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lundi 23 mars 2015

Dur, dur - Yoshimoto Banana

Encore un auteur dont j'ai vu le nom ici et là sur les blogs ( et comment oublier un pseudo pareil, " Banana"?), une écrivaine contemporaine de la même génération que sa compatriote Ôgawa Yoko que j'ai découverte il y a peu. Et comme j'ai entrepris de dévaliser le rayon " histoires courtes" de la médiathèque, j'ai choisi un peu au hasard ce recueil de deux nouvelles , ou contes, dont le point commun premier est d'avoir le mot " dur" dans le titre. Les autres points communs étant un cadre temporel similaire ( l'automne, qui est presque un personnage à part entière) et la thématique du deuil.


Dans Peau dure ( hard- boiled, étonnamment, les titres originaux sont en en anglais, littéralement "dur" comme la cuisson des oeufs, de manière imagée " dure-à-cuire"), une narratrice anonyme en randonnée dans la montagne, est victime d'une série d'incidents fantastiques, à la limite du surnaturel: un caillou noir lié à un sanctuaire abandonné semble la suivre partout et attirer la malchance, l'hôtel qu'elle a choisi se révèle sinon glauque , du moins étrange, et l'ambiance générale lui fait faire des rêves dérangeants liés à son passé: Autrefois elle a eu une brève liaison avec Chizuru, une autre femme, un peu médium. Les deux femmes ont vécu ensemble dans un appartement à peine plus confortable qu'un squatt, avant de rompre sans heurts ni larmes de cette histoire sans avenir. Chizuru est morte accidentellement peu de temps après, et la narratrice ne s'était pas vraiment rendu compte que cette perte lui rongeait la vie, jusqu'à cet automne.

Dans Coup dur ( hard-luck) c'est une famille entière qui est victime d'un coup du sort: Kuni-chan, la fille aînée est mourante, dans le coma après une attaque cérébrale, probablement due à un excès de zèle au travail. La situation est difficile à vivre surtout pour sa soeur, la narratrice qui était très proche d'elle, qui a bien du mal a accepter l'inéluctable, tout en reconnaissant à mi-mots qu'il serait peut-être moins pénible que Kuni-chan meure vraiment, plutôt que cette non-présence qui n'est pas vraiment une absence. C'est Sakai, le frère de l'homme que sa soeur allait épouser, un type un peu original mais sensé, qui va l'aider à passer le cap au moment fatal.

J'ai beaucoup, mais alors vraiment beaucoup aimé ces deux nouvelles, plus encore qu'" une parfaite chambre de malade" sur un sujet similaire ( en tout cas similaire au deuxième texte). D'abord parce que les deux sont bien ancrés dans la réalité, mais avec une petite touche de fantastique bienvenue. Et un humour léger, qui se traduit en situations cocasses:  dans la deuxième nouvelle, l'héroïne revient en voiture avec son père après avoir accompli la tâche déprimante de vider le bureau de sa soeur.. mais le retour dans une voiture trop petite qui déborde de trop de cartons est à la fois un moment comique - l'humour aide à surmonter l'angoisse- mais aussi un rapprochement très mignon entre un père et sa fille qui subissent un même choc et luttent chacun à leur manière pour ne pas se laisser abattre. Dans la première nouvelle, c'est une narratrice plutôt réaliste qui se retrouve aux prises avec des fantômes...et pas seulement ses propres fantômes. Mais dans les deux cas, ce sont des femmes fortes, qui ne se laissent pas abattre par les circonstances, et ça, ça fait très plaisir à lire. Les thèmes sont lourds, mais le traitement est optimiste.
Encore un auteur que je vais suivre.


dimanche 8 mars 2015

Scènes d'été - Nagai Kafû

Et dans la même foulée que Mokusei, ma dernière virée à la bibliothèque a fait atterrir ce petit volume entre mes mains. Encore un auteur que je ne connaissais que de nom, et je dois dire que je suis contente de ma découverte.

