( qui implique le sens familier de " lune" en français), car je l'ai déjà faite sur mon autre blog, et.. un peu de poésie, voyons.

Au Bouddha
Je montre mes fesses
La lune est fraîche !

Masaoka Shiki ( 1866-1909 )

(J'ai dit que JE ne ferai pas cette blague, mais pas que Masaoka Shiki ne la ferait pas)

Et comme par un fait exprès, cette année, il y a deux pleines lunes en octobre. Aujourd'hui même 1° octobre et donc, fête de la pleine lune d'automne en Asie, et le 31 octobre, pour Halloween.

Mais j'ai décidé cette année de faire la part belle aux contes et légendes pour le mois Halloween. Voici donc l'histoire du lapin de la lune.


Tout vient de cette paréidolie: dans la forme des mers lunaires, les gens voient l'image d'un lapin géant devant un mortier. Un mortier typique qui sert à faire de la farine de riz, laquelle est utilisée pour faire des mochis.. en forme de lune ( au Japon). ou qui prépare de l'élixir de longue vie ( Chine)

SunWukong, le roi des singes, et le lapin lunaire ( Sun Wukong est le personnage connu au Japon comme Son Goku, oui oui, qui a donné son nom au personnage principal de Dragon Ball)

Pour ce qui est de la légende, on peut la relier à l'histoire d'un lapin qui se sacrifie pour sauver la vie d'un voyageur affamé.Et là, elle est citée telle quelle dans Saint Seiya.

Cette légende est importante pour comprendre deux choses contemporaines.

Côté Japon, elle est un des motifs majeurs de la référence shôjo qu'est Sailor Moon. Je n'ai jamais vraiment eu une passion pour ce manga ni pour son adaptation, j'étais déjà trop âgée pour trouver intéressante une histoire de magical girl. Mais voilà, il s'avère que le nom en VO de l'héroïne est un jeu de mots: Tsukino Usagi, comprendre Tsuki no Usagi, soit " lapin de la lune".
De plus sa coiffure en macarons (en France) s'appelle " coiffure dango" au Japon. Dango qui sont justement les boulettes de farine de riz que l'on mange lors du tsukimi. Pas étonnant qu'elle soit donc associée à l'astre lunaire par essence ( par contre, comment des écolières en uniforme de marine ont pu devenir des guerrières en VF, c'est un mystère). Son chat "Luna" est un sélénite aussi.

"Lapin Delalune" et sa coiffure dango . Pas sûr qu'une lycéenne gaffeuse soit le meilleur choix de base pour sauver le monde.

Côté Chine, et de manière plus sérieuse, la légende est aussi la raison pour laquelle , dans le cadre des missions d'exploration lunaire chinoises, le rover se nomme Yu-tu " lapin de jade". En Asie, le lapin est donc généralement associé à la lune ( je vois bien un savant chinois antique, voyant les lapins sortir le soir et la nuit dans les champs, faire la déduction que les lapins sortent la nuit pour admirer la lune. Sauf que corrélation n'est pas conséquence)

Je n'ai pas de saké mais il me reste des prunes dans de l'umeshu. Ca fera l'affaire, si la lune daigne se montrer aujourd'hui, j'irais donc sur mon balcon, boire un peu d'umeshu, en mangeant une prune dont la forme évoque la lune ( j'écris mon sujet en avance, donc je ne sais pas quelle météo est annoncée, ni si je trouverai des mochi à manger le jour dit). Si elle est cachée par les nuages, tant pis, je contemplerai mon substitut favori dans toute sa ravissante rotondité en citant Shiki plutôt que Bashô 😏

Une lune masculine, cela va sans dire, mais c'est tout à fait légitime:
si dans les panthéons grec et romain, le soleil est un dieu, et la lune une déesse, frère  et soeur, dans le panthéon japonais Tsukuyomi no mikoto ( dieu de la lune ) et Amaterasu ( déesse du soleil) sont aussi frères et soeur.

Tsukuyomi, dieu de la lune

Dans le panthéon nordique également, et ça a une importance linguistique: les langues romanes ont LA lune et LE soleil, les langues germaniques, l'allemand au premier rang,  Die Sonne ( la soleil) et Der Mond (le lune). Les astres sont donc perçus comme principes masculins et féminins de manière inversée selon les cultures. Et c'est visiblement le cas aussi en Asie
Cette perception est aussi l'explication du manifeste de la première revue féministe japonaise datée de 1911" A l'origine, la femme était le soleil" ( paragraphe 6)

Le dieu de la lune version jeu vidéo / anime et son lapin messager

 Je ne sais plus si j'avais déjà parlé de cet animé adapté d'un jeu vidéo, complètement barré, mais très sympathique, Kamigami no asobi.
Il en faut pas chercher midi à 14h00, c'est foutraque, souvent débile - mais dans le bon sens du terme-  mais plein de bonne humeur, une humaine est envoyé dans le monde des dieux pour leur enseigner à comprendre les humains. Et rencontre donc plusieurs personnages de plusieurs mythologies : Esprits rebelles, version mythologie ( Loki et Baldr pour le panthéon Nordique, Dionysos, Hadès, Zeus et Apollon pour le panthéon grec, et donc Tsukuyomi et je ne sais plus quel autre, peut être le dieu du vent, pour le panthéon japonais.. faudra que je vérifie et que j'en parle. Enfin, autant dire une belle brochette de divinités sociopathes). Un dessin animé dont je n'attendais pas grand chose et qui avait été une bonne surprise, car moins premier degré que ce que je pensais.

jeudi 20 juin 2019

Moriarty T3 et 4 - Takeuchi Ryosuke et Miyoshi Hikaru

Bon, donc les 2 tomes suivants étaient à la bibliothèque, les voilà lus et chroniqués dans la foulée.
Et je confirme que pour moi, ça s'arrêtera là.



Le tome 3 était d'un ennui profond, avec une relecture pathétique d'une Etude en rouge, et une version tape à l'oeil du chien des Baskerville.

Pour une étude en Rouge, c'est surtout le problème de se concentrer sur Sherlock-loubard et Watson l'incolore qui pose problème.Un Sherlock accusé de meurtre par un mort qui aurait écrit son nom avec son sang avant de mourir.
Et quand tu es française, ben, tu sais que c'est aussi crédible que "Omar m'a tuer". Autre problème: "Qui c'est celui là?". Les personnages secondaires arrivent comme un cheveu sur la soupe, sans être présentés, donc c'est au bout de 3 ou 4 pages qu'on apprend que X est en fait Lestrade.
On a droit à Fred, qui fait du parkour déguisé en petite vieille (facepalm).
et toujours le leitmotiv des nobles ( tous salauds tendance marquis de Sade) qui font rien qu'à oppresser les pauvres et les roturiers.

Dans ma tête ça donne Biouman " je suis le méchant et je veux tuer la gentille!".
Cli-Ché!
Spoiler: en fait être noble, c'est juste être né avec un titre ronflant, non seulement ça ne garantit pas la fortune, comme ma copine Mathilde, baronne de par son père mais qui a bossé en usine pendant des années et maintenant à la poste. Et être une ordure n'est ni livré avec le titre à la naissance, ni limité à la noblesse. Que je sache, beaucoup de serial killers ( dzing!) sont roturiers, hein..
Je sais, mais ça commence à me saouler ce présupposé. Pour moi c'est du même acabit que "  tous les noirs sont, tous les juifs sont.." et ça pue.

Le chien des Baskerville: Charles est une sorte d'ogre qui fait enlever des gentils n'enfants orphelins pour les chasser ni vu ni connu, comme des lapins, dans les jardins de son immense propriété, avec ses petits camarades masqués comme des adeptes d'une secte. Outre qu'on a là un scénario de mauvaise série B vue et revue, l'ami Charles est un esthète décadent qui fait de l'art avec les cadavres de ses victimes.
Chasse à l'homme et art macabre, mais mais mais.. c'était dans Psycho Pass tout ça et avec autrement plus de brio car il y avait une réflexion sur la violence, l'art et plus généralement la décadence.
a oui,dans la foulé, on découvre que Louis, le gentil et effacé Louis est un extrémiste qui laisserait mourir sur place une victime blessée pour pouvoir se consacrer à la chasse au criminel. Vaut-il dans ce cas là mieux que Charles Baskerville, J'en doute.

