mercredi 10 avril 2019

A silent voice (7 tomes) - Ôima Yoshitoki

C'est le printemps, la saison des sakura.. et le blog sort de son hibernation forcée.
Donc non il n'est pas abandonné, juste un peu délaissé faute de temps, ça ira mieux prochainement.

Mais comme c'est le cas depuis 2 ans, avril, en plus d'être le meilleur mois de l'année ( c'est celui du gâteau pour moi ;) ) est aussi le mois belge ET le mois japonais sur la blogosphère littéraire.

Les précédentes années, je n'avais pas été efficace pour le mois belge, mais comme je suis à Bruxelles jusqu'en septembre, et que je loge à moins de 150m d'une bibliothèque qui regorge d'ouvrages belges, celui-ci aura la priorité cette année, mais ça ne veut pas dire que je ne ferai rien pour la thématique japonaise.

Et donc la bibliothèque en question a un chouette rayon manga ( voir le sujet précédent),et comme il y a eu quelques jours se fermeture de la fac au moment du carnaval, j'ai fait une razzia sur les étagères nippones, autant que belges ;)

Et voilà, l'intégrale de " A silent voice", manga seinen en 7 tomes.
On en a beaucoup parlé l'an dernier à cause de la mobilisation inédite des fans pour favoriser une distribution de l'adaptation en long métrage en France. Je ne l'ai pas vue. Mais j'ai gardé en mémoire le titre et son sujet.
Le titre, je vais d'ailleurs commencer par là. Je n'aime pas lorsque les les éditeurs français collent à un manga un titre en anglais un peu bateau sous prétexte que c'est comme ça qu'il a été titré aux états-unis. Quand le titre est d'origine en anglais ok ( c'était le cas de Black Paradox, d'ailleurs), c'est légitime mais là le titre japonais était bien plus intrigant puisqu'il se traduirait " la forme de la voix".
Et c'est dommage de se priver d'un titre pareil.



Donc de quoi ça parle? De handicap, d'amitié, de rejet, de harcèlement...
Ce n'est pas le premier manga que je lis qui parle de surdité d'ailleurs, il y a aussi l'excellent " Orchestre des doigts" ( alors il n'est pas cool ce titre là?). Mais je n'avais pas encore de blogs quand je l'ai lu, je ne l'ai donc pas chroniqué, il faudra que je le fasse en rentrant en France, il est dans mes cartons.

Mais au delà de l'aspect harcèlement et insertion des handicapés via le personnage de shoko, C'est Shoya le personnage central. Au moins aussi handicapé que Shoko, mais son handicap est émotionnel, et social.
Shoya est un gamin turbulent, un gosse de 11 ans qui s'ennuie facilement et essaye de se distraire en organisant des " tests de courage avec ses copains".. sauf que ses copains en ont marre de suivre ce meneur un peu con sur les bords et de sauter dans la rivière tous les jours pour ...ben juste pour prouver qu'ils ont le cran de le faire. L'absurdité de la chose leur saute aux yeux, ils ont mieux à faire, il y a le collège qui approche, on n'est plus des gosses.. et Shoya se retrouve seul, face à un ennui qu'il ne sait pas tromper.
Sa providence va être l'arrivée de Shoko dans sa classe. Shoko a 11 ans et arrive en cours d'année, elle est sourde de naissance et n'entend pas grand-chose, même appareillée. Elle est incapable de parler distinctement, communique par écrit sur un cahier et change d'école souvent car son handicap en fait la tête de turc des autres élèves.
Et c'est ce qui se passe: Shoya va commencer par asticoter Shoko ( c'est cool, on peut se moquer d'elle, elle n'entend pas), d'abord de manière "gentillette" puis de plus en plus violente allant jusqu'à voler ou détruire à plusieurs reprises son appareillage, sous le regard amusé des autres élèves qui participent, ou au minimum laissent faire, d'une équipe pédagogique pas du tout formée à l'accueil des handicapés qui réprimande mollement Shoya... 
Le prof révèlera parla suite à quel point cette élève était un boulet pour lui parce que c'était à elle de se débrouiller seule pour se faire accepter et plus généralement à se débrouiller pour s'intégrer au monde " normal", et que donc, les harceleurs ne sont pas à blâmer parce qu'elle n'a pas cherché à se mettre à leur portée ( hoputain, le prof. Il se prend d'ailleurs à ce moment un plein verre de flotte bien mérité dans la gueule qui fait plaisir)

Ceci dit la vraie question est "pourquoi la mère de Shoko, femme particulièrement dure et aigrie ( même si on comprend qu'elle a été traitée comme une merde par la famille de son mari, qui l'a mise en cause pour la naissance d'un enfant défectueux, à la limite de lui demander des dommages et intérêts. Les mauvais côtés de la société japonaise! ) n'a jamais songé à simplement la faire scolariser dans un établissement adapté pour malentendants?"

