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vendredi 23 octobre 2020

Fantômes du Japon (1) - Lafcadio Hearn

Une lecture, et qui plus est, autre qu'un manga mais c'est la teuf !

En fait, celui- ci était prévu cet été, pour marquer le coup de O-bon, je l'avais lu il y a longtemps, mais je voulais le relire un peu auparavant pour en parler. Sauf que j'ai déménagé et qu'il s'est retrouvé au fond d'un carton, je ne l'ai pas retrouvé à temps. Tant pis, ce sera donc un sujet Halloween.

Lafcadio Hearn est un étrange personnage, au chemin de vie très inhabituel. Anglo - grec, dont le prénom évoque l'île de Leucade dont il était à moitié originaire, ce qui était un métissage rarissime au XIXE siècle, le monsieur a eu une vie très chaotique, quelques soucis à se trouver un port d'attache, et a beaucoup voyagé. De ses voyages, il a tiré la matière de plusieurs nouvelles et récits inspiré des folklores des lieux qu'il visitait : Louisiane, Caraïbes et donc Japon. Pour ce dernier , il est l'un des premier européens à s'y être fixé au moment de l'ouverture du pays, à en avoir appris la langue et à avoir mené un véritable travail d'ethnologue en ce qui concerne le folklore et les recits fantastiques en particulier. C'est à lui que l'Occident doit la découverte des légendes et creatures fantastiques japonaises, bien longtemps avant la déferlante de manga sur le thème des yokai et yurei.

Je dois reconnaître que ce genre de personnes atypiques me plaît beaucoup, il va falloir que je me renseigne sur ses écrits concernant les Caraïbes.

Ce sont donc une bonne quantité de contes et légendes regroupés par thématiques que contient l'ouvrage.

Donc vu qu'il y a beaucoup de nouvelles regroupées en 6 parties, je vais morceller.

Et donc voici les deux premières parties: " songes et mensonges" et " amours et retours". Le deux sont peuplés de fantômes, fantômes d'êtres humains ou lieux fantômes, et de yokai.

Songes et mensonges: ici il va etre question d'aventures vécues en rêve, d'illusions, de pays mythiques. Les deux premiers contes sont très connus, mais j'ai une préférence pour le très inattendu " homme requin " de la dernière et la cocasse " Source magique"

- l'aveugle qui faisait pleurer les morts, ou l'histoire de Hoishi sans oreilles: 

l'aveugle Hoishi est un musicien pauvre mais talentueux, qui vit dans un temple et par un concours de circonstance, se retrouve sans le savoir recruté par des fantômes .Jusqu'à ce que des passants signalent aux prêtre que la nuit, Hoishi joue comme un forcené au cimetière. Le prêtre comprenant qui abuse de l'infirmité de Hoishi, lui propose alors un une solution pour le sortir de ce pétrin. Hoishi restera la nuit seul sans bruit dans la pièce et ne répondra pas à l'appel du samouraï fantôme. Le prêtre ayant pris soin de le couvrir entièrement de formules de protections le rendant invisible aux esprits. Mais il a oublié les oreilles, seule partie que voit le samouraï. Deux oreilles flottant au milieu du vide, qu'il coupe pour les ramener comme preuve qu'il est acquitté de sa mission et a ramené la seule partie qu'il a pu trouver d'Hoishi. Et les fantômes  ne revinrent plus. C 'est depuis ce jour qu'il fut surnommé "Hoishi sans oreilles"

- le songe d'un jour d'été ou l'histoire de Urashima Taro. Et l'histoire de la source magique

Urashima Taro à dos de tortue

Une des légendes les plus connues,  qui narre la mésaventure du pêcheur Urashima Tarô, sauvé de la noyade par la fille du roi- dragon de la mer. Il se marie avec elle au fond de l'eau, mais éprouve quelques temps plus tard l'envie de revoir la terre ferme, sa famille et ses amis. Elle lui confie un coffret avec pour consigne de ne pas l'ouvrir. Mais lorsque Tarô se retrouve chez lui, il ne reconnaît rien et pour cause: les quelques jours passés dans le palais sous-marin sont en fait des siècles sur terre. Ses proches sont morts depuis longtemps, on raconte l'histoire légendaire de son naufrage aux enfants et on lui montre le cénotaphe à son nom. De désespoir Tarô ouvre la boîte... Et tombe en poussière, rattrapé par le temps.
L'auteur complète ici par l'histoire de la source magique: un vieux paysan assoiffé se désaltère à une source sans connaître  sa vertu miraculeuse,et lorsqu'il rentre chez lui, il a retrouvé le physique et la santé de ses vingt ans... sa femme s'empresse de s'y rendre et boit à son tour.. et boit et boit... jusqu'à retrouver le physique de ses deux ans. 

- Le rêve du papillon et de la fourmi: 

Un homme fait une sieste au pied d'un arbre. Il rêve qu'on vient le chercher pour épouser une noble dame, avec laquelle il part vivre dans une ile dont il est nommé gouverneur, poste où il reste pendant 25 ans, menant une vie des plus banales, avec des enfants, jusqu'à la mort de sa femme. On lui annonce alors qu'il peut rentrer chez lui. A son réveil, sa sieste n'a duré que quelques minutes. Il s'est endormi sur une fourmilière, et creusant pour en avoir le coeur net, il découvre que la fourmilière est le palais miniature dont il a rêvé.

- le mangeur de rêves:

 le Baku est une créature mythique, supposé' dévorer les rêves. Il suffit de lui raconter ses cauchemars pour le nourrir. Mais ce qu'un humain considère comme cauchemar peut en fait être un bon rêve, dont le baku ne voudra pas.


un modèle de baku pour tatouage

- la ville qui ne connaît pas la mort et la douleur: 

Horai est une ville mythique qui ne connaît jamais le malheur, c'est toujours l'été, les habitants y vivent éternellement jeunes et heureux....ville enchantée de fées ou monde de fantômes ignorants de leur situation?

- celui qui voulait rencontrer Bouddha ou l'histoire d'un tengu ( homme- oiseau messager des dieux):

 

Statue de tengu

Un vieux prêtre sauve un vautour martyrisé par des gamins, sans savoir qu'il s'agit d'un tengu. Pour le remercier le tengu offre de réaliser son voeu : voir le bouddha avant de mourir. Le tengu accède à cette requête recommandant au vieux prêtre de ne pas se prosterner devant le bouddha, de ne rien dire. On sait ce qui se passe quand un personnage de conte est averti de ne pas faire quelque chose: il le fait, pour son malheur.

- la gratitude de l'homme-requin: 

Totaro vient en aide à un désespéré. C'est un homme-requin exilé de la mer, que Totaro installe dans un étang. L'humain et la créature fantastique deviennent amis, jusqu'à ce que Totaro tombe amoureux d'une femme...mais pour l'épouser il doit amener 10 000 rubis à sa famille. C'est à son tour d'être désespéré, au point d'en perdre la santé. Ce qui attriste beaucoup son ami le requin qui pleure beaucoup. Mais les requins ont l'étrange capacité de pleurer des rubis. A condition d'être affectés d'un vrai chagrin, or comme Totaro est ragaillardi suite à cette découverte, que faire? Il n'a pas assez de rubis, mais le requin n'a plus de raison d'être triste. 

