jeudi 28 janvier 2016

Le voyage de Chihiro (long métrage d'animation)

Le 5 janvier dernier, Miyazaki-san a eu 75 ans, et je me devais de célébrer à ma manière cet anniversaire en regardant un de ses films.
Toujours pour continuer la semaine "horrifique" (bon, plutôt fantastique dans mon cas), Le voyage de Chihiro m'a inspirée. Je ne l'avais vu qu'une fois à sa sortie, il y a donc un peu moins de 15 ans... et je ne me souvenais plus de tout.

Donc, embarquons pour les aventures d'Alice au pays des Merveilles façon nippone, ou plutôt de Chihiro au pays des monstres. La comparaison n'est pas innocente et surtout avec le dessin animé de Disney.

Chihiro, 10 ans environ, n'est pas très contente: sa famille déménage dans un coin de campagne un peu paumé, et elle doit suivre bien malgré elle, tout en grommelant. Néammoins, l'inattendu va surgir au bout du chemin: en pensant s'égarant sur un chemin de campagne, les parents de Chihiro tombent par hasard sur un tunnel désaffecté qu'ils décident d'emprunter "pour voir où ça mène".

Chihiro n'est pas emballée par l'idée, car le coin lui paraît effrayant, mais suit malgré tout ses parents qui pensent être arrivés dans un ancien parc d'attraction désaffectés ( pas de lapin blanc, mais ce tunnel mystérieux mène malgré tout sur un monde parallèle)

Faut dire que ses parents ne sont pas des flèches et ne trouvent absolument pas louche de tomber sur un restaurant fonctionnel regorgeant de nourriture, dans un lieu désert, sans âme qui vive à l'horizon.
Et au lieu de se méfier, se mettent à baffrer, baffrer, baffrer.. comme des cochons.

C'est d'ailleurs le sort qui les attend:être changés en cochons car ils ont pillé un buffet destiné aux dieux. Chihiro qui a eu la présence d'esprit de faire passer la méfiance avant la faim, se retrouve seule et perdue dans un village qui se réveille au soir tombant et s'avère être peuplé d'esprits.

C'est un gamin au look désuet, à peine plus âgé qu'elle, Haku, qui va l'aider à s'en sortir, lui conseillant de trouver du travail aux bains publics qui se trouvent dans la ville et où lui même est employé sous les ordres de l'autoritaire sorcière Yubaba, le temps de se creuser les méninge pour trouver un moyen de faire reprendre forme humaine à ses parents et de leur faire quitter les lieux à tous.
Haku a des pouvoir magiques et maîtrise le vent entre autres

Or les bains publics de Madame Yubaba sont assez particuliers: les clients sont exclusivement des dieux ou des esprits, et les humains y sont mal vus.

Et quand une sorcière dont la tête fait la taille de votre corps vous crie dessus, vous obtempérez..
 Chihiro va devoir se retrousser les manches pour s'y faire accepter et trouver une solution à son problème. Par elle-même, car si elle peut compter sur de l'aide, de la part de Lin (l'employée des bains chargée de la former) et Haku, ce ne sont que des coups de pouce, il ne s'agit pas d'agir à sa place .

Et c'est souvent le cas pour les personnages féminins de Miyazaki, qui ne brandissent pas une pancarte " je suis une fille, une faible femme, aidez moi" en attendant que les choses se résolvent d'elles- même, ou par l'intervention d'un homme dans l'histoire,  au contraire, c'est souvent les femmes, plus débrouillardes et futées, qui sauvent la mise aux hommes ( voir dans " le château ambulant", ou c'est carrément une vieille dame qui met le " coup de pied au cul mental "nécessaire au magicien geignard pour qu'il se bouge)
 Et ce genre de point de vue me parle énormément,  on est à l'opposé de la damoiselle en détresse attendant que son chevalier vienne la délivrer qui a fait les beaux jours des contes européens et de leurs adaptations.

