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samedi 8 août 2015

Il y a un an, Hiroshima - Tôhara Hisashi

Je parlais hier de Genbaku Bunkaku, en voila un exemple que j'ai pu trouver à la médiathèque. 60 pages, pas plus...

éditions Arléa
Il y a de grandes chance que vous n'ayez jamais entendu parler de cet auteur. Et pour cause, ce n'est pas un auteur au sens propre, il n'a même jamais su que son texte a été publié.
Tôhara Hisashi avait 17 ans lors de l'explosion de la bombe, il était lycéen, et comme beaucoup de jeunes de son âge, réquisitionné pour travailler le matin dans une usine, pour contribuer à l'effort de guerre. Ce jour là, il ne travaillait pas, car, suite à une coupure de courant, l'usine était fermée , les jeunes avaient quartier libre. Il s'apprétait à prendre le train avec un camarade lorsque c'est arrivé.
Pétri, d'idéaux et de grandes idées sur la politique de son pays, il aura suffit d'une journée pour que l'horreur le pousse à remettre en cause tout ce à quoi il croyait. Et découvrir en lui même des choses qu'il aurait préféré ignorer: la peur, la lâcheté.. car lorsque la survie est en jeu, la compassion n'est plus de mise, c'est chacun pour soi. Et rétrospectivement, il n'y a pas de quoi être fier d'être sauvé par la personne même qu'il envisageait l'instant d'avant d'abandonner à son triste sort. Mais peut-on le juger d'avoir choisi sa survie au détriment de l'entraide dans une circonstance aussi terrible?

Il est facile en lisant ce texte d'oublier qu'il ne s'agit pas d'un roman, car il est bien écrit ( et traduit), mais pourtant il s'agit d'un récit de survivant. Qui a éprouvé le besoin de consigner un an plus tard par écrit ses souvenirs de ce jour là (ce délai expliquant sûrement le côté littéraire et soigné du texte qu'il a du mûrir dans sa tête pendant tout ce temps) sans cacher sa mauvaise conscience, son dégout de lui-même les jours qui ont suivi, et presque sa culpabilité d'avoir survécu avec juste quelques brûlures et blessures aux pieds, en proportion du drame qui a touché la ville. Et la peur qui à suivi de développer une "maladie de la bombe" comme la fille des paysans qui logeaient ses parents, morte d'affaiblissement ( on ne parlait pas encore des cancers d'irradiation) après avoir perdu ses cheveux, alors qu'elle était rentrée apparemment saine et sauve.

C'est la femme de Tôhara san qui a trouvé ce manuscrit, bien des années après. Son mari ne parlait jamais de cet épisode de sa vie, et elle n'a découvert le texte qu'après sa mort.. avant de se décider à le publier à compte d'auteur, en sa mémoire, pour que survive le témoignage des victimes.

Je lis rarement des biographies ou des récits de ce type, mais je l'ai trouvé très intéressant, et qui complète bien la visite que j'ai pu faire du mémorial de la paix, je tenterai de m'en procurer d'autres.

Comme le sujet sur  le mémorial d'Hiroshima, j'ai fini par décider que ce récit laissé par un survivant a tout à fait sa place dans le mois o-bon, même s'il ne fait pas référence à la commémoration en question

mardi 7 juillet 2015

Kitchen - Yoshimoto Banana

Comme j'ai bien aimé Dur Dur, je m'étais promis de lire Kitchen lorsqu'il serait enfin disponible à la bibliothèque , encore un ouvrage qui est souvent sorti).

Ce recueil contient  trois nouvelles, les deux premières sont liées et forment un diptyque, la troisième est tout à fait indépendante.

Kitchen: 
La jeune Mikage est un peu perdue, car sa grand mère qui l'a élevée à la mort de ses parents vient de mourir à son tour, alors que Mikage est encore étudiante. Elle tourne en rond, dort dans la cuisine ( le bruit du réfrigérateur la calme, et lui fait oublier sa solitude) et se laisse aller à sa tristesse lorsque l'évidence s'impose à elle: il va falloir déménager, car elle n'a ni travail, ni ressources et ne peut continuer à payer le loyer. Le secours va lui venir de Yûichi, un étudiant de son âge qu'elle ne connait que de vue, mais qui était très lié avec sa grand-mère, et de sa mère Eriko, les deux vivent dans une maison assez grande et proposent à Mikage de l'héberger. Les gens qu'elle va apprendre à connaître sont tout sauf classiques. Yûichi est un gentil garçon, un peu solitaire et secret, et pour cause: sa mère l'exubérante Eriko n'est pas sa mère mais son père, qui travaille comme " entraîneuse" dans un bar de travestis. Yûichi le vit plutôt bien mais évite malgré tout de le clamer sur tous les toits.  six mois passés à squatter chez eux, et cette nouvelle famille recomposée va lui redonner goût à la vie.

La pleine lune:
Six mois plus tard, Mikage a retrouvé sa joie de vivre et employé toute son énergie à apprendre la cuisine. Grâce à  sa motivation, elle a réussi a décrocher un emploi d'assistante dans un cours de cuisine. C'est alors qu'elle apprend la mort d'Eriko, dans des circonstances particulièrement tragiques. Ni une ni deux, cette fois, c'est Yûichi qui a besoin d'elle et de son soutien, elle va se démener pour lui changer les idées à son tour, et l'empêcher de sombre r dans la dépression et l'alcoolisme. Quitte à faire des kilomètres en pleine nuit pour lui amener un plat particulièrement succulent qu'elle a eu l'occasion de goûter par hasard ( oui la cuisine, en tant que pièce, mais aussi en tant qu'activité, joue un grand rôle dans les deux nouvelles).