Amours et retours: cette fois, il va être question de fantômes et de réincarnation. Histoires d'amour au travers des siècles...et vengeances de femmes trahies. Cette fois j'ai bien aimé la compassion de Benten et l'histoire de O-Tei, les deux avec une fin heureuse. De temps en temps ça fait plaisir. Mais aussi parce qu'elle sont très asiatiques, avec dans le premier cas, une partie de l'esprit d'une femme qui quitte son corps et vit indépendamment d'elle, et dans le second, une réincarnation qui se passe bien.

- la légende du village des joueurs de koto, ou l'histoire de Ito Norisuke

Ito Norisuke, jeune ronin, rencontre une petite servante un soir sur la route et pour lui éviter une attaque, la raccompagne chez son employeur, dans un village très isolé. Pour le remercier, il est invité. Quelle surprise d'etre attendu par la maitresse des lieux, une fort jolie femme de noble famille qui le demande illico en mariage. L'aubaine est inespérée et Ito accepte... sans savoir qu'elle est un fantôme. Ce n'est qu'une fois marié qu'elle lui révèle avoir vécu plusieurs siècles plus tôt, l'avoir rencontré de son vivant, mais n'avoir pu l'épouser à cette époque. Son regret l'a condamnée à errer sur terre comme fantôme. Mais elle promet de venir le chercher 10 ans plus tard. Ito prend la chose avec philosophie, accepte le fait d'être marié à une femme fantôme.. Et attend les 10 ans sans poser de question.

- Histoire des fantômes de la lanterne pivoine ou le karma passionnel. : Celui là est si important que je le garde pour un sujet à part

- Celui qui épousa deux fois la même femme ou la compassion de Benten.


Benten est l'une des 7 divinités du bonheur,ici accompagnée de mon animal totem.

Un jeune homme se promenant près du temple de Benten, déesse de la beauté, trouve un poème écrit sur un rouleau de papier. Il en admire l'écriture et s'imagine celle qui a bien pu rédiger d'une aussi jolie calligraphie: il imagine une jeune femme, qui devient son obsession. Il décide donc de prier Benten pour rencontrer cette mystérieuse calligraphe. Ce qui se passe, il rentre donc chez lui à l'issue d'un mariage organisé par le dieu des mariages lui même, et vit très heureux avec sa femme, invisible pourtant au yeux du voisinage.. Jusqu'au jour où quelqu'un qui ne le connaît pas l'appelle par son nom, et lui explique que la déesse Benten lui est apparue en rêve, annonçant où et quand le trouver et qu'il épouserait la fille de la famille. Quelle n'est pas la surprise du jeune homme de voir une femme pareille à la sienne qui ignore totalement que son esprit est déjà marié depuis plusieurs mois avec son futur époux...
(c'est une chance pour lui que l'auteur de la calligraphie ait bien été une jeune femme, pas un vieux bonze !)

-La première femme du samouraï ou la réconciliation.

Un samouraï pauvre mais heureux en mariage, décide malgré tout de divorcer, pour épouser une femme plus riche dont la famille lui ouvrira la porte d'une belle carrière. Mais la seconde femme est aussi acariâtre que la première était aimable, et l'homme regrette d'avoir aussi honteusement trahi sa première épouse pour de l'argent. Au bout de quelques années, il décide de divorcer de sa seconde femme pour retrouver la première, qu'il retrouve effectivement. Toujours aussi jeune qu'avant, dans une maison pourtant en ruine et envahie d'herbes folles. Pas difficile de deviner ce qui est arrivé à la malheureuse.

- le mariage posthume ou l'histoire de o-Tei.

Nagao et O-Tei sont fiancés depuis l'enfance et doivent se marier quand Nagao aura fini ses etudes. Mais O-Tei meurt avant l'age adulte . Elle promet à son fiancé qu'ils se reverront , et pas dans l'autre monde, s'il a la patience d'attendre qu'elle se réincarne et que sa nouvelle incarnation soit adulte. Problème: où la trouver et comment la reconnaître? Nagao mène sa vie pendant 17 ans, se marie , devient veuf... et un jour en voyage dans un village, rencontre une servante d'auberge, de 17 ans, portrait craché de O-Tei. Lorsqu'il lui demande son nom en lui disant qu'elle ressemble de manière effrayante à quelqu'un qu'il a bien connu autrefois, elle répond instantanément " je suis O-Tei, morte il y a 17 ans, et tu es Nagao mon fiancé, je t'avais dit qu'on se retrouverait" avant de s'évanouir et de perdre tout souvenir de sa révélation. Mais enfin une histoire qui finit bien!

- la femme de la neige ou Yuki- Onna

Pas de fantôme cette fois, mais un yokai des plus connus. Deux bûcherons, un vieil homme et son jeune apprenti,égarés en pleine tempête de neige, trouvent refuge dans une chaumière. En pleine nuit le jeune se réveille et voit une femme vêtue de blanc penchée sur son employeur: elle vient de le tuer, mais épargne l'apprenti par pitié pour sa jeunesse. Mais gare à lui s'il raconte à quiconque ce qu'il a vu, elle le saura et reviendra se venger. Le jeune homme rencontre l'année suivante une jolie femme, nommée Yuki, neige. Elle est très gentille et il a tôt fait de la demander en mariage, un mariage durable et heureux, ils ont dix enfants sans que la femme ne semble jamais changer physiquement.
C'est alors qu'un jour il lui raconte cette étrange rencontre avec une créature surnaturelle à laquelle, comme par hasard, elle ressemble beaucoup. Apprenant la chose Yuki se fâche, car il avait promis de ne jamais raconter cette histoire et vient de la trahir.. auprès d'elle -même. Mais cette fois encore elle l'épargne, avant de disparaître, car les enfants seraient orphelins.

- la morte trop aimante ou l'histoire de O-Kame

La jeune O-Kame , qui adore son mari est mourante. Elle lui fait promettre de ne jamais se remarier, ce qu'il accepte. Peu après les funérailles de O-Kame, le veuf commence a dépérir, et visiblement pas seulement de chagrin. Il finit par révéler que toutes les nuits, O-Kame dont l'esprit ne trouve pas le repos malgré les offrandes, revient le hanter. Et lorsque les prêtres ouvrent la tombe, O -Kame parait bien vivante et bien nourrie. O-Kame est un vampire, même si ce nom n'est jamais dit, apparemment bien décidée à ce que son cher époux la rejoigne le plus vite possible.

- Le secret que la morte voulait effacer ou un secret mort

Une jeune femme nommée O-Sono vient de mourir, et son fantôme revient, nuit après nuit, comme attiré par la commode où elle rangeait bijoux et vêtements. Le prêtre tente d'apaiser le fantôme en donnant bijoux et vêtements au temple, ce qui habituellement fait disparaître les revenants, mais rien n'y fait , O-Sono revient toujours hanter sa commode vide. Elle n'est pas dangereuse, mais anxieuse à cause d'une lettre qui se trouve cachée sous un tiroir. La promesse du prêtre de brûler la lettre sans révéler ce qui s'y trouve apaise O-Sono qui peut disparaître. Et le lecteur non plus ne saura pas ce qui l'angoissait.

