jeudi 28 janvier 2016

Le voyage de Chihiro (long métrage d'animation)

Le 5 janvier dernier, Miyazaki-san a eu 75 ans, et je me devais de célébrer à ma manière cet anniversaire en regardant un de ses films.
Toujours pour continuer la semaine "horrifique" (bon, plutôt fantastique dans mon cas), Le voyage de Chihiro m'a inspirée. Je ne l'avais vu qu'une fois à sa sortie, il y a donc un peu moins de 15 ans... et je ne me souvenais plus de tout.

Donc, embarquons pour les aventures d'Alice au pays des Merveilles façon nippone, ou plutôt de Chihiro au pays des monstres. La comparaison n'est pas innocente et surtout avec le dessin animé de Disney.

Chihiro, 10 ans environ, n'est pas très contente: sa famille déménage dans un coin de campagne un peu paumé, et elle doit suivre bien malgré elle, tout en grommelant. Néammoins, l'inattendu va surgir au bout du chemin: en pensant s'égarant sur un chemin de campagne, les parents de Chihiro tombent par hasard sur un tunnel désaffecté qu'ils décident d'emprunter "pour voir où ça mène".

Chihiro n'est pas emballée par l'idée, car le coin lui paraît effrayant, mais suit malgré tout ses parents qui pensent être arrivés dans un ancien parc d'attraction désaffectés ( pas de lapin blanc, mais ce tunnel mystérieux mène malgré tout sur un monde parallèle)

Faut dire que ses parents ne sont pas des flèches et ne trouvent absolument pas louche de tomber sur un restaurant fonctionnel regorgeant de nourriture, dans un lieu désert, sans âme qui vive à l'horizon.
Et au lieu de se méfier, se mettent à baffrer, baffrer, baffrer.. comme des cochons.

C'est d'ailleurs le sort qui les attend:être changés en cochons car ils ont pillé un buffet destiné aux dieux. Chihiro qui a eu la présence d'esprit de faire passer la méfiance avant la faim, se retrouve seule et perdue dans un village qui se réveille au soir tombant et s'avère être peuplé d'esprits.

C'est un gamin au look désuet, à peine plus âgé qu'elle, Haku, qui va l'aider à s'en sortir, lui conseillant de trouver du travail aux bains publics qui se trouvent dans la ville et où lui même est employé sous les ordres de l'autoritaire sorcière Yubaba, le temps de se creuser les méninge pour trouver un moyen de faire reprendre forme humaine à ses parents et de leur faire quitter les lieux à tous.
Haku a des pouvoir magiques et maîtrise le vent entre autres

Or les bains publics de Madame Yubaba sont assez particuliers: les clients sont exclusivement des dieux ou des esprits, et les humains y sont mal vus.

Et quand une sorcière dont la tête fait la taille de votre corps vous crie dessus, vous obtempérez..
 Chihiro va devoir se retrousser les manches pour s'y faire accepter et trouver une solution à son problème. Par elle-même, car si elle peut compter sur de l'aide, de la part de Lin (l'employée des bains chargée de la former) et Haku, ce ne sont que des coups de pouce, il ne s'agit pas d'agir à sa place .

Et c'est souvent le cas pour les personnages féminins de Miyazaki, qui ne brandissent pas une pancarte " je suis une fille, une faible femme, aidez moi" en attendant que les choses se résolvent d'elles- même, ou par l'intervention d'un homme dans l'histoire,  au contraire, c'est souvent les femmes, plus débrouillardes et futées, qui sauvent la mise aux hommes ( voir dans " le château ambulant", ou c'est carrément une vieille dame qui met le " coup de pied au cul mental "nécessaire au magicien geignard pour qu'il se bouge)
 Et ce genre de point de vue me parle énormément,  on est à l'opposé de la damoiselle en détresse attendant que son chevalier vienne la délivrer qui a fait les beaux jours des contes européens et de leurs adaptations.

Chihiro va donc devoir bosser,  sans oublier son nom, car la sorcière garde le pouvoir sur ses employés-esclave en leur volant leur nom: Chihiro est rebaptisée Sen ( autre lecture du Kanji "Chi" , "mille", de son nom), mais si elle oublie son identité réelle, elle sera coincée dans le monde des dieux jusqu'à la fin des temps ( ce qui est arrivé à Haku qui a oublié son nom complet), et pire, ses cochons de parents risquent d'être servis lors d'un banquet.
Je ne sais même pas quel genre de kami c'est ni pourquoi il se promène en pagne avec un bol sur la tête...mais ce n'est pas le pire qui attende Chihiro
il y a la baignoire la plus crade à récurer...
et la visite d'un "extraputride" à prendre en charge. L'argent n' a pas d'odeur, mais le dieu recouvert de déchets et de vase, si!

Et j'ai beaucoup apprécié cette petite séance ciné improvisée. D'abord parce que la galerie d'esprits et de dieux est savoureuse, ensuite parce qu'entre temps j'ai visité un des lieux qui a inspiré l'esthétique du film: le dôgô Onsen à Shikoku. L'un des plus ancien du Japon qui soit encore en activité.
Pour 300Yen, on peut aller se baigner dans ce qui s'appelle justement le "kami no Yu" , le bain des dieux, par contre le temps y est compté, car les lieux sont très demandés. Et comme l'onsen est ancien, le bain n'est pas très grand... mais compensé par la possibilité de prendre un thé vert à l'étage après s'être délassé dans l'eau chaude.

Bouhouhou, je veux un onsen. Là, maintenant!

Revenons au film, j'aime énormément les personnages secondaires: Kamaji , le responsable de l'eau chaude avec ses 3 paires de bras
et ses assistants, qui ressemblent beaucoup à des noiraudes de Totoro!
Ou les euh..animaux de compagnie? de Yubaba, trois têtes vertes bondissantes qui ne font rien à part grommeler et rebondir sur le tapis. Mais l'incongruité de la chose me fait bien rire.

Sans parler de la beauté plastique du film et de ses trouvailles originales ( qui aurait pensé qu'un animal mythique comme un dragon puisse être mis à mal par une attaque d'oiseaux en papier)

Et puis, un voyage en train...sur l'eau, en compagnie de " sans visage" le spectre..
Ou une virée dans le ciel à dos de dragon, ça ne se refuse pas!
Car oui j'aime les dragons, et j'en profite pour signaler le petit détail culturel: si les dragons européens sont associés à l'idée du feu traditionnellement, les dragons asiatiques ( et les serpents qui sont de "petits dragons") sont associés à l'élément eau. Et souvent à l'entrée des temples japonais, la fontaine à ablutions est muni d'un robinet en forme de dragon.
Ainsi avoir un dragon dans une histoire de bains n'est donc pas insolite, c'est même tout à fait thématique.

attentions, si vous l'ignoriez, ce film contient des allusions ( indétectables pour des non japanophones) à la prostitutions  (encore que la séquence où Sans Visage essaye de forcer Sen à prendre des pépites d'or en échange de sa compagnie est compréhensible différemment pour des enfants.. ou des adultes!) . Mais c'est intéressant à mentionner!
ici, d'autres points de vue intéressants à consulter...
oui, car voir sa famille transformée en cochons et menacée de finir au menu, c'est horrible, non?

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