Chihiro va donc devoir bosser,  sans oublier son nom, car la sorcière garde le pouvoir sur ses employés-esclave en leur volant leur nom: Chihiro est rebaptisée Sen ( autre lecture du Kanji "Chi" , "mille", de son nom), mais si elle oublie son identité réelle, elle sera coincée dans le monde des dieux jusqu'à la fin des temps ( ce qui est arrivé à Haku qui a oublié son nom complet), et pire, ses cochons de parents risquent d'être servis lors d'un banquet.
Je ne sais même pas quel genre de kami c'est ni pourquoi il se promène en pagne avec un bol sur la tête...mais ce n'est pas le pire qui attende Chihiro
il y a la baignoire la plus crade à récurer...
et la visite d'un "extraputride" à prendre en charge. L'argent n' a pas d'odeur, mais le dieu recouvert de déchets et de vase, si!

Et j'ai beaucoup apprécié cette petite séance ciné improvisée. D'abord parce que la galerie d'esprits et de dieux est savoureuse, ensuite parce qu'entre temps j'ai visité un des lieux qui a inspiré l'esthétique du film: le dôgô Onsen à Shikoku. L'un des plus ancien du Japon qui soit encore en activité.
Pour 300Yen, on peut aller se baigner dans ce qui s'appelle justement le "kami no Yu" , le bain des dieux, par contre le temps y est compté, car les lieux sont très demandés. Et comme l'onsen est ancien, le bain n'est pas très grand... mais compensé par la possibilité de prendre un thé vert à l'étage après s'être délassé dans l'eau chaude.

Bouhouhou, je veux un onsen. Là, maintenant!

Revenons au film, j'aime énormément les personnages secondaires: Kamaji , le responsable de l'eau chaude avec ses 3 paires de bras
et ses assistants, qui ressemblent beaucoup à des noiraudes de Totoro!
Ou les euh..animaux de compagnie? de Yubaba, trois têtes vertes bondissantes qui ne font rien à part grommeler et rebondir sur le tapis. Mais l'incongruité de la chose me fait bien rire.

Sans parler de la beauté plastique du film et de ses trouvailles originales ( qui aurait pensé qu'un animal mythique comme un dragon puisse être mis à mal par une attaque d'oiseaux en papier)

Et puis, un voyage en train...sur l'eau, en compagnie de " sans visage" le spectre..
Ou une virée dans le ciel à dos de dragon, ça ne se refuse pas!
Car oui j'aime les dragons, et j'en profite pour signaler le petit détail culturel: si les dragons européens sont associés à l'idée du feu traditionnellement, les dragons asiatiques ( et les serpents qui sont de "petits dragons") sont associés à l'élément eau. Et souvent à l'entrée des temples japonais, la fontaine à ablutions est muni d'un robinet en forme de dragon.
Ainsi avoir un dragon dans une histoire de bains n'est donc pas insolite, c'est même tout à fait thématique.

attentions, si vous l'ignoriez, ce film contient des allusions ( indétectables pour des non japanophones) à la prostitutions  (encore que la séquence où Sans Visage essaye de forcer Sen à prendre des pépites d'or en échange de sa compagnie est compréhensible différemment pour des enfants.. ou des adultes!) . Mais c'est intéressant à mentionner!
ici, d'autres points de vue intéressants à consulter...
oui, car voir sa famille transformée en cochons et menacée de finir au menu, c'est horrible, non?

dimanche 24 janvier 2016

Kagewani ( série animée)

En attendant la 3 saison de Yamishibai ( ouiiiii! Car il y a une troisième saison de cette série, la bonne découverte de l'an dernier, elle commence à être diffusée au Japon et traduite dans la foulée, j'attends donc d'avoir possibilité de voir l'intégralité des épisodes en mêmes temps, d'ici la fin du printemps probablement), j'ai tenté ce Kagewani, autre oeuvre de la même équipe.