Voilà pour les deux premières parties, la suite arrive très vite, c'est promis, si je ne tiens pas ma promesse, que les fantômes viennent me tourmenter!

Le Japon vu par....un anglo-grec.

samedi 1 avril 2017

Les Japonais - Karyn Poupée

Encore un livre que j'ai pris un peu au hasard en version e-book, au motif que 653 pages c'est quand même un peu lourd à transporter.

Bien m'en a pris car..  il ne m'a pas convaincue. Il y a du bon, du moins bon, et de mon point de vue, du carrément agaçant.



Pour commencer, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi axé sur l'économie, puisque l'auteur y aborde pour une bonne moitié l'évolution économique du pays, sorti ruiné de la seconde Guerre Mondiale, au sens propre comme au figuré, évoquant la réalité alors occultée par l'Amérique triomphante ( des hordes de SDF affamés dans les rues par exemple). Et comment suite à une politique austère mais judicieuse, le Japon a pu s'en sortir en quelques décennies, la Haute Croissance des années 60 et les " 3 trésors" que tout un chacun voulait alors posséder: TV, Lave-linge, Réfrigérateur dans les années 50, puis TV couleur, Voiture, climatisation dans les années 60. Le boom économique qui s'est achevé brutalement au milieu des années 90 lorsque la "Bulle Spéculative" dans laquelle le pays s'était enfermée s'est soudainement dégonflée.

Tout celà est loin d'être inintéressant, surtout lorsqu'elle aborde l'importance économique des structures comme les konbini, ces chaînes de supérette que l'on trouve partout au Japon et qui vont au delà de ce qu'on entend en France par supérette ( il y a de menus services postaux, le retrait de colis, la possibilité de consulter ses comptes d'envoyer des mandats, etc..) ou les services de livraison ultra rapide de porte-à-porte ( et là aussi, j'aimerais voir un tel service chez nous, je suis prête franchement à y mettre le prix).

Passionnant: tout ce qui a trait à l'histoire proprement dit, notamment la constitution et son importantissime article 9 qui permet au Japon d'avoir des forces de défense mais pas d'attaque - bien qu'il soit un peu contourné par moment. Faisant du pays un pays constitutionnellement pacifiste depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et pas plus tard qu'aujourd'hui, on aimerait croire à un poisson d'avril, j'ai vu que quelques politiciens se disaient qu'attaquer la Corée du Nord militairement serait une bonne chose. Autrement dit, violer ouvertement la Constitution, et pile sur un des article auquel la population est le plus attachée. N'oublions pas que la dernière fois que le pays a pris part à une guerre, sa participation s'est soldée par 2 bombes nucléaires sur les populations civiles. On peut comprendre que les populations en question tiennent à ce que leur gouvernement évite de se mêler à nouveau aux conflits internationaux. Mais pas de problème, les politiciens ont décidé qu'attaquer la Corée du Nord entre parfaitement dans le cadre de l'armée de défense. Mouais....

Autre passage intéressant et qui a le mérite d'être présenté simplement: les différences fondamentales entre l'industrie à la chaîne américaine ( le fordisme: produire sans arrêt au maximum, des pièces autos par exemple, quitte à ce que l'offre soit supérieure à la demande et qu'elles restent des années en stock, sans se préoccuper vraiment de retirer les pièces ratées, la quantité sera suffisante pour le faire plus tard) et le travail à la chaîne japonais ( le toyotisme: produire à flux tendu, à rebours, en partant de la demande pour fournir exactement le nombre de pièces demandées, sans accumuler des stocks qui prennent de la place et de la poussière. Ce qui nécessite de s'occuper immédiatement des vices de fabrication). Deux visions qui s'opposent totalement pour un même but visé en fait.
De même lorsqu'elle analyse l'échec de l'implantation au Japon des magasins Carrefour, qui n'ont pas repensé leur organisation en fonction des particularités du pays, ont simplement fait la même chose qu'en France en implantant des supermarchés en périphérie des villes et.. s'y sont cassé les dents:
Parce que les maisons japonaises n'ont pas la surface des maisons françaises et que les gens ont l'habitude de faire leurs courses en fonction du besoins dans une des nombreuses supérettes au coin de leur rue, ils n'ont pas franchement d'intérêt à perdre un temps libre déjà restreint pour aller faire des courses en voiture - que beaucoup n'ont pas, pas d'intérêt dans les grandes villes bien desservies en transports publics - en périphérie pour remplir d'immenses caddies avec des denrée que l'ont aura pas la place de ranger. Donc, gros flop. CQFD.

J'ai aussi apprécié le fait qu'elle mette en relation l'obsession quasi maladive du pays pour la ponctualité (parfois aberrante lorsqu'elle conduit à un accident de train majeur pour rattraper 2 minutes de retard) avec les contingences naturelles du pays: quand on est soumis aux aléas climatiques ou naturels ( typhons, tremblements de terre, volcans, ras-de-marée..) avoir une organisation irréprochable le reste du temps permet en effet de réagir rapidement et efficacement. Ca se tient. De même qu'un sens de la coopération peut effectivement trouver légitimement sa source dans cette nécessité de faire front ensemble contre les éléments.*
Ce qui conduit également à une acceptation quasi générale des gens à être suivis à la trace ( et à pouvoir suivre leurs proches en temps réel) grâce aux puces électroniques contenues dans les multiples cartes de bus, train paiement, etc... même s'il faut en passer par corrélation par une invasion continuelle de publicités.
Ce qui serait considéré comme une invasion de la vie privée  dans un coin météorologiquement tranquille comme l'Europe, devient un service comme un autre, utile et même nécessaire dans un pays qui peut-être dévasté soudainement par un tremblement de terre ou un raz-de-marée. Savoir qui se trouve où est aussi un moyen d'organiser les secours plus facilement et rapidement.
Cette mise en avant de la dimension de danger permanent dans lequel vit l'archipel est vraiment intéressante pour comprendre pas mal de choses sur l'organisation du pays et la façon de penser globale des gens. Et je souligne le "globale".

Étonnamment, la pop-culture et les manga, dont je pensais qu'ils allaient être évoqués de manière récurrente, le sont juste un peu dans le dernier chapitre, mais c'est loin d'être le centre des préoccupations de ce livre. Bon point encore pour l'effet de surprise.

Par contre, j'avoue que le titre me laissait perplexe" Les Japonais", voire me gênait par son manque de nuance. Qui donne l'impression de vouloir résumer l'intégralité d'une population dans moins de 700 pages. Et ça, pour moi ça coince.

Le livre aurait été " l'économie du Japon" ou " Le Japon contemporain" puisqu'il couvre la période 1945- 2011), ça aurait été moins caricatural. Et hélas, dès qu'il s'agit d'aborder la population, certaines pages sont difficilement supportables tant elles versent dans la caricature facile. Et c'est là que la dimension globale devient une simplification un poil pénible et cliché.

