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jeudi 16 juillet 2015

Haikyo, ou l'exploration urbaine au Japon

C'est quelque chose que je viens de découvrir totalement par hasard en cherchant des infos sur les lieux hantés au Japon.
Je connaissais vaguement l'exploration urbaine, ce loisir illégal ( si les lieux sont abandonnés, les terrains sont toujours susceptibles d'appartenir à des propriétaires privés, et qui semble quand même un peu dangereux ( le danger étant bien plus de se blesser en tombant dans la pagaille ou de passer au travers d'un plancher vermoulu, bien plus que de rencontrer un fantôme)

Suite à la "bulle" économique, le Japon a connu une croissance très rapide dans les années 80, constructions à tout va.. jusqu'au krach fin  1989. Beaucoup de ces endroits construits en quelques années se sont désertifiés aussi vite qu'une ville champignon dans le Far West lors de la ruée vers l'or. Les lieux laissé à l'abandon se sont dégradés très vite , devenant des haikyo ( des ruines), dans lesquelles les explorateurs urbains s'en donnent à coeur joie.

 Bienvenue dans une ambiance proche de la SF tendance post-apo et du décor de film d'horreur, histoire de commencer gentiment ce mois fantômatique et monstrueux.


La plus célèbre est Gunkanjima (l île bâteau de guerre), une ile entièrement construite ( j'imagine le cauchemar de surpopulation quand c'était habité, l'endroit a été fut un temps le lieu le plus densément peuplé du monde), qui vient d'être classée Unesco au début de ce mois. Au XIX° siècle l'ile était une mine de houille, elle a été abandonnée quasiment du jour au lendemain lorsque le gisement a été épuisé.
Le plus curieux étant que les habitants sont partis quasiment en laissant tout derrière eux.
L'endroit est visitable de manière très restreinte officiellement ( et apparemment autant visitée par les anciens habitants que les touristes).
Pas de fantômes ici, c'est l'île entière qui est fantôme :)
Un explorateur urbain francophone a pu négocier et obtenir le droit d'y passer une nuit  pour réaliser un album photo


Cliquer ici pour la visite en photo avec Jordy Meow!

Il nous propose aussi son top des meilleurs lieux abandonnés au Japon, certains ont une ambiance telle.. qu'ils sont parfois utilisés pour des sessions photos de mode décalées, où le tournage de courts métrages amateur fantastiques ou SF. On peut y trouver des choses... surprenantes
ici une école abandonnée où traînent encore des bocaux de formol contenant des choses suspectes ( un système nerveux complet de chat.. vous vouliez du glauque, en voilà!)

Ecoles, hôpitaux, magasins, hôtel, voire même un bordel, il y en a de toutes sortes.. mais je me demande quand même pourquoi un médecin ou des médecins peuvent quitter leur clinique sans emporter instruments et médicaments, ou des habitants déménager sans emmener leurs meubles et leurs draps..  Dans le cas d'une maison isolée, on peut supposer que le dernier propriétaire connu est mort sans héritiers, mais lorsque c'est un village entier qui est désert.. a part une évacuation d'urgence ( ça doit être le cas de pas mal de bâtiment maintenant du côté de Sendai)
un simple jeu de lumière sur la vieille pendule, il n'en faut pas plus pour créer une rumeur de lieu hanté!
Et pour finir une histoire intéressante, mêlant exploration urbaine (ou rurale en l'occurrence) et enquête policière: après avoir exploré une maison abandonnée isolée et assez glauque...
brrr le portrait de la mamie dans le fond est inquiétant.
L'explorateur a trouvé des documents personnels et a pu découvrir qui étaient les propriétaires, dont l'un, occidental, a été photographié avec la reine d'Angleterre. Cette enquête est passionnante!

Que vous proposer encore, un ancien sanatorium, rempli de vieilles radios, où quelqu'un est prêt à jurer avoir ressenti la présence des malades disparus? Un parc de loisir désaffecté? Un village abandonné?

Voilà les deux sites de Jordy Meow à voir: Totoro times, plus général et en Français, un autre, Haikyo, dédié entièrement à l'exploration urbaine au Japon en anglais, et plus basé sur les photos que sur le texte


mardi 14 juillet 2015

mois O-bon

Chose promise chose due, je le disais la semaine dernière, j'ai eu envie de faire un mois " O bon" dédié aux récits fantastiques, aux histoires de spectres et de monstres asiatiques en général et japonais en particulier.
O bon c'est la fête des morts au Japon, une fois de plus, une tradition qui dérive de la fête des fantômes chinoise.