On reste sur du format court ( 7mn 50 par épisode, 13 épisodes au total), mais contrairement à Yamishibai, il y a cette fois un fil directeur entre des histoires qui semblent indépendantes mais finissent par se recouper. Ce fil directeur, c'est le professeur Banba, enseignant chercheur en génétique qui n'hésite pas à abandonner ses cours lorsqu'il s'agit de se consacrer à sa passion: la cryptozoologie. En clair, l'étude des monstres. Dès qu'un monstre est signalé quelque part, le professeur abandonne tout pour aller enquêter tel un Fox Mulder sans Dana Scully ( oui oui, cette comparaison a une raison d'être).

Or les attaques de monstres commencent à se multiplier dans tout le Japon, des monstres apparemment sans lien les uns avec les autres, aux pouvoirs très différents.. mais qui ont en commun de laisser des traces d'une substance noire non identifiée ( voilà pour la référence X-Files, ceux qui comme moi auront vu la série se souviendront de l'huile noire).

 Or le professeur porte sur sa tempe gauche une marque ressemblant à un tatouage, qui réagit fortement à la présence de cette " huile". Je ne dévoilerai pas grand chose, car on le devine facilement: il s'agit bien sûr d'une cicatrice, séquelle d'une attaque d'un Kagewani ( un crocodile ombre) à laquelle il a eu la chance beaucoup de chance, de réchapper dans sa jeunesse.

Le Kagewani du titre n'apparait d'ailleurs qu'assez tardivement dans l'histoire: une créature évoquant un énorme crocodile, aussi à l'aise dans l'eau que sur terre, qui a la particularité de s'attaquer à l'ombre des gens. Sauf que la blessure infligée à l'ombre se répercute sur l'être vivant lui-même. Une morsure faite sur l'ombre laisse donc des marques sur le corps. Je vous laisse deviner ce qu'il se passe lorsqu'il coupe la tête de l'ombre. Oui, je la fait avant que quelqu'un d'autre ne la fasse: "enfin un monstre qui peut lâcher la proie pour l'ombre"
musique d'ambiance qui colle bien:

Il y a également un autre chercheur sur l'affaire, Monsieur Kimura, une connaissance du Professeur Banba, qui travaille pour une firme pharmaceutique et s'intéresse de près à ces monstres. Là encore, ça n'est un mystère pour personne: lorsqu'une firme très riche met les moyens pour capturer des monstres aux pouvoirs variés, ça n'est jamais un bon présage!

13 épisodes courts, pas de temps mort ( encore heureux, que ça ne traîne pas en longueur avec moins de 8 minutes par épisode), des sujets apparemment disparates mais qui finissent par se rejoindre et s'expliquer dans les derniers épisodes, donc oui, ça conclut d'une certaine manière, donc ça vaut le coup de s'accrocehr.

On retrouve le style graphique assez particulier, ce qui était déjà le cas de Yamishibai, soit on aime, soit on déteste. Mais moi, j'aime bien justement ce qui sort de l'ordinaire.

Ici il y a un décalage assez sympa entre les décors naturels, parfois à peine retouchés , dans lesquels évoluent des acteurs ( proportions des personnages réalistes, vêtements à peine retouchés), dont seuls les visages et les mains sont animés dans un style très seinen. C'est un procédé que j'ai plutôt vu dans des jeux vidéos ( la mode des personnages digitalisés est un peu passée..) que dans des animations, mais du coup, ça ne me choque pas.
Oh, un personnage féminin avec un volume mammaire normal!

Oui, ça peut surprendre pour un dessin animé... mais du coup la mer a un effet de mouvement très naturel. Je me demande s'ils ont filmé directement pour la série, où utilisé des rushes de films antérieurs, peut être de séries B de monstres...