Scènes d'été est une nouvelle, écrite en 1914, publiée en 1915 dans des circonstances assez comiques comme nous l'explique la postface: l'auteur savait qu'il risquait d'être censuré et a donc décidé de faire paraitre sa nouvelle un samedi, pendant les jours de fermeture du service chargé de surveiller les publications. Lorsque le travail a repris le lundi, et que les censeurs ont voulu faire interdire la publication, trop tard! L'intégralité des volumes imprimés avait été déjà vendue.
Celà donne une idée du genre d'électron libre qu'était Nagai: un anti conformiste à tous les niveaux qui a envoyé bouler le carcan social et familial dès qu'il en a eu l'occasion, divorçant 'une femme imposée par sa famille pour se mettre à la colle avec une demi-mondaine.

Et c'est cette expérience qu'on retrouve dans la nouvelle à travers l'aventure un peu ridicule de Keizô, bon bourgeois bien comme il faut qui, à l'instar de l'auteur, fréquente assidument les quartiers des plaisirs de Tôkyô. Il s'est en particulier entiché de Chiyoka, qui porte le titre ronflant de Geisha, mais est loin de l'idéal de raffinement et de classe qui est au coeur du métier. Disons-le carrément: Chiyoka est simplement une prostituée, et pas du meilleur niveau: plutôt laide de l'avis de ses consoeurs, et surtout débraillée, nonchalante, bordélique, volontiers négligée et d'une hygiène parfois douteuse. Et pourtant elle ne manque pas de clients. Ce sont même tous ces défauts qui lui attirent un certain succès dans la profession: au milieu des filles tirées à quatre épingles, on ne voit qu'elle, et sa rusticité est au final son principal atout. Et comme elle n'est pas de première jeunesse ( comprendre 25 ans), elle a déjà remboursé une bonne partie de la dette qu'elle doit à l'établissement où elle officie, et c'est donc l'occasion pour Keizô d'en faire sa maitresse officielle à peu de frais en finissant de rembourser la dette et en l'installant dans un petit appartement avec une petite pension mensuelle. La chose était monnaie courante et même une marque de richesse, un peu comme les riches européens qui avaient "leur" danseuse. Mais Keizô est radin, et la petite pension est vraiment trop petite: qu'a celà ne tienne Chiyoka, rebaptisée O-chiyo, a maintenant un endroit à elle pour continuer à tapiner tranquillement en douce de son protecteur.

J'ai bien aimé cette histoire, souvent drôle, la nonchalance d'O-Chiyo est vraiment aux antipodes de la grâce mise en avant dans le monde de l'Ukiyo-e, et, entre le protecteur et la protégée, le plus malin n'est pas celui qu'on croit, le rapport de domination finit par s'inverser du fait de l'inertie absolue d'O-Chiyo sur qui les engueulades n'ont aucune prise et c'est Keizô qui finit par avoir l'impression d'être au service rémunéré de cette femme.

Nagai n'était pas seulement un trublion excentrique, mais aussi un fin connaisseur de littérature européenne, et ça se sent bien dans ce texte. Il a notamment lu Zola et Maupassant, et il y a quelque chose de l'auteur de La Maison Tellier et de Boule de suif dans cette histoire de demi-mondaine. Contemporain d'Akutagawa, un autre adepte de littérature européenne, c'est vraiment ce genre d'auteurs que je conseillerait à quelqu'un qui voudrait faire une première expérience de littérature japonaise, sans trop savoir par où commencer. Les deux sont volontiers ironiques, Akutagawa est plus sombre, Ce titre de Nagai est plus léger. En tout cas, je continuerai à découvrir cet auteur, dont la découverte m'a bien plu.

Ici, une courte biographie de l'auteur agrémentée de quelques extraits de la nouvelle

jeudi 5 mars 2015

Mokusei! Une histoire d'amour - Cees Nooteboom

 Une suggestion de lecture trouvée ici, sur le tout récent blog de ma camarade babélionaute Myrthe. Et comme il m'a fallu aller renouveler ma carte de bibliothèque, j'en ai profité pour faire une petite virée dans les rayons..