Entre parenthèse, c'est gamins on des nerfs d'acier: torturés pour entraver leur fuite, ayant perdu du sang, menacés de mort, ils voient des gens pas forcément rassurants abattre sous leur yeux leur tortionnaires.
Et ils ne mouftent pas.Ni hébétés, ni sur la défensive.. a priori quand on est  enlevé et torturé, on est aussi immensément stressé, et incapable de réfléchir, on a un minimum peur de celui qui vient de décapiter votre tortionnaire sous vos yeux...en tout cas on ne le suis pas gentiment sans se dire " au secours, c'est moi le prochain, vite, s'enfuir, coute que coûte". Ben là, non. Ils repartent tranquillement avec leur" sauveteurs"- 10 points de crédibilité psychologique.
5 J'en profite pour mentionner  ce que j'avais oublié de dire précédemment: les pamplemousses sont un ressort narratif dans le tome 1ou 2, je ne sais plus. Mais ne peuvent en aucun cas être produits localement au centre de l'Angleterre à la fin du XIX° siècle. Même pas à l'heure actuelle malgré le réchauffement climatique, les agrumes poussent toujours dans les pays chauds: Floride, Israel, Espagne, Italie, un peu dans ma PACA natale, mais là aussi il ne fait pas assez chaud... ( donc un oranger sur le sol irlandais on ne le verra jamais, et j'ajouterai un pamplemoussier sur le sol anglais, c'est pas demain la veille non plus.)Soit dit en passant, et justement vu la provenance, le pamplemousse devait être un produit de luxe à l'époque, certainement pas un fruit de consommation courante trouvable sur un marché local et accessible à la bourse des travailleurs agricoles... En Bretagne on est plutôt forts en pommes.
(Oui je mets des références franchouillardes et peu sérieuses parce que c'est ce qui me permet de tenir le coup,là...)

Enfin, déjà cette histoire était plus supportable parce que pas de Sher-loque à l'horizon ( ce côté non canon étant justifié par Watson qui n'en peut plus de voir son colocataire génial mais infréquentable, et entreprend d'en faire le gentleman qu'il devrait être via la fiction qu'il publie sous le nom de Conan-Doyle.

Je ne suis même pas sure de qui est en couverture.. je crois que c'est Watson, dont on aurait jusqu'à présent: William- Sherlock, Louis, Watson... Logiquement je prends les paris que ça sera 5:Albert- 6 : euh, y'a plus personne côté Sherlock..Madame Hudson ou Lestrade plus probablement. 7: Moran



Tome 4:
Un peu plus intéressant: on quitte l'Angleterre pour l'Inde, où les marchands d'armes ont tout intérêt à faire dure la guerre Angleterre-Afghanistan, celle-là même qui a traumatisé Watson et où Moran a été déclaré mort.

Donc Albert Moriarty, propulsé depuis le tome 2 chef du très secret Mi6, reçoit de la part de son chef Holmes l'ordre d'enquêter sur la mort suspecte en Afghanistan d'un militaire anglais qui avait apparemment découvert des secrets qui..
Euh, minute..
que fait Holmes au Mi6?
Pourquoi c'est le chef d'Albert?
Pourquoi il a changé de coiffure?

Haaaaaa ouais, ce n'est pas dit mais en fait ce n'est pas Sherlock mais probablement ( parce que ce n'est pas dit) Mycroft. M'a fallu quelques pages avant de piger. Je n'ai pas lu tous les livres de Doyle , ni vu tous les films qui en sont adaptés, mais je connais l'existence de Mycroft et j'ai mis quelques temps à comprendre ( en même temps, vu son jeune âge, vous m'excuserez...pour moi Mycroft c'est plutôt Charles Gray ou Christopher Lee). donc mettons nous quelques instants à la place de ceux qui n'ont pas forcément lu les 2 nouvelles où apparaît le frangin de Sherlock.
Ouaip, il y a un truc assez sympa qui s'appelle "le contexte", et là contextualiser un brin aurait été intéressant, juste en présentant le personnage au moins une fois auparavant.

Bon donc, on a donc d'une part Mycroft Holmes-> chef d'Albert Moriarty qui lui donne ses missions, et en parallèle William Moriarty -> utilise Sherlock à son insu comme complice involontaire: la capacité de déduction de Sherlock pour faire savoir au monde de façon tonitruante que ces meurtres ne sont pas gratuits mais interdépendant dans un projet plus global à portée sociale.
 Enfin, donc Cette fois, c'est Moran, bras armé d'Albert et William, qui va aller corriger définitivement le vice-roi d'Afghanistan, un militaire corrompu qui a des intérêts économiques à ce que la guerre continue et provoque des fausses attaques pour la relancer sans cesse. L'une de ces attaques est justement celle qui a décimé la compagnie du capitaine-pas-encore-colonel Moran des années auparavant. Donc, éliminer celui à cause de qui il a perdu sa main droite et été déclaré mort est un boulot tout trouvé pour Moran, accompagné de la secrétaire du Mi6, Miss Moneypenny ( re-facepalm)

Sérieux? Que font Miss Moneypenny et sa coupe de cheveux très contemporaine dans cette histoire?C'était obligé de faire appel à James Bond maintenant?
Donc oui,c'était un peu mieux, parce qu'on part sur quelque chose de plus axé politique/ historique ( encore que je ne connais pas grand chose aux conflits dans les colonies anglaises du XIX° siècles, et je suis prête à prendre le pari qu'il y a pas mal de bullshit là dedans aussi), et qu'on donne une histoire à Moran.

Mais bon, malgré un retournement de situation final et une nouvelle rencontre entre William et Sherlock, qui bluffe ( Martoni) pour savoir si par hasard, p't'être b'en que William serait le " prince du crime" ( le prince.... re-refacepalm. C'est le NAPOLEON du crime), et un cliffhanger de malade jamais vu auparavant-lol ( un mort dans un compartiment de train fermé de l'intérieur - haha, vous attendiez Hercule Poirot, mais j'ai mieux, et franchouillard - alors que Sherlock, William et Louis sont tous ensemble à papoter en copains, difficile de les soupçonner. ), tout ça est tellement tiré par les cheveux que non l'aventure a toutes les chances de s'arrêter là pour moi.

Le sujet était tentant, mais outre les incohérences, les clichés au litre, le manque de contextualisation, il a le traitement platounet vu et revu qui fait que mon intérêt " c'et pas mal" au tome 1 et devenu un " c'est nul" au tome3 et" mouais, y'a du mieux, mais je me fous de savoir la suite" au Tome 4.
Pourtant, je suis plutôt du genre bon public, mais le potentiel est tellement mal exploité...


samedi 8 juin 2019

Moriarty T1 et 2 - Takeuchi Ryosuke et Miyoshi Hikaru

Trouvé par hasard à la bibliothèque, tiens, allons -y ça fera une lecture un peu décalée sur le mois anglais.
Comme le laisse supposer le titre, cette oeuvre dérivée de Conan Doyle va s'intéresser non pas à Sherlock, mais au "Napoléon du crime", donc finalement on sait assez peu de chose dans le canon de Doyle.

Donc, un peu plus de liberté pour l'adaptation, et là, préparer vous, pour ce qui est de la liberté, on en prend Beaucoup, mais alors beaucoup.
Visiblement, l'idée de base est "on sait qu'il est malfaisant et intelligent mais dans le fond, quelles sont les motivations de Moriarty pour être mauvais"

A cette question la réponse du manga est " l'idéalisme".
Et d'ailleurs il n'y a pas un seul Moriarty, mais 3, tels les 3 juges des enfers, ou les 3 parques...




Tout commence dans leur enfance:à l'origine il y a 2 frères Moriarty, fils de comte. L'aîné Albert-James et le cadet William-James. Le "vrai" William C'est Albert l'idéaliste , il ne supporte pas la manière dont ses parents et son petit frère traitent leurs deux enfants adoptifs, le second William et Louis.
Deux orphelins intelligents et adopté juste pour faire "oeuvre de charité", parce que c'est une quasi obligation dans cette société rigide et compassée, lorsqu'on est noble, que de prendre des pauvres roturiers sous son aile. Enfin, là, c'est plutôt les prendre comme larbins gratuits, en échange d'une opération pour Louis qui est cardiaque ( oui, pour toute cette introduction c'est beaucoup beaucoup de clichés sur l'Angleterre, la noblesse et la lutte des classes)

Idée d'Albert, qui ne peut plus supporter les injustices? Embarquer les deux petits frères adoptifs, chez qui il a décelé un potentiel " c'est la lutte finale", dans une révolte en forme d'association de malfaiteurs. Et ça va commencer par éliminer toute la famille, en cramant au passage la propriété familiale pour effacer toute trace de crime.Les 3 malfaiteurs juvéniles étant bien évidemment les seulssurvivants, insoupçonnables - qui irait penser que cet accident est le fait d'un fils de bonne famille et de deux orphelins éperdus de gratitude envers leurs bienfaiteurs...
William "bis" prend donc l'identité de "feu" (c'est le cas de le dire) William-officiel. Une fois adultes, parfaits complices, ils vont continuer de jouer le rôle auto-attribué de justiciers exterminateurs d'oppressions sociales.