Moonlight shadow:
 Satsuki, 20 ans et quelques, est inconsolable. Quelques mois plus tôt, Hitoshi, son petit ami est mort dans un accident de voiture avec la petite amie de son frère alors qu'il la ramenait à la gare pour prendre son train. Les quatre jeunes étaient inséparables, mais pour Satsuki, comme pour Hiiragi, le petit frère, perdre deux personne d'un seul coup, c'est très difficile à accepter. Chacun tente de faire face comme il le peut: Hiiragi essaye de surmonter son chagrin en allant au lycée en fille, une manière pour lui de faire survivre la défunte, Satsuki s'est plongée à corps perdu dans le jogging, jusqu'à s'en rendre malade. Mais elle s'arrête toujours avant de traverser le pont qui sépare son quartier de celui où vivait Hitoshi. C'est lors d'un jogging matinal qu'elle rencontre par hasard Urara une fille étrange, plantée sur le pont. Les deux filles se revoient plusieurs fois et Urara finit par lui faire promettre de se retrouver un jour à une heure précise au bord de la rivière où quelque chose de rarissime va se passer...quelque chose lié à la rivière et aux âmes errantes.

J'ai attendu justement aujourd'hui pour publier ce billet, en écho au précédent sur Tanabata. Et voilà la preuve de ce que je disais, sur le fait que cette légende est tellement célèbre qu'elle est souvent évoquée directement ou indirectement ( ici , le nom de la fête est même cité, même si l'action ne se déroule pas pendant la fête): la rivière qui séparent les amoureux, le pont infranchissable, la mort aussi inéluctable qu'un décret divin.

Ces trois nouvelles sont très réussies, j'aime beaucoup le fait que les protagonistes ne soient pas classiques mais dégagent beaucoup de chaleur humaine, que la cuisine et les plaisirs de la table soient vraiment un lien entre les gens, qu'il y ait la nécessité de trouver en soi-même ses propres ressources pour rebondir après un coup dur et que l'amitié soit au centre de tout.
Les sujets sont tragiques ( la mort, le deuil, l'alcoolisme et même le meurtre) mais les textes ne le sont pas, et sont même plutôt positifs, mettant en scène des gens que la société classeraient comme losers, mais qui ont en fait d'énormes ressources qui forcent le respect.

Encore un auteur qui me plaît particulièrement avec Aki shimazaki, deux jolies découvertes depuis l'été dernier. JE vais la suivre elle aussi particulièrement.


lundi 6 avril 2015

Seins et oeufs - Kawakami Mieko


"Seins et oeufs", ce titre étrange m'intriguait depuis un moment. C'est l'histoire de Makiko, une quadragénaire qui vivote à Ôsaka en élevant seule sa fille Midoriko, 11 ans, et peinant à joindre les deux bouts avec son travail dans un bar plutôt miteux. Et pourtant cette femme avec si peu de revenus est soudain la proie d'une obsession: se faire refaire les seins. Une marotte qui déplaît souverainement à Midoriko: elle grandit, voit changer son corps, plusieurs de ses copines ont eu leurs ragnagnas et l'idée que ça va lui tomber sur la tête un de ces jours et qu'elle va subir ça une fois par mois prenant des décennies la déprime au plus haut point ( nota: je la comprends totalement de ce point de vue). Pour elle pour qui ce changement est une malédiction, l'obsession de sa mère est incompréhensible. D'autant que Makiko rebat les oreilles de tout le monde avec cette opération, mais ne donne jamais le moindre début d'une explication ou d'une raison. Le choses finissent souvent en dispute avec sa fille qui pour éviter ça, décide de ne plus parler, mais là encore, Makiko ne se pose pas de question, obnubilée par sa poitrine. Le duo déboule un beau jour, chez Natsu, la soeur de Makiko, et la tante de Midoriko. Les choses vont-elles s'arranger grâce à l'intervention d'une tante extérieure à la dispute?

En voilà un que j'ai eu du mal a me procurer à la bibliothèque, apparemment il a eu beaucoup de succès.
Et en fait c'est une déception pour moi.

Le sujet était pourtant intéressant à la base: des relations mère-fille tendues, le point de vue de 3 femmes de la même famille mais d'âges différents sur la pression sociale faite aux femmes et le formatage: être belles, être féminines, avoir des enfants. or finalement, tout ça n'est qu'ébauché.
 Makiko est agaçante à force d'être vaine, jamais elle n'explique la vraie raison de son obsession à se faire refaire la poitrine, elle se met en boucle sur ce sujet, et franchement le lecteur se dit très vite qu'en effet elle devrait consulter un médecin, mais pas un chirurgien esthétique, c'est plutôt au niveau psychologique qu'elle déraille.
Midoriko, la gamine en plein désarroi est un personnage plus réussi, les pages qui relatent sa souffrance intérieure en nous donnant accès à son ressenti personnel sont plus intéressantes. Mais voilà, parfois elle s'exprime bien, presque trop bien pour une fille de 11 ou 12 ans. Mais bon on ne va pas chipoter, les passages où elle s'exprime par écrit sont les meilleurs du livre, et bien qu'étant la plus jeune, c'est vraiment elle la plus réfléchie du trio, en tout cas , celle qui, avec ses expressions parfois enfantines, se pose les vraies questions. Et cerise sur le gâteau, s'interroge parfois sur les mots, le vocabulaire et ce que peuvent cacher les concepts.
 Et Natsu, qui fait l'arbitre entre les deux, bien qu'étant la principale narratrice, reste tellement en retrait, narre, mais sans jamais dire à haute voix ses pensées lorsque sa soeur déraille, elle s'implique peu et reste passive, ce qui fait que l'action n'avance pas et, après un coup d'éclat, ne reste que le statu-quo: certes Midoriko a recommencé à parler, mais elle n'a pas obtenu de réponse lorsqu'elle demande "la vérité" à sa mère. quelle vérité? La vraie raison de cette obsession mammaire, ou la vérité concernant un père qu'elle ne connait pas et qui a  filé à l'anglaise à sa naissance? Au court de ma lecture, j'ai plutôt l'impression que c'est cette seconde chose qui aurait débloqué la situation, et aurait donné un nouvel élan au sujet. Mais non, rien de ce côté.