Une histoire d'amour.. ou plutôt une histoire de ruptures.
Entre Arnold,le photographe hollandais  et le Japon, qu'il a pourtant adulé.
Entre Arnold, et sa muse Satoko, surnommée " Mokusei", les choses étaient vouées à l'échec, dès le départ. Arnold est tombé amoureux de Satoko lors de son premier voyage, alors qu'il recherchait un modèle pour un dépliant touristique. Satoko, qu'il a choisie après avoir vu de nombreuse photos de mannequins, trop "occidentalisées" à son goût, parce qu'elle faisait plus "authentiquement japonaise" à ses yeux d'occidental Une liaison qui était factice dès les départ: La campagne publicitaire devait comporter une photo de femme en kimono, Satoko correspondait non à la réalité du Japon du début des années 80, mais à l'idée que s'en faisait Arnold: le Japon éternel, figé dans ses rituels, son idéal d'harmonie.
Mais voilà Arnold a idéalisé Satoko, comme il a idéalisé le pays, en refusant de voir ses réalités contemporaines, ses banlieues moches et bétonnées comme on en trouve partout ailleurs. Et pourtant il avait été prévenu par un de ses amis diplomate qui y vivait depuis longtemps: le pays que tu cherches n'existe pas, n'existe plus, c'est comme résumer la hollande à  la peinture flamande,  et à trop idéaliser les choses, on finit par tomber de haut.. puis par les détester de ne pas correspondre à ce que l'on imaginait. Au premier voyage, Arnold n'a vu, et surtout, voulu voir que les bons côtés du pays.. au 5° il n'est plus capable que de voir ce qu'il a volontairement occulté jusque là. Et son rejet est aussi total que l'était son obsession, pour Satoko, et pour le pays qu'elle représente.

Plus que l'histoire d'amour entre deux personnages, c'est la réflexion sur la fascination que peut exercer un pays en général que je trouve intéressante. Arnold ne s'intéresse au pays et à sa culture que de manière sélective, en choisissant ce qui va dans le sens de ses préjugés sur ce que doit être la culture locale, le pays, les habitants, et ne se laisse pas la possibilité d'être déçu.

Et vous savez quoi? Des gens comme ça j'en connais. j'en ai rencontré lors de mes 4 voyages. Des qui n'y étaient allées que pour un aspect précis: la mode, le shopping, les jeux vidéo, les salles d'arcades, draguer les japonaises (oui..). La personne qui n'y allait quasiment que pour la mode et le shopping m'a confié l'an dernier n'avoir aucune envie d'y retourner, ses goûts ont changé, elle sature, et surtout elle ne supporte pas des coins comme Akihabara ( le quartier des otaku à Tokyo), qui ne sont pas ce qu'elle attend du Japon, et la dégoûtent . Oui, c'est à ce point. Exactement  le sentiment que décrit Cees Nooteboom.
Le roman date de 1980, à l'époque où peu d'européens avaient une image du Japon autre que celle classique, bouddhiste, rituelle et absolument pas contemporaine.. Celle de certains de mes camarades de voyage était 100% contemporaine, et la mode étant maintenant à la Corée du Sud, ils se sont pris de passion pour ce pays.

Personnellement, j'ai adoré mes 4 voyages, un peu moins le dernier pour d'autres raisons, mais je n'y retournerai pas ni cette année, ni probablement l'an prochain. Pour éviter la lassitude: le pays me plaît énormément, mais j'ai aussi envie de voir d'autres endroits, d'autres pays.
Ou alors, dans des régions totalement différentes, je ne pense pas remettre les pieds à Tokyo ni même à Kyoto avant un certain temps. Et aussi je veux me laisser le temps d'apprendre un peu plus la langue, pour justement en profiter vraiment à fond lors d'un prochain voyage, voire d'un stage de langue sur place, pourquoi pas.
Mais sinon, comme je suis du genre à partir quasiment les mains dans les poches et à me laisser surprendre, ben oui, il ya des choses qui me plaisent, d'autres moins, mais c'est comme ça, pas de quoi en faire une maladie.