Albert, le militaire qui fréquente la haute société,  repère les potentielles victimes, William, le prof de maths ( le Moriarty " habituel), qui trouve les stratagèmes afin de faire passer les affreux de vie à trépas par exemple en faisant manger des pamplemousses à un cardiaque* histoire de camoufler le meurtre en accident, et Louis, le gestionnaire de la fortune familiale, dont le rôle est encore assez peu clair à ce stade.( Il sert pour l'instant si peu qu'il a droit à quelques pages bonus de fin, où il déplorer justement qu'on ne lui attribue pas de vrai rôle, et chaque chapitre se termine d'ailleurs par une petite illustration où les personnages réfléchissent et débattent de ce qu'ils viennent de jouer, réellement comme au théâtre. C'est assez sympa et prouve que finalement, il ne faut pas prendre cette histoire trop au sérieux)

* Je confirme l'incompatibilité des pamplemousses et du traitement contre les maladies cardio-vasculaires, c'est écrit sur la notice d'ailleurs.

Et donc, ce Moriarty là, très rajeuni ( prof d'université qui au final n'a pas beaucoup de différence d'âge avec ses étudiants, au point qu'on le prend régulièrement pour l'un d'eux), devient un personnage étrange, sorte d'improbable mélange entre Robin des bois et Karl Marx, ou Zorro et Bakounine.
Le tout dans une Angleterre si ... vue par le prisme du Japon, telle qu'on la trouvait, dans des registres assez différents, dans Black Butler ou Comte Cain. Ca ne me déplait pas, loin de là mais on est quand même très très loin de la réalité historique.
Donc , il ne va pas falloir être très regardants sur 2 choses
- le canon holmesien
- Sherlock, qui apparait dans le tome2: un type génial mais plutôt excentrique et ... sociable? Si on aime Sherlock au départ c'est plutôt pour son attitude asociale. Celui fait du kung-fu et se chamaille dans la rue avec Mrs Hudson (à qui il adore jouer des tours un peu mesquins)  au sujet du loyer.
Ce qui fait que Sherlock s'annonce comme le L, pendant farfelu, d'un Moriarty-Light
- l'adéquation costumes, coiffures décors, etc...à l'époque supposée ( là où justement, Black Butler faisait le pari d'anachronismes assumés et de franche déconnade... et ça marchait) Ici je le trouve juste un peu à côté de la plaque.



Bon point inattendu: Sebastian Moran en second rôle.Même s'il est lui aussi très éloigné de ce qu'on pourrait imaginer du " second homme le plus dangereux d'Angleterre après Moriarty."

Pour l'instant, je dis " sympa", parce que ça n'est pas non plus le " woahou"total. Le problème de ce genre de personnages à l'intelligence froide et calculatrice c'est que bien menés, on se trouve avec Johann dans Monster ou Makimura Shôgo dans Psycho-Pass ( et d'ailleurs, graphiquement, William ressemble beaucoup à Makimura et...il y a une raison: le dessinateur a travaillé sur un manga adapté de la série Psycho-Pass, donc référence involontaire " par habitude" ou clin d'oeil assumé? )

Et avec de telles références qui me viennent en tête, quand on sait à quel point Psycho Pass est dans le top 3 de mes anime favoris justement POUR sa réflexion sur la violence, le crime, la justice, le bien et le mal... évidemment, ce n'est pas à l'avantage de Moriarty, un peu platounet de ce côté là.

Le sujet " peut-on faire le mal pour défendre un idéal humaniste?" est toujours plein de potentiel, mais pour l'instant les affaires criminelles manquent d'ambition, plutôt du genre " lui, il est méchant, donc faisons lui la peau en faisant passer ça pour un meurtre/suicide/accident".
Donc comme toujours, je ne jugerai pas sur seulement 2 tomes, et je vais laisser le temps à la série de s'installer et de se donner les moyens de ses ambitions. Evidemment je ne me fais pas d'illusions, je n'attend pas qu'il devienne une série marquante, mais s'il peut passer de "pas mal" à "bien" , ça me fera déjà plaisir. C'est possible, avec un peu plus d'ambition.
Il y a pour l'instant 5 tomes parus au Japon, 2 en France, a priori la série devrait trouver son public et ne pas s'arrêter en cours de route y compris en France. Je ne sais pas si d'autres tomes seront disponibles prochainement en bibliothèque, mai ce n'est pas une série que j'achèterai, ou alors seulement en numérique, parce qu'elle ne m'enthousiasme a priori pas au point de vouloir lui faire une place sur des étagères qui croulent déjà

Et dans la catégorie " bizarrerie", je ne vois pas d'adaptation animée annoncée, ce qui est pourtant un passage presque obligé pour un manga, mais.. en comédie musicale. Ahem. Ca annonce son pesant de kitsch.

mercredi 10 avril 2019

A silent voice (7 tomes) - Ôima Yoshitoki

C'est le printemps, la saison des sakura.. et le blog sort de son hibernation forcée.
Donc non il n'est pas abandonné, juste un peu délaissé faute de temps, ça ira mieux prochainement.

Mais comme c'est le cas depuis 2 ans, avril, en plus d'être le meilleur mois de l'année ( c'est celui du gâteau pour moi ;) ) est aussi le mois belge ET le mois japonais sur la blogosphère littéraire.

Les précédentes années, je n'avais pas été efficace pour le mois belge, mais comme je suis à Bruxelles jusqu'en septembre, et que je loge à moins de 150m d'une bibliothèque qui regorge d'ouvrages belges, celui-ci aura la priorité cette année, mais ça ne veut pas dire que je ne ferai rien pour la thématique japonaise.

Et donc la bibliothèque en question a un chouette rayon manga ( voir le sujet précédent),et comme il y a eu quelques jours se fermeture de la fac au moment du carnaval, j'ai fait une razzia sur les étagères nippones, autant que belges ;)

Et voilà, l'intégrale de " A silent voice", manga seinen en 7 tomes.
On en a beaucoup parlé l'an dernier à cause de la mobilisation inédite des fans pour favoriser une distribution de l'adaptation en long métrage en France. Je ne l'ai pas vue. Mais j'ai gardé en mémoire le titre et son sujet.
Le titre, je vais d'ailleurs commencer par là. Je n'aime pas lorsque les les éditeurs français collent à un manga un titre en anglais un peu bateau sous prétexte que c'est comme ça qu'il a été titré aux états-unis. Quand le titre est d'origine en anglais ok ( c'était le cas de Black Paradox, d'ailleurs), c'est légitime mais là le titre japonais était bien plus intrigant puisqu'il se traduirait " la forme de la voix".
Et c'est dommage de se priver d'un titre pareil.



Donc de quoi ça parle? De handicap, d'amitié, de rejet, de harcèlement...
Ce n'est pas le premier manga que je lis qui parle de surdité d'ailleurs, il y a aussi l'excellent " Orchestre des doigts" ( alors il n'est pas cool ce titre là?). Mais je n'avais pas encore de blogs quand je l'ai lu, je ne l'ai donc pas chroniqué, il faudra que je le fasse en rentrant en France, il est dans mes cartons.

Mais au delà de l'aspect harcèlement et insertion des handicapés via le personnage de shoko, C'est Shoya le personnage central. Au moins aussi handicapé que Shoko, mais son handicap est émotionnel, et social.
Shoya est un gamin turbulent, un gosse de 11 ans qui s'ennuie facilement et essaye de se distraire en organisant des " tests de courage avec ses copains".. sauf que ses copains en ont marre de suivre ce meneur un peu con sur les bords et de sauter dans la rivière tous les jours pour ...ben juste pour prouver qu'ils ont le cran de le faire. L'absurdité de la chose leur saute aux yeux, ils ont mieux à faire, il y a le collège qui approche, on n'est plus des gosses.. et Shoya se retrouve seul, face à un ennui qu'il ne sait pas tromper.
Sa providence va être l'arrivée de Shoko dans sa classe. Shoko a 11 ans et arrive en cours d'année, elle est sourde de naissance et n'entend pas grand-chose, même appareillée. Elle est incapable de parler distinctement, communique par écrit sur un cahier et change d'école souvent car son handicap en fait la tête de turc des autres élèves.
Et c'est ce qui se passe: Shoya va commencer par asticoter Shoko ( c'est cool, on peut se moquer d'elle, elle n'entend pas), d'abord de manière "gentillette" puis de plus en plus violente allant jusqu'à voler ou détruire à plusieurs reprises son appareillage, sous le regard amusé des autres élèves qui participent, ou au minimum laissent faire, d'une équipe pédagogique pas du tout formée à l'accueil des handicapés qui réprimande mollement Shoya... 
Le prof révèlera parla suite à quel point cette élève était un boulet pour lui parce que c'était à elle de se débrouiller seule pour se faire accepter et plus généralement à se débrouiller pour s'intégrer au monde " normal", et que donc, les harceleurs ne sont pas à blâmer parce qu'elle n'a pas cherché à se mettre à leur portée ( hoputain, le prof. Il se prend d'ailleurs à ce moment un plein verre de flotte bien mérité dans la gueule qui fait plaisir)

Ceci dit la vraie question est "pourquoi la mère de Shoko, femme particulièrement dure et aigrie ( même si on comprend qu'elle a été traitée comme une merde par la famille de son mari, qui l'a mise en cause pour la naissance d'un enfant défectueux, à la limite de lui demander des dommages et intérêts. Les mauvais côtés de la société japonaise! ) n'a jamais songé à simplement la faire scolariser dans un établissement adapté pour malentendants?"