Jusqu'à ce que Shoko parte, une nouvelle fois. Et c'est Shoya, de plus en plus lâché par les autres qui ayant appris le coût des prothèses auditive et donc de leurs bêtises passent en mode " c'est pas moi c'est lui!", qui va en faire les frais.De harceleur, il devient le harcelé, avec derrière l'équipe pédagogique toujours aussi larguée qui estime qu'il l'a bien cherché.
Collège, lycée, Shoya s'isole de plus en plus avec sa mauvaise conscience, se rendant compte de l'enfer qu'il a fait subir à Shoko, et donc n'a plus qu'une idée en tête la retrouver, s'excuser dignement et aller se suicider car il se déteste profondément maintenant qu'il sait pour l'avoir vécu ce qu'est le harcèlement. Il a même appris en solo la langue des signes pour pouvoir être compris.

Mais retrouver Shoko va changer sa vision des choses: plus question de suicide, en communiquant avec elle, il se rend compte que son isolement vient surtout de sa propre attitude: en se méfiant de tout le monde, il est devenu paranoïaque et n'a aucun ami.
En commençant à communiquer, les choses se débloquent: non seulement il peut-être enfin ami avec son ancienne victime mais va aussi devenir pote avec Tomohiro, son voisin de classe, un farfelu au physique ingrat qui rêve de devenir cinéaste, avec Miyoko, ancienne camarade de primaire minuscule et timide, devenue une nana immense au look androgyne, avec Yuzuru la petite soeur de shoko , véritable garçon manqué dont le loisir est de photographier des cadavres d'animaux...Même Satoshi, le beau gosse de service que tout le monde admire, a eu un passé de harcelé que personne n'imagine.

Bref une série de gens bizarres qui sont en marge d'une société japonaise qui n'aime pas les " clous qui dépassent", qui auraient été les têtes de turc désignées de l'ancien Shoya, mais se révèlent beaucoup plus intéressant que la masse indistincte des gens qui entrent dans le moule.

J'adore la manière dont le manga rend cette sensation:tout est vu par le regard de Shoya, les têtes des personnages qu'il trouve trop banals ou détestables ( comme la peste Naoka) sont cachées par une croix.. qui peut disparaître, si la personne l'intrigue ou l'intéresse momentanément, et réapparaître lorsqu'il décide de les classer comme inintéressants ou même connards.
J'aime beaucoup aussi le fait que ce manga soit un plaidoyer pour la différence, physique pour certains, au niveau des idées pour d'autres. Miki et Naoka sont les clichés des jolies lycéennes populaires, qu'on trouve dans tous les mangas adolescents et sont clairement décrites comme clichés.
elles ne deviennent intéressantes que lorsqu'elle quittent ce rôle ( Naoka travaille comme serveuse dans un café à chats et dit apprécier  les chats car "on est obligé de deviner leurs intentions, vu qu'on ne peut pas parler avec eux"... alors qu'elle harcelait aussi Shoko, exactement pour cette raison, et continue à la détester pour ça, au lieu d'essayer de transposer sa stratégie. Mais c'est le seul moment où elle sort de son rôle de peste et devient humaine et presque touchante.)

Avec en filigrane la critique sociale sur le manque d'humanité de la société japonaise, prompte à laisser sur le bas côté tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas suivre la cadence ( rappelons que le phénomène des hikikomori, reclus volontaires en rupture avec une société trop stricte, et typiquement japonais - peut être un peu en Corée et en Chine aussi - en tout cas les pays où on juge la valeur humaine à l'aune de la performance et du conformisme social)



Alors oui, tout ça me parle, peut être parce que j'ai été celle qui était harcelée à l'école et au collège à cause de mon physique différent, sous l'oeil de profs et de surveillants en mode " il faut bien que jeunesse se passe, c'est innocent, ne prends pas ça à coeur, c'est toi qui doit apprendre à être moins sensible, à prendre sur toi. Si tu laisses passer sans montrer d'émotion ils se lasseront*" et que oui, j'aimerais que ceux qui m'ont fait la vie aient vécu ça à leur tour pour comprendre ce que c'est que la méchanceté gratuite, et que par contrecoup, il suffit maintenant qu'on me dise " machin est bizarre", pour que je me méfie... de la personne qui dit ça, et que je veuille me faire mon avis personnel sur Machin.
Mais voilà, c'est un chouette manga, au dessin pas très original mais agréable, et qui a l'avantage de ne faire que 7 tomes, un nombre suffisant pour développer son sujet et faire évoluer les personnages, sans sombrer dans le délayage.

* C'est bien entendu une GROSSE CONNERIE:  ils ne se sont pas lassés en 4ans sans réaction de ma part, au contraire, ça excitaient leur méchanceté et ils allaient de plus en plus loin pour voir à quel moment les limites seraient atteintes  (avant d'aller chougner auprès du directeur  parce qu'ils s'étaient sont pris une bonne prise de judo de ma part, que j'étais trop méchante, ouin ouin ouin)

mercredi 17 octobre 2018

Black Paradox - Junji Ito

Semaine dédiée aux fantômes, monstres et autres créatures fantastiques japonaises. Peu de temps libre de mon côté cette année pour cause de reprise d'études, mais quand même, j'ai réussi à sauver l'honneur avec un manga pour le mercredi BD. Il va être question de suicidaires qui ouvrent une porte dimensionnelle sur l'autre monde. Miam!