Donc une ambiance réaliste, dans laquelle détonnent les monstres, aux apparences souvent d'animaux réels, agrandis dans des proportions .. monstrueuses ( coucou, Godzilla.. une référence très directe lui est d'ailleurs faite, via une figurine Gozilla offerte à un petit garçon)
c'est une année à méduses on dirait!
Car oui il y a plein de références cinématographiques très sympa à repérer!
Celle là est facile, d'autre sont plus anciennes..
J'espère que l'étrange créature du lac noir a fini sa croissance!
Godzilla donc, mais aussi le yéti, le monstre du loch Ness, une tortue mutante géante qui vit dans un égout ( mais il n'y a pas de rat en robe de chambre pour lui tenir compagnie, ni de pizza à manger), plantes qui fusionnent avec leurs victimes

euh, une méduse avec un squelette, vous êtes sûrs que c'est normal?
Godzi n'est pas loin...
... ou bien un de ses cousins
Donc une animation plutôt original et adaptée à son sujet, une histoire pas trop tirée par les cheveux, pas foncièrement innovante, mais qui se conclut, tout en laissant la porte ouverte à une deuxième saison avec quelques questions qui restent en suspens, mais le plus gros de l'intrigue est dénoué, le tout pour la durée totale d'un film. Avec en plus un hommage appuyé au cinéma fantastique et à la SF.
En tout cas , je ne serais pas contre une suite moi.
Ha oui, comme pour  Yamishibai, ça se voit gratuitement, en streaming, Vostfr, sur Crunchyroll

jeudi 14 janvier 2016

Le ruban - Ogawa Ito

Le ruban - ou plutôt " Ruban" tout court puisqu'il s'agit d'un nom... est un recueil de nouvelles que j'ai emprunté un peu par hasard, mais le résumé m'a plu.

Ils s'appellent donc "Ruban", " Banana" ou encore "Suehiro", ou "Sûbô".. parfois ils n'ont pas de noms.
Ils arrivent un peu par hasard dans la vie des humains au moment où ceux-ci doivent affronter une crise, une maladie ou un deuil. Compagnons d'un jour ou de plusieurs années, leur présence va changer la vie des maîtres qu'ils se sont choisis. Ce sont des oiseaux, ou peut-être, un seul oiseau qui passe de main en main.

Tout commence le jour où Sumire, vieille dame un peu excentrique passionnée d'oiseaux ramène chez elle trois oeufs rescapés d'un typhon, bien cachés sous son chapeau, dans son chignon. Dans le plus grand secret, Sumire ( violette) la grand- mère et Hibari (alouette) sa petite-fille de 10 ans, vont alors se lancer dans une couvaison loufoque: Sumire va garder les oeufs bien au chaud dans son chignon, à charge pour Hibari va s'occuper de les retourner périodiquement. Et chose inespérée, l'un des oeufs finit par éclore, et il en sort une... chose qui de l'avis d'Hibari ressemble plus à un dinosaure qu'à un oiseau. Mais le poussin, nommé "ruban" car il relie la grand-mère et la petite-fille, survit et devient un joli oiseau jaune qui fait le bonheur de ses maîtresses... jusqu'au jour ou une porte mal fermée offre à Ruban la voie de la liberté. Il fallait s'y attendre, mais le coup est dur pour elles.

Dès lors de nouvelle en nouvelle, on va retrouver un oiseau jaune, qui fait renaître l'espoir chez ceux qui l'ont perdu. Son apparition brève sur la fenêtre d'une dame dépressive à la suite de la mort de son enfant va lui faire changer de point de vue; trouvé quasi-mourant et envoyé au centre de soin pour oiseaux, il est pris en affection par le soigneur qui le nomme Banana, et met un point d'honneur à le sauver, en mémoire de Citron, la perruche de son enfance qu'il a involontairement tuée avec une nourriture inadaptée; après quelques aventures, il finit par adopter Mihoko, une autre vieille dame, illustratrice, qui vient d'apprendre qu'elle n'avait plus que quelques mois à vivre, et va retrouver l'énergie de terminer ses dernières peintures en compagnie de celui qu'elle appelle Suehiro. A la mort de Mihoko, c'est une autre dame qui le récupère. On le retrouve ensuite à Matsuyama...