Jusqu'à ce que Shoko parte, une nouvelle fois. Et c'est Shoya, de plus en plus lâché par les autres qui ayant appris le coût des prothèses auditive et donc de leurs bêtises passent en mode " c'est pas moi c'est lui!", qui va en faire les frais.De harceleur, il devient le harcelé, avec derrière l'équipe pédagogique toujours aussi larguée qui estime qu'il l'a bien cherché.
Collège, lycée, Shoya s'isole de plus en plus avec sa mauvaise conscience, se rendant compte de l'enfer qu'il a fait subir à Shoko, et donc n'a plus qu'une idée en tête la retrouver, s'excuser dignement et aller se suicider car il se déteste profondément maintenant qu'il sait pour l'avoir vécu ce qu'est le harcèlement. Il a même appris en solo la langue des signes pour pouvoir être compris.

Mais retrouver Shoko va changer sa vision des choses: plus question de suicide, en communiquant avec elle, il se rend compte que son isolement vient surtout de sa propre attitude: en se méfiant de tout le monde, il est devenu paranoïaque et n'a aucun ami.
En commençant à communiquer, les choses se débloquent: non seulement il peut-être enfin ami avec son ancienne victime mais va aussi devenir pote avec Tomohiro, son voisin de classe, un farfelu au physique ingrat qui rêve de devenir cinéaste, avec Miyoko, ancienne camarade de primaire minuscule et timide, devenue une nana immense au look androgyne, avec Yuzuru la petite soeur de shoko , véritable garçon manqué dont le loisir est de photographier des cadavres d'animaux...Même Satoshi, le beau gosse de service que tout le monde admire, a eu un passé de harcelé que personne n'imagine.

Bref une série de gens bizarres qui sont en marge d'une société japonaise qui n'aime pas les " clous qui dépassent", qui auraient été les têtes de turc désignées de l'ancien Shoya, mais se révèlent beaucoup plus intéressant que la masse indistincte des gens qui entrent dans le moule.

J'adore la manière dont le manga rend cette sensation:tout est vu par le regard de Shoya, les têtes des personnages qu'il trouve trop banals ou détestables ( comme la peste Naoka) sont cachées par une croix.. qui peut disparaître, si la personne l'intrigue ou l'intéresse momentanément, et réapparaître lorsqu'il décide de les classer comme inintéressants ou même connards.
J'aime beaucoup aussi le fait que ce manga soit un plaidoyer pour la différence, physique pour certains, au niveau des idées pour d'autres. Miki et Naoka sont les clichés des jolies lycéennes populaires, qu'on trouve dans tous les mangas adolescents et sont clairement décrites comme clichés.
elles ne deviennent intéressantes que lorsqu'elle quittent ce rôle ( Naoka travaille comme serveuse dans un café à chats et dit apprécier  les chats car "on est obligé de deviner leurs intentions, vu qu'on ne peut pas parler avec eux"... alors qu'elle harcelait aussi Shoko, exactement pour cette raison, et continue à la détester pour ça, au lieu d'essayer de transposer sa stratégie. Mais c'est le seul moment où elle sort de son rôle de peste et devient humaine et presque touchante.)

Avec en filigrane la critique sociale sur le manque d'humanité de la société japonaise, prompte à laisser sur le bas côté tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas suivre la cadence ( rappelons que le phénomène des hikikomori, reclus volontaires en rupture avec une société trop stricte, et typiquement japonais - peut être un peu en Corée et en Chine aussi - en tout cas les pays où on juge la valeur humaine à l'aune de la performance et du conformisme social)



Alors oui, tout ça me parle, peut être parce que j'ai été celle qui était harcelée à l'école et au collège à cause de mon physique différent, sous l'oeil de profs et de surveillants en mode " il faut bien que jeunesse se passe, c'est innocent, ne prends pas ça à coeur, c'est toi qui doit apprendre à être moins sensible, à prendre sur toi. Si tu laisses passer sans montrer d'émotion ils se lasseront*" et que oui, j'aimerais que ceux qui m'ont fait la vie aient vécu ça à leur tour pour comprendre ce que c'est que la méchanceté gratuite, et que par contrecoup, il suffit maintenant qu'on me dise " machin est bizarre", pour que je me méfie... de la personne qui dit ça, et que je veuille me faire mon avis personnel sur Machin.
Mais voilà, c'est un chouette manga, au dessin pas très original mais agréable, et qui a l'avantage de ne faire que 7 tomes, un nombre suffisant pour développer son sujet et faire évoluer les personnages, sans sombrer dans le délayage.

* C'est bien entendu une GROSSE CONNERIE:  ils ne se sont pas lassés en 4ans sans réaction de ma part, au contraire, ça excitaient leur méchanceté et ils allaient de plus en plus loin pour voir à quel moment les limites seraient atteintes  (avant d'aller chougner auprès du directeur  parce qu'ils s'étaient sont pris une bonne prise de judo de ma part, que j'étais trop méchante, ouin ouin ouin)

mercredi 17 octobre 2018

Black Paradox - Junji Ito

Semaine dédiée aux fantômes, monstres et autres créatures fantastiques japonaises. Peu de temps libre de mon côté cette année pour cause de reprise d'études, mais quand même, j'ai réussi à sauver l'honneur avec un manga pour le mercredi BD. Il va être question de suicidaires qui ouvrent une porte dimensionnelle sur l'autre monde. Miam!

Ito, je le connaissais simplement de nom en fait. Avec sa réputation de spécialiste de manga fantastique-horrifique.
Et c'est une découverte plutôt sympa, quelque chose qui est à la fois doté d'une personnalité graphique curieuse ( mi réaliste , mi caricaturale), et d'un fond exigeant, il ne se contente pas de faire de l'horreur pour l'horreur, ce n'est pas un bête slasher gratuit. Et ça, ça me plaît.


Tout commence par la rencontre IRL de 4 curieux personnages qui se sont connus sur le forum internet " black paradox suicide". Tous sont suicidaires, et ont donc convenu que le jour de leur rencontrer serait aussi celui où ils passeraient ensemble de vie à trépas.

Leurs raisons?
"Marseau" ( j'ai envie d'écrire Meursault, vu la crise existentielle qu'elle traverse) est douée d'un pouvoir de prémonition, mais trop imprécis pour avoir une vision claire de l'avenir, ce qui la conduit à un état permanent d'inquiétude imprécise qui évolue en angoisse insupportable. Elle se compare d'ailleurs elle même à Akutagawa.
"Tableau" est un homme dont on ne sait presque rien, si ce n'est qu'il croise régulièrement son sosie qui semble se moquer de lui. Persuadé que ces apparitions de son double maléfique est une annonce de sa mort prochaine, il a donc décidé de la devancer en la choisissant lui même.
" Pitan" travaille dans la robotique, et lui aussi est victime de son double: il a servi de modèle à un robot ultra perfectionné, qui est devenu la mascotte du labo. Lui est repoussé dans l'ombre est l'anonymat, dépossédé de son identité par ce double de lui-même .. mais en mieux.
"Baratchi" est une femme apparemment normale, et même jolie.. qui cache sans cesse la moitié de son visage, défiguré par une tâche de vin, qui lui a fait prendre son image en horreur.

Tous ont donc des raisons liées à leur identité de vouloir en finir, mais.. rien ne va se passer comme prévu.
Dès le premier chapitre, Marseau se rend compte que des choses clochent: Pitan cliquette, Baratchi ne semble pas savoir quel côté de son visage est atteint, et de plus, assise à l'arrière de la voiture, elle ne voit que sa propre image dans le rétroviseur. Chose encore plus étrange, ils sont doublés par la même voiture, où elle n'est pas assise, mais où se trouvent les 3 autres.
Elle a tout simplement pris place dans une autre voiture, dans un univers parallèle, où elle se trouve en compagnie, justement, des doubles que fuient les 3 autres.