Un exemple ?: "La poule aux oeufs d'or". C'est le titre du chapitre qui aborde un type de client visé par le marketing. Qui est la poule aux oeufs d'or?
Une femme trentenaire, qui lit des magazines de mode, célibataire, un peu puérile et auto-satisfaite qui vit chez ses parents ou dans un studio, copie les looks des starlettes en vogue et ne jure que par les marques françaises parce que c'est chic.
Rassurez vous, il n'y en a pas que pour les "fifilles", les nerd, les ado attardés, les ganguro, les otaku, les retraités, les snobs.. en prennent pour leur grade aussi. Quelques lignes pour évoquer les laissés-pour-compte de la société de consommation parce qu'ils sont chômeurs ou en situation précaire, mais pas trop parce qu'en se contentant du nécessaire vital, ils  n'intéressent pas le marketing.

Et ça, c'est exactement le genre de clichés qui me gavent, surtout que c'est vraiment exprimé de manière condescendante, et c'est encore plus insupportable que ce genre de cliché digne du pire magazine " pour fifilles" justement soient assenée avec aplomb par une femme. Elle veut faire cynique, mais manque sur ce point là cruellement de subtilité.

Alors que sur l'économie, elle rendait la chose accessible, même si parfois le ton " en voiture Simone" est assez relou et nuit au sérieux du propos, je ne l'avais pas encore dit. Par moment, j'ai presque eu l'impression de lire un blog. Mais ce qui passe sur un blog en ligne ne passe pas vraiment dans un livre qui se veut plutôt exhaustif. Je suppose qu'elle a choisi ce parti pris pour ne pas  assommer les lecteurs avec l'économie, mais il y a manière de faire clair et concis, sans adopter un ton familier qui ne cadre plus du tout avec ce qui est dit.
Mais dès qu'on touche à la population, le côté familier peut vite devenir péjoratif, voire méprisant. Et ça, c'est une chose avec laquelle j'ai énormément de mal.

Dommage parce que c'était plutôt pas mal parti, avec un fond intéressant, mais ce passage en plein milieu que j'ai vraiment ressenti condescendant m'a douchée. Alors que je suis quasi sûre que ça n'était pas l'intention première de l'auteur de mettre la population dans des cases en fonction de leur pouvoir d'achat et donc de leur valeur "marchande", c'est hélas ce que j'ai ressenti à la lecture.


* Sur ce sujet, ça n'est pas dans le livre, mais j'ai envie de partager cette remarque que m'a fait quelqu'un un jour, qui s'était penché sur la question, et qu'il me semble d'ailleurs avoir retrouvée un jour dans une revue type Science et Vie:

les sociétés "coopératives" sont plutôt liées à la culture du riz et du sorgho, les sociétés "individualistes" à celle du blé ou du fourrage par exemple. Pour une raison assez simple: la culture du riz (par sa nature) ou du sorgho en Afrique (pour des raisons évidentes d'aridité) sont extrêmement dépendantes de l'approvisionnement en eau, beaucoup plus que celle du blé et des plantes fourragères.

L'eau doit pouvoir librement circuler entre toutes les parcelles de riz pour qu'elles produisent à peu près au même rendement, et si l'un ou l'autre des propriétaires s'avisait de bloquer l'écoulement à son propre profit, non seulement ça dégénérerait très vite en bataille rangée entre voisins mais en plus ça serait contre-productif, les pieds risquant de pourrir ou d'attraper des maladies s'ils étaient trop irrigués. Donc pour éviter des conflits, on collabore plutôt que de se battre. Et, je en sais pas si c'est le cas, mais je suppose que dans certains endroits ou à certaines époques, bloquer l'accès à l'eau pour ses voisins était passible du tribunal.

Et là où la nécessité d'irrigation est moins forte,c'est le quadrillage de champs bien délimités et privés qui s'est installé, puisqu'il n'y a pas a priori un besoin vital de s'entendre avec son voisin pour éviter de se retrouver coupé de la ressource eau.
Je trouve ça fascinant. Est ce que c'est le tempérament collaboratif des gens qui a favorisé l'installation de telle ou telle culture ou au contraire est-ce que c'est la nécessité de collaborer qui l'a façonné? Je pencherais plus pour cette deuxième option puisque la collaboration découle du besoin vital de manger (en tout cas, ça semble plus logique que l'inverse)

premier billet, on embarque pour le Japon


vendredi 9 octobre 2015

Soie - Alessandro Baricco

J'ai du mal avec la calligraphie cursive, mais il me semble reconnaître, très logiquement le kanji kinu, donc Soie

 Dans les années 1860, en Ardèche... car oui cette histoire d'un auteur italien nous fait voyager à plusieurs reprises entre l'Ardèche et le Japon ( Shirakawa exactement)
En Ardèche, la bourgade de Lavilledieu est spécialisée en dans la fabrication de la soie, mais dans ces années là, une maladie touche les vers à soie dans l'Europe entière, et les oeufs de vers à soie achetés au Proche -Orient ne sont pas de très bonne qualité. La rumeur se répand même que la maladie touche le monde entier sauf le Japon, puisque le pays sort à peine de 200 ans d'isolation totale. Il y a peu de chance que la maladie l'ait atteint, et c'est probablement le seul endroit au  monde ou subsistent des oeufs sains. Problème, le Japon accepte de faire le commerce de la soie elle-même, mais pas des vers à soie ni de leurs oeufs. Sur les conseils de l'extravagant Baldabiou, homme d'affaire un peu farfelu, Hervé Joncour, négociant en soie, va entreprendre un premier périple jusqu'au Japon, où il compte bien acheter ces précieux oeufs au marché noir. Le pays qu'il découvre l'étonne et le fascine tout à la fois, et surtout une certaine femme " au visage de jeune fille et aux yeux qui n'ont pas une forme orientale", visiblement maîtresse du seigneur Hara Kei, homme riche et francophone grâce auquel cette première expédition sera un succès. Hervé retournera 4 fois au Japon, autant pour racheter des oeufs que dans l'espoir de revoir la femme sur laquelle il fantasme.
Jusqu'au 4° voyage qui sera un échec total: la guerre a éclaté, le village de Shirakawa est désert.. et la solution B qu'il trouve pour acheter malgré tout des oeufs est un échec retentissant.

Ce texte est très court ( 142 p, une sorte de longue nouvelle) et plus encore subdivisé en 65( oui! 65) chapitres. Le livre a été un franc succès et a fait connaître son auteur, et pourtant, je n'ai pas accroché. Ça se lit facilement, vite et sans déplaisir, mais sans plaisir particulier non plus. Le style est rapide et épuré et je dois dire, soit ça passe, soit ça ne passe pas et avec moi, ça ne passe pas: répéter exactement les mêmes phrases pour décrire les voyages d'Hervé à l'aller comme au retour, même si c'est pour faire ressortir l'ennui profond d'un périple de 2 mois à travers la Russie et la Chine surtout de la part d'un personnage aussi peu curieux qu'Hervé ( qui est un bourgeois tout ce qu'il y a de plus classique, sans vrai centre d'intérêt, qui abandonne une carrière militaire qui ne l'intéresse pas pour un commerce comme un autre, et se contente de mener sa petite vie tranquille au millimètre..), ça n'a rien de passionnant et au bout de 3 fois la même rengaine, j'ai même fini par sauter des lignes ( et ce même si le lac Baïkal change de surnom à chaque passage).