Par contre comme j'habite un pays, et une ville touristique,  et que je bosse dans ce domaine, j'en vois à la pelle, des touristes du genre d'Arnold: qui arrivent avec une idée préconçue de ce que doit être "La France", et qui repartent déçus de ce que les villes soient sales, que les français fassent la tronche dans les transports, et tiennent rigueur au pays de ne pas correspondre à ce que les films et les prospectus leur ont vendu, au lieu d'essayer de remettre en perspective la vision idyllique et bien pastel qu'ils avaient au départ. C'est dommage.
Voilà un article sur le "syndrome de Paris", dans le sens inverse: la déception des touristes japonais ( et chinois aussi maintenant), qui arrivent en France avec une image figée.. qui ne correspond pas à la réalité, et en font littéralementdes syncopes.
(puis apparemment l'image que les touristes ont de LA française c'est: grande, mince, cheveux châtains, toujours élégante.. évidemment, s'ils me voient, je suis la négation la plus absolue de cette image, hormis les cheveux. Et pourtant je suis française, donc je comprends tout à fait le passage du livre où le manager de l'agence de mannequins ne comprend pas ce qu'Arnold veut lorsqu'il lui demande une modèle qui "fasse" japonaise. Sa réponse st évidente " mais elles sont toutes japonaises")

Un mot du mokusei: c'est un arbre qui fleurit à l'automne, en tout cas le kinmokusei, je ne sais pas s'il y a d'autres variétés. C'est ce qu'on appelle en Europe "olivier odorant" (bien qu'il en soit pas de la famille des oliviers) ou Osmanthe. L'odeur en est étonnante: on le sent beaucoup de loin, et peu de près. Une odeur sucrée sans être écoeurante, qui évoque un peu la pêche, l'abricot et le bonbon. Très agréable, dommage qu'on ne puisse pas ramener les odeurs comme souvenir de voyage autrement que sous forme d'encens.

Le Japon vu par.. un auteur néerlandais.

dimanche 22 février 2015

Le poids des secrets tome 5 - Shimazaki Aki

Suite et fin du cycle romanesque, le poids des secrets: Hotaru ( lucioles)

attention, vu qu'il s'agit du dernier tome, ce que je dis risque de spoiler les 4 premiers, donc  panneau d'avertissement

En 1995, Grand-mère Mariko a eu un accident. La vieille dame, victime d'une commotion cérébrale, semble divaguer et son entourage n'y prête pas plus d'attention que ça, considérant qu'il s'agit d'une séquelle de son accident, qui va d'ailleurs en s'améliorant. Sauf sa petite fille Tsubaki qui comprend que ce qui a l'air d'un radotage de vieille dame malade est en fait l'aveu d'une complicité de crime.

En effet, on se souvient de Yukiko commettant un assassinat dans le tome 1. Or ce crime a eu un témoin: Mariko, qui a été la première a trouver la victime et a caché le message incriminant Yukiko, bien qu'elle n'ai jamais su la raison qui l'a poussée à commettre ce crime. Pourquoi a-t-elle fait ça?

Parce que la victime, Monsieur Horibe,  était un sale type qui harcelait Mariko, et que si Yukiko ne l'avait pas fait avant elle, c'est Mariko elle même qui l'aurait tué.
 Ironie du sort on apprend incidemment plus loin qu'une 3° personne avait également des envie de meurtres vis à vis de monsieur Horibe, qui s'est fait une spécialité de sélectionner des jeunes femmes à peine majeures, encore fraîche et naïves, d'en faire ses maîtresses et de les abandonner par la suite - ou de les harceler sans fin, en réclamant un "droit de propriété" sur elles. Ceci est donc le récit de la manipulation de Mariko par le si sympathique, si souriant, si brillant, mais surtout si tyrannique monsieur Horibe, qui a conduit à la succession d'événements dont on connaît le dénouement depuis le tome 1. Le récit d'un assassinat... à l'envers.

Alors même si j'ai quelques reproches à faire à l'écriture, un peu répétitive ( je ne compte plus les fois où quelqu'un dit " j'ai eu un coup au coeur".. "j'ai eu un moment de panique" ou quelque chose du genre aurait fait l'affaire pour éviter la répétition d'une expression tellement peu courante qu'on est obligés de s'en souvenir, mais bon...) j'aime beaucoup cette narration éclatée en 5 tomes qui s'éclairent et se précisent les uns et les autres, pour arriver à expliquer à rebours les conditions qui ont amené l'événement du tome 1.
du coup je maintiens ce que je disais précédemment: le tome 4 se démarque dans le lot, puisqu'il n'est pas pleinement lié au crime ou à Mariko, et donc paraît un peu plus dispensable dans le lot

Ceci dit, je recommande chaudement la lecture de l'ensemble en gardant en mémoire qu'il n'est pas parfait, mais très agréable à lire.

lundi 9 février 2015

Le poids des secrets tome 3 et 4 - Shimazaki Aki

Juste hier, je parlais des 2 premiers tomes, voilà la suite ( les romans sont très courts est se lisent assez vite). Même principe: un secret que l'on va conserver pour le bien des autres, quitte à se torturer l'esprit pendant des années.