Dès lors, les choses vont aller de plus en plus bizarrement. Ils ne se suicideront pas ce jour là, ni les suivants, mais vont carrément ouvrir involontairement une porte dimensionnelle entre le monde et... un autre univers? le monde des morts?
Duquel d'étranges pierres rondes, dotées de propriétés encore plus étranges se fraient un chemin dans notre univers.
Les avis divergent à ce sujet: Baratchi y voit des spectres, cristallisés, mais aussi et surtout, une rareté que le monde va vouloir s'arracher, car elles représentent une source d'énergie colossale et potentiellement destructrice, et le moyen de faire fortune - car avec de l'argent, elle pourra se faire opérer, et donc plus de raison de mourir. Tableau la suit dans cette entreprise, au contraire de Pitan ( hors jeu depuis longtemps, mais dont les envies suicidaires ont même contaminé son robot), et Marseau qui pressent la catastrophe qui va inévitablement se produire, lorsqu'on veut exploiter des choses d'un autre monde, sous prétexte d'"aider l'humanité" tout en commençant par s'enrichir personnellement.
Mais ce quatuor, y compris les deux plus cyniques,va attirer la convoitise de gens encore plus cyniques qu'eux, bien déterminés à exploiter cette source d'énergie pourtant dangereuse " pour le bien de l'humanité" au détriment de cette même humanité. Juste par appât du gain et du pouvoir.




Au delà du côté horrifique,il y a quelque chose d'intéressant Je ne sais pas si les sphères minérales-concrétions d'âmes- énergie infinie d'Ito sont une référence à l'uranium, mais en tout cas ça y ressemble. Il y quelque chose de très radioactif dans cette histoire. J'ai vérifié la date de publication: 2008, donc antérieur à la catastrophe de Fukushima, et pourtant, on peut difficilement ne pas y penser.

L'autre point intéressant est l'exploitation des "âmes", d'un point de vue quasiment philosophique ( sur une base simple, s'il s'agit d'âmes, en les ramenant dans notre monde et en les fragmentant pour en produire de l'énergie, on condamne les générations futures, puisqu'elles sont issue du " recyclage" des âmes, n'oublions pas qu'on est dans un pays de tradition bouddhiste, avec ce que ça suppose de réincarnations). Exploiter les"âmes", revient à exploiter les humains, sans pitié ni discernement.
Avec cette remarque hautement naïve de la cynique Baratchi, la première qui a voulu se faire de l'argent grâce à ça: " l'humanité n'est pas bête au point de continuer à les utiliser alors qu'elle sait qu'elle court à sa perte"...

Hahahahahahahaha.

Non, mais ça, c'est la SF-le fantastique que j'aime, qui l'air de rien, balance une vanne bien sentie sur le monde contemporain.

Avec en plus une petite touche qui me plaît bien: je ne sais pas si c'est voulu, mais Pitan - et son avatar robotique - m'évoque assez souvent "Cesare" du cabinet du Dr Caligari.
Dans la manière dont il est représenté, qui évoque pas mal la gestuelle et la tenue de l'acteur Conrad Veidt dans ce film ( ça ne serait pas absurde: l'un est un robot, Cesare l'hypnotisé a une gestuelle très peu humaine, et les deux portent des tenues très similaires). Et prendre Caligari comme référence, c'est pour moi le summum du bon goût cinéphile!

ok, donc, non, ce n'est pas du tout un hasard...
1920! Je kiffe ce film, je kiffe ce personnage ( sans qui il n'y aurait pas d'Edward Scissorhands, d'ailleurs)

Cette histoire est complétée par deux autres très courtes: " la femme langue", variation assez crade ( et un peu saphique) sur les légendes urbaines, et en particulier celle de la kuchisake onna, et le "pavillon étrange" ( 4 pages en couleurs) qui imagine une exposition en 2105, dont le clou est un cormoran, espèce disparue depuis longtemps - et qui n'a pas grand chose à voir avec les cormorans actuels.
Donc bon, si la femme langue est un récit, avec une intrigue, il n'a pas la teneur existentielle du précédent, et Le pavillon n'a pas vraiment d'intérêt.

Mais c'est une bonne première lecture de cet auteur, il y en aura d'autres.

jeudi 31 mai 2018

Les délices de Tokyo ( film 2016)

Et hop, le second film.
Celui là, je l'avais raté à sa sortie, et là encore quand il a été rediffusé il y a quelques jours sur ARTE. Pas eu le temps de le voir en streaming.

Mais mon pote a eu la bonne idée de l'enregistrer, j'ai donc enfin pu le voir.



Un film qui m'a laissé une impression.. disons mitigée.Tiré d'un roman que je n'ai pas lu, je l'ai bien apprécié sur le moment, mais quelques jours après .. presque oublié en fait.
Pourtant l'histoire est assez mignonne, dans le genre tranche de vie et amitié improbable entre des laissés pour compte.
Mais voilà, est-ce que c'est parce qu'il a eu un assez bon succès à sa sortie? Ou que je l'ai raté plusieurs fois  et qu'à force d'en entendre parler, j'en espérais mieux?

Un monsieur qui n'aime pas ce qui est sucré tient pourtant un stand de rue de dorayaki, ces succulentes crêpes fourrées à la pâte de haricots sucrée ( le goût se rapproche de la purée de châtaigne européenne.
Ses crêpes sont excellentes, mais la farce assez moyenne. Et alors qu'il recherche quelqu'un pour l'aider à tenir le stand, fréquenté par une poignée de lycéennes, la candidate qui va se présenter est une vieille same septuagénaire. Le gérant n'est pas spécialement intéressé par l'idée d'employer une très vieille dame, mais elle insiste, lui fait goûter sa propre pâte An ( c'est le nom de la préparation et le titre original du film), et force est de constater qu'à eux deux, ils peuvent faire des dorayaki comme personne. C'est donc Madame Tokue qui aura le travail, et la nette amélioration de la qualité des produits va faire de la petite boutique un vrai succès commercial.
Mais il y a toujours un mais, que ce soit Sentaro le gérant ou Tokue la vieille dame, tous deux cachent un secret qui fait d'eux des paria. C'est ce versant surtout qui est intéressant:l'oppression d'une partie " invisible" de la population qui n'hésite pas à marginaliser les gens qui ne sont pas aussi lisses que la société le souhaiterait. Le sort qui a été celui de Tokue est, lorsqu'on le découvre, absolument abominable: séquestrée depuis sont adolescence dans une maison de santé, car elle a une maladie, pourtant non contagieuse.
Avec l'aval de sa famille et de la société: on cache les moutons noirs, même s'ils n'ont rien fait de répréhensible, parce qu'avoir une malade dans la famille, c'était la honte- et ça l'est probablement toujours dans certaines familles.

Par contre Wakaba la lycéenne qui hésite à quitter le parcours scolaire pour chercher du travail n'est pas très bien utilisée à mon sens, c'est un personnage silencieux, et au final assez incolore...

Mais Kirin Kiki  l'actrice qui tient le rôle de Madame Tokue campe une mamie absolument adorable et ça fait tellement plaisir que le personnage principal ne soit pas la jolie fille, mais la vieille dame.
Mais c'est un peu le problème, du coup elle est si convaincante qu'elle éclipse les deux autres.

Donc bon, sympathique, à voir une fois, mais sans plus... il ne me laissera pas un très grand souvenir.
Et par contre je meurs d'envie maintenant de manger des dorayaki ...

mercredi 30 mai 2018

Zatoichi ( Film 2003)

Profitant de mon WE parisien chez un pote, afin d'aller en particulier voir les expositions sur les fantômes d'Asie et la cartographie... asiatique, on a joué a fond le jeu et je reviens avec 2 nouveaux sujets films japonais pour conclure le mois japonais.
Qui aurait du finir le 30 avril mais a en fin de compte été prolongé jusqu'à demain.
Et donc premier des deux, Zatoichi, que malgré sa réputation et son lion d'argent, je n'avais pas eu l'occasion de voir.

Ou plutôt j'avais du en voir un autre, ancien, des années 60, car le personnage est récurrent au cinéma depuis les années 60, et au centre de, je viens de vérifier: 26 films. Mieux que James Bond et Batman réunis.