Comme Tanabata, c'est une tradition très connue au japon, on y trouve fréquemment des références dans la littérature, les mangas, les films, les dessins animés.. Il y a foule de traditions liées à cette fête, des traditions religieuses pour célébrer la mémoire des morts ( comme la Toussaint) et des choses plus festives (comme Haloween). Je retiens donc spécifiquement celle qui veut qu'on passe du temps entre amis à se raconter des histoires à faire peur, de fantômes surtout. La crémation est à l'honneur en Asie, donc on croise assez peu l'idée de morts vivants dans les histoires: peut de morts revenus à la vie, pas vraiment de vampires, ghoules, ou zombies, mais des histoires de fantômes et de monstres folkloriques (il y en a une telle quantité que l'occident fait parent pauvre avec ses loups-garous)

Et comme , selon les régions, elle a lieu du 13 au 15 juillet ou du 13 au 15 août, j'ai arbitrairement décidé qu'elle durerait 1 mois sur ce blog.

N'hésitez pas à venir me rejoindre dans cette quête horrifique, monstrueuse ou juste fantastique selon vos goûts

Envie de se faire une toile? voilà une sélection de films de fantômes venus de chine, de Corée et du Japon
Pour les Yokai, le choix est encore plus vaste: ne serait-ce que dans Princesse Mononoke ou Totoro ( car le fantastique n'est pas forcément flippant, hein!), les Tanuki de Pompoko, Coo le kappa..
En manga, quelques exemples tirés de mes étagères, ou de ce dont j'ai entendu parler:
Le cortège des cents démons, Onmyôji, Mushishi, XXXholic, le pacte des yokai.. Inu Yasha que je ne connais que de nom..Je pourrais même rajouter ceux dont ce n'est pas le thème principal: Urusei Yatsura qui fait souvent intervenir des créatures folkloriques, Hikaru no go et son fantôme dans un des rôles principaux, Saiyuki ou Dragon ball qui tous deux parodient l'histoire du roi des singes de deux manières différentes.. Même les shinigami de Deathnote peuvent faire l'affaire, du moment que c'est typiquement asiatique ( je ne compte pas ici Black Butler qui se passe en Angleterre avec des démons bien de chez nous)

En littérature, j'ai moins d'idées à part ceux que j'ai chroniqués : dur, dur parlait de fantômes, l'oeil du serpent évoque les serpents mythiques, Rashômon est assez fantastique et contient " les kappa".. les monstres sont plus marquant dans le domaine visuel
Sylvain, je compte sur toi pour me montrer des estampes monstrueuses comme celle que je détourne pour l'occasion:

et donc, quelques camarades semblent intéressé(e)s par la chasse aux monstres orientaux:
 Hilde Du Livroblog, co-sorcière en chef du challenge Halloween et Lou de Myloobook la 2°co-sorcière en chef qui suivra de loin la chasse,
Sylvain de Curiosa Tempora, collectionneur d'estampes plus ou moins hantées,
Marjorie, la norne du challenge nordique des chroniques Littéraires 

mardi 7 juillet 2015

Kitchen - Yoshimoto Banana

Comme j'ai bien aimé Dur Dur, je m'étais promis de lire Kitchen lorsqu'il serait enfin disponible à la bibliothèque , encore un ouvrage qui est souvent sorti).

Ce recueil contient  trois nouvelles, les deux premières sont liées et forment un diptyque, la troisième est tout à fait indépendante.

Kitchen: 
La jeune Mikage est un peu perdue, car sa grand mère qui l'a élevée à la mort de ses parents vient de mourir à son tour, alors que Mikage est encore étudiante. Elle tourne en rond, dort dans la cuisine ( le bruit du réfrigérateur la calme, et lui fait oublier sa solitude) et se laisse aller à sa tristesse lorsque l'évidence s'impose à elle: il va falloir déménager, car elle n'a ni travail, ni ressources et ne peut continuer à payer le loyer. Le secours va lui venir de Yûichi, un étudiant de son âge qu'elle ne connait que de vue, mais qui était très lié avec sa grand-mère, et de sa mère Eriko, les deux vivent dans une maison assez grande et proposent à Mikage de l'héberger. Les gens qu'elle va apprendre à connaître sont tout sauf classiques. Yûichi est un gentil garçon, un peu solitaire et secret, et pour cause: sa mère l'exubérante Eriko n'est pas sa mère mais son père, qui travaille comme " entraîneuse" dans un bar de travestis. Yûichi le vit plutôt bien mais évite malgré tout de le clamer sur tous les toits.  six mois passés à squatter chez eux, et cette nouvelle famille recomposée va lui redonner goût à la vie.