C'est dommage, il y avait des choses à dire sur la pression sociale, la représentation de LA femme dans l'idée collective ( et ceux qui me connaissent savent à quel point je peux gueuler tous les ans contre" la journée de LA femme".. sans dec' on est plus de 3 milliards et demi d'individus ayant 2 chromosomes X sur terre, il serait temps de mettre au pluriel. On ne se ressemble pas toutes et c'est tant mieux), c'est à peine évoqué dans un ping-pong verbal rapporté par Natsu entre une fille qui veut se faire refaire les seins et une militante qui l'enjoint de réfléchir à sa soumission à une norme dictée par les médias. Là, il y avait matière, mais le passage est très court, les arguments sont stéréotypés comme peut l'être une discussion entre deux personnes aux idées opposées campant sur leurs positions. Mais au moins il y avait le mérite de débattre, certes en faisant rire.

Sauf que ça n'aboutit à rien. Si encore Natsu utilisait le prétexte pour aborder sujet avec sa soeur, tiens au fait, j'ai entendu ça et ça.. mais là encore, non.

Et des personnages qui s'enlisent dans leur coin à force de non-dit, ça a un peu tendance à me saouler. Du coup je n'ai même pas apprécié la scène de pétage de plombs de Midoriko, censée être libératrice, mais qui tranche tellement avec la banalité de ce qui précédait qu'elle paraît trop théâtrale et fait l'effet d'un pétard mouillé. Et puis le côté symbolique appuyé ( Midoriko pique une crise, et se casse des oeufs sur la tête: les oeufs, les ovules, le symbole de la féminité qu'elle refuse, tout ça.. pas subtil donc)
Donc non, un échec pour moi, surtout par manque de caractérisation des personnages et par le fait que chaque bonne idée soit systématiquement abandonnée pour partira dans une direction platounette. J'aurais vraiment aimé l'apprécier, mais loupé pour moi.

samedi 4 avril 2015

Une histoire singulière à l'est du fleuve - Nagai Kafû

Comme j'avais bien apprécié "Scènes d'été" récemment, j'ai décidé d'enchaîner sur un autre titre du même auteur.

Le fleuve en question, c'est le Sumidagawa qui traverse Tôkyô. A l'est se trouvent les quartiers populaires, anciens villages peu à peu grignotés par la grande ville :Mukôjima et Terajima, habités par les ouvriers et Tamanoi, le quartier des prostituées.
C'est dans ces endroits là, en 1936, que déambule Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire à la recherche d'une inspiration pour finir le roman qu'il a commencé d'écrire: son héros a fui une vie maritale ennuyeuse après 20 ans de mariage et l'auteur envisage de le faire se cacher dans une de ces banlieues en compagnie de sa maîtresse entraineuse de bar. Mais l'auteur sèche un peu pour conclure une histoire que lui même trouve assez peu crédible.
L'inspiration lui viendra suite à la rencontre fortuite d'O-Yuki, prostituée des bas quartiers qui s'incruste un soir de pluie sous son parapluie. Tadasu se prend au jeu et revient la voir, pas tellement pour les plaisirs qu'on peut trouver avec une prostituée, mais plutôt parce qu'O-Yuki a un style un peu suranné, qui lui rappelle le temps passé. Car le vrai souci de Tadasu, c'est qu'il a du mal a accepter le changement, la mutation de la ville: il n'arrive pas à rester chez lui, car le son des radios et phonographes de ses voisins l'empêche de travailler. Le quartier où vit O-Yuki étant assez miséreux, la modernité ne s'y est pas encore vraiment implantée. Et même si le canal qui y passe est crasseux et infesté de moustiques, on y est tranquille, dans le silence.

J'ai moins aimé ce texte que Scènes d'été, on y est plus dans la description des promenades de l'auteur en panne d'inspiration et de ses regrets du temps passé que dans le réel récit que pourrait laisser présager le titre. Dans le fond, l'histoire n'est pas si singulière que ça.

Mais plusieurs choses m'intéressent. L'auteur comme son personnage évitent la police: Tadasu a déjà été interpellé une fois un soir, un homme des beaux quartiers dans ce lieu populaire paraissant d'emblée louche à une police qui semble sur les dents. On est à l'été 1936, et on sent déjà que quelque chose couve, les gens se soupçonnent, la situation n'est pas tranquille. Des choses se passent notamment du côté de la Mandchourie et le pays vient de connaître une tentative de putsch au mois de février

La mise en abîme est sympathique: C'est Nagaï Kafû, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'aventure de Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'histoire d'un sexagénaire en fuite avec une prostituée. L'auteur, son personnage et le personnage de son personnage sont tous des gens en marge de la société. Et souvent, les pistes se brouillent, on ne sait plus trop lequel s'exprime de Nagai ou de Ôe. Le livre de Nagai se passe en 1936 et a été écrit en 1936, et fait référence à des événements contemporains, ou à des gens qu'il a personnellement connu. Personnellement, j'aime bien cette espèce de dédoublement.
Tôkyô années 30, une image trouvée ici

La troisième chose qui m'interpelle, c'est le fait que le sexagénaire de 1936 (je vous laisse choisir lequel de l'auteur ou du personnage) regrette le passé et tente d'en retrouver des traces dans son époque. Et trace un portrait d'une ville.. qui n'existe déjà plus pour le lecteur du XXI° siècle, et que donc, sa déambulation et sa critique du Tôkyô des années 30, ressuscite involontairement le Tôkyô des années 30, où, même si les traditions se perdent, on peut encore croiser des femmes en kimono et geta coiffées d'un chignon sophistiqué qui croisent des "modern-girls" équivalent japonaises des flappers américaines ou des garçonnes en France.