Tome 3: Tsubame ( Hirondelle): Cette fois, c'est Mariko, la mère célibataire de Yukio qui est au centre de l'intrigue, et tout ce qui s'est passé pendant sa jeunesse. Car elle aussi est fille naturelle, sa mère a prétendu que son père avait disparu avant sa naissance, mais est-ce bien vrai. Toujours est-il qu'en 1923, Yohni Kim, 12 ans, n'a comme famille que sa mère et son oncle. Car c'est celà son secret: Yohni Kim est sa vraie identité, sa mère est coréenne, et vit dans la misère avec l'espoir illusoire de retourner un jour au pays qu'elle a fui pour raisons politiques. Lorsque le 1° septembre 1923, la terre tremble, Yohni et sa mère s'en sortent, mais doivent faire face à une vague de racisme sans précédent: dans la panique, la rumeur se répand que les coréens profiteraient des dégâts pour empoisonner les puits et perpétrer des actes terroristes. Les coréens sont arrêtés et exécutés en masse, La mère de Yohni la laisse en garde dans un orphelinat et une église dont elle connaît le prêtre, qui la cache sous le faux nom de Mariko Kanazawa. Et ne reviendra jamais la chercher, probablement victime d'une exécution sommaire. Mariko, traumatisée, ne prononcera plus un moment pendant des mois, jusqu'au jour où elle voit des hirondelles et retrouve goût à la vie. Après plusieurs années passées sans nouvelle de sa mère, le prêtre l'emmène établir un état civil au nom bien Japonais de Mariko Kanazawa. Elle sera officiellement japonaise et pourra vivre sans risquer de persécutions. Tout le monde l'ignorera, y compris son mari, qui aurait pourtant été compréhensif, y compris son fils Yukio - car les actes de racisme touche également les migrants de 2 et 3° générations. son seul lien avec son ancienne identité est le journal de sa mère rédigé en coréen, qu'elle ne lit pas, mais se fera pourtant traduire au soir de sa vie par une vieille dame qui n'a pas renoncé à ses origines. Dedans se trouve pourtant l'identité de son père.

Tome 4: Wasurenagusa ( Ne m'oublie pas - nom japonais du myosotis)
Années 30, c'est maintenant Kenji Takahashi, futur mari de Mariko et père adoptif de Yukio qui nous raconte son histoire. Né dans une riche famille très traditionnaliste, on attend de lui qu'il soit un fils obéissant, qu'il épouse une femme bien sous tout rapprt, qu'il fasse un héritier et reprenne l'entreprise familiale. Ce qu'il fait, hormis l'héritier. Sa mère le force a divorcer, houspillant sa belle fille qui ne peut être que stérile. Lors que son ex femme se remarie et à un enfant, Kenji comprend vite d'où vient le problème, chose que sa famille ne veut pas accepter. Lorsqu'il rencontre Mariko, mère célibataire, qui lui plait, il voit de suite la solution: elle a besoin d'un père pour son fils, il a besoin d'une femme avec enfant. Mariko n'est pas assez bien pour sa famille? Qu'importe, cette fois, il prend sa décision, laisse tomber l'entreprise et ses parents et vit sa vie. La seule chose qui le taraude, c'est Sono, une dame qui fut autrefois sa nurse pendant quelque temps, que a mère a chassée parce que une fois de plus " pas fréquentable pour la famille" et avec laquelle il a gardé contact secrètement. Sono qui lui a toujours manifesté de l'affection lui est plus chère que sa propre mère si difficile à vivre. Or Sono qui voyage beaucoup est partie en Russie est n'a plus donné signe de vie  hormis une carte postale portant des fleurs blues et le nom " niezabudoka" ( ne m'oublie pas en Russe).
quartier Nihonbashi Tôkyô 1923