La pleine lune:
Six mois plus tard, Mikage a retrouvé sa joie de vivre et employé toute son énergie à apprendre la cuisine. Grâce à  sa motivation, elle a réussi a décrocher un emploi d'assistante dans un cours de cuisine. C'est alors qu'elle apprend la mort d'Eriko, dans des circonstances particulièrement tragiques. Ni une ni deux, cette fois, c'est Yûichi qui a besoin d'elle et de son soutien, elle va se démener pour lui changer les idées à son tour, et l'empêcher de sombre r dans la dépression et l'alcoolisme. Quitte à faire des kilomètres en pleine nuit pour lui amener un plat particulièrement succulent qu'elle a eu l'occasion de goûter par hasard ( oui la cuisine, en tant que pièce, mais aussi en tant qu'activité, joue un grand rôle dans les deux nouvelles).

Moonlight shadow:
 Satsuki, 20 ans et quelques, est inconsolable. Quelques mois plus tôt, Hitoshi, son petit ami est mort dans un accident de voiture avec la petite amie de son frère alors qu'il la ramenait à la gare pour prendre son train. Les quatre jeunes étaient inséparables, mais pour Satsuki, comme pour Hiiragi, le petit frère, perdre deux personne d'un seul coup, c'est très difficile à accepter. Chacun tente de faire face comme il le peut: Hiiragi essaye de surmonter son chagrin en allant au lycée en fille, une manière pour lui de faire survivre la défunte, Satsuki s'est plongée à corps perdu dans le jogging, jusqu'à s'en rendre malade. Mais elle s'arrête toujours avant de traverser le pont qui sépare son quartier de celui où vivait Hitoshi. C'est lors d'un jogging matinal qu'elle rencontre par hasard Urara une fille étrange, plantée sur le pont. Les deux filles se revoient plusieurs fois et Urara finit par lui faire promettre de se retrouver un jour à une heure précise au bord de la rivière où quelque chose de rarissime va se passer...quelque chose lié à la rivière et aux âmes errantes.

J'ai attendu justement aujourd'hui pour publier ce billet, en écho au précédent sur Tanabata. Et voilà la preuve de ce que je disais, sur le fait que cette légende est tellement célèbre qu'elle est souvent évoquée directement ou indirectement ( ici , le nom de la fête est même cité, même si l'action ne se déroule pas pendant la fête): la rivière qui séparent les amoureux, le pont infranchissable, la mort aussi inéluctable qu'un décret divin.

Ces trois nouvelles sont très réussies, j'aime beaucoup le fait que les protagonistes ne soient pas classiques mais dégagent beaucoup de chaleur humaine, que la cuisine et les plaisirs de la table soient vraiment un lien entre les gens, qu'il y ait la nécessité de trouver en soi-même ses propres ressources pour rebondir après un coup dur et que l'amitié soit au centre de tout.
Les sujets sont tragiques ( la mort, le deuil, l'alcoolisme et même le meurtre) mais les textes ne le sont pas, et sont même plutôt positifs, mettant en scène des gens que la société classeraient comme losers, mais qui ont en fait d'énormes ressources qui forcent le respect.

Encore un auteur qui me plaît particulièrement avec Aki shimazaki, deux jolies découvertes depuis l'été dernier. JE vais la suivre elle aussi particulièrement.


Tanabata, la fête des étoiles

Que voilà une fête sympathique à laquelle je n'ai pas eu l'occasion hélas de prendre part, n'étant jamais allée au Japon à cette époque.