Ito, je le connaissais simplement de nom en fait. Avec sa réputation de spécialiste de manga fantastique-horrifique.
Et c'est une découverte plutôt sympa, quelque chose qui est à la fois doté d'une personnalité graphique curieuse ( mi réaliste , mi caricaturale), et d'un fond exigeant, il ne se contente pas de faire de l'horreur pour l'horreur, ce n'est pas un bête slasher gratuit. Et ça, ça me plaît.


Tout commence par la rencontre IRL de 4 curieux personnages qui se sont connus sur le forum internet " black paradox suicide". Tous sont suicidaires, et ont donc convenu que le jour de leur rencontrer serait aussi celui où ils passeraient ensemble de vie à trépas.

Leurs raisons?
"Marseau" ( j'ai envie d'écrire Meursault, vu la crise existentielle qu'elle traverse) est douée d'un pouvoir de prémonition, mais trop imprécis pour avoir une vision claire de l'avenir, ce qui la conduit à un état permanent d'inquiétude imprécise qui évolue en angoisse insupportable. Elle se compare d'ailleurs elle même à Akutagawa.
"Tableau" est un homme dont on ne sait presque rien, si ce n'est qu'il croise régulièrement son sosie qui semble se moquer de lui. Persuadé que ces apparitions de son double maléfique est une annonce de sa mort prochaine, il a donc décidé de la devancer en la choisissant lui même.
" Pitan" travaille dans la robotique, et lui aussi est victime de son double: il a servi de modèle à un robot ultra perfectionné, qui est devenu la mascotte du labo. Lui est repoussé dans l'ombre est l'anonymat, dépossédé de son identité par ce double de lui-même .. mais en mieux.
"Baratchi" est une femme apparemment normale, et même jolie.. qui cache sans cesse la moitié de son visage, défiguré par une tâche de vin, qui lui a fait prendre son image en horreur.

Tous ont donc des raisons liées à leur identité de vouloir en finir, mais.. rien ne va se passer comme prévu.
Dès le premier chapitre, Marseau se rend compte que des choses clochent: Pitan cliquette, Baratchi ne semble pas savoir quel côté de son visage est atteint, et de plus, assise à l'arrière de la voiture, elle ne voit que sa propre image dans le rétroviseur. Chose encore plus étrange, ils sont doublés par la même voiture, où elle n'est pas assise, mais où se trouvent les 3 autres.
Elle a tout simplement pris place dans une autre voiture, dans un univers parallèle, où elle se trouve en compagnie, justement, des doubles que fuient les 3 autres.

Dès lors, les choses vont aller de plus en plus bizarrement. Ils ne se suicideront pas ce jour là, ni les suivants, mais vont carrément ouvrir involontairement une porte dimensionnelle entre le monde et... un autre univers? le monde des morts?
Duquel d'étranges pierres rondes, dotées de propriétés encore plus étranges se fraient un chemin dans notre univers.
Les avis divergent à ce sujet: Baratchi y voit des spectres, cristallisés, mais aussi et surtout, une rareté que le monde va vouloir s'arracher, car elles représentent une source d'énergie colossale et potentiellement destructrice, et le moyen de faire fortune - car avec de l'argent, elle pourra se faire opérer, et donc plus de raison de mourir. Tableau la suit dans cette entreprise, au contraire de Pitan ( hors jeu depuis longtemps, mais dont les envies suicidaires ont même contaminé son robot), et Marseau qui pressent la catastrophe qui va inévitablement se produire, lorsqu'on veut exploiter des choses d'un autre monde, sous prétexte d'"aider l'humanité" tout en commençant par s'enrichir personnellement.
Mais ce quatuor, y compris les deux plus cyniques,va attirer la convoitise de gens encore plus cyniques qu'eux, bien déterminés à exploiter cette source d'énergie pourtant dangereuse " pour le bien de l'humanité" au détriment de cette même humanité. Juste par appât du gain et du pouvoir.




Au delà du côté horrifique,il y a quelque chose d'intéressant Je ne sais pas si les sphères minérales-concrétions d'âmes- énergie infinie d'Ito sont une référence à l'uranium, mais en tout cas ça y ressemble. Il y quelque chose de très radioactif dans cette histoire. J'ai vérifié la date de publication: 2008, donc antérieur à la catastrophe de Fukushima, et pourtant, on peut difficilement ne pas y penser.

L'autre point intéressant est l'exploitation des "âmes", d'un point de vue quasiment philosophique ( sur une base simple, s'il s'agit d'âmes, en les ramenant dans notre monde et en les fragmentant pour en produire de l'énergie, on condamne les générations futures, puisqu'elles sont issue du " recyclage" des âmes, n'oublions pas qu'on est dans un pays de tradition bouddhiste, avec ce que ça suppose de réincarnations). Exploiter les"âmes", revient à exploiter les humains, sans pitié ni discernement.
Avec cette remarque hautement naïve de la cynique Baratchi, la première qui a voulu se faire de l'argent grâce à ça: " l'humanité n'est pas bête au point de continuer à les utiliser alors qu'elle sait qu'elle court à sa perte"...