En tout cas un auteur que je lirais à nouveau si j'arrive à mettre la main sur d'autres ouvrages, la bibliothèque de ma ville est assez pauvre en ouvrages japonais non contemporains.

lundi 23 mars 2015

Dur, dur - Yoshimoto Banana

Encore un auteur dont j'ai vu le nom ici et là sur les blogs ( et comment oublier un pseudo pareil, " Banana"?), une écrivaine contemporaine de la même génération que sa compatriote Ôgawa Yoko que j'ai découverte il y a peu. Et comme j'ai entrepris de dévaliser le rayon " histoires courtes" de la médiathèque, j'ai choisi un peu au hasard ce recueil de deux nouvelles , ou contes, dont le point commun premier est d'avoir le mot " dur" dans le titre. Les autres points communs étant un cadre temporel similaire ( l'automne, qui est presque un personnage à part entière) et la thématique du deuil.


Dans Peau dure ( hard- boiled, étonnamment, les titres originaux sont en en anglais, littéralement "dur" comme la cuisson des oeufs, de manière imagée " dure-à-cuire"), une narratrice anonyme en randonnée dans la montagne, est victime d'une série d'incidents fantastiques, à la limite du surnaturel: un caillou noir lié à un sanctuaire abandonné semble la suivre partout et attirer la malchance, l'hôtel qu'elle a choisi se révèle sinon glauque , du moins étrange, et l'ambiance générale lui fait faire des rêves dérangeants liés à son passé: Autrefois elle a eu une brève liaison avec Chizuru, une autre femme, un peu médium. Les deux femmes ont vécu ensemble dans un appartement à peine plus confortable qu'un squatt, avant de rompre sans heurts ni larmes de cette histoire sans avenir. Chizuru est morte accidentellement peu de temps après, et la narratrice ne s'était pas vraiment rendu compte que cette perte lui rongeait la vie, jusqu'à cet automne.

Dans Coup dur ( hard-luck) c'est une famille entière qui est victime d'un coup du sort: Kuni-chan, la fille aînée est mourante, dans le coma après une attaque cérébrale, probablement due à un excès de zèle au travail. La situation est difficile à vivre surtout pour sa soeur, la narratrice qui était très proche d'elle, qui a bien du mal a accepter l'inéluctable, tout en reconnaissant à mi-mots qu'il serait peut-être moins pénible que Kuni-chan meure vraiment, plutôt que cette non-présence qui n'est pas vraiment une absence. C'est Sakai, le frère de l'homme que sa soeur allait épouser, un type un peu original mais sensé, qui va l'aider à passer le cap au moment fatal.

J'ai beaucoup, mais alors vraiment beaucoup aimé ces deux nouvelles, plus encore qu'" une parfaite chambre de malade" sur un sujet similaire ( en tout cas similaire au deuxième texte). D'abord parce que les deux sont bien ancrés dans la réalité, mais avec une petite touche de fantastique bienvenue. Et un humour léger, qui se traduit en situations cocasses:  dans la deuxième nouvelle, l'héroïne revient en voiture avec son père après avoir accompli la tâche déprimante de vider le bureau de sa soeur.. mais le retour dans une voiture trop petite qui déborde de trop de cartons est à la fois un moment comique - l'humour aide à surmonter l'angoisse- mais aussi un rapprochement très mignon entre un père et sa fille qui subissent un même choc et luttent chacun à leur manière pour ne pas se laisser abattre. Dans la première nouvelle, c'est une narratrice plutôt réaliste qui se retrouve aux prises avec des fantômes...et pas seulement ses propres fantômes. Mais dans les deux cas, ce sont des femmes fortes, qui ne se laissent pas abattre par les circonstances, et ça, ça fait très plaisir à lire. Les thèmes sont lourds, mais le traitement est optimiste.
Encore un auteur que je vais suivre.


dimanche 22 février 2015

Le poids des secrets tome 5 - Shimazaki Aki

Suite et fin du cycle romanesque, le poids des secrets: Hotaru ( lucioles)

attention, vu qu'il s'agit du dernier tome, ce que je dis risque de spoiler les 4 premiers, donc  panneau d'avertissement

En 1995, Grand-mère Mariko a eu un accident. La vieille dame, victime d'une commotion cérébrale, semble divaguer et son entourage n'y prête pas plus d'attention que ça, considérant qu'il s'agit d'une séquelle de son accident, qui va d'ailleurs en s'améliorant. Sauf sa petite fille Tsubaki qui comprend que ce qui a l'air d'un radotage de vieille dame malade est en fait l'aveu d'une complicité de crime.

En effet, on se souvient de Yukiko commettant un assassinat dans le tome 1. Or ce crime a eu un témoin: Mariko, qui a été la première a trouver la victime et a caché le message incriminant Yukiko, bien qu'elle n'ai jamais su la raison qui l'a poussée à commettre ce crime. Pourquoi a-t-elle fait ça?

Parce que la victime, Monsieur Horibe,  était un sale type qui harcelait Mariko, et que si Yukiko ne l'avait pas fait avant elle, c'est Mariko elle même qui l'aurait tué.
 Ironie du sort on apprend incidemment plus loin qu'une 3° personne avait également des envie de meurtres vis à vis de monsieur Horibe, qui s'est fait une spécialité de sélectionner des jeunes femmes à peine majeures, encore fraîche et naïves, d'en faire ses maîtresses et de les abandonner par la suite - ou de les harceler sans fin, en réclamant un "droit de propriété" sur elles. Ceci est donc le récit de la manipulation de Mariko par le si sympathique, si souriant, si brillant, mais surtout si tyrannique monsieur Horibe, qui a conduit à la succession d'événements dont on connaît le dénouement depuis le tome 1. Le récit d'un assassinat... à l'envers.