J'ai un peu moins apprécié des deux tomes, surtout le tome 4 en fait. Pas désagréable, mais j'ai trouvé la résolution un peu facile, attendue. Le fait aussi peut être que le vrai secret ne soit pas la stérilité de Kenji, mais relève de la génération de ses parents et arrive seulement à la toute fin. Et que je le voyais venir gros comme un camion. Le fait aussi qu'il ne soit pas vraiment lié à celui du tome 3 et au tremblement de terre. Des 4 lus jusqu'à présent , c'est celui auquel j'ai le moins accroché. Le 3 est vraiment bien, le secret de Mariko est vital - au moins pendant sa jeunesse, et donc moins tiré par les cheveux que le 4° tome, qui manque cruellement d'un fond historique. la guerre de Manchourie et la déportation en Russie n'y joue pas le même rôle que les autres catastrophes dans les autres tomes ou que la déportation dans "Au coeur du Yamato". Pourtant les thèmes du racismes dans Tsubamé et de la pression sociale dans Wasurenagusa rendent le tout toujours intéressant, même si moins dramatique que les précédents. Et puis autant  Mariko que Kenji sont des personnages battants qui finissent pas décider pour eux même, ça compense le bémol que je mets par ailleurs à ce quatrième tome.

Prochaine étape, le cinquième et dernier tome, tout seul. Je n'en connais pas encore la teneur, si ce n'est qu'il se passe à l'époque contemporaine.

dimanche 8 février 2015

Le poids des secrets t. 1 et 2 - Shimazaki Aki

 Lors de ma commande de fin d'année, j'ai vu que la première pentalogie de Shimazaki Aki était à présent éditée en coffret rassemblant les 5 tomes. Comme j'ai beaucoup aimé au coeur du Yamato - que je n'ai pas fini, le 5 tome n'était pas disponible à la bibliothèque -ni une ni deux, je me la suis auto-offerte.
Le poids des secrets est plus ancien (de 1999 à 2005) et je viens de voir qu'elle vient d'entamer une autre série de roman, au titre global non encore défini. Miam!

Au moment de rédiger le même problème que la première fois s'est présenté à moi: les 5 tomes sont indépendant et peuvent être lus sans ordre précis, mais comment chroniquer: un par un, ce qui ferait 5 chroniques courtes? ou globalement pour une seule beaucoup plus longue et dense?
J'ai choisi une 3 solution, découper, pas tout à fait arbitrairement, car si on retrouve les mêmes personnages de volume en volume, chacun se focalise su le point de vue précis de l'un d'entre eux. Avec en toile de fond une catastrophe ( bombe atomique, guerre de Manchourie ou tremblement de terre du Kanto) et des secrets de famille, de ceux qu'on cache pour épargner les gens , et qui font d'autant plus de dégâts le jour inévitable où ils ressortent.
On suit l'histoire d'une famille sur plusieurs générations ( attention ça se complique assez vite, j'ai du me faire un petit tableau généalogique au bout d'un moment). En fait j'ai rassemblé les deux premiers tomes, car ils se passent à la même époque et concernent la même histoire, vu par chacun des protagonistes.

Tome 1: Tsubaki ( Camélias): Dans les années 90 probablement. Yukiko, une vieille dame, vient de mourir d'un cancer, probablement consécutif aux irradiations subies dans sa jeunesse. En effet, Yukiko était une survivante du bombardement du 9 août 1945, à Nagasaki. elle n'avait jamais accepté d'en parler, sauf la veille de sa mort, où pour la première fois, elle a évoqué cette catastrophe auprès de son petit fils, en prononçant des paroles ambigües " il y a des cruautés qu'on n'oublie jamais, pour moi ce n'est pas la guerre ni la bombe atomique". Le fin mot de l'histoire, elle le révèle dans une lettre posthume laissée à sa fille: Yukiko a commis un assassinat dans sa jeunesse, qui par une étrange ironie du sort, est passé inaperçu: le jour même, la bombe a rasé précisément le quartier en rase campagne où elle et sa famille avaient déménagé justement pour courir moins de risque. Impossible de retrouver le corps et de savoir si la victime est morte empoisonnée ou sous la bombe. Par la même occasion, elle révèle un autre secret: elle a un demi-frère, Yukio, du même âge qu'elle, qu'elle a bien connu en tant que voisin mais a qui elle a caché leur lien de parenté lorsqu'elle l'a découvert, "pour le protéger". C'est ce deuxième secret qu'on verra dans le tome 2, où on découvre que Yukio savait déjà une partie de la vérité, et que Yukiko aurait peut être mieux fait de s'expliquer pour le bien de son frère.
nota: à l'interieur du coquillage est écrit: Yukiko, en hiragana, l'un des deux syllabaires japonais