Tous les ans le 7 juillet au Japon (en fait le 7° jour du 7° mois, c'est juillet qui est retenu maintenant le plus souvent, mais certaines régions ont encore pour tradition de le fêter l 7° jour du 7° mois lunaire, ce qui donne vers mi août) c'est Tanabata, la fête des étoiles d'inspiration chinoise, parfois appelée " saint Valentin chinoise"
Festival de Tanabata à Edo - Hiroshige - 1852

Elle est basée sur une légende très connue à laquelle il est fait fréquemment référence dans les films, romans, nouvelles, manga et toutes production artistique, et qui est censée expliquer l'astérisme (bien réel)  du triangle d'été, formé par trois étoiles très brillantes particulièrement visibles à cette période: Deneb dans la constellation du cygne , Vega dans celle de la lyre, et Altaïr dans celle de l'Aigle.
L'association d'une constellation ou d'un astérisme  avec une légende est fréquente y compris en Europe, puisque beaucoup des noms de constellations font référence à la mythologie grecque. Par contre nous n'avons pas de fête qui y soit liée, et célébrée encore au XXI° siècle.
Par exemple la constellation de la lyre justement est en Europe probablement liée à la légende d'Orphée. Hé bien, c'est comme si on avait décidé à un moment " tiens, si on faisait une fête au moment où la constellation de la lyre est bien visible, on pourrait faire une fête de la musique, ou mieux une fête de l'amour, parce qu'Orphée est parti chercher sa femme décédée jusque dans le monde des morts..."

Vous me direz probablement que ça n'est pas très joyeux pour une fête de l'amour.. Mais la légende asiatique à laquelle il est fait référence, qui prétend expliquer pourquoi Altaïr et Vega sont deux étoiles particulièrement brillantes séparées par la voie lactée à laquelle il est fait référence n'est pas franchement joyeuse non plus.
il y en a plusieurs versions, mais la plus courante est celle ci:

On raconte qu'Orihime ( l'étoile Véga), nymphe céleste chargée de tisser les nuages tomba amoureuse de Hikoboshi (Altaïr) un humain, un mortel, bouvier. Les deux se marient mais tout à leur lune de miel cessent leur travail...Evidemment, quelle que soit la mythologie, les unions entre êtres divins et mortels sont rarement bien vues.
La réaction des dieux ne se fait pas attendre: les époux se retrouvent séparés, chacun de leur côté de la rivière céleste (la voie lactée) et n'obtiennent au final l'autorisation de se retrouver qu'un jour par an, le 7° jour du 7° mois, à la condition de reprendre leur travail les 364 autres jours. Deneb représente selon les légende leur alliée ( une pie) ou leur chaperon (probablement pour éviter qu'ils ne décident de s'enfuir ensemble dès que personne ne les verra).
Décorations pour la fête à Sendai,  image trouvée ici
 Du coup, le festival de Tanabata est un jour de liesse: danses, animations dans les rues, parades, décorations, feux d'artifice..

illumination représentant la voie lactée à Kyoto
Traditionnellement, les gens inscrivent des voeux sur un papier ( réussite, santé, amour, succès divers..) qu'ils accrochent aux arbres. Les dieux sont de tellement bonne humeur ce jour là qu'ils ne manqueront pas de les exaucer.
dessin par Oi chan
Mais pour cela il faut qu'il fasse beau, car s'il pleut, le bouvier et la tisserande devront attendre l'année suivante pour se retrouver.

Etrangement autant la Saint Valentin européenne me gonfle et me paraît tirée par les cheveux ( le rapport entre un obscur saint romain et  les amoureux est quand même loin d'être évident!), autant là, la légende est plutôt mignonne sans être trop tarte, donc ça va. Et puis ça parle d'astronomie!

 En fait, vu que j'aime la mythologie en général, de ce point de vue là, ça passe beaucoup mieux que la saint Valentin européenne: on est plutôt du côté " faire un voeu et croiser les doigts" que "dépenser des mille et des cents parce que c'est comme ça" qui me gêne énormément dans la version européenne, qui n'a au final pas grand chose de festif. J'aime bien l'idée aussi que tout le monde puisse participer gratuitement, assister aux animations, célibataire ou non, en famille, entre amis. Tous les prétextes sont bons pour faire la fête...


Une autre tradition que l'on peut trouver associée est le Teru Teru Bôzu: une amulette faite maison avec du papier ou du chiffon, qui ressemble à un petit fantôme, et que les enfants font et suspendent près d'une fenêtre. Elle est censée attirer le beau temps lorsqu'une activité en extérieur est prévue le lendemain. Une sortie, un pique-nique ou un matsuri, comme celui de Tanabata, où justement l'état du ciel fait partie intégrante de la légende. Là aussi c'est une chose que l'on retrouve dans une foule de dessins animés ou manga. On prie la figurine de faire venir le beau temps.. en la menaçant dans le cas contraire de lui couper la tête. Brrr les enfants sont effrayants!
Celui de Yotsuba est vraiment géant .. et plutôt flippant
 Ce qui m'amène à la prochaine fête, pas plus tard que la semaine prochaine: ô-bon, la fête des morts, où la tradition est de raconter des histoire de monstres et de fantômes!