En fait, le format court ne permet pas vraiment de s'attacher aux personnages: Hervé est bien trop fade, la fille n'a ni nom, ni la moindre ligne de texte, HaraKei est silencieux la plupart du temps.
J'aurais bien aimé en savoir plus sur Hélène (qui semble autrement plus vivante et passionnée que son mari) sur Baldabiou le farfelu, et sur madame Blanche , la maquerelle d'origine Japonaise installée à Nîmes.
Mais ceux là ont l('éternel destin des personnages secondaires. En fait même Hervé, personnage central me donne l'impression d'être secondaire tant il semble détaché de sa propre histoire

La plupart des lecteurs semblent avoir adoré... mais ce n'est pas mon cas ( heureusement pour l'auteur , qu'il a pu trouver son lectorat, en fait).
Mais j'ai surtout l'impression que les lecteurs qui ont adoré ne sont pas à priori de grands lecteurs de littérature japonaise à la base. Et comme souvent, je suis un peu déçue par l'approche des auteurs européens qui tient plus de l'orient fantasmé, on y prend juste ce qu'on veut, la concubine, la soie, le samouraï, et les oiseaux en cage pour symboliser le statut de la courtisane. C'est maigre.

L'argument de passion et sensualité mise en avant un peu partout... hé bien, là aussi, c'est maigre...
Dommage parce que l'époque (fin de l'époque Edo et début de l'ère Meiji) est passionnante, mais visiblement le contexte historique passe aussi à la trappe.
Même si je ne suis pas très fan de cet auteur ( je préfère les choses plus politiques personnellement), je conseille au lecteur qui a envie de se pencher sur l'érotisme subtil tout en non dit d'aller voir du côté de Tanizaki ( la deuxième nouvelle de "deux amours cruelles" par exemple)

Le Japon vu par.. un auteur italien


jeudi 5 mars 2015

Mokusei! Une histoire d'amour - Cees Nooteboom

 Une suggestion de lecture trouvée ici, sur le tout récent blog de ma camarade babélionaute Myrthe. Et comme il m'a fallu aller renouveler ma carte de bibliothèque, j'en ai profité pour faire une petite virée dans les rayons..

Une histoire d'amour.. ou plutôt une histoire de ruptures.
Entre Arnold,le photographe hollandais  et le Japon, qu'il a pourtant adulé.
Entre Arnold, et sa muse Satoko, surnommée " Mokusei", les choses étaient vouées à l'échec, dès le départ. Arnold est tombé amoureux de Satoko lors de son premier voyage, alors qu'il recherchait un modèle pour un dépliant touristique. Satoko, qu'il a choisie après avoir vu de nombreuse photos de mannequins, trop "occidentalisées" à son goût, parce qu'elle faisait plus "authentiquement japonaise" à ses yeux d'occidental Une liaison qui était factice dès les départ: La campagne publicitaire devait comporter une photo de femme en kimono, Satoko correspondait non à la réalité du Japon du début des années 80, mais à l'idée que s'en faisait Arnold: le Japon éternel, figé dans ses rituels, son idéal d'harmonie.
Mais voilà Arnold a idéalisé Satoko, comme il a idéalisé le pays, en refusant de voir ses réalités contemporaines, ses banlieues moches et bétonnées comme on en trouve partout ailleurs. Et pourtant il avait été prévenu par un de ses amis diplomate qui y vivait depuis longtemps: le pays que tu cherches n'existe pas, n'existe plus, c'est comme résumer la hollande à  la peinture flamande,  et à trop idéaliser les choses, on finit par tomber de haut.. puis par les détester de ne pas correspondre à ce que l'on imaginait. Au premier voyage, Arnold n'a vu, et surtout, voulu voir que les bons côtés du pays.. au 5° il n'est plus capable que de voir ce qu'il a volontairement occulté jusque là. Et son rejet est aussi total que l'était son obsession, pour Satoko, et pour le pays qu'elle représente.

Plus que l'histoire d'amour entre deux personnages, c'est la réflexion sur la fascination que peut exercer un pays en général que je trouve intéressante. Arnold ne s'intéresse au pays et à sa culture que de manière sélective, en choisissant ce qui va dans le sens de ses préjugés sur ce que doit être la culture locale, le pays, les habitants, et ne se laisse pas la possibilité d'être déçu.

Et vous savez quoi? Des gens comme ça j'en connais. j'en ai rencontré lors de mes 4 voyages. Des qui n'y étaient allées que pour un aspect précis: la mode, le shopping, les jeux vidéo, les salles d'arcades, draguer les japonaises (oui..). La personne qui n'y allait quasiment que pour la mode et le shopping m'a confié l'an dernier n'avoir aucune envie d'y retourner, ses goûts ont changé, elle sature, et surtout elle ne supporte pas des coins comme Akihabara ( le quartier des otaku à Tokyo), qui ne sont pas ce qu'elle attend du Japon, et la dégoûtent . Oui, c'est à ce point. Exactement  le sentiment que décrit Cees Nooteboom.
Le roman date de 1980, à l'époque où peu d'européens avaient une image du Japon autre que celle classique, bouddhiste, rituelle et absolument pas contemporaine.. Celle de certains de mes camarades de voyage était 100% contemporaine, et la mode étant maintenant à la Corée du Sud, ils se sont pris de passion pour ce pays.

Personnellement, j'ai adoré mes 4 voyages, un peu moins le dernier pour d'autres raisons, mais je n'y retournerai pas ni cette année, ni probablement l'an prochain. Pour éviter la lassitude: le pays me plaît énormément, mais j'ai aussi envie de voir d'autres endroits, d'autres pays.
Ou alors, dans des régions totalement différentes, je ne pense pas remettre les pieds à Tokyo ni même à Kyoto avant un certain temps. Et aussi je veux me laisser le temps d'apprendre un peu plus la langue, pour justement en profiter vraiment à fond lors d'un prochain voyage, voire d'un stage de langue sur place, pourquoi pas.
Mais sinon, comme je suis du genre à partir quasiment les mains dans les poches et à me laisser surprendre, ben oui, il ya des choses qui me plaisent, d'autres moins, mais c'est comme ça, pas de quoi en faire une maladie.