Tome 2: Hamaguri (Palourdes). Même histoire, vue cette fois du point de vue de Yukio. Yukio est le fils d
naturel de Mariko, né dans les années 30, autant dire, la honte absolue. Traité de bâtard toute sa vie, ses seuls moments de joie étaient, pendant sa petit enfance, les sorties au parc avec sa mère, où il rencontrait un homme et sa file. Yukio et la gamine dont il ignorait le nom, jouaient ensemble à Kaiwase, un jeu qui consiste à rassembler par paire des coquilles de palourdes. Puis sa mère s'est mariée avec Monsieur Takahashi, qui l'a adopté, et tous ont déménagé à Nagasaki, ou personne ne connaissait la vérité. L'ironie du sort cette fois, par rapport au tome 1, c'est que Yukio a compris dès l'âge de huit ans qu'il avait une demie soeur: la petite fille du parc et que l'homme du parc était son vrai père. Par contre, il n'a jamais su son prénom, et ne l'a pas reconnue, ni elle ni son père, lorsqu'ils sont arrivés une douzaine d'années plus tard, pas du tout par hasard, pour habiter la maison mitoyenne. Yukio et Yukiko, le frère et la soeur ont donc vécu comme voisins pendant 2 ans, sans se reconnaitre, et sont même tombés amoureux l'un de l'autre. Yukio ignorant le nom de sa soeur, mais sachant qu'elle existe, Yukiko n'ayant pas reconnu son camarade d'enfance, mais cachant leur parenté lorsqu'elle la découvre par hasard, et fuyant Yukio au lieu d'éclaircir les choses.
Nagasaki 1945

Et là encore, c'est un carton plein, j'ai bien aimé, l'écriture est agréable ( en français dans le texte), pas renversante, mais agréable. Mais surtout, j'aime bien la narration: les coïncidences n'en sont pas vraiment, et donc ne paraissent pas énormes, et il y a quelque chose d'une tragédie dans cette histoire de gens qui pour éviter de blesser les autres, gardent un silence dont le résultat entraîne une réaction en chaîne - si j'ose dire - est, au final, plus désastreux que ne l'aurait été la révélation des secrets.
Et du fait que la même histoire soit vue par deux narrateurs différents, le 2 tome apporte des précisions, oblige à revoir ce qu'on a pensé du premier. C'est ce deuxième tome qui donne de l'intérêt au premier, en soulignant l'échec des décisions prises par Yukiko dans le tome 1.

Prochaine étape, les tomes 2 et 3, qui remontent d'une génération, et vont s'articuler autour des parents de Yukio et du tremblement de terre de Tokyo en 1923.

samedi 7 février 2015

Le disciple de Doraku - Oze Akira

Babelio a organisé en décembre dernier une opé masse critique, comme ils le font régulièrement, spécial BD/Manga, et j'avais repéré ce titre dans leur liste. Coup de pot, il n'a pas intéressé beaucoup de monde.

C'est vrai que le sujet n'est pas a priori ce qui va le plus tenter le lecteur de manga, puisqu'il va y être question de rakugo, un art théâtral typiquement japonais et très particulier. En effet, le rakugo est un spectacle qui tient à la fois du conte et du mime, où un conteur seul en scène assis en kimono sur un coussin, doit jouer une saynète souvent humoristique en s'aidant de quelques objets, toujours les mêmes: un éventail et une serviette pliée.