Alors même si j'ai quelques reproches à faire à l'écriture, un peu répétitive ( je ne compte plus les fois où quelqu'un dit " j'ai eu un coup au coeur".. "j'ai eu un moment de panique" ou quelque chose du genre aurait fait l'affaire pour éviter la répétition d'une expression tellement peu courante qu'on est obligés de s'en souvenir, mais bon...) j'aime beaucoup cette narration éclatée en 5 tomes qui s'éclairent et se précisent les uns et les autres, pour arriver à expliquer à rebours les conditions qui ont amené l'événement du tome 1.
du coup je maintiens ce que je disais précédemment: le tome 4 se démarque dans le lot, puisqu'il n'est pas pleinement lié au crime ou à Mariko, et donc paraît un peu plus dispensable dans le lot

Ceci dit, je recommande chaudement la lecture de l'ensemble en gardant en mémoire qu'il n'est pas parfait, mais très agréable à lire.

lundi 2 février 2015

Deux amours cruelles- Tanizaki Junichirô

Tanizaki est un auteur dont j'avais déjà lu " le pont flottant des songes" il y a quelques temps, je l'avais trouvé pas mal, mais sans vraiment accrocher,, et je prédisais qu'il ne me laisserait pas une grand souvenir, et.. je confirme. Quand j'ai vu qu'un de mes bons copains avait lu un autre titre du même auteur pour le challenge écrivains Japonais, je me le suis fait prêter, histoire de donner une autre chance à l'auteur.

"Deux amours cruelles"  rassemble deux nouvelles ayant pas mal de thèmes communs, l'amour et la cruauté, le sacrifice, certes, mais aussi, et ça, c'est la bonne surprise, la musique.

Dans la première, "l'histoire de Shunkin" , le narrateur décide de nous raconter l'histoire d'une musicienne et professeur de musique, et de son disciple et souffre-douleur, quasi esclave Sasuke.
Petite, Mozuya Koto avait un bon caractère, était plutôt douée pour la danse et les arts que la richesse de sa famille lui permettait de pratiquer. Mais devenue aveugle à l'âge de neuf ans, elle n'a plus vécu que pour la musique, son caractère s'est aigri, et elle est devenue incroyablement orgueilleuse à force d'être couvée et traitée en reine par des parents surprotecteurs. Par manque de chance on la disait belle et talentueuse, ce qui l'a encore poussé un peu plus à un orgueil démesuré et, malgré tout courtisée par de nombreux hommes, elle développe en prenant de l'âge un caractère colérique dont le premier à faire les frais a été Sasuke. D'abord engagé comme guide pour la conduire à ses cours de koto, puis devenu son élève et martyre, et enfin son amant et semi-esclave volontaire. Car hors de question pour Koto, devenue Shunkin, son nom de métier, de condescendre à épouser un homme de basse classe, tot juste bon à lui réchauffer les pieds et a assouvir ses pulsions.
Le destin de ces deux là changera par la suite d'une agression dont est victime Shunkin, que sa morgue a conduite à se faire beaucoup d'ennemis.

Pas mal, je dirais, mais je n'ai pas 100% aimé, la faute aux personnages, Shunkin est bien trop orgueuilleuse et  Sasuke est bien trop masochiste pour que je puisse les prendre en sympathie. Par contre j'ai beaucoup aimé la narration, qui prend pour base une fausse biographie écrite par Sasuke et entreprend de la mettre en doute, avec un humour cynique assez réjouissant:
Koto est réputée très belle? Pourtant j'ai vu une photo, elle était petite, avec un visage régulier, mais plutôt banale.
Koto était exceptionnellement douée pour la danse? N'oublions pas que la biographie a été écrite par un admirateur éperdu qui lui était tout dévoué.
Koto avait un sale caractère mais ses professeurs passaient au dessus en disant qu'elle était douée et qu'on pouvait lui pardonner? Il faut plutôt se souvenir qu'elle était de famille très riche et que personne ne se serait risquer à punir une fille Mozuya quelle que soit son insolence.
J'aime bien cette idée de créer un personnage, de l'encenser.. pour mieux faire ressortir par la suite ses vices.

Nota: cette nouvelle contient une courte scène ( qu'on sent venir dès le début) d'auto-mutilation. Je préfère prévenir. Et personnellement je ne suis pas fan de ce genre de choses, même si c'est loin d'atteindre le niveau de "Patriotisme" de Mishima.

Par contre en fouillant, le net, je vois qu'elle a été adaptée au théâtre et jouée à Paris façon Bunraku. J'aime bien l'idée des oiseaux de papiers ( dans la nouvelle Shunkin élève des oiseaux chanteurs de grand prix)

La deuxième nouvelle "Ashikari" est plus courte, mais je l'ai préférée à Shunkin, en ce sens qu'elle ne met pas en scène deux personnage sans un rapport de sadomasochisme, mais un trio qui passe un pacte des plus étranges, qui me rappelle un peu ( un peu je dis) Cyrano.
Lors d'une promenade nocturne, le narrateur rencontre un homme étrange, qui au fil de la discussion va lui raconter une non moins étrange histoire de famille: Lorsqu'il était petit, son père, Serizawa,  l'emmenait tous les ans assister en douce à une fête en l'honneur de la lune, une fête prestigieuse avec musique, danses.. En grandissant, l'enfant découvre que la maîtresse de cérémonie Oyu-sama n'est autre que sa tante. Bien des années plus tôt, son père est tombé amoureux d'Oyu, rencontrée par hasard au théâtre. Cette affection était réciproque, mais Oyu était veuve avec un enfant en bas-âge et traitée en véritable reine par sa belle famille à la condition expresse de ne pas se remarier et de garder indéfiniment le deuil de feu son époux. C'est sans compter avec la soeur de Serizawa qui lui propose une idée un peu folle: courtiser et épouser Oshizu, la jeune soeur d'Oyu, ainsi, il pourra au moins passer du temps avec Oyu, en tant que beau frère. Oshizu n'est pas bête, elle adore sa soeur et en vient donc a accepter ce marché: elle épousera Serizawa, mais par respect pour sa soeur, ne touchera pas son mari, et au contraire favorisera autant que possible les rencontres entre son époux et Oyu. Et Serizawa et Oyu, passeront du temps ensemble sans rien faire non plus, par respect pour le sacrifice d'Oshizu. Le trio commence donc un étrange et malsain ménage à trois, parfois à la limite de l'indécence.; jusqu'à ce que les gens commencent à jaser.