Hahahahahahahaha.

Non, mais ça, c'est la SF-le fantastique que j'aime, qui l'air de rien, balance une vanne bien sentie sur le monde contemporain.

Avec en plus une petite touche qui me plaît bien: je ne sais pas si c'est voulu, mais Pitan - et son avatar robotique - m'évoque assez souvent "Cesare" du cabinet du Dr Caligari.
Dans la manière dont il est représenté, qui évoque pas mal la gestuelle et la tenue de l'acteur Conrad Veidt dans ce film ( ça ne serait pas absurde: l'un est un robot, Cesare l'hypnotisé a une gestuelle très peu humaine, et les deux portent des tenues très similaires). Et prendre Caligari comme référence, c'est pour moi le summum du bon goût cinéphile!

ok, donc, non, ce n'est pas du tout un hasard...
1920! Je kiffe ce film, je kiffe ce personnage ( sans qui il n'y aurait pas d'Edward Scissorhands, d'ailleurs)

Cette histoire est complétée par deux autres très courtes: " la femme langue", variation assez crade ( et un peu saphique) sur les légendes urbaines, et en particulier celle de la kuchisake onna, et le "pavillon étrange" ( 4 pages en couleurs) qui imagine une exposition en 2105, dont le clou est un cormoran, espèce disparue depuis longtemps - et qui n'a pas grand chose à voir avec les cormorans actuels.
Donc bon, si la femme langue est un récit, avec une intrigue, il n'a pas la teneur existentielle du précédent, et Le pavillon n'a pas vraiment d'intérêt.

Mais c'est une bonne première lecture de cet auteur, il y en aura d'autres.

mercredi 19 septembre 2018

All My Darling Daughters - Yoshinaga Fumi

Allez, savoir pourquoi, ça fait des années que ce titre que je n'avais jamais lu m'était resté en mémoire, il m'intriguait, sans pour autant m'inciter à l'achat.

Un passage à la bibliothèque, et il était là, c'est l'occasion où jamais.




Nous avons donc un josei, mettant  en scène des relations familiales complexes, sur plusieurs générations.
D'abord il y a Marie, la mère, et Yukiko, sa fille trentenaire, qui habitent ensemble. Elles s'adorent, mais communiquent peu, ou plutôt, communiquent énormément en se chamaillant sans cesse.


il est édité en français par Sakka, mais je n'ai pas trouvé d'illu' en français..


Yukiko est une fille assez peu sympathique au premier abord, dotée d'un visage " au regard mauvais" comme elle le dit elle-même, un peu souillon et assez flemmarde. Marie est un électron libre qui n'en fait qu'à sa tête, et ce d'autant qu'elle vient de se remettre d'un cancer. Ce qui a été le déclic ( ou plutôt l'excuse) pour proclamer " la vie est courte, à partir de maintenant, je fais ce que je veux".. à quoi Yukiko rétorque immédiatement, " c'est déjà ce que tu as toujours fait".
Et donc Marie, veuve depuis des années, qui a élevé Yukiko seule depuis ses 12 ans, l'informe donc, de but en blanc, qu'elle vient de se remarier, sans en parler à personne, et surtout pas à sa fille. Yukiko prend assez mal la chose, d'autant que son nouveau beau-père, Ken, est plus jeune qu'elle, emménage directement avec elles, a un passé d'hôte dans une club pour femmes mûres ( autant dire, un gigolo professionnel), métier qu'il a abandonné pour se reconvertir comme acteur de série télé historiques.
C'en est trop pour Yukiko,qui évidemment pense que sa mère est juste en train de se faire plumer. ( ce qui n'est pas le cas, le nouveau "mari de Marie" est contre toute attente, un type bien, qui a juste un penchant pour les femmes plus âgées que lui, et des goût commun avec elle)
Mais Yukiko qui se sent e trop, quitte la maison familiale pour habiter avec son petit ami... qui devient son mari aussi, au fil des chapitres. Ce qui ne les empêche pas de squatter régulièrement chez Marie et Ken.autour de ce noyau qui refait le monde à table gravitent d'autres personnages:


Izumi, professeur d'université, et ami de Ken, victime de harcèlement ( et même d'agression sexuelle, oui!) de la part d'une de ses étudiantes, une fille étrange qui se complait dans les liaisons sans issue, interdites ou violentes, avec si possible des hommes qui l'humilient et la rabaissent. Elle quitte d'ailleurs aussi sec celui qui aura l'audace de se montrer tant soi peu gentil ( trop faible de son point de vue), avec elle.

Sayako, copine de Yukiko, jolie femme, douce, avenante.. mais incapable d'aimer réellement qui que ce soit. Au grand dam de sa tante qui s'entête à vouloir lui arranger des mariages, avec des prétendants aussi divers que possible, mais qu'elle trouve toujours une raison pour écarter.
Son grand-père qu'elle adorait, lui ayant appris dès son enfance qu'il ne faut jamais faire de discrimination envers autrui, elle a poussé la logique jusqu'au bout, en estimant qu'aimer quelqu'un en particulier, c'est faire une discrimination envers tous les autres. Aimer quelqu'un en particulier, c'est être injuste envers tout les autres.