Le lecteur va découvrir cet art un peu oublié via l'aventure de Shota, 26 ans, animateur dans une maternelle que dirige sa tante, qui en cherchant une idée pour occuper les enfants dont il a la charge, tombe sur un livre " apprendre le rakugo en s'amusant". Ce n'est pas vraiment un succès, et une gamine lui dit pourquoi " vos personnages, on n'y croit pas du tout". Il faut dire que pour Shota, le rakugo, c'est un truc un peu ringard qui passe tous les dimanches à la TV. Mais lorsque sa tante l'emmène voir au théâtre du vrai Rakugo, c'est le choc. Non seulement il va pouvoir proposer des animations plus vivantes à sa classe, mais rencontrer le grand père d'une de ses élèves, qui qui propose de venir faire aussi des animations pour son club du troisième âge, car peu importe l'âge , tout le monde a besoin de se distraire et de rire un bon coup.
Shota qui hésitait à poursuivre dans l'enseignement vient de se trouver une nouvelle passion, et décide de tout plaquer pour en faire son métier, commençant par faire des pieds et des mains pour que Doraku Sekishuntei, l'auteur du livre qu'il a lu, le prenne comme apprenti. Ce premier tome couvre sa découverte, son initiation, jusqu'à sa première scène en tant que zenza, apprenti conteur.

Sa découverte ne va pas sans stupéfaction, car le rakugo dérive d'une ancienne tradition bouddhiste, d'où le rituel qui va avec, le fait que l'apprenti doit avant tout commencer par apprendre à plier le kimono et faire le ménage ( et Shota est plutôt fâché avec), jouer des percussions pour accompagner l'entrée des conteurs en scène, accompagner le maitre conteur quand il se produit ( ce qui est aussi l'occasion de faire des connaissances utiles et d'assister aux représentations, car le conte est avant tout un art oral qui repose sur la mémoire plus que sur des textes écrits). Doraku est un maître exigeant, qui râle beaucoup, mais plus parce qu ça fait partie du métier que par mauvais caractère, au contraire , il est plutôt sympathique et farfelu ( du genre à jouer de la guitare électrique, un casque sur les oreilles, en kimono. Je note aussi qu'il est fan des Beatles, de Clapton et de King Crimson, et ce dernier détail lui vaut toute ma considération).
J'aime aussi énormément le grand-père avec qui Shota sympathise au début du manga, et évidemment Dorami, qui avec ses cheveux en pétard et ses allures de garçon manqué est une des seules femmes à apprendre le rakugo. Et c'est la que doraku apparaît sympathique: le fait qu'elle soit une file ne lui pose aucun problème, ce qui n'est pas le cas de tous ses collègues, et Dorami a la vie dure dès qu'elle croise un autre maître rakugoka.

 Le dessin est classique, limite épuré ce qui va bien avec le sujet, mais aussi souvent expressif, et ça fait bien plaisir à voir. J'ai beaucoup aimé cette plongée pleine de bonne humeur dans un monde inconnu, où tout le monde est "frère" ou "soeur", ou les apprentis se jalousent parfois mais surtout s'entraident beaucoup, et où tout le monde se passionne pour un art de la parole un peu oublié.

Le tome est très gros, relié ( Editions Isan, je les avais vu juste une fois lors d'une Japan expo, sans avoir l'occaiond e m'y pencher vraiment, le catalogue fait la part belle aux seinen classiques, ou sur des thèmes tradtionnels et aux adaptations littéraires, c'est "Madame Bovary" par Yumiko Igarashi, dessinatrice de Candy - mais oui - qui m'avait intriguée lors de l'expo. Et quand je dis intriguée c'est plutôt stupéfaite.) Je vois que le tome 2 est sorti et c'est une bien bonne nouvelle pour moi, hop, sur la liste à lire!

Notons aussi qu'une introduction a été faite pour l'édition française par une troupe théâtrale qui  tourne encore en France avec un spectacle de rakugo traduit et adapté en français " histoires tombées d'un éventail". Ils étaient passés il y a 4 ans au festival d'Avignon, mais manque de chance, je n'étais pas là à ce moment et je n'ai pu y aller, mais j'ai gardé le titre en mémoire, en espérant qu'ils reviennent à l'occasion.