mardi 9 août 2016

Yokai à l'honneur (5) - des objets inanimés très animés.

Ceux là apparaissent rarement seuls, donc j'ai décidé de les regrouper.

Déjà l'idée d'un parapluie ou d'une lanterne hantée, d'une couette et d'un kimono malintentionnés,  d'une paroi de papier munie d'yeux, ou d'instruments décidant de faire un concert tout seuls me fait bien sourire, mais j'avais envie de les mentionner, parce qu'on peu les croiser ici où là, sur une estampe, ou dans une référence manga ou animation 
Ils sont nombreux dans la "parade nocturne des cent démons" (Hyakki Yakô) une croyance qui raconte que les yokai déferlent dans les rues japonaises pendant les nuits d'été. Et croiser la parade est plutôt de mauvais augure. et ce concept de parade des 100 démons , on le retrouve souvent, dans le titre du manga " le cortège des cents démons" ( publication arrêtée en cours de route en France, il n'a pas trouvé son audience à l'époque, les yokai n'étaient pas un sujet très connu, le manga était un seine type "tranches de vie", sans bastons ou gros enjeu, ça n'a pas marché, j'enrage encore!) ou dans Pompoko par exemple, lors de la parade des spectres, j'en parlerai prochainement.

Ils ne sont pas méchants, juste facétieux, et donc très agaçants. Vous avez, ce parapluie qui refuse de se fermer correctement, cet ordinateur qui rame, comme pour vous ennuyer pile au moment où il y a une ramette entière à imprimer.. oui c'est ça, c'est objets récalcitrants qui semblent dotés d'une volonté personnelle, et toujours contraire à celle de leur possesseur..
Hé bien voilà, vous le saurez, c'est la faute aux esprits!

Ceux là sont nombreux et vont du yokai attesté depuis longtemps dans les légendes à la toute récente légende urbaine , et il doit s'en créer encore tous les jours, du moment qu'un parent reproche à un enfant de laisser traîner son nounours par terre qui " doit être triste d'être abandonné"

Les tsukumogami ( les objets hantés par des "esprits de 99 ans" ). virtuellement n'importe quel objet, vétuste et usé qui approche du siècle, peut être habité par un esprit. Qui va faire un foin pas possible parce qu'on le délaisse. Un petit reproche discret à la société de consommation qui préfère mettre au rebut plutôt que réparer?

Quelques uns ont un nom spécifique et trois en particulier sont "domestiques" quand les autres peuvent se manifester en extérieur

- Le moku moku ren: un shôji ( paroi mobile de papier) hanté par un esprit qui y fait apparaître un grand nombre d'yeux qui épient les habitants la nuit.
Hmmm chez nous les murs ont des oreilles, au Japon les murs ont donc des yeux.
Toriyama Sekien

- Le kosode no te (kimono à mains), vêtement ayant appartenu à quelqu'un et donné a des nécesiteux après sa mort, est supposé toujours héberger l'esprit de son ancien propriétaire qui se manifeste en particulier par des mains fantomatiques sortant des manches du vêtement qui semblent chercher quelque chose.

- Le boroboro ton est une couverture, ou une couette hantée. Oui, décidément les yokai de ce sujet ne sont pas les plus charismatiques. Mais attention une couette hantée, ça bouge seul, ça s'agite même, ça devient très lourd. et si possible au moment où on dort le mieux.





-le kara-kasa: ce fameux parapluie rétif! Qui grince, qui se coince et devient de plus en plus lourd.
Utagawa Toyokuni
Souvent vu en compagnie du Burabura, la lanterne hantée qui n'élciare rien du tout et se plaît à effrîer les humains

par Shunkô III
Ce dernier est un sujet connu d'estampes et de pièces de kabuki ( l'histoire d'Oiwa, femme empoisonée par son mari qui depuis hante une lanterne)
par Kuniyoshi. elle est souvent représentée en partie chauve, ses cheveux sont tombés à cause du poison
-l'orchestre! composé du biwa bokuboku, du koto furunishi, et du shamisen choro. Trois instruments anciens et  eux aussi délaissés, qui n'ont qu'une envie: jouer ensemble, a défaut d'être joués. Et si possible, en pleine nuit, quand  la musique dérangera le plus de monde possible
shamisen  choro - Sekien
Biwa Bokuboku

Koto furunushi
biwa et koto ensemble à la parade nocturne des cent démons - Hitoshi Akira
Beaucoup d'illustrations de ces monstres hanteurs d'objets du quotidien sont l'oeuvre de Toriyama Sekien, peintre et illustrateur du XVIII° siècle spécialisé dans les légendes. Et certains n'apparaissent que chez lui, il y  donc fort à parier que le dessinateur a ajouté dans sa nomenclature quelques inventions sorties de son propre cerveau imaginatif.

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