Peut-être est-ce Ruban, peut-être seulement un de ses congénères ( car la temporalité est vague, et les lieux des différentes nouvelles très éloignés les uns des autres), en tout cas, tel un ruban, l'oiseau est un fil rouge de nouvelle en nouvelle. On n'apprend d'ailleurs seulement dans la 3°nouvelle de quel animal il s'agit exactement: une perruche callopsite. Avec ses taches rouges et rondes sur les joues ( tiens donc, ça serait pas un peu le drapeau duJapon ça, par hasard?)
En tous cas, l'animal n'est pas choisi au hasard, il n'est pas endémique au Japon ( dans la nature, c'est un oiseau d'Australie) et n'a donc aucune raison précise de s'y trouver, encore moins d'y nicher et d'y pondre des oeufs, cette bizarrerie est déjà un indice de son sens avant tout symbolique.
perruche callopsite mutation lutino (les plus courant ont le corps gris), Ruban est un lutino

Car, bien sûr,  l'oiseau est un symbole: de la liberté, de l'espoir qui peut revenir de manière inattendue, lorsque les humains semblent au fond du gouffre. Du temps qui passe et de la certitude de la mort aussi, qu'il faut accepter pour profiter du moment présent. car dans le fond, c'est bien de mort, de deuil et d'apaisement qu'il est question.
Toutes les nouvelles évoquent la notion de mort, de mort physique, ou de séparation. Depuis Sumire qui profite de l'occasion pour préparer sa petite fille à l'idée de la mort, et qu'un jour la petite fille va grandir et devoir vivre sans la grand-mère qu'elle adore, jusqu'à la dernière nouvelle,qui boucle la boucle en revenant à l'histoire de Sumire ( qui se trouve étrangement liée au mur de Berlin, ville où elle a dû laisser une partie d'elle même symboliquement) et d'Hibari qui a du mal a accepter une opération qui en l'amputant d'une partie d'elle-même, littéralement, peut lui rendre la santé qu'elle a perdu, ou plutôt laissé se dégrader depuis la fuite de Ruban.
Mais malgré ces thèmes sombre,s la mort, la maladie, le deuil.. le recueil met aussi en avant l'espoir et l'apaisement, donc non, ne fuyez pas, les sujets sont tristes, mais le traitement ne l'est pas! En fait, je trouve les récits assez proche de ceux de Banana Yoshimoto, une des jolies découvertes de l'an dernier.

J'ai beaucoup aimé, les nouvelles se suivent bien avec un fil directeur, qui n'est jamais vraiment clair (est-ce le même oiseau, des détails laissent à penser que oui, mais la chronologie "à trous" laisse planer le doute). J'aime l'idée que la conclusion reprenne les personnages de la première nouvelle, exactement comme le ruban, le lien, le cercle qu'affection la calligraphie et qui revient à son point de départ. L'oiseau relie les humains, même ceux qui ne se connaissent pas, c'est très zen comme idée dans le fond.
cercle de Tanaka shingai

vendredi 1 janvier 2016

Oshôgatsu

Aujourd'hui, au Japon comme partout ailleurs, c'est le nouvel an.
Allons donc voir comment ça se fête là -bas..
le nouvel an: お正月: o-shôgatsu

Le hasard a fait que, profitant de 5 de vacances après Noël, je me suis lancée dans le grand ménage de ma chambre, et que quelqu'un m'a fait remarquer que le grand ménage de fin d'année est une tradition japonaise que je ne connaissais pas. Ou plutôt pas vraiment, j'avais croisé ce concept dans quelques manga ou films je pense sans y prêter vraiment attention.