Et donc, j'ai préféré cette nouvelle: on y retrouve la narration distanciée empreinte d'un léger humour, des situations à la limite du scabreux sans y tomber.. et surtout des personnages nettement plus sympathiques que dans Shunkin. Mais je note que dans les deux cas, les hommes sont volontiers portraiturés comme faibles, pathétiques et vaguement ridicules, alors que les femmes ont une sacrée force de caractère.


Pour lire le point de vue de Sylvain ( qui est toujours nettement moins prolixe que moi, mais illustre avec des estampes de sa collection personnelle) c'est par là!

jeudi 29 janvier 2015

Une parfaite chambre de malade - Ogawa Yôko

Voilà un auteur que je n'avais pas encore eu l'occasion d'aborder, mais j'avais déjà croisé ce nom à plusieurs reprises dans le cadre du challenge In the mood for Japan" il y a quelques années. Je l'avais mis dans un coin de ma tête, et l'occasion s'est présenté sous forme d'un pillage en règle du rayon littérature japonaise de ma médiathèque.
J'ai pris ce titre un peu au hasard parmi plusieurs, et il s'avère justement que les deux nouvelles de ce recueil sont ses premiers écrits ( 1989), pour une fois je commence involontairement ma découverte dans le bon ordre.

Un parfaite chambre de malade  - Une narratrice anonyme annonce d'emblée la couleur: elle va nous parler des derniers mois de la vie de son frère, mort d'un cancer à 21 ans ( la maladie exacte n'est pas nommée, mais on le devient assez bien). Lors de ces derniers moments à passer ensemble, le frère et la soeur qui étaient assez distants jusque là se rapprochent. Comme elle travaille comme secrétaire à l'hôpital où son frère est soigné, dès la fin de son service elle vient lui rendre visite et passe peu a peu presque tout son temps libre auprès de lui. Où plutôt dans la chambre, un endroit qui la rassure: propre, net, sans la moindre tâche. Car cette femme est hantée par le souvenir de sa mère, malade mentale à tendance " diogène" qui entassait chez elle une pagaille invraisemblable et laissait constamment moisir de la nourriture dans les endroits les plus improbables. La narratrice en a développé une répulsion physique pour la saleté, et par extension pour la nourriture, qu'elle assimile à la corruption, à la saleté , aux ordures, partant du principe que " ce qu'on n'a pas mangé moisit, donc, puisque qu'on mange des choses putrescibles, qui dit qu'elles ne moisissent pas à l'intérieur du tube digestif, corrompant ainsi l'organisme". Elle fait une fixation sur les bouches des gens ne voit plus que ça, le côté organique de la corvée de manger, la couleur d'une sauce qui lui rappelle le jour où elle a assisté a une ablation chirurgicale. Oui, elle est passablement dérangée elle aussi.
 En ce sens, la chambre de malade débarrassée tous les jours de la moindre miette est parfaite. Son frère aussi est parfait, lui qui de par sa maladie n'arrive plus a manger et s'affaiblit de jour en jour et semble non pas mourir mais devenir transparent et s'effacer proprement. La rencontre avec le médecin soignant, qui lui aussi a eu une jeunesse hors du commun, va lui permettre enfin d'extérioriser son angoisse de la vie et de la mort , qu'elle fuit en se réfugiant dans un endroit perçu comme immuable, où ni la vie ni la mort paradoxalement n'existent.
Ce texte assez court est très riche en thématiques, au delà de sa curieuse fixation sur la pourriture et l'organique jusqu'à en donner la nausée. J'ai au final bien apprécié.

La désagrégation du papillon - là encore il est question de maladie, d'enfance plutôt étrange et d'une narratrice mal dans sa vie. Une jeune femme qui a été élevée par sa grand-mère assez stricte, vient de la confier à une institution spécialisée car la vieille dame souffre de maladie d'Alzheimer et n'est plus autonome. Mais cette séparation, bien que nécessaire puisque la famille n'est plus en mesure de s'occuper d'elle , est vécue par la narratrice comme un déchirement, voire une trahison. En effet, elle estime, piété filiale oblige, qu'elle aurait du se dévouer entièrement à celle qui l'a élevée (sa mère l'a quasiment abandonnée là) et tente de compenser l'absence de Sae, la vieille dame, en s'imaginant.. enceinte. Peut-être l'est-elle , peut-être pas, rien n'est sur, mais toujours est-il qu'elle préfère assimiler la boule d'angoisse et de culpabilité qu'elle a au ventre de cette manière.

Etonnamment, bien que ces deux nouvelles soient proches par les thèmes abordés ( la maladie, la mort, l'absence d'un être cher, l'enfance inhabituelle), mais j'ai moins bien accroché à la deuxième que j'ai trouvé moins aboutie. Elle part un peu dans tous les sens, si bien que même si je l'ai lue il y a seulement quelques jours, j'ai un souvenir moins clair que de la précédente. Des péripéties, ou plutôt, des non-péripéties quotidiennes qui s'enchaînent un peu moins bien, avec une rupture qui s'annonce entre la narratrice et son petit ami, en compagnie de qui elle ne se sent pas vraiment bien, des non-dits un peu usants qui ne font pas vraiment progresser le récit mais le font bifurquer vers quelque chose d'autre de manière moins convaincante ... voilà, C'est au niveau narratif que j'ai moins accroché, et c'est peut être ce qui importe le plus pour moi.
écrivain contemporain

jeudi 15 janvier 2015

l'oeil du serpent, recueil de contes - Shinoda Chiwaki

Première lecture nippone de l'année!