Et la version de 2003, celle de Kitano, hé bien je ne l'avais pas vue ( de mémoire, j'ai en fait vu peu de films de Kitano: Dolls, oui, j'en suis sure, Sonatine et Hanabi, et je ne sais plus si c'était l'été de Kikujiro ou Aniki.


j'aime beaucoup cette affiche, où le sabre fait presque office de pinceau de calligraphie.
Rappelant au passage que la calligraphie faisait partie intégrante du bushido, le code des samouraï


Et tout tourne autour de ce personnage de l'ère Edo, un mystérieux masseur itinérant et aveugle, mais pourtant redoutable au sabre - et évidemment quasiment imbattable en combat nocturne, puisqu'il se bat à l'oreille - qu'il camoufle astucieusement dans sa canne de marche. Et donc ce curieux  et charismatique personnage va de vile en ville, façon "lonesome cowboy" ou Zorro, et rend service à la population en éradiquant les mafieux qui oppressent les villageois. Il va ici être hébergé par une paysanne, qui vit avec son neveu, adulte mais incompétent notoire, un faignant dont la seule activité dans la vie est de jouer, et perdre, au tripot du coin. Zatoichi va vite se rendre compte que le tripot en question est tenu par des mafieux.
L'histoire va se compliquer d'une vengeance exercée pas un duo de geisha ( une femme et son frère travesti en danseuse) à la recherche des gens qui ont massacré leur famille des années plus tôt.


Et bien sûr la version de Kitano hé bien,c'est un film de sabre, comme tous les précédents de la série Zatoichi..mais revu et corrigé à la sauce Kitano: violence très stylisée ( et rapide, parce que trancher quelqu'un en deux d'un coup de sabre, ça ne prend pas beaucoup de temps, au contraire, donc pour le coup les combats sont assez réalistes), sang rouge plus que vif, et.. gags absurdes venus de nulle part. Tel le voisin de la paysanne, un  dinguo qui se prend pour un samourai et passe son temps à courir en rond autour des maisons, muni d'une lance,  et d'un drapeau dans le dos, chaussé de geta et seulement vétu d'un fundoshi ( slip  traditionnel japonais,ce que portent les sumo, vous voyez?).
Ou le neveu qui, ayant appris que la danseuse est un homme déguisé, se met en tête de se maquiller pour être aussi beau que lui.... vivante preuve que ça n'est pas une question de maquillage.
Beaucoup d'absurde et de gags sortis de nulle part, mais aussi jusque dans le scénario qui est à la fois  un hommage au film de sabre, avec des combats bien classes, mais aussi une parodie avec flashbacks et coups de théâtre pas si loin de ceux qu'on pouvait avoir de manière très sérieuse dans les films de ce genre, mais juste un peu plus poussés, juste un peu " trop", histoire de bien se placer dans la parodie ( l'identité du boss de la mafia.. ha c'est lui, ha non c'est pas lui.. non en fait c'est l'autre..), et final mi bollywood, mi claquettes, avec les "morts" de l'histoire qui reviennent saluer. On est bien dans une perspective très théâtrale ( et bon sang, cette toute dernière image, après le générique, complètement dans la dérision).

Il y a quelque chose d'intéressant, un fil directeur sur l'apparence et la fausseté: des deux fausses geisha, la remarque revient sans cesses: elles sont jolies toutes les deux, surtout la fille en rouge.. qui n'en est pas une. Le chef des bandits est bien caché, et bien malin qui pourra le retrouver. Mais au fait, cet aveugle.. l'est-il réellement?
Le regard aussi est omniprésent: l'aveugle se colle de faux yeux sur les paupières pour faire rire, les bandits regardent les filles.. mais ne voient rien, le neveu veut être admiré

Donc oui, j'ai bien aimé ce film de sabre et d'humour, parodique et qui m'a fait passer un bon moment.

dimanche 29 avril 2018

The prison boys ( jeu android gratuit)

Et on continue ce mois japonais avec un jeu android qui est vraiment mon coup de coeur de ces derniers mois. The Prison Boys est un mélange entre plusieurs styles: une grosse partie de visual novel, une bonne dose d'enquête policière, de la recherche d'objets cachés, et une louche d'escape game.
avec en plus, un ambiance années 30 très sympa, jusque dans le style art-déco des menus  et la musique de vieux film un peu tango, un peu nostalgique.

Et un scénario franchement bien ficelé, ce qui n'est pas toujours le cas pour les jeux gratuits.
Et très souvent noir ( je l'avais commencé dans l'optique d'en parler pour le challenge Halloween, mais je n'avais pas assez progressé alors pour en parler)

Et le graphisme très manga est soigné aussi, je vais surveiller les autres productions du même développeur.
Allez, le seul moins que je vais mettre est le problème récurrent de style manga: tout le monde est supposé avoir entre 18 et 25 ans, et .. ces policiers ont l'air d'avoir au mieux 14 ans .
L'intrigue est sombre, vraiment sombre. Attention, on va parler d'extrémisme politique, de répression et de tortures policières, d'emprisonnements arbitraires, de meurtres, de prostitution, de misère et de trafic de drogue. Rien que ça.
Mais les personnages y compris secondaires sont très bien écrits, attachants à leur manière et dans leur histoire qu'on découvre par petites touches.

Le Japon, dans les années 30. Après la 1°guerre mondiale, le pays a opté pour une politique très répressive, et mis en place une police politique spéciale ( qui a réellement existé) nommée Tokkô, qui enquête pour tuer dans l'oeuf toute tentative de rébellion contre la politique en place.
C'est au sein même du Tokkô qu'on va enquêter, en pilotant les jeunes recrues Tetsu et Nagi.

Tetsu est un orphelin issu de la riche famille Akatsuki, élevé depuis l'âge de 8 ans par la toute aussi riche famille Saeki. Il s'entend très bien avec Nagi et Naoya, les enfants de la famille Saeki qui l'ont accepté comme 3° frère.
Et tout trois font partie maintenant de la police Tokkô, pour diverses raisons: pour Naoya et Nagi, c'est une manière de prendre de force leur indépendance de leur famille qui, sans ça, déciderait de tout pour eux, à l'ancienne mode, alors que le pays est en train de s'occidentaliser (carrière professionnelle, mariage, et tout ça). Pour Tetsu, plus qu'un choix idéologique, c'est un moyen d'être indépendant le plus vite possible - comme on s'engagerait dans la légion étrangère en France- afin de ne pas peser trop financièrement sur les gens qui l'ont recueilli etqu'il tient en haute estime, contrairement aux deux "vrais" frères Saeki, qui ont depuis toujours conscience d'être des pions pour leur famille, qui en disposera en fonction de ce qui leur servira le mieux pour assurer leur statut social ( oui c'est horrible, et tout le jeu est comme ça, quand je vous disais que c'est très écrit et recherché pour un jeu gratuit!)



Et donc les 3 font carrière dans cette unité, bien plus crainte qu'admirée par une population très méfiante à leur égard. Autant dire que dans cette circonstance, la suspicion est partout, même entre membres de la police spéciale, car laisser échapper le moindre doute sur le bien fondé des purges, de la chasse aux communistes ou de la torture, serait gagner un aller-simple pour la prison située dans sous-sols du bâtiment de la police, voire pour le cimetière le plus proche.
Gloups, imaginez un jeu où il faudrait piloter les membres du KGB.. ben voilà, c'est presque ça.

Alors oui, ça fout mal à l'aise, MAIS, justement, il s'agit de jeunes gens qui vont peu à peu découvrir la réalité de ce qu'ils font, et remettre en question l'organisation. De fait, il n'aiment pas ça, les interrogatoires ou la torture, mais les uns pour échapper à leur famille, les autres pour échapper à la misère qui règne dans un pays touché par la crise, ou parce qu'ils sont trop naïfs politiquement, ils n'ont pas eu vraiment d'autre choix que de s'y engager.
Et on découvre donc peu à peu les différents protagonistes et leurs raisons d'être là. Personne n'y est vraiment par goût de la cruauté, rassurez-vous.

Dans cette ambiance déjà morbide, se produit un événement particulièrement macabre: un des personnages, qu'on venait pourtant de présenter comme presque un des principaux, est trouvé mort pendu, et de fait, il reste central post-mortem, étant celui qui fait involontairement voler en morceaux cette belle organisation de façade.
Le général a décidé que c'était un suicide, vous êtes donc priés de valider la thèse du suicide sans bronche. Ce qui n'est évidemment pas la réalité.
L'enquête est d'abord de trouver la vraie cause de la mort de XXXX, et que cache la police politique au font de ses sous-sols. Tout en découvrant que parfois les gens qu'on connaît depuis toujours cachent un second visage que l'on imaginait pas.

Et c'est passionnant. Parce que c'est bien écrit, que je le disais, les personnages y compris secondaires ne sont pas aussi simples que l'on peut le croire au départ, que les énigmes à résoudre pour avancer sont parfois tordues mais pas trop non plus ( et au pire une recherche sur un site de walkthrough peut suffire à débloquer lorsqu'on ne sait plus où aller), qu'il y a une grande quantité de fins possibles ( et je ne vous le cache pas, presque toutes mènent à une mort certaine pour l'un ou l'autre des gentils héros), mais même si c'est violent, ce n'est pas du grand-guignol gratuit. Mais si c'était un manga, ce serait un seinen, par le côté adulte et sombre des thèmes.
Donc pour moi, une vraie réussite (je ne suis pas encore tout au bout, donc je ne connais pas encore toutes les fins possibles)


notre gentil héros Tetsu.
Pour débloquer les fins alternatives, j'ai du le faire mourir plus d'une fois, et j'étais presque à dire  " désolé mon ptit Testsu, c'est le jeu qui m'a obligée, je ne voulais pas" à chaque fois que ça arrive. Car oui, les différentes fins ne font pas dans la dentelle.

