jeudi 14 janvier 2016

Le ruban - Ogawa Ito

Le ruban - ou plutôt " Ruban" tout court puisqu'il s'agit d'un nom... est un recueil de nouvelles que j'ai emprunté un peu par hasard, mais le résumé m'a plu.

Ils s'appellent donc "Ruban", " Banana" ou encore "Suehiro", ou "Sûbô".. parfois ils n'ont pas de noms.
Ils arrivent un peu par hasard dans la vie des humains au moment où ceux-ci doivent affronter une crise, une maladie ou un deuil. Compagnons d'un jour ou de plusieurs années, leur présence va changer la vie des maîtres qu'ils se sont choisis. Ce sont des oiseaux, ou peut-être, un seul oiseau qui passe de main en main.

Tout commence le jour où Sumire, vieille dame un peu excentrique passionnée d'oiseaux ramène chez elle trois oeufs rescapés d'un typhon, bien cachés sous son chapeau, dans son chignon. Dans le plus grand secret, Sumire ( violette) la grand- mère et Hibari (alouette) sa petite-fille de 10 ans, vont alors se lancer dans une couvaison loufoque: Sumire va garder les oeufs bien au chaud dans son chignon, à charge pour Hibari va s'occuper de les retourner périodiquement. Et chose inespérée, l'un des oeufs finit par éclore, et il en sort une... chose qui de l'avis d'Hibari ressemble plus à un dinosaure qu'à un oiseau. Mais le poussin, nommé "ruban" car il relie la grand-mère et la petite-fille, survit et devient un joli oiseau jaune qui fait le bonheur de ses maîtresses... jusqu'au jour ou une porte mal fermée offre à Ruban la voie de la liberté. Il fallait s'y attendre, mais le coup est dur pour elles.

Dès lors de nouvelle en nouvelle, on va retrouver un oiseau jaune, qui fait renaître l'espoir chez ceux qui l'ont perdu. Son apparition brève sur la fenêtre d'une dame dépressive à la suite de la mort de son enfant va lui faire changer de point de vue; trouvé quasi-mourant et envoyé au centre de soin pour oiseaux, il est pris en affection par le soigneur qui le nomme Banana, et met un point d'honneur à le sauver, en mémoire de Citron, la perruche de son enfance qu'il a involontairement tuée avec une nourriture inadaptée; après quelques aventures, il finit par adopter Mihoko, une autre vieille dame, illustratrice, qui vient d'apprendre qu'elle n'avait plus que quelques mois à vivre, et va retrouver l'énergie de terminer ses dernières peintures en compagnie de celui qu'elle appelle Suehiro. A la mort de Mihoko, c'est une autre dame qui le récupère. On le retrouve ensuite à Matsuyama...

Peut-être est-ce Ruban, peut-être seulement un de ses congénères ( car la temporalité est vague, et les lieux des différentes nouvelles très éloignés les uns des autres), en tout cas, tel un ruban, l'oiseau est un fil rouge de nouvelle en nouvelle. On n'apprend d'ailleurs seulement dans la 3°nouvelle de quel animal il s'agit exactement: une perruche callopsite. Avec ses taches rouges et rondes sur les joues ( tiens donc, ça serait pas un peu le drapeau duJapon ça, par hasard?)
En tous cas, l'animal n'est pas choisi au hasard, il n'est pas endémique au Japon ( dans la nature, c'est un oiseau d'Australie) et n'a donc aucune raison précise de s'y trouver, encore moins d'y nicher et d'y pondre des oeufs, cette bizarrerie est déjà un indice de son sens avant tout symbolique.
perruche callopsite mutation lutino (les plus courant ont le corps gris), Ruban est un lutino

Car, bien sûr,  l'oiseau est un symbole: de la liberté, de l'espoir qui peut revenir de manière inattendue, lorsque les humains semblent au fond du gouffre. Du temps qui passe et de la certitude de la mort aussi, qu'il faut accepter pour profiter du moment présent. car dans le fond, c'est bien de mort, de deuil et d'apaisement qu'il est question.
Toutes les nouvelles évoquent la notion de mort, de mort physique, ou de séparation. Depuis Sumire qui profite de l'occasion pour préparer sa petite fille à l'idée de la mort, et qu'un jour la petite fille va grandir et devoir vivre sans la grand-mère qu'elle adore, jusqu'à la dernière nouvelle,qui boucle la boucle en revenant à l'histoire de Sumire ( qui se trouve étrangement liée au mur de Berlin, ville où elle a dû laisser une partie d'elle même symboliquement) et d'Hibari qui a du mal a accepter une opération qui en l'amputant d'une partie d'elle-même, littéralement, peut lui rendre la santé qu'elle a perdu, ou plutôt laissé se dégrader depuis la fuite de Ruban.
Mais malgré ces thèmes sombre,s la mort, la maladie, le deuil.. le recueil met aussi en avant l'espoir et l'apaisement, donc non, ne fuyez pas, les sujets sont tristes, mais le traitement ne l'est pas! En fait, je trouve les récits assez proche de ceux de Banana Yoshimoto, une des jolies découvertes de l'an dernier.

J'ai beaucoup aimé, les nouvelles se suivent bien avec un fil directeur, qui n'est jamais vraiment clair (est-ce le même oiseau, des détails laissent à penser que oui, mais la chronologie "à trous" laisse planer le doute). J'aime l'idée que la conclusion reprenne les personnages de la première nouvelle, exactement comme le ruban, le lien, le cercle qu'affection la calligraphie et qui revient à son point de départ. L'oiseau relie les humains, même ceux qui ne se connaissent pas, c'est très zen comme idée dans le fond.
cercle de Tanaka shingai

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