Voici donc "l'oeil du serpent", un recueil de contes édité chez Folio 2€ qui est en fait un condensé d'un ouvrage plus gros " de serpents galants et d'autres, contes folkloriques japonais" publié chez connaissance de l'orient.
Comme son titre l'indique, la thématique principale sera le serpent, dans son versant folklorique.
3 parties dans ce petit livres
- les femmes serpents (7 contes)
- les hommes serpents ( 7 contes)
- belles et monstres (7 contes sur la métamorphose, avec un homme araignée, un blaireau à forme humaine, des pierres qui se changent en loups, et encore quelques serpents..)

Car le serpent folklorique japonais est doté d'une particularité: ils -ou elles-  n'aiment rien tant que prendre forme humaine et se mêler aux humains qu'ils trompent facilement grâce à leur apparence. car les serpents et serpentes sont particulièrement séduisants et liés à l'élément eau. Ils peuvent faire pleuvoir sur une rizière asséché, ou au contraire boucher un puits, et réclamer un cadeau en échange de leurs services ou du fait de stopper leurs méfaits. En général le fils ou la fille de la famille.
Du coup le recueil regorge d'histoires où des cousines de Mélusine séduisent de naïfs humains, charmés par ces trop jolies filles, mais comme dans leur versant européen, malheur à quiconque verra leur vraie apparence. Mais si les serpentes utilisent surtout leur charme, les serpents utilisent en premier lieu leur pouvoir sur l'eau pour passer des "contrats" avec les humains.
Ca ne se passe pas toujours mal, remarquez, dans le conte de "la mare à Oyoshi", l'humaine et le gentil serpent semblent faits l'un pour l'autre. Mais fréquenter un serpent est quasiment toujours l'assurance de perdre à son tour son identité humaine. Sauf dans "l'oeil du serpent" où c'est la serpente inoffensive aux allures de fée qui est la première victime des circonstances.
Je suppose que dans beaucoup de cas, il s'agissait comme souvent dans les contes d'expliquer l'appellation de tel ou tel lieu dit, ou d'inspirer la méfiance instinctive des cours d'eau et marais où il est facile de se noyer ou de se perdre.

Zut, moi qui espérais une vision un peu moins négative de celle judéo-chrétienne, le serpent est parfois assimilé à l'image de l'ogre qui dévore les humains. Pas toujours heureusement.

J'ai bien aimé aussi les quelques autres contes, celui sur le blaireau changé en humain qui berne une coiffeuse et l'enlève - la femme a un sens de la répartie assez réjouissant- ou celle très originale des pierres-loups.
Un lecture très courte et à conseiller, je vais maintenant chercher le recueil complet, j'adore ces thèmes folkloriques.


samedi 4 octobre 2014

Au coeur du Yamato T3 - Shimazaki Aki


Et donc, dans la foulée du tome 1, le tome 3: Tonbo. Pour une fois, le titre ne faut pas référence à une plante, mais à un animal, la libellule, et a une chanson connue au Japon: aka tonbo, la libellule rouge.
Que voilà, en version chorale:
Cette fois, le récit est centré autour de Nobu, un personnage déjà croisé dans le tome 1 ( finalement j'ai bien choisi mon ordre de lecture involontairement). il s'agit du collègue de Monsieur Aoki, qui, excédé par l'ingérence dans sa vie privée de la société Goshima où il travaillait, a quitté son emploi et fondé sa propre société: une école privée dédiée aux cours de soutien le soir pour lycéens, et aux cours culturels et artisitiques pour adultes en journée ( ikebana, par exemple) Des cours toujours axés sur les arts traditionnels japonais ou la langue classique, il y tient.

L'école privée se trouve dans les locaux d'un ancien magasin de musique, et dispose toujours d'un piano. La femme de Nobu, infirmière qui n'a pas arrêté son travail pour s'occuper de ses enfants ( ce qui en 1987 en fait un couple à part: un salarié qui change de travail et une femme qui continue à travailler. qui plus est, les deux sont  chrétiens pratiquants), lui fait alors une proposition intéressante: pourquoi ne pas recruter un professeur de musique histoire de faire de l'école un vrai centre culturel, quelqu'un qui pourrait diriger une chorale et donner des cours de piano, car elle aimerait bien apprendre à chanter.

Nobu qui pense que c'est une bonne idée reçoit par hasard, avant même de passer l'annonce, un coup de téléphone: un homme, nommé Jirô, qui justement est professeur de piano, aimerait le rencontre.
Il s'agit en fait d'un ancien élève de père de Nobu, professeur de lycée qui enseignait justement dans des cours du soir , et s'est trouvé mêlé involontairement à une sombre histoire entre deux lycéens, Kazu et Jirô. Kazu, petit vouyou de famille riche, rackettait ses camarades, particulièrement Jirô, et que le professeur l'avait surpris et giflé. Kazu est mort le lendemain, d'une tumeur au cerveau, la gifle n'était pas en cause, mais les médias ont monté l'histoire en égpingle, le professeur est devenue " le prof qui a battu un élève à mort", à perdu son travail, sa réputation et a fini par se suicider.
Ca c'est ce que Nobu a toujours su, mais Jirô vient maintenant lui apporter des précisions sur cette histoire, des détails que tout le monde ignorait. Cette rencontre va enfin permettre à Nobu d'accepter le suicide de son père et de passer à autre chose.