Origine, légende et tradition deTanabata
variantes de la légende

samedi 9 mai 2015

Psycho-pass saison 1

Encore une série que j'ai découverte totalement par hasard en trainant sur les forums geeks, et dès le premier épisode , j'ai vraiment bien accroché à ce mélange policier + SF, un peu dans l'esprit de Ghost in the shell.

Au Japon dans une centaine d'années. La société est sous contrôle d'une entité nommée " système Sybil" qui organise tout au mieux. Les gens sont sélectionnés dès leur enfance selon leurs aptitudes afin de remplir la tâche qui leur convient le mieux. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes tiré au cordeau, plus besoin de réfléchir ou de se compliquer la vie, tout le monde est destiné à être heureux.

Vous savez comme moi que rien n'est plus faux, et qu'il n'y a pas pire cauchemar qu'un monde utopique.

L'autre grande application du système Sybil, c'est la loi et la justice Pour s'assurer que rien ne viendra perturber le bon fonctionnement de la société, il a été mis en place un contrôle très sévère de l'état nerveux de tout-un -chacun, appelé le Psycho-pass, sorte de code couleur qui varie en fonction de l'état de stress, que la police peut scanner, afin d'arrêter les potentiels criminels AVANT qu'ils n'aient même l'idée de passer à l'acte.

c'est bleu, le chiffre est au dessous de 160, donc, c'est bon..le chef n'est pas encore dangereux
Pour cela les forces de l'ordre disposent d'un pistolet spécial, le "dominateur"qui analyse les données et neutralise de lui même les contrevenants ou potentiels contrevenants, si et seulement si leur psycho-pass dépasse le chiffre de 160.  Plus de réflexion à avoir, le policier n'est là que pour superviser, tout est automatisé. Zéro  prise de décision humaine, donc zéro risque de bavure. La société est divisée en gens "normaux" au psycho pass de couleur claire, et en "criminels dormants" (qui peuvent n'avoir rien fait de toute leur vie et ne rien projeter d'illégal mais sont considérés comme danger potentiels car sensibles au stress) , isolés du reste de la société que leur simple existence menace en théorie. Certains préfèrent d'ailleurs mettre leur "potentiel" criminel au service de la police, en tant qu'exécuteurs, plutôt que de rester enfermé toute leur vie.
une chose que j'ai apprécié dans cette série: des personnages d'âge varié. C'est tout bête, mais là, tout le monde n'a pas l'air d'avoir 25 ans, et ça fait plaisir et ça ajoute en crédibilité.

C'est dans ce monde que commence à travailler Akane Tsunemori, inspectrice débutante, qui va devoir superviser une équipe d'exécuteurs: à eux le sale boulot de neutraliser d'arrêter les gens, car fréquenter de trop près les vrais criminels peut réveiller vos propres instincts dangereux, comme ça la vraie police garde les mains propres et un psycho-pass clair. Car bien sûr, et c'est ce qu'Akane découvre vite, personne n'est à l'abri d'un coup de stress qui peut vous faire passer du jour au lendemain du mauvais côté de la barrière, et plusieurs des gens qu'elle a sous ses ordres ont été auparavant des flics comme elle, qu'une enquête plus dure que les autres a fait basculer du côté "criminels dormants", l'image de Kôgami, le collègue au caractère difficile dont elle se méfie d'emblée car il a a le plus fort risque théorique de basculer du côté des malfaiteurs. Kôgami lui renvoie surtout l'image de ce qu'elle-même pourrait devenir dans un futur plus ou moins proche si elle n'arrive pas à garder des nerfs d'acier.
Dans cet univers, on peut instantanément changer de vêtements grâce à une boîte à hologramme ( le rêve: bosser en pyjama et donner l'illusion d'avoir la tenue réglementaire)

Ce qu'elle découvre aussi, c'est la logique implacable du système Sybil. Dès l'épisode 1, une femme est enlevée et torturée par un criminel, qui se retrouve neutralisé. Sauf que la victime peut à son tour développer des instincts de conservation passant par la légitime défense, et donc la violence. Peu importe, pour le système, la victime devient à son tour criminel dormant à neutraliser. Aucune marge de manoeuvre, aucune place pour la réflexion, ce qu'Akane semble avoir du mal a accepter - on la comprend.