Je le disais, c'est gratuit, ce qui veut dire une pub par-ci par là, mais elles ne sont pas envahissantes. Il y a un système de tickets ( 5 par jour avec un bonus sur les 10 premiers jours, ce qui permet quand même d'avancer dans l'histoire sans trop traîner. On peut si on veut acheter des tickets pour aller plus vite, et en bonus, supprimer la pub, mais ce n'est pas nécessaire pour avancer du moment qu'on a un peu de patience.
Et lorsqu'on tombe sur une fin, il faut parfois revenir en arrière pour en voir une autre/continuer à avancer dans l'histoire, mais, c'est bien agréable, un chapitre débloqué le reste. Pas besoin d'utiliser de nouveaux tickets, ce qui veut dire qu'une fois qu'une chapitre est débloqué , il le reste et  est rejouable à volonté ( il y a aussi un petit bonus de cartes à collectionner, qui donnent des informations annexes sur les personnages, je pense qu'une fois qu'on a tout débloqué et tout récupéré, il y a accès à une fin alternative supplémentaire, ou quelque chose de ce genre)

Evidemment le bémol - qui n'en est pas un pour moi - le jeu n'est pas en français, mais existe en anglais, avec la cerise sur le gâteau: hormis quelques rares coquilles, l'anglais est soigné, et je n'ai pas vu de phrases vraiment incompréhensibles.

Donc franchement, je le conseille vraiment: une bonne durée de jeu, plein de fin alternatives, une traduction soignée, une ambiance sombre, des personnages attachants et travaillés, le fond est réussi et servi par une forme qui cadre bien avec l'époque de l'histoire, que demander de plus pour ZERO  euros?
Allez, je conclus en disant que ça me plaît tellement que j'aimerais bien voir un jeu alternatif qui reprendrait les personnages dans d'autres enquêtes ( allez on efface tout ce qui s'est passé et on dit que personne n'est mort).

Pour télécharger, c'est ici.

samedi 28 avril 2018

Le goût du Japon ( Collectif)

J'avais déjà parlé ici du Goût de Kyotô, voilà un second ouvrage de la même série.
Il s'agit de tout petits livres de poches, une centaine de pages à chaque fois , sur des thèmes aussi variés que le café, la couleur noire, l'amitié, l'argent, l'automobile, telle ou telle ville , telle ou telle région..), qui présentent à chaque fois une sélection littéraire  sur le sujet proposé.

une lecture tranquille, où l'on peut piocher à sa convenance un texte de-ci, de-là

Kyoto se rapportait donc à la ville de Kyotô, ici, c'est le Japon en général. on y trouve donc une petite sélection de textes extraits de romans ou d'essai - donc certains que j'ai présentés déjà ici,comme les Japonais de Karyn Poupée, ou récemment Pays de Neige de Kawabata Yasunari.

Le tout est divisé en sous thèmes: l' Approche du Japon ( principalement des textes d'auteurs non-japonais qui racontent leurs premiers contact avec le Pays, que ce soient les premiers jours d'expatriés de LafcadioHearn au  XIX° siècle ou la découverte de l'art japonais, bien avant celle du pays de Claude Levy-Strauss); Vivre au Japon ( encore un peu de la vie quotidienne de Lafcadio Hearn, ou l'étude de Roland Barthes sur l'"empire des signes", du père Frois, religieux portugais installé à Nagasaki au XVI° siècle, mais qui donne aussi la parole à des auteurs japonais comme Sôseki ou Kawakami Hiromi histoire d'avoir aussi le point de vue "local" sur la vie quotidienne, avant d'enchaîner sur les étrangetés: Le tatouage vu par Tanizaki, le Kendo vu par Mishima, la philosophie qui sous-tend le Kyûdo, un extrait du dit des Heike , un poème médiéval sur le saké, une réflexion sur le Nô...
Alors oui ce genre d'anthologies est forcément frustrant lorsqu'on trouve un extrait qui attire, mai c'est aussi un moyen de se donner des idées de lectures, donc de temps en temps j'aime bien en lire une et noter des choses que je n'aurais pas forcément trouvées par moi même, ou, en tout cas, pas de suite...

Là en l'occurrence, ça me confirme que j'ai bien raison d'avoir mis Lafcadio Hearn dans ma PAL, j'y ajoute aussi le Dit des Heike, et j'y remets Sei Shonagon ( j'avais commencé son livre de chevet, il y a plus de 10 ans, mais j'avais du l'arrêter pour une raison XYZ à l'époque, et.. je ne l'ai pas retrouvé quand j'ai voulu le reprendre.. il me semble l'avoir retrouvé et rangé correctement depuis mon déménagement..)

lundi 23 avril 2018

Ôke no monshô tome 3 - Hosokawa Chieko

En triant mes articles, je suis retombé sur ce vieux titre, donc j'avais chroniqué les 2 premiers tomes. Je m'en souvenais bien, surtout, de l'énorme déception qu'avait été le tome 2 après un tome 1 assez prometteur.

Je n'avais pas franchement eu envie d'y revenir depuis 4 ans, mais là, je ne sais pas pourquoi, la semaine du shojô aidant, et j'avais besoin de rigoler un peu, je me suis dit " tiens si j'allais voir du côté du manga Benny Hill" ( rapport aux nombre colossal d'enlèvements, de fuites, poursuites, rattrapage, séquestrations, re fuites, re poursuites...).
Oui , comme je lis peu de shojô, j'ai eu envie, avec une bonne dose de masochisme, d'aller rechercher le plus raté que j'aie lu depuis des années.

Parce qu'il y a le bon shojô et le mauvais shojô ( oui, comme pour les chasseurs et le hard-rock). Et làààààà...

C'est parti pour une chronique moquerie. Sifflez j'm'en fous, c'est tellement kitsch que ça en devient rigolo.

Tome 3

J'avais dit en 2014 qu'il y avait 57 tomes, en me demandant qui pouvait bien le suivre depuis le début avec autant d'intérêt, étant donné que les grosses ficelles se voient des le second tome. 4 ans après, la série est toujours en cours, et compte maintenant 62 tomes. Ca doit être un record pour un shojô. Et je sais qu'il y a zéro chance  que j'ai  courage  d'aller jusque là ,mais juste par curiosité, j'ai eu envie de voir  comment le graphisme très seventies avait évolué en plus de 40 ans.
La série a débuté en 76, Carol a 16 ans, la série continue en 2018, Carol aurait donc maintenant 58 ans si la publication avait calqué sa temporalité sur celle du réel. Je ne vous apprends ren en disant que ça n'est pas le cas.. En tout cas le lectorat cible qui avait son âge à l'époque a donc presque la soixantaine.
Le plus étonnant, c'est qu'il doit y en avoir pour s'accrocher, sinon ça aurait fini depuis longtemps. Mais j'ai du mal à imaginer que quelqu'un puisse suivre avec passion depuis 42 ans cette histoire en attendant avec impatience chaque nouveau tome, ou une hypothétique fin.
Allez, c'est parti pour pour la fête du facepalm.

versus tome 62. Elle est toujours ado. Et  je préfère le graphisme vintage du début.
Sérieux, la position des bras? L'impossible angle de sa main et de son coude droits? les proportions? Je ne sais même pas par où commencer pour me désespérer. C'est quand même rare qu'un dessinateur ou une dessinatrice arrive à faire pire qu' avant avec des années de pratique.
Donc le tome 3, qui n'a peur de rien, et surtout pas d'en faire des caisses, s'ouvre carrément sur une citation du livre des morts de l'Egypte ancienne ( via le japonais, traduit en anglais, je ne jugerai donc pas la justesse de la citation, hein...)



Résumé: nous avions laissé Carol, lycéenne américaine qui habite au Caire, 16 ans d'age physique, 6 ans d'âge mental. Une sympathique idiote héroïne blonde victime d'une malédiction antique,  tome 2qui se réveillait à la fin du au bord du Nil, de retour d'un voyage dans le passé, où elle avait été enlevée, séquestrée, réduite en esclavage par un couillon pharaon érotomane, et menacée de mort par la soeur du pharaon en question.