Par contre comme j'habite un pays, et une ville touristique,  et que je bosse dans ce domaine, j'en vois à la pelle, des touristes du genre d'Arnold: qui arrivent avec une idée préconçue de ce que doit être "La France", et qui repartent déçus de ce que les villes soient sales, que les français fassent la tronche dans les transports, et tiennent rigueur au pays de ne pas correspondre à ce que les films et les prospectus leur ont vendu, au lieu d'essayer de remettre en perspective la vision idyllique et bien pastel qu'ils avaient au départ. C'est dommage.
Voilà un article sur le "syndrome de Paris", dans le sens inverse: la déception des touristes japonais ( et chinois aussi maintenant), qui arrivent en France avec une image figée.. qui ne correspond pas à la réalité, et en font littéralementdes syncopes.
(puis apparemment l'image que les touristes ont de LA française c'est: grande, mince, cheveux châtains, toujours élégante.. évidemment, s'ils me voient, je suis la négation la plus absolue de cette image, hormis les cheveux. Et pourtant je suis française, donc je comprends tout à fait le passage du livre où le manager de l'agence de mannequins ne comprend pas ce qu'Arnold veut lorsqu'il lui demande une modèle qui "fasse" japonaise. Sa réponse st évidente " mais elles sont toutes japonaises")

Un mot du mokusei: c'est un arbre qui fleurit à l'automne, en tout cas le kinmokusei, je ne sais pas s'il y a d'autres variétés. C'est ce qu'on appelle en Europe "olivier odorant" (bien qu'il en soit pas de la famille des oliviers) ou Osmanthe. L'odeur en est étonnante: on le sent beaucoup de loin, et peu de près. Une odeur sucrée sans être écoeurante, qui évoque un peu la pêche, l'abricot et le bonbon. Très agréable, dommage qu'on ne puisse pas ramener les odeurs comme souvenir de voyage autrement que sous forme d'encens.

Le Japon vu par.. un auteur néerlandais.

jeudi 9 octobre 2014

Japon Miscellanées - C. Deltenre et M. Dauber

Un petit article, juste pour signaler ce livre, sans entrer vraiment dans le détail, car il s'agit d'une .. liste. Un peu comme les Miscellanées de Mr Schott.

Les auteurs mettent en avant, sans approfondir, divers aspects de la vie et de la culture du Japon. Le but n'est pas d'être exhaustif ou didactique, mais simplement d'évoquer des aspects, amusants, étonnants, différents.. du pays.

200 petites entrées donc, du plus traditionnel: voie du thé, bouddhisme, shintoïsme, sumô, au contemporain : mode lolita, films à succès, haute couture, Pop musique..
On y parle des légendes sur la création du pays , par les dieux Izanami et Izanagi, sur la déesse du soleil, Amaterasu partie bouder par suite d'une mauvaise blague de son frère le dieu des tempêtes, des superstitions, du rapport qu'il y a entre Hello Kitty et le Maneki neko.

On y apprend pourquoi les chauffeurs de taxi portent des gants blancs, et on y découvre l'importance de la carte de visite.

On passe de l'art de l''emballage ( tiens oui, au fait, comment emballer 5 oeufs) à celui de " l'emballage " militaire, le shibari, une forme codifiée de ligotage des prisonniers ( car on n'attachait pas un noble comme un péquenot) devenue depuis une pratique...SM. SM, mais artistique, attention: on n'attache pas n'importe qui n'importe comment. A savoir si vous comptez  emballez des gens, à tous les sens du terme.

Et pour ne pas rester sur une note graveleuse, je vous dirais aussi qu'on y trouve une sélection de lieux à voir, d'artistes contemporains, de romanciers, de haïkus à lire..et de recettes de remèdes traditionnels, assez.. surprenants: pour lutter contre le rhume, du saké chaud additionné d'un jaune d'oeuf ou une infusion de gingembre, c'est encore compréhensible. Je dote cependant de l'efficacité de la pincée de soufre dans le nombril pour lutter contre le mal de mer. Par contre la décoction de mue de serpent contre  la tuberculose...oui, hein, heureusement qu'on a poursuivi la recherche médicale, sinon la maladie ferait encore des ravages!

Une lecture sympathique, souvent drôle, qui a surtout le mérite ( et le but) de servir de mémento pour aller creuser un peu plus les thèmes qui vous tentent. en tout cas, je vais aller fouiller un peu du côté des architectes, des films classiques, et me procurer le recueil de haïku " fourmis sans ombre" auquel il est fait référence à plusieurs reprises.

Le Japon vu par.. encore une Belge ( Chantal Deltenre est  d'Ath)

dimanche 24 août 2014

Certaines n'avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

Gros succès paru chez 10/18, gagnant du prix Fémina en 2012, je ne l'avais pourtant pas encore lu, malgré les critiques élogieuses trouvées par ci par la sur la blogosphère.
Le Japon vu par.; une américaine, descendante de migrants

L'histoire, ou plutôt, les histoire que nous raconte Julie Otsuka, c'est celle(s) de femmes japonaises qui ont tout quitté quasiment du jour au lendemain, pour aller épouser un japonais parti vivre aux états-unis. Campagnardes poursuivants l'espoir d'une vie meilleure dans la plupart des cas, issues souvent de familles pauvres , veuves ou orphelines.. mais pas toujours, elles ont accepté d'épouser par correspondance un fiancé qu'elle n'ont vu qu'en phot. On sent déjà venir pour elles la désillusion.. Soit l'homme en photo n'est pas celui qui les accueille - il a préféré faire poser un ami de meilleure apparence - soit c'est bien lui, mais la photo date d'il y a 20 ans.
Et il n'est pas entrepreneur ou riche marchand comme il l'avait fait croire, mais plus souvent ouvrier agricole à la journée. Celles qui avaient quitté le pays pour ne plus se casser le dos à cultiver des légumes se retrouvent exactement à se casser le dos à ramasser des légumes. à l'autre bout du monde, loin de leur famille et de leur pays, dans des conditions parfois proche de l'esclavage
Il y avait la une matière intéressante: le déracinement, volontaire ou pas; le racisme latent envers une main d'oeuvre à bon marché que les états-uniens tolèrent mais n'acceptent pas vraiment; le racisme aussi dans l'autre sens: la suspicion instantanée envers les blanc existe aussi dans le camp des migrants et Julie Otsuka ne l'occulte pas; l'intégration plus ou moins réussie de la deuxième génération née sur place, et le conflit entre enfants et parents qui en découle; le racisme, finalement qui éclate au grand jour avec la seconde guerre mondiale, toute personne d'origine japonaise est alors suspecte d'être un agent ennemi, fut-elle un grand-père ou une grand-mère de 80 ans passés..
Tout celà est très intéressant, et pourtant, j'ai eu beaucoup de mal avec ce récit. Je n'adhère pas au parti pris de l'auteur. Vouloir raconter plusieurs histoires pour n'en faire qu'une n'est pas une mauvaise idée, mais dans le genre, elle va jusqu'au bout. Ca peut passer avec certains lecteurs, mais pas vraiment avec moi. Il n'y a pas de personnage principal, ni même un groupe de personnage principaux, dont on suivrait l'histoire, non.. juste une série de noms "machine à fait ça", "untelle a fait comme ça".. et qu'on ne reverra plus. La somme de leur expérience est censée devenir une expérience collective. Mais narrativement,  je n'accroche pas, j'aime mieux qu'on me raconte à la limite l'histoire de la vie d'un quartier. Sans personnage du tout, j'ai du mal a entrer en empathie avec ce qui est décrit, je reste en dehors.. et je m'ennuie un peu. D'autant qu'à focaliser sur les femmes.; mais vraiment uniquement sur les femmes, les hommes qu'elles ont rejoint sont finalement cruellement absents , rejetés totalement en marge du récit, on n'a jamais accès à une donnée qui me parait pourtant intéressante: pour quelle raison restent-ils aux USA à trimer dans une situation misérable qui ne les satisfait visiblement pas ,eux non plus? Il y a forcément une raison, fut-elle de ne pas perdre la face à cause de l'échec qui fait que rentrer serait plus humiliant encore? Je n'en sait rien, car elle n'est jamais ne serait-ce qu'évoquée de loin. Mais voilà, les hommes n'ont pas voix au chapitre ce qui est au final aussi artificiel qu'un livre qui ne donnerait pas la parole aux femmes. J'aime bien de mon côté avoir toutes les données, et là, j'ai l'impression qu'il en manque 50%.

Je ne l'ai pas lu avec déplaisir, mais pas avec plaisir non plus. Donc demi réussite ou demi échec. J'ai aimé le sujet, mais pas tellement la forme employée, trop impersonnelle et artificielle à mon goût. Un bon livre mais pas un livre mémorable.

dernier détail: le titre originel est " The Buddha in the attic" - le bouddha dans le grenier. Je m'interroge sur ce changement de titre pas si anodin. Le titre français est l'une des phrases des premières pages, et fait plus référence au grand voyage au départ au déracinement. Le titre original est aussi tiré d'une phrase, beaucoup plus loin dans le récit, au moment ou il est question de gommer ses origines de cacher ses spécificités, sa religion, de se fondre dans la masse pour se faire accepter.. donc à l'idée de racisme. Je trouve que c'est dommage, un titre est quand même lié à une intention de l'auteur, et pour le coup, ça n'est plus du tout la même chose qui est mise en avant, c'est dommage.

lundi 28 juillet 2014

Le sumo qui ne pouvait pas grossir - E.E Schmitt

Après le Japon de la belge Amélie Nothomb, c'est au tour du français Eric-Emmanuel Schmitt de nous emmener dans "son " Japon. Contrairement à Amélie Nothomb qui y a vécu, il ne me semble pas que ça soit le cas de Schmitt.

Le sujet du livre correspond très très exactement à son traitre. Tout commence lorsque Jun, 15 ans, ado dégingandé et maigrichon en rupture avec sa famille, qui survit en vendant de la marchandise de contrebande à la sauvette est harcelé, littéralement par Shomintsu, vieil entraineur de sumo qui ne cesse de lui répéter à longueur de temps " je vois un gros en toi". Jun, 1m75 pour 55 kilos tout mouillé passe par la colère, l'ironie, le sarcasme: pour lui le vieux est soit bigleux, soit gâteux, soit les deux. Et le sumo représente le sommet de la ringardise à ses yeux. Mais de fil en aiguille, Shomintsu finit par convaincre Jun de venir assister à une rencontre de sumo, et c'est pour lui une révélation: il découvre le sport et la précision derrière le rituel poussiéreux, et la tenue ridicule auquel se résumait le sumo pour lui, au point que ça devient une vraie passion. Le gamin révolté intègre donc l'école de sumo de Shomintsu. sauf que comme nous le dit le titre: il a beau faire, se gaver, se muscler.. il n'arrive pas à grossir. Rien n'y fait. La clef de ce blocage se trouve probablement dans le passé qu'il refuse obstinément de révéler.

Si le sujet est original, j'émets quand même quelques critiques sur ce livre, qui se lit sans déplaisir, mais vite. Un peu trop vite en fait ( une toute petite centaine de pages imprimées assez gros). J'hésite même à l'appeler roman, pour moi c'est plutôt une longue nouvelle, ou un conte. Du coup, hormis le héros qui est bien développé mentalement, les autres personnages - il y en a peu- sont à peine ébauché, et c'est dommage: Shomintsu  ou Reiko, la soeur d'un autre sumo qui a eu le coup de foudre pour Jun. Impossible pour moi de m'intéresser à des personnages qui se résument à quelques lignes. du coup, c'est sympathique à lire, mais sans plus. Le sumo en tant que sport est à peine évoqué, c'est la quête intérieure de Jun qui focalise le récit. c'est dommage parce que finalement il aurait pu se choisir n'importe quelle passion dans le fond, le go comme Hikaru dans le manga Hikaru no go, ou la cuisine, ou la broderie ou n'importe quoi, ça n'aurait pas vraiment changé grand chose à l'histoire. qui aurait d'ailleurs pu se passer n'importe où dans le monde (imaginons: ça se passe en Ouzbekistan, c'est l'histoire d'un jeune révolté qui trouve que le bouzkachi c'est la tradition la plus ringarde de son pays, mais qui va malgré tout développer une passion pour cette tradition ringarde, bien qu'il n'arrive pas à monter à cheval...un eu de philosophie, et hop; ça y est il y arrive!  et vous avez exactement le même récit)
Voilà, ça se lit vite, facilement, mais ça ne me laissera pas franchement un souvenir impérissable, je suis quand même un peu déçue.

L'autre problème, je le disais plus haut, Schmitt ne semble pas avoir vécu au Japon, et quelque part ça se sent. Je n'avais encore rien lu de cet auteur pourtant très connu. Le style est très direct, très parlé, et .. ça me fait bizarre. C'est une écriture très française en fait, que je trouve assez peu adaptée au sujet, ça ajoute encore une couche au fait que le récit puisse se passer n'importe où n'importe quand avec n'importe quel centre d'intérêt. Je suppose que l'auteur a une visée d'universalité, mais je ne sais pas, c'est un peu frustrant.
En plus, j'en suis arrivée au point où des phrases comme " c'est le Fuji-yama de l'horreur" ou " que je me fasse hara-kiri si je mens" ne passent pas. Ca sonne touriste à mes oreilles. Dommage, mais c'est un demi échec
à un moment, Shomintsu emmène Jun découvrir la méditation dans une jardin sec. Le logo s'imposait!

dimanche 6 avril 2014

Métaphysique des tubes - Amélie nothomb

Un livre que je viens de lire pour un challenge belge sur mon autre blog, mais dont je parle aussi ici, car il se passe au Japon, à Kobe exactement, et fait référence à de nombreux aspects de la culture nippone ( même si le Koinobori n'est jamais appelé par son nom alors qu'elle mentionne d'autres mots en japonais dans le texte). Bienvenue au Japon vu par une belge.
des koinobori


Que je vous explique.. Amélie Nothomb, ça n'a jamais été mon fort. a un moment, je sortais avec un gars qui en était absolument fan et m'avait offert plusieurs de ses livres, en espérant peut être que le nombre me convaincrait.. De mémoire, j'avais plutôt apprécié " brillant comme une casserole", un recueil de nouvelles, mais je ne me souviens plus maintenant de quoi que ce soit, c'est déjà mauvais signe. "Attentat", l'histoire d'un type moche qui devient faire-valoir dans une agence de mannequins pour que sa laideur fasse ressortir la beauté des filles, mouais, l'idée était originale, mais je n'avais vraiment pas accroché au style. Quand à " cosmétique de l'ennemi" je m'étais vraiment demandé où elle voulait en venir, j'ai juste le souvenir d'une lecture longue et ennuyeuse avec un personnage qui se dit janséniste et qui casse les pieds à un autre, dans un aéroport, ou une gare, pendant que l'autre se bouche les oreilles. Il y a une seule expression pour exprimer ce que j'ai ressenti et c'est " portenawak!". 3 essais, 2 ratages et demi, j'ai jeté l'éponge.