Et bien sûr d'enquête en enquête, une ligne directrice s'amorce: Akane qui se méfie de ces collègues "pas très clairs" et qui se rend compte que ceux que la société rejette sont simplement des humains, pris dans un système inhumain qui tente de tout niveler, et de fait, ne fait que les enfermer un peu plus tous les jours dans un cercle vicieux.

La facture du dessin animé en lui même est classique, conforme à e qui se fait  à l'heure actuelle, rien de spécial de ce côté là, la narration aussi, est c'est quand même plutôt une bonne chose je dirais vu la complexité des thèmes et des réflexions qu'il peut faire surgir au sujet de la justice. Qu'est-ce qui est juste ou pas? Quel niveau d'illégalité peut être toléré? Doit-on condamner des gens sur un simple soupçon, parfois même dès l'âge de 4 ans, avant qu'ils aient commis quoique ce soit, pour préserver la tranquillité théorique de la société?

Que ça fait plaisir, mais que ça fait plaisir de voir ce genre de réflexions jaillir d'un dessin animé. Après que ce soit par la teneur des thèmes abordés que par la violence, ça n'est certainement pas un dessin animé pour les enfants, hein, l'élimination des criminels dangereux est quand même un poil gore. Ok, carrément gore par moment (il y a un épisode où un tueur maniaque fait de l'art avec les cadavres de ses victimes - et un petit clin d'oeil au passage au Silence des agneaux - par exemple, mais ça n'est pas de la violence gratuite juste pour le plaisir de faire du glauque, c'est intégré logiquement au récit.

Au passage, ce dessin animé se paye le luxe de citer le "discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité" de Rousseau, ou Kierkegaard, ça, j'avoue je ne l'avais pas vu venir. D'autres philosophes aussi, ou les tragédies de Shakespeare. Ou le sociologue français tout à fait contemporain Michel Wieviorka ( que la plupart des français ne connaissent pas, je suis restée sidérée de le voir cité dans un anime! et je ne le connais que parce que j'ai fais des recherches annexes pendant mes études de lettres, et qui a écrit en particulier sur les mouvements sociaux, les fondements du racisme et de la violence sociale) Et un anime qui a des références aussi pointues, je n'avais pas vu ça depuis.. en fait non, je n'avais jamais vu ça tout simplement, ça fait du bien de ne pas être prise pour une neuneu inculte.

L'autre bon point, c'est la technologie: les créateurs se sont vraiment fait plaisir à imaginer une technologie du futur. Montres et déguisement holographiques par exemple. Non parce que c'est ballot, mais quand je vois une série ou un film de SF censé se passer dans 50 ou 100 ans, où tout le monde bosse sur Windows 8 et ou la technologie est le must de 2012, ça me fait plutôt rire. Là, ça va, on a encore de a marge.
Après les images sont sous titrées en anglais, mais la série est facilement trouvable en streaming sous-titré français, ou doublé en français (elle a été récemment diffusée sur France 4, en VF mais je ne pense pas qu'elle soit accessible en replay. Mais pour moi, c'est VOST obligatoire, j'ai un mal infini à voir des séries récentes en VF)

Une série qui est un gros coup de coeur pour sa première saison, je pense que je chercherais la suite pour cet été.

lundi 6 avril 2015

Seins et oeufs - Kawakami Mieko


"Seins et oeufs", ce titre étrange m'intriguait depuis un moment. C'est l'histoire de Makiko, une quadragénaire qui vivote à Ôsaka en élevant seule sa fille Midoriko, 11 ans, et peinant à joindre les deux bouts avec son travail dans un bar plutôt miteux. Et pourtant cette femme avec si peu de revenus est soudain la proie d'une obsession: se faire refaire les seins. Une marotte qui déplaît souverainement à Midoriko: elle grandit, voit changer son corps, plusieurs de ses copines ont eu leurs ragnagnas et l'idée que ça va lui tomber sur la tête un de ces jours et qu'elle va subir ça une fois par mois prenant des décennies la déprime au plus haut point ( nota: je la comprends totalement de ce point de vue). Pour elle pour qui ce changement est une malédiction, l'obsession de sa mère est incompréhensible. D'autant que Makiko rebat les oreilles de tout le monde avec cette opération, mais ne donne jamais le moindre début d'une explication ou d'une raison. Le choses finissent souvent en dispute avec sa fille qui pour éviter ça, décide de ne plus parler, mais là encore, Makiko ne se pose pas de question, obnubilée par sa poitrine. Le duo déboule un beau jour, chez Natsu, la soeur de Makiko, et la tante de Midoriko. Les choses vont-elles s'arranger grâce à l'intervention d'une tante extérieure à la dispute?