Un qui veut se la taper, l'autre qui veut la trucider. Sans compter un prêtre qui la voulait comme objet de collection, parce qu'il collectionnait les objets dorés, et qu'étant blonde, elle serait décorative dans son appart'. A peu près...en tout cas le rôle de la potiche lui irait comme un gant.

les ravages de la katakanisation des noms retraduits par une équipe qui n'a pas ouvert une encyclopédie sur l'histoire égyptienne.
Donc Ashisu est en fait Isis, et Menfuisu =Memphis, prononcés à l'anglaise.
D'ailleurs, plusieurs équipes se sont partagé les chapitres sans se consulter, et parfois, les noms sont retranscrits normalement.

Voilà donc Carol de retour au Caire en 1976, qui a au passage commodément perdu la mémoire de ses divers enlèvements et péripéties antiques. Sauf qu'elle a plus où moins des flashs inexplicables, où elle entend des voix qui la menacent de la retrouver où qu'elle soit. En bonne santé, mais ses proches la trouvent distante, inquiète et sur le qui-vive, ce qui peut se comprendre ( et en plus cette fille a la poisse: où qu'elle passe les meurtres se produisent à moins de 100 m d'elle)


Ho, un cadavre éviscéré et préparé comme une momie antique, on lui a même enlevé le cerveau par les trous de nez...regardez les enfants et instruisez vous!
Sinon, il vous vient à l'idée d'appeler la police, bande de clampins? Au lieu de débattre en disant que quand même  " c'est très cruel"...
accessoirement, cette case me fait marrer. Il ne manque qu'un chien et on se croirait dans Scoubidou.

Son frère Ryan ( le mec en pantalon pattes d'eph' qui semble passer sa vie à cloper où qu'il soit, salon des parents ou réserve de papyrus antiques, bravo champion...) se dit que pour son bien-être, il faudrait peut-être qu'elle reparte quelques temps avec lui aux States. Avoir perdu la mémoire et vu un cadavre de près n'est peut-être pas très bon pour sa santé mentale. Tu m'étonnes...

Mais Carol ne veut pas: l'archéologie c'est sa passion, et elle ne veut pas non plus s'éloigner de Jimmy, son petit copain. Et donc, promis, juré craché, je vais revenir, et on va boire ensemble l'eau du Nil pour sceller le pacte.
De mon côté, la seule conséquence possible que je vois à cette action c'est de choper une amibiase.

Mais alors qu'elle visite le temple d'Abou Simbel avant de repartir bien plus de force que de gré, qui donc lui apparaît?

Allez, je brise de suite ce suspense insoutenable: Isis, la soeur du pharaon qui vient juste de passer 2 tomes à essayer de tuer Carol.
Qui lui dit, les yeux pleins de larmes, à quel point son frère est triste depuis qu'elle a disparu, qu'il la cherche partout, et n'écoute plus personne, avant de conclure logiqment par " c'est pour ça que je vais te buter et lui montrer ton cadavre pour qu'il comprenne qu'il doit définitivement laisser tomber l'affaire" ( en fait ce manga est bourré de répliques absurdes de ce genre, qui devaient peut être effrayantes ou mignonnes, ou que sais-je en 1976, mais sont hilarantes en 2018).
Avant de la pousser du haut d'une falaise ( ouiiiiiiii, merci Isis, j'avais tellement envie de le faire!)

Tentative de meurtre qui a pour effet de réveiller ses souvenirs en criant " haaaa je tooooooombe, je me souviiiiiiens de toooooout maintenaaaaaaant".

Je ne vous cache pas que j'aimerais tant qu'Isis arrive à ses fins. Mais non c'est le tome 3, il y en a 62 et c'est encore en cours. Ce n'est pas demain la veille que Carol va crever. Navrée!

Plouf dans le Nil. Et lorsqu'elle émerge: retour en antiquité. Tant d'imprévisibilité scénaristique me sidère :D

Et évidemment lorsque le général Laglue - en fait il s'appelle Minue, mais j'ai envie de l'appeler Potdecolle ou Laglue, ça lui va mieux-  la retrouve vivante près de 10 jours (antiques) après sa disparition dans le fleuve, tout le monde en déduit qu'elle n'est autre que la fille du dieu du Nil.

Joie et bonheur pour le pharaon qui a découvert le concept de syndrome de Stockholm avant même que la ville n'existe et se dit que s'il la séquestre suffisamment longtemps et la fait bosser comme esclave, elle restera volontairement. Et qui enchaîne des phrases type " puisque tu me repousses, qu'on te jette en prison, la journée tu fabriqueras des briques d'argile au soleil et si tu tentes de t'enfuir j'ai donné ordre qu'on te coupe les mains, qu'on te tartine de boue et qu'on te laisse mourir dans le désert... Pourquoi tu me détestes alors que je t'aime?"

parce que c'est le seul facepalm que j'ai trouvé qui soit relié à l'idée de pharaon.
Euh... je peux me tromper, mais je pense que foutre quelqu'un en prison, le menacer et le torturer n'est pas la meilleure approche possible.
Après, c'est supposé être un shojô, (bien que certains aient du mal  à le classer  et l'estiment être un seinen. J'ai du mal à le croire avec la couverture du tome 62: des coeurs du rose et "princess comics". Mouais, il y a peu de chances.), mais j'avoue que le diablotin cynique en moi a presque envie de voir la chose évoluer en SM.

Sinon, vieux, t'as pensé que si c'est la fille du dieu du Nil comme tu le crois, c'est une très mauvaise idée que de la torturer et de se mettre à dos son papounet? Hmmm? Yep, le dieu qui fait déborder le fleuve tout les ans pour fertiliser les rives et faire pousser la bouffe.

D'autant qu'elle fait des "miracles" auprès des esclaves. Ouaip, carrément!

Avec sa science "basique" du XX° siècle, elle sait transformer l'eau boueuse qui empoisonne les esclaves en eau potable, avec du sable, du charbon et des cailloux (euh, certes.. c'est une méthode classique de filtration, mais de là à dire que c'est une base de la connaissance pour une gamine de 16 ans du XX° siècle. Ca ne l'est pas non plus au XXI° au passage). Ce qui fait que tout les pécores du coin croient dur comme fer qu'elle est vraiment liée au dieu du Nil.

mais bien sûr, c'est la base des bases pour un enfant du XX° siècle.

Car évidemment, les techniques de survie en milieu hostile sont enseignées dès l'enfance dans les riches familles du XX° siècle, en même temps que les danses de salon ou la reconnaissance des couverts. Merci Mme de Rotschild.
C'est moi ou bien... nonon, rien.

Non, parce que, par contre, savoir filtrer l'eau à la méthode antique devait effectivement faire partie des connaissances de base pour ne pas mourir de soif de l'égyptien lambda qui vivait à la frontière du désert avant même de savoir marcher.

Enfin, bref, un prêtre finit quand même par se dire que si elle est vraiment d'ascendance divine, lui faire du tort est peut être un risque de se prendre une malédiction dans la tronche. Et que, bèèèè, faudrait p't'être éviter. ENFIN!

Mais le tome se conclut par un suspense terrible... hé oui car Carol, considérée comme demi-déesse, et forcée par la populace à envisager un mariage avec le pharaon - qui vient de tenter de la faire crever de deshydratation- auquel elle a répondu en gros " Bon, j'vais réfléchir. M'embrasse pas je pue <pelle> Ho bon, finalement, fais comme tu veux", rencontre par hasard un marchand sur le heu... marché dont le lecteur sait déjà qu'il est l'héritier du royaume de Palestine, venu ici à la recherche de sa soeur qui avait disparu alors qu'elle venait par là justement pour se marier avec le Pharaon.
Ho mais que vois-je arriver? Un enlèvement ?noooooon pas possible...

Bon, j'ai bien rigolé, je sais que ce n'était pas le but, je sais aussi que je n'irai pas très loin dans cette histoire qui devient de plus en plus absurde à chaque page. P't'être qu'un jour j'en lirai encore un ou 2 tomes, à petites doses (parce qu'il est disponible gratoche en ligne et que j'aurais envie de rire ou de me moquer) Mais ça s'arrêtera là.
Par contre j'ai trouvé pas mal d'avis de gens qui eux aussi trouvent ce titre abusivement mauvais, et le mettent en parallèle avec une autre histoire de voyage dans le temps " Anatolia Story"  bien plus réussi de l'avis général.  Et il semble beaucoup plus court!

Apparemment, il est dispo en scan trad en français mais je n'arrive pas à l'afficher chez moi. Et déjà ça menace de promettre: il est interdit aux moins de 18 ans. Merci de cliquer sur le lien uniquement si tu as plus de 18 ans. Ca me fera toujours marrer ce genre de "précaution"

Yes! du sang! de la violence! des gros mots!
Mais, surtout, j'espère, un scénario qui arrête de considérer que l'enlèvement est un ressort miracle tous les 2 chapitres pour faire avancer l'histoire.

promis le prochain shojo sera un bon!