Il y a aussi Yuko et Saeki, copines d'enfance de Yukiko, qu'on va suivre, cette fois via le regard de Saeki. Elles étaient inséparables au collège, trois filles modernes s'étant promis de ne pas se laisser mener à la baguette dans un monde masculin, de trouver un travail pour elles même et de ne pas l'arrêter ni renoncer en cas de mariage. Yûko, petite fille d'un marxiste, était la plus  versée dans la lutte des classes, mais ses copines n'ont jamais soupçonné ce qui se passait chez elle. Ni la raison qui l'a poussée à quitter le lycée à 16 ans, préférant les cours du soir, qu'elle a aussi fini  par quitter., abandonnant rêves et projets un à un.. pour finir par proclamer que femme au foyer, c'était parfait.
Pourtant les signes étaient clairs, Yuko était toujours blessée, elle évoquait le caractère insupportable de son père capable de se mettre en colère parce qu'elle " respirait trop fort"..mais ses copines n'ont rien vu, ou ont préféré ne rien voir, ne pas lui demander ( on ne se mêle pas des affaires d'autrui, au Japon, fut-ce un cas avéré de maltraitance)

Et pour boucler la boucle, il y a encore la mère de Marie, avec qui elle a es relations encore plus tendues qu'avec sa fille. La raison est simple: Sa mère ne lui a jamais fait de compliment, a passé au contraire son temps à se moquer d'elle toute son enfance, à critiquer ses dents en avant ( alors que Marie a toujours été jolie: résultat, elle n'a jamais cru les gens qui le lui disaient, puisque sa propre mère - plutôt moche depuis toujours- soutenait le contraire, et lui en garde une rancune tenace). On apprend pourquoi, cependant, cet état de fait est le choix délibéré de la mamie, un choix contestable, mais qui lui paraissait être le meilleur possible.

Un josei plutôt sympa, sur les relations familiales et humaines en général, plutôt complexes.qui insiste sur le fait que les actions qui paraissent difficilement défendables partent parfois d'un bon sentiment, mais peuvent empoisonner la vie de quelqu'un durablement, par manque de communication, par volonté de ne pas mal faire, par généralisation d'un concept...

Plutôt sympa, joliment esquissé.. mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable. J'ai l'impression, si réussi soit-il, qu'il m'aurait plus plu il y a quelques années. Depuis, des mangas, livres, films estampillés " tranches de vie", menant une réflexion sur la communication ( en particulier le récent Senses, qui développe bien le sujet" connait-on vraiment ses proches"), il yen a une quantité qui se sont frayé un chemin jusqu'à l'occident, et le sujet parait réchauffé, ou en tout cas, peu original.
Dommage.

samedi 21 juillet 2018

mois ôbon?

Hé non, pas de mois ô-bon cette année. Croyez bien que je le regrette, mais je bouge beaucoup depuis un mois, et je n'ai pas eu le temps de m'y pencher.

Je voulais l'annoncer entre le 9 et le 12 juillet , sachant que je ne serai pas chez moi avant le 20, mais... malheureusement, ma box a grillé avec les orages de juin, je n'ai pas pu la faire changer malgré 2 visites à la boutique, je surfe a minima temporairement avec une clef 3G qui me coûte un bras...

Donc après deux essais infructueux, j'ai décidé de changer de FAI dans la foulée, histoire d'avoir au moins le net en août, au moment où je dois faire toutes mes démarches pour la reprise d'études, ce qui devrait être réglé.. la semaine prochaine, mais en attendant le basculement entre les deux fournisseurs, j'en reste à ma clef 3G.

Bref, panique numérique, c'est la galère.

Et sans le net, j'erre comme une âme en peine, tant tout doit en passer par là à cette époque.

Je ne sais pas si je serais en mesure d'en faire plus l'an prochain, en fonction de la reprise d'études et d'un potentiel travail d'été...
Mais donc, pour le moment et selon toute probabilité, le rendez-vous yôkai et yûrei se fera uniquement en octobre dans le cadre du challenge Halloween.
Je me connais je vais quand même essayer de caser un sujet fantastique ici avant le 15 août, mais.. rien n'est 100% sûr.

Les yôkai sont en vacances forcées, profitons-en pour se rafraîchir un peu comme ce kappa


ou ces pin-up tanuki en maillot de bain
 WTF à la japonaise, le retour! :D


mercredi 6 juin 2018

Senses (film 2015)

Il y a quelques temps, j'ai pris la décision, difficile j'avoue, je mettre l'étude du japonais en pause. Pour diverses raisons.
Ce n'est pas un arrêt, mais.. une pause, pour laisser la place à d'autres langues, qui correspondent  d'autres souhaits, d'autres priorités.
Mais je ne tire pas un trait sur 5 ans d'études de la langue et 4 voyages. J'en parle plus longuement ici

Il faut croire que j'ai vraiment du mal à m'en détacher: je l'annonçait le 25 mai, et le soir même j'étais devant les délice De Tokyo avec un pote, suivi dès le lendemain d'une expo sur l'Asie et le dimanche soir devant Zatoichi...
Mais avant de partir en vacances j'avais commencé à voir cette série de films ( 3 films exactement, découpés en 5 parties),  il date de 2015, mais est sorti le mois dernier en France. Et j'attendais donc d'avoir vu l'intégralité pour en parler.