J'ai un peu moins, un petit peu moins apprécié ce tome, peut être parce que contrairement aux autres, personne ne voyage ou n'a envie de voyager. Peut être parce qu'il est plus sombre que les autres, et du coup manque de la légèreté qu'avaient les autres volumes, malgré des thèmes aussi dramatiques. Peut être aussi parce qu'on en sent plus planer la menace de la société Goshima, qui était presque un personnage à part entière jusque là? Parce que par moment, le récit se perd un peu sur des digressions historiques au sujet d'un royaume mythique de l'histoire japonaise que personne n'arrive à situer? Difficile à dire. Un peu pour toutes ces raisons. Mais voilà, je l'ai trouvé un peu en dessous des autres. Pas mauvais, juste un peu moins bon.

mardi 30 septembre 2014

Au coeur du yamato T1 - Shimazaki Aki

Oui, je fais les choses dans le désordre.. Et c'est seulement après avoir lu le 2° et le 4° que j'ai trouvé le tome 1.

Mitsuba , donc, raconte à peu près la même histoire que Tsukushi, mais d'un autre point de vue.
Une histoire d'amour qui tourne court à cause des conventions sociales et le la pression familiale.

Dans Tsukushi, on découvrait le point de vue de Yûko Tanase, réceptionniste dans une grande société commerciale, qui racontait comment, à la suite des pressions de sa famille, elle avait du quitter monsieur Aoki, son fiancé, pour épouser le fils d'un banquier qui finançait à la fois la société Goshima, où elle et Monsieur Aoki travaillaient , mais également celle où travaillait le père de Yûko. Par crainte de représailles envers son père et son fiancé, elle avait cédé pour un mariage de convenances, ni vraiment malheureux, ni tout à fait heureux. Un bonne partie de l'histoire est d'ailleurs consacrée à tout ce qui suit la rupture.

Dans Mitsuba, c'est le point de vue de Monsieur Aoki que l'on voit: comment il rencontre Yûko, et comment cette histoire va capoter à la suite d'interventions plus ou moins directes de ses supérieurs pour qui l'équation est simple: le fils de la banque qui nous finance veut épouser la réceptionniste, cette fille est donc un placement à ne pas laisser partir à la légère. Sa vie privée passe en second face aux intérêts de la société.
Plus que dans Tsukushi, c'est la pression sociale au sein de l'entreprise qui est évoquée, via la succession de blocages auxquels Monsieur Aoki se heurte. Il n'a pas le courage de suivre l'exemple d'un de ses collègues, mal vu par ses chefs car il ose préférer sa vie personnelle et familiale à son travail, et qui finit par démissionner plutôt que d'accepter de se sacrifier à son travail.Via aussi l'histoire de Monsieur Aoki senior, mort de surmenage au travail, quelques années plus tôt.

Au départ, j'ai un peu regretté de les avoir lus dans le désordre, parce que du coup, je savais ce qui allait se passer pour Yûko et son fiancé. Et que par conséquent, l'histoire de Monsieur Aoki, un personnage sympathique qui ne mérite pas ce qui lui arrive, me paraissant encore plus triste.
Mais au final, je me demande si ce n'est pas une bonne chose, car c'est vraiment dans Mitsuba qu'on apprend ce qui s'est passé après le point final de Tsukushi, et avant les autres récits, pour Monsieur Aoki senior ( son histoire est à peine évoquée dans les autres tomes, comme une vague anecdote, alors qu'elle est dramatique)

3° lecture de cette série et de cet auteur, et j'admire la façon qu'elle a de faire des histoires qui se complètent de tome en tome, s'éclairent l'une l'autre, tout en renouvelant les thèmes ( la pression sociale et le monde du travail dans Mitsuba, les traumatisme de guerre et la maladie dans Zakuro, les secrets de famille dans Tsukushi...), avec comme personnage récurrent une entreprise entière, la société Goshima autour de laquelle tournent toutes les histoires personnelles des personnages.
Vraiment, encore une très bonne lecture. Triste mais avec une note  heureuse: l'ouverture d'esprit des héros qui résistent à leurs manière aux conventions et au repli sur soi - Monsieur Aoki et Yûko se rencontrent en cours de langue, Yûko rêve d'aller revoir Montréal qu'elle a visité étant jeune, et regrette d'avoir dû quitter Kobe, une ville qu'elle apprécie parce qu'elle est plus cosmopolite que Tokyo - on est en 1984. J'aime énormément leur état d'esprit. Ca et les petites notations temporelles ( il y est question du tremblement de terre de Kobe en 1995, je m'en souviens bien c'était l'année de mon bac...)

Bon, hé bien le tome 3 m'attend! Jusqu'à présent énorme coup de coeur pour cette série de courts romans, aux titres végétaux ( Mitsuba signifie " 3 feuilles", un surnom pour le trèfle qui sert d'enseigne à un café)

vendredi 29 août 2014

Challenge " écrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui"

Mon premier challenge officiellement sur ce blog, sugoi desu ne?

En fait, j'ai un peu hésité, mais il était plus logique de le rejoindre sur mon blog spécial Japon, qui a bien besoin d'un peu de visibilité..

Je vous présente donc le Challenge "Ecrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui" d'Adalana

Je pars sur 4 livres, dans la mesure où "on " (coucou Sylvain, vas-tu me suivre dans ce nouveau challenge?) m'a prêté les deux tomes du dit du Genji. Je pense dépasser facilement ces 4 livres en un an.

Préprogramme, toujours sujet à variation!

- le dit du Genji, donc ( 2 tomes) - Murasaki Shikibu
- le livre de Chevet - Sei Shônagon
- les 3 tomes manquants de "au coeur du Yamato", de Shimazaki Aki
- j'ai bien envie de découvrir Edogawa Ranpo, croisé au détour d'une adaptation en manga
- j'ai un recueil de haïku de Bashô sous la main, je vais tenter d'en parler même si c'est loin d'être évident de parler de poésie...
-.. on verra bien ce qui croise ma route