En voilà un que j'ai eu du mal a me procurer à la bibliothèque, apparemment il a eu beaucoup de succès.
Et en fait c'est une déception pour moi.

Le sujet était pourtant intéressant à la base: des relations mère-fille tendues, le point de vue de 3 femmes de la même famille mais d'âges différents sur la pression sociale faite aux femmes et le formatage: être belles, être féminines, avoir des enfants. or finalement, tout ça n'est qu'ébauché.
 Makiko est agaçante à force d'être vaine, jamais elle n'explique la vraie raison de son obsession à se faire refaire la poitrine, elle se met en boucle sur ce sujet, et franchement le lecteur se dit très vite qu'en effet elle devrait consulter un médecin, mais pas un chirurgien esthétique, c'est plutôt au niveau psychologique qu'elle déraille.
Midoriko, la gamine en plein désarroi est un personnage plus réussi, les pages qui relatent sa souffrance intérieure en nous donnant accès à son ressenti personnel sont plus intéressantes. Mais voilà, parfois elle s'exprime bien, presque trop bien pour une fille de 11 ou 12 ans. Mais bon on ne va pas chipoter, les passages où elle s'exprime par écrit sont les meilleurs du livre, et bien qu'étant la plus jeune, c'est vraiment elle la plus réfléchie du trio, en tout cas , celle qui, avec ses expressions parfois enfantines, se pose les vraies questions. Et cerise sur le gâteau, s'interroge parfois sur les mots, le vocabulaire et ce que peuvent cacher les concepts.
 Et Natsu, qui fait l'arbitre entre les deux, bien qu'étant la principale narratrice, reste tellement en retrait, narre, mais sans jamais dire à haute voix ses pensées lorsque sa soeur déraille, elle s'implique peu et reste passive, ce qui fait que l'action n'avance pas et, après un coup d'éclat, ne reste que le statu-quo: certes Midoriko a recommencé à parler, mais elle n'a pas obtenu de réponse lorsqu'elle demande "la vérité" à sa mère. quelle vérité? La vraie raison de cette obsession mammaire, ou la vérité concernant un père qu'elle ne connait pas et qui a  filé à l'anglaise à sa naissance? Au court de ma lecture, j'ai plutôt l'impression que c'est cette seconde chose qui aurait débloqué la situation, et aurait donné un nouvel élan au sujet. Mais non, rien de ce côté.

C'est dommage, il y avait des choses à dire sur la pression sociale, la représentation de LA femme dans l'idée collective ( et ceux qui me connaissent savent à quel point je peux gueuler tous les ans contre" la journée de LA femme".. sans dec' on est plus de 3 milliards et demi d'individus ayant 2 chromosomes X sur terre, il serait temps de mettre au pluriel. On ne se ressemble pas toutes et c'est tant mieux), c'est à peine évoqué dans un ping-pong verbal rapporté par Natsu entre une fille qui veut se faire refaire les seins et une militante qui l'enjoint de réfléchir à sa soumission à une norme dictée par les médias. Là, il y avait matière, mais le passage est très court, les arguments sont stéréotypés comme peut l'être une discussion entre deux personnes aux idées opposées campant sur leurs positions. Mais au moins il y avait le mérite de débattre, certes en faisant rire.

Sauf que ça n'aboutit à rien. Si encore Natsu utilisait le prétexte pour aborder sujet avec sa soeur, tiens au fait, j'ai entendu ça et ça.. mais là encore, non.