ôsôji:
Hé bien, il s'avère que partout au Japon, dans les quelques jours qui précèdent le nouvel an, on procède au grand ménage de fin d'année, pour chasser les mauvais esprits et se préparer à accueillir les divinités du bonheur. Une résurgence des rites de purification. Et quand je dis grand ménage, c'est VRAIMENT le grand ménage, celui où on fait tout ce qui n'est pas du ménage ordinaire: pas seulement tirer les meubles pour aller aspirer dans les coins inaccessibles ( même moi je le fais au minimum deux ou trois fois par an), mais aussi de récurer à fond ( genre lessiver les murs, le truc que tu ne fais que lorsque tu emménages ou déménage en Europe).
Après ça tient aussi aux particularités de l'habitat: dans les maisons traditionnelles, on en profite pour aérer les tatami et les traiter ( les tapis en paille de riz, ça eut facilement héberger des acariens), changer le papier des panneaux coulissants, réparer ce qui est endommager ou jeter ce qui est irréparable.
Et dans les endroits modernes sans tatamis ni shôji? C'est pareil, ça va juste un peu plus vite.
Sauf que la particularité, c'est qu'on ne le fait pas que chez soi, mais aussi au travail, à l'école.Et ce ne sont pas des entreprises payées qui le font, mais bien les employés ( l'agence avec laquelle je suis partie en voyage à chaque fois l'a fait. Bon, vu la taille de leur bureau à Kyôto, ça ne leur à pas pris beaucoup de temps, mais c'est d'eux que je tiens cette information sur le ménage de fin d'année, du coup!) et les élèves.

Le grand ménage n'est pas que physique, mais aussi d'une manière plus générale le fait de finir tout ce qui est commencé, ou en attente: trier les papiers, payer les factures pour commencer l'année sous de bons auspices et avec une comptabilité nette. Avant le 31 décembre!
C'est seulement à ce prix là que les divinités du bonheur viendront le 1° janvier apporter la prospérité chez vous!
Bon, je ai pas eu le temps de finir le mien, j'espère que les divinités prendront en compte l'intention... ceci dit, avant de passer au calendrier solaire, les pays d'Asie fonctionnaient sur le calendrier lunaire. Je vais donc m'arranger avec les dieux et leur promettre de finir le tri et le rangement du placard d'ici le 7 février, veille du nouvel an lunaire, je suis sure qu'il y a moyen de s'entendre!

Après quoi, une fois que le grand ménage est fini, il est temps de passer à la décoration: kadomatsu  "le pin de l'entrée" ( une composition faite de branches de pin et de bambous représentant la santé et la longévité) dans l'entrée destinée à accueillir les divinités, on en met généralement deux, une de chaque côté de la porte et corde treessée shimenawa au dessus de la porte (images wikipedia)
kadomatsu

Je connaissais ces décorations sans savoir leur nom, pour avoir vu le kadomatsu représenté sur les cartes de voeux du nouvel an, et le shimenawa parce qu'il y en a partout dans les sanctuaires shinto ou au bord des routes ( autour d'un arbre remarquable ou d'un rocher par exemple, supposés héberger une divinité, ce qui signifie bien évidemment de ne pas faire quoi que ce soit qui pourrait déranger le kami du lieu)
un shimenawa vraiment énorme!

On peut aussi ajouter en offrande un kagami mochi, une pièce montée faite de deux gâteaux de riz empilés surmontés d'un daidai, agrume local ressemblant à une mandarine, parfois simples, parfois agrémentés de décorations de papier, de feuilles...

Bien évidemment, on peut les faire soi-même.. ou les acheter tout prêts (comme partout:  dans ma région, la tradition de fin d'année, ce sont les 13 desserts, en théorie il faudrait pâtisser soi même la pompe à l'huile.. mais on trouve facilement des paniers à offrir, contenant un assortiment tout prêt des 13)
Les décorations ne seront pas gardées,  elles sont brûlées au temple une semaine plus tard, les dieux repartant chez eux avec la fumée..

Nengajô ( cartes de voeux): la tradition est un peu différente de la nôtre: il faut les écrire jusqu'au 28 décembre dernier délai si on veut qu'elle soient distribuées pour le 1° de l'an ( car oui, la poste japonaise travaille le 1° janvier). Car le but du jeu c'est qu'elles arