lundi 28 juillet 2014

Le sumo qui ne pouvait pas grossir - E.E Schmitt

Après le Japon de la belge Amélie Nothomb, c'est au tour du français Eric-Emmanuel Schmitt de nous emmener dans "son " Japon. Contrairement à Amélie Nothomb qui y a vécu, il ne me semble pas que ça soit le cas de Schmitt.

Le sujet du livre correspond très très exactement à son traitre. Tout commence lorsque Jun, 15 ans, ado dégingandé et maigrichon en rupture avec sa famille, qui survit en vendant de la marchandise de contrebande à la sauvette est harcelé, littéralement par Shomintsu, vieil entraineur de sumo qui ne cesse de lui répéter à longueur de temps " je vois un gros en toi". Jun, 1m75 pour 55 kilos tout mouillé passe par la colère, l'ironie, le sarcasme: pour lui le vieux est soit bigleux, soit gâteux, soit les deux. Et le sumo représente le sommet de la ringardise à ses yeux. Mais de fil en aiguille, Shomintsu finit par convaincre Jun de venir assister à une rencontre de sumo, et c'est pour lui une révélation: il découvre le sport et la précision derrière le rituel poussiéreux, et la tenue ridicule auquel se résumait le sumo pour lui, au point que ça devient une vraie passion. Le gamin révolté intègre donc l'école de sumo de Shomintsu. sauf que comme nous le dit le titre: il a beau faire, se gaver, se muscler.. il n'arrive pas à grossir. Rien n'y fait. La clef de ce blocage se trouve probablement dans le passé qu'il refuse obstinément de révéler.

Si le sujet est original, j'émets quand même quelques critiques sur ce livre, qui se lit sans déplaisir, mais vite. Un peu trop vite en fait ( une toute petite centaine de pages imprimées assez gros). J'hésite même à l'appeler roman, pour moi c'est plutôt une longue nouvelle, ou un conte. Du coup, hormis le héros qui est bien développé mentalement, les autres personnages - il y en a peu- sont à peine ébauché, et c'est dommage: Shomintsu  ou Reiko, la soeur d'un autre sumo qui a eu le coup de foudre pour Jun. Impossible pour moi de m'intéresser à des personnages qui se résument à quelques lignes. du coup, c'est sympathique à lire, mais sans plus. Le sumo en tant que sport est à peine évoqué, c'est la quête intérieure de Jun qui focalise le récit. c'est dommage parce que finalement il aurait pu se choisir n'importe quelle passion dans le fond, le go comme Hikaru dans le manga Hikaru no go, ou la cuisine, ou la broderie ou n'importe quoi, ça n'aurait pas vraiment changé grand chose à l'histoire. qui aurait d'ailleurs pu se passer n'importe où dans le monde (imaginons: ça se passe en Ouzbekistan, c'est l'histoire d'un jeune révolté qui trouve que le bouzkachi c'est la tradition la plus ringarde de son pays, mais qui va malgré tout développer une passion pour cette tradition ringarde, bien qu'il n'arrive pas à monter à cheval...un eu de philosophie, et hop; ça y est il y arrive!  et vous avez exactement le même récit)
Voilà, ça se lit vite, facilement, mais ça ne me laissera pas franchement un souvenir impérissable, je suis quand même un peu déçue.

L'autre problème, je le disais plus haut, Schmitt ne semble pas avoir vécu au Japon, et quelque part ça se sent. Je n'avais encore rien lu de cet auteur pourtant très connu. Le style est très direct, très parlé, et .. ça me fait bizarre. C'est une écriture très française en fait, que je trouve assez peu adaptée au sujet, ça ajoute encore une couche au fait que le récit puisse se passer n'importe où n'importe quand avec n'importe quel centre d'intérêt. Je suppose que l'auteur a une visée d'universalité, mais je ne sais pas, c'est un peu frustrant.
En plus, j'en suis arrivée au point où des phrases comme " c'est le Fuji-yama de l'horreur" ou " que je me fasse hara-kiri si je mens" ne passent pas. Ca sonne touriste à mes oreilles. Dommage, mais c'est un demi échec
à un moment, Shomintsu emmène Jun découvrir la méditation dans une jardin sec. Le logo s'imposait!

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