Cette semaine, il y avait une opération de collecte pour "bibliothèques sans frontières" chez moi il me restait encore cette Métaphysique jamais lu. J'ai hésité à l'ajouter à mon paquet à donner, et puis.. ben c'est le mois belge, alors je vais lui donner une chance, une ultime chance.

......

et le résultat est
......
Portenawak! Là aussi, le livre est court, et c'est une chance, mais même là j'ai rarement trouvé que 150 pages pouvaient être aussi longues.
Déjà, on commence avec des considérations sur Dieu, sa nature de tubes. Puis on comprend que le "dieu " de l'histoire est un enfant, qui vient de naitre et qui comme tous les enfants, ne fait que manger et dormir. La différence c'est que celui-ci, surnommé "la Plante" par ses parents, ne fait vraiment rien d'autre: il ne braille pas, ne bouge pas, ne tente pas de se lever.. et ça dure ainsi jusqu'à l'âge de 2 ans. La plante n'est qu'un tube digestif. Bizarremment les parents s'en inquiètent un peu, mais pas franchement plus que ça. enfin, je ne sais aps, j'aurais quelqu'un dans ma famille d'aussi inerte, je le ferai quand même examiner sous toutes les coutures jusqu'à ce qu'on trouve ce qui cloche. Mais là, non : "votre enfant est un légume" .. ha bon, très bien, les deux aînés sont remuants ce n'est pas plus mal.
Puis "la plante" se réveille, et devient l'inverse : une chose braillarde et intraitable, insupportable pendant 6 mois, jusqu'à ce qu'une grand-mère trouve le remède miracle: du chocolat ( oui, je le souligne car c'est le seul passage à peu près sympathique de l'histoire, je suis aussi adepte de la chocolatothérapie en cas de rogne!).
S'ensuit une description minutieuse de la vie de "la plante", devenue vivante, qui philosophe dans sa tête: il s'agit des souvenirs d'enfance d'Amélie, petite belge née et élevée au Japon, exactement comme Amélie l'auteur, qui prétend se souvenir de tout, raconter SON histoire, tout en disant que la vraisemblance n'a pas d'importance. Et en effet, il faut vraiment mettre le bon sens au placard arriver à accepter qu'entre février et Avril de la même année, Amélie qui n'a jamais dit un mot choisisse soigneusement dans sa tête les premiers mots qu'elle va dire, puis parle couramment japonais et français, qu'elle apprenne à marcher , à nager, à jouer à la toupie et encore d'autres choses.. en 2 mois. Honnêtement, je me fous totalement de savoir si une histoire est vraie ou pas ou en partie, je m'en fiche totalement, du moment qu'elle est crédible. Or là, ça ne l'est pas.

J'ai trouvé: en fait Amélie doit être un des gamins du "village des damnés", je ne vois que ça. D'ailleurs sa photo de couverture le confirme! Trêve de plaisanteries, si ça passe a peu près bien dans une récit de SF, ça devient carrément ridicule dans une " autobiographie" même très romancée. Non, parce qu'entre temps on a droit aux monologues intérieurs métaphysiques d'Amélie, 2 ans et demi, qui se prend pour dieu, puis pour Jésus, puis pour une déesse, qui nous explique pourquoi elle déteste les carpes qu'elle trouve moches. La 4° de couverture nous parle d'un récit incisif lucide et drôle,  je le trouve pour ma part creux, autosuffisant et ridicule. Alors oui, je sais je vais avoir droit à des "haaa mais t'as rien compris, c'est génial en fait". Ben non, voilà mon ressenti. Et pourtant j'ai quand même trouvé ce récit ultra nombriliste légèrement plus intéressant qu'Attentat ou Cosmétique, parce que ça se passe au Japon  et qu'il y a quelques mots japonais, que ça fait référence à des endroits que j'ai vus, donc au moins sur ces passages j'ai pu entrer dans l'histoire. En fait, ça devient à peu près intéressant quand elle arrête enfin de se regarder dans le miroir pour parler des autres, car la petite Amélie a finalement une relation très proche avec sa soeur aînée, alors qu'elle a du mal à s'entendre avec son frère, et une relation très mignonne avec la domestique japonaise ( on est quand même dans une famille riche, le père est consul), qu'elle a pris en affection. Alors pourquoi faut-il qu'elle casse ces passages agréables par des considérations gonflées de vanité et d'orgueil? Est-ce qu'elle cherche réellement à se faire passer pour une espèce de monstre? C' aurait pu être intéressant, si ça avait été fait avec plus de subtilité, là c'est juste très pénible.

Au tout début du roman, elle se décrit comme un tube, au travers lequel tout passe, sans lui créer la moindre réaction, la moindre émotion ou le moindre plaisir. Et c'est exactement comme ça que j'ai ressenti le livre: pas difficile à lire, mais creux au point que demain, la semaine prochaine ou le mois prochain, il ne m'en restera rien.
Donc malgré l'ambiance japonaise, désolée Amélie, j'en resterait là, je n'aime vraiment ni ton style, ni tes procédés narratifs, tu ira donc rejoindre la prochaine collecte, peut-être que quelqu'un d'autre saura apprécier, si j'en crois les commentaires ici et là, il y a un gros noyau dur de fans, mais pour moi, dorénavant je passerai mon tour.

Un autre passage qui m'a paru bizarre et que je mentionne seulement ici: la dispute des deux servantes japonaises dans la cuisine: l'une est jeune, tranquille et bienveillante, issue de la société populaire, l'autre a la cinquantaine, vient d'une grande famille déchue et déteste tous les occidentaux en bloc. Et les deux la jeune et la vieille, la pauvre et la riche se disputent vertement dans la cuisine de leur employeur, de manière peu crédible en fait, car la jeune répond " insolemment" ( ou au moins ce qu'on pourrait considérer comme insolent envers une aînée de meilleure famille qu'elle surtout en 1970). Il y a là quelque chose qui ne colle pas.
Ca me fait penser à quelqu'un que je connais, qui vit et travaille au Japon depuis des années et qui se réfère à Amélie Nothomb toujours sous le terme " la mytho", en référence à sa peinture du monde du travail dans Stupeur et Tremblement ( je suis obligée de lui faire confiance, je ne l'ai pas lu, et je n'en ai pas envie), qu'il trouve complètement erronée et peu crédible, taillée de manière à correspondre aux clichés des occidentaux.