Et des personnages qui s'enlisent dans leur coin à force de non-dit, ça a un peu tendance à me saouler. Du coup je n'ai même pas apprécié la scène de pétage de plombs de Midoriko, censée être libératrice, mais qui tranche tellement avec la banalité de ce qui précédait qu'elle paraît trop théâtrale et fait l'effet d'un pétard mouillé. Et puis le côté symbolique appuyé ( Midoriko pique une crise, et se casse des oeufs sur la tête: les oeufs, les ovules, le symbole de la féminité qu'elle refuse, tout ça.. pas subtil donc)
Donc non, un échec pour moi, surtout par manque de caractérisation des personnages et par le fait que chaque bonne idée soit systématiquement abandonnée pour partira dans une direction platounette. J'aurais vraiment aimé l'apprécier, mais loupé pour moi.

samedi 4 avril 2015

Une histoire singulière à l'est du fleuve - Nagai Kafû

Comme j'avais bien apprécié "Scènes d'été" récemment, j'ai décidé d'enchaîner sur un autre titre du même auteur.

Le fleuve en question, c'est le Sumidagawa qui traverse Tôkyô. A l'est se trouvent les quartiers populaires, anciens villages peu à peu grignotés par la grande ville :Mukôjima et Terajima, habités par les ouvriers et Tamanoi, le quartier des prostituées.
C'est dans ces endroits là, en 1936, que déambule Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire à la recherche d'une inspiration pour finir le roman qu'il a commencé d'écrire: son héros a fui une vie maritale ennuyeuse après 20 ans de mariage et l'auteur envisage de le faire se cacher dans une de ces banlieues en compagnie de sa maîtresse entraineuse de bar. Mais l'auteur sèche un peu pour conclure une histoire que lui même trouve assez peu crédible.
L'inspiration lui viendra suite à la rencontre fortuite d'O-Yuki, prostituée des bas quartiers qui s'incruste un soir de pluie sous son parapluie. Tadasu se prend au jeu et revient la voir, pas tellement pour les plaisirs qu'on peut trouver avec une prostituée, mais plutôt parce qu'O-Yuki a un style un peu suranné, qui lui rappelle le temps passé. Car le vrai souci de Tadasu, c'est qu'il a du mal a accepter le changement, la mutation de la ville: il n'arrive pas à rester chez lui, car le son des radios et phonographes de ses voisins l'empêche de travailler. Le quartier où vit O-Yuki étant assez miséreux, la modernité ne s'y est pas encore vraiment implantée. Et même si le canal qui y passe est crasseux et infesté de moustiques, on y est tranquille, dans le silence.

J'ai moins aimé ce texte que Scènes d'été, on y est plus dans la description des promenades de l'auteur en panne d'inspiration et de ses regrets du temps passé que dans le réel récit que pourrait laisser présager le titre. Dans le fond, l'histoire n'est pas si singulière que ça.

Mais plusieurs choses m'intéressent. L'auteur comme son personnage évitent la police: Tadasu a déjà été interpellé une fois un soir, un homme des beaux quartiers dans ce lieu populaire paraissant d'emblée louche à une police qui semble sur les dents. On est à l'été 1936, et on sent déjà que quelque chose couve, les gens se soupçonnent, la situation n'est pas tranquille. Des choses se passent notamment du côté de la Mandchourie et le pays vient de connaître une tentative de putsch au mois de février

La mise en abîme est sympathique: C'est Nagaï Kafû, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'aventure de Ôe Tadasu, écrivain sexagénaire et viveur notoire, qui raconte l'histoire d'un sexagénaire en fuite avec une prostituée. L'auteur, son personnage et le personnage de son personnage sont tous des gens en marge de la société. Et souvent, les pistes se brouillent, on ne sait plus trop lequel s'exprime de Nagai ou de Ôe. Le livre de Nagai se passe en 1936 et a été écrit en 1936, et fait référence à des événements contemporains, ou à des gens qu'il a personnellement connu. Personnellement, j'aime bien cette espèce de dédoublement.
Tôkyô années 30, une image trouvée ici

La troisième chose qui m'interpelle, c'est le fait que le sexagénaire de 1936 (je vous laisse choisir lequel de l'auteur ou du personnage) regrette le passé et tente d'en retrouver des traces dans son époque. Et trace un portrait d'une ville.. qui n'existe déjà plus pour le lecteur du XXI° siècle, et que donc, sa déambulation et sa critique du Tôkyô des années 30, ressuscite involontairement le Tôkyô des années 30, où, même si les traditions se perdent, on peut encore croiser des femmes en kimono et geta coiffées d'un chignon sophistiqué qui croisent des "modern-girls" équivalent japonaises des flappers américaines ou des garçonnes en France.

En tout cas un auteur que je lirais à nouveau si j'arrive à mettre la main sur d'autres ouvrages, la bibliothèque de ma ville est assez pauvre en ouvrages japonais non contemporains.