Hop affiche:
Le vrai titre est donc Happy Hour, en kana dans le texte. Mais le titre à l'international n'est pas dénué de... sens, et reste pertinent.

Hop bande annonce, qui invente le concept de "série cinéma".. bon autant dire une pentalogie, comme pour les romans de Shimazaki Aki, si on compte les parties  ou une trilogie si on compte les films.



Donc nus avons 5 parties, liées au 5 sens: dans l'ordre toucher ( et on sait à quel point le Japon n'a pas une culture a priori tactile), entendre, voir, sentir et goûter.

A travers l'histoire de 4 copines qui approchent de la quarantaine. Jun et Sakurako se connaissent depuis l'école, et à leur duo se sont ajoutées, au fil du temps Fumi et Akari. Depuis les 4sont inséparables, font régulièrement des activités ensemble ( pique-niques, sorties, expositions, animations...) qui leur permettent à toutes de prendre du temps pour elles. en effet chacune doit faire face à un quotidien, au mieux  quelconque, au pire, déprimant. Leur amitié et leurs sorties sont leur soupape de sécurité, le seul moment où elles peuvent être elles-mêmes, en toute sincérité, sans avoir à ménager un mari ou une belle famille.

Sakurako est l'exemple type de la ménagère japonaise un peu cliché: femme au foyer, un mari qui travaille, un fils ado un peu difficile, une belle mère qui squatte.. toute une famille qui prend pour acquis le fait qu'elle doive passer sa vie entre la cuisine, le linge et le ménage, sans même penser une seconde à lui dire que ses plats sont bons. son mari n'est pas méchant, mais la regarde à peine, ou alors, some un élément du décor qui a de soi. Seules ses copines la félicitent, et semblent apprécier ses efforts.

Akari est pète-sec, un poil grande gueule et autoritaire, notamment dans sont travail d'infirmière. Elle est très compétente, mais se met toute seule la pression: de fait , elle est constamment sur la défensive, minée par la hantise de faire une erreur qui pourrait entraîner une catastrophe pour un patient ( et pour sa carrière: elle explique être obligée de souscrire une assurance très chère pour faire face aux frais juridiques en cas d'erreur médicale).Et son caractère très droit, limite psycho-rigide l'a menée par le passé u divorce, elle a donc aussi du mal à faire confiance aux gens. Pour elle , ses copines sont les seules qui acceptent ses sautes d'humeur et bouderies sans en prendre ombrage.

Pour Fumi, tout semble aller bien: un travail au centre culturel, un mari éditeur, serviable, qui participe aux tâches ménagères et avec qui elle discute ..sauf qu'on se rend vite compte qu'il s'agit de discussions creuses, de façade, de celles que pourraient avoir de simples colocataires. Et que consciemment ou pas chacun fait tout pour éluder les vrais sujets.

Quand à Jun.. elle avoue enfin à ses copines une chose qu'elle gardait pour elle depuis longtemps, pour ne pas peiner Akari, pour ne pas les impliquer plus que de raison: elle est en pleine procédure de divorce. Son mari n'est pas méchant, mais ennuyeux comme la pluie. Il ne se passionne pour rien hormis sont travail de biologiste et de n'est jamais soucié de ce qu'elle ressentait ( enfin ça c'est sont point de vue. Dans un sens, elle ne s'est jamais non plus vraiment soucié de chercher à le comprendre). Mais lui refuse de divorcer...

Mais voilà, 4 femmes en plein échec sentimental, en butte aux difficultés à communiquer.. mais se connaissent-elles vraiment entre-elles? Se connaissent-elles elles-même?
Le brusque départ de Jun, qui n'a pas gagné son procès ( "mon mari est ennuyeux" n'est pas une raison valide de divorcer lorsque l'autre partie s'y oppose, et ses mensonges cousus de fil blanc pour le faire passer pour méchant et sadique n'ont convaincu personne) met tout le monde face  à ce que personne ne voulait voir : d'abord parce que c'est elle qui avait fait se rencontrer ses copines de divers cercles. Leur amitié peut-elle perdurer sans celle qui en est le ciment?
Et puis 2 divorcées sur 4, ça pourrait bien donner des idées aux deux autres, qui constatent leurs échecs sentimentaux.
En tout cas, elle sème involontairement des graines de révolte dans les esprits.
Même l'ennuyeux mari se révèle moins insensible qu'il n'y paraissait, capable de réflexions profondes sur le sens de la vie... mais malgré tout ces deux là n'étaient juste pas faits l'un pour l'autre.

J'avoue que j'ai été étonnée par ce film.. long, où il ne se passe pas grand chose.
Le cinéma l'a présenté comme un film sur les gens qui disparaissent sans laisser d'adresse, et sur la réaction de ceux qui restent. Je ne m'attendais pas vraiment à quelque chose sur l'échec sentimental, le divorce et le fait d'écouter ses propres sensations et opinions, avant qu'il en soit trop tard.
Il n'y a pas beaucoup d'action, certains passages sont longs au moment du visionnage, mais sont justifiés dans la narration, comme le long moment où Fumi, son mari, Sakurako, et le mari de un prennent part à une lecture en direct d'une longue nouvelle par une jeune écrivaine...suivie d'un débat, mais leurs réactions subtiles à ce moment là vont entrainer une nouvelle lecture des personnages, la mise a clair de non-dits,etc... Ou l'atelier de "connexion sensorielle" au tout début.. qui fait prendre conscience aux copines qu'elles sont dans la survie et non dans l'écoute de leurs sensations, ce qui va mettre en place toute la prise de conscience et les réactions qui s'ensuivent.

Donc, oui,  j'ai bien aimé ce film fleuve ( et heureusement que le cinéma a décidé de programmer de manière assez rapprochée les 3 parties - spécificité de la diffusion en France apparemment, il était diffusé d'une traite au Japon, sans avoir à attendre des semaines ou des mois entre les 3 parties), a priori peu passionnant, mais que j'ai trouvé pertinent. Sans en avoir l'air, il en dit beaucoup sur une société différente de celle qu'on connait, sur ses spécificités, sur les rapports humains... qui décidément ne sont facile nulle part sur le globe, quelle que soit l'approche qu'on choisit: taire les problèmes ou les ressasser... il n'y a pas de solution miracle. Mais visiblement, rien ne se fera si l'ont ne fait pas d'abord une réflexion sur soi-même.. et ça c'est fichtrement intéressant.
Je le recommande, pour peu qu'on aime le côté tranche de vie.

Donc voilà, je n'en ai certainement pas fini avec le Japon, sa langue et sa société ( et ses onsen, le film en parle beaucoup).
Mais pour le moment, c'est la solution que je retiens: continuer à voir des films et à écouter la langue pour ne pas la perdre, à défaut de la pratiquer activement.

une critique intéressante et développée du film, où je retrouve pas mal de mon ressenti.

jeudi 31 mai 2018

Les délices de Tokyo ( film 2016)

Et hop, le second film.
Celui là, je l'avais raté à sa sortie, et là encore quand il a été rediffusé il y a quelques jours sur ARTE. Pas eu le temps de le voir en streaming.

Mais mon pote a eu la bonne idée de l'enregistrer, j'ai donc enfin pu le voir.



Un film qui m'a laissé une impression.. disons mitigée.Tiré d'un roman que je n'ai pas lu, je l'ai bien apprécié sur le moment, mais quelques jours après .. presque oublié en fait.
Pourtant l'histoire est assez mignonne, dans le genre tranche de vie et amitié improbable entre des laissés pour compte.
Mais voilà, est-ce que c'est parce qu'il a eu un assez bon succès à sa sortie? Ou que je l'ai raté plusieurs fois  et qu'à force d'en entendre parler, j'en espérais mieux?

Un monsieur qui n'aime pas ce qui est sucré tient pourtant un stand de rue de dorayaki, ces succulentes crêpes fourrées à la pâte de haricots sucrée ( le goût se rapproche de la purée de châtaigne européenne.
Ses crêpes sont excellentes, mais la farce assez moyenne. Et alors qu'il recherche quelqu'un pour l'aider à tenir le stand, fréquenté par une poignée de lycéennes, la candidate qui va se présenter est une vieille same septuagénaire. Le gérant n'est pas spécialement intéressé par l'idée d'employer une très vieille dame, mais elle insiste, lui fait goûter sa propre pâte An ( c'est le nom de la préparation et le titre original du film), et force est de constater qu'à eux deux, ils peuvent faire des dorayaki comme personne. C'est donc Madame Tokue qui aura le travail, et la nette amélioration de la qualité des produits va faire de la petite boutique un vrai succès commercial.
Mais il y a toujours un mais, que ce soit Sentaro le gérant ou Tokue la vieille dame, tous deux cachent un secret qui fait d'eux des paria. C'est ce versant surtout qui est intéressant:l'oppression d'une partie " invisible" de la population qui n'hésite pas à marginaliser les gens qui ne sont pas aussi lisses que la société le souhaiterait. Le sort qui a été celui de Tokue est, lorsqu'on le découvre, absolument abominable: séquestrée depuis sont adolescence dans une maison de santé, car elle a une maladie, pourtant non contagieuse.
Avec l'aval de sa famille et de la société: on cache les moutons noirs, même s'ils n'ont rien fait de répréhensible, parce qu'avoir une malade dans la famille, c'était la honte- et ça l'est probablement toujours dans certaines familles.

Par contre Wakaba la lycéenne qui hésite à quitter le parcours scolaire pour chercher du travail n'est pas très bien utilisée à mon sens, c'est un personnage silencieux, et au final assez incolore...

Mais Kirin Kiki  l'actrice qui tient le rôle de Madame Tokue campe une mamie absolument adorable et ça fait tellement plaisir que le personnage principal ne soit pas la jolie fille, mais la vieille dame.
Mais c'est un peu le problème, du coup elle est si convaincante qu'elle éclipse les deux autres.

Donc bon, sympathique, à voir une fois, mais sans plus... il ne me laissera pas un très grand souvenir.
Et par contre je meurs d'envie maintenant de manger des dorayaki ...

mercredi 30 mai 2018

Zatoichi ( Film 2003)

Profitant de mon WE parisien chez un pote, afin d'aller en particulier voir les expositions sur les fantômes d'Asie et la cartographie... asiatique, on a joué a fond le jeu et je reviens avec 2 nouveaux sujets films japonais pour conclure le mois japonais.
Qui aurait du finir le 30 avril mais a en fin de compte été prolongé jusqu'à demain.
Et donc premier des deux, Zatoichi, que malgré sa réputation et son lion d'argent, je n'avais pas eu l'occasion de voir.

Ou plutôt j'avais du en voir un autre, ancien, des années 60, car le personnage est récurrent au cinéma depuis les années 60, et au centre de, je viens de vérifier: 26 films. Mieux que James Bond et Batman réunis.

Et la version de 2003, celle de Kitano, hé bien je ne l'avais pas vue ( de mémoire, j'ai en fait vu peu de films de Kitano: Dolls, oui, j'en suis sure, Sonatine et Hanabi, et je ne sais plus si c'était l'été de Kikujiro ou Aniki.


j'aime beaucoup cette affiche, où le sabre fait presque office de pinceau de calligraphie.
Rappelant au passage que la calligraphie faisait partie intégrante du bushido, le code des samouraï


Et tout tourne autour de ce personnage de l'ère Edo, un mystérieux masseur itinérant et aveugle, mais pourtant redoutable au sabre - et évidemment quasiment imbattable en combat nocturne, puisqu'il se bat à l'oreille - qu'il camoufle astucieusement dans sa canne de marche. Et donc ce curieux  et charismatique personnage va de vile en ville, façon "lonesome cowboy" ou Zorro, et rend service à la population en éradiquant les mafieux qui oppressent les villageois. Il va ici être hébergé par une paysanne, qui vit avec son neveu, adulte mais incompétent notoire, un faignant dont la seule activité dans la vie est de jouer, et perdre, au tripot du coin. Zatoichi va vite se rendre compte que le tripot en question est tenu par des mafieux.
L'histoire va se compliquer d'une vengeance exercée pas un duo de geisha ( une femme et son frère travesti en danseuse) à la recherche des gens qui ont massacré leur famille des années plus tôt.


Et bien sûr la version de Kitano hé bien,c'est un film de sabre, comme tous les précédents de la série Zatoichi..mais revu et corrigé à la sauce Kitano: violence très stylisée ( et rapide, parce que trancher quelqu'un en deux d'un coup de sabre, ça ne prend pas beaucoup de temps, au contraire, donc pour le coup les combats sont assez réalistes), sang rouge plus que vif, et.. gags absurdes venus de nulle part. Tel le voisin de la paysanne, un  dinguo qui se prend pour un samourai et passe son temps à courir en rond autour des maisons, muni d'une lance,  et d'un drapeau dans le dos, chaussé de geta et seulement vétu d'un fundoshi ( slip  traditionnel japonais,ce que portent les sumo, vous voyez?).
Ou le neveu qui, ayant appris que la danseuse est un homme déguisé, se met en tête de se maquiller pour être aussi beau que lui.... vivante preuve que ça n'est pas une question de maquillage.
Beaucoup d'absurde et de gags sortis de nulle part, mais aussi jusque dans le scénario qui est à la fois  un hommage au film de sabre, avec des combats bien classes, mais aussi une parodie avec flashbacks et coups de théâtre pas si loin de ceux qu'on pouvait avoir de manière très sérieuse dans les films de ce genre, mais juste un peu plus poussés, juste un peu " trop", histoire de bien se placer dans la parodie ( l'identité du boss de la mafia.. ha c'est lui, ha non c'est pas lui.. non en fait c'est l'autre..), et final mi bollywood, mi claquettes, avec les "morts" de l'histoire qui reviennent saluer. On est bien dans une perspective très théâtrale ( et bon sang, cette toute dernière image, après le générique, complètement dans la dérision).

Il y a quelque chose d'intéressant, un fil directeur sur l'apparence et la fausseté: des deux fausses geisha, la remarque revient sans cesses: elles sont jolies toutes les deux, surtout la fille en rouge.. qui n'en est pas une. Le chef des bandits est bien caché, et bien malin qui pourra le retrouver. Mais au fait, cet aveugle.. l'est-il réellement?
Le regard aussi est omniprésent: l'aveugle se colle de faux yeux sur les paupières pour faire rire, les bandits regardent les filles.. mais ne voient rien, le neveu veut être admiré

Donc oui, j'ai bien aimé ce film de sabre et d'humour, parodique et qui m'a fait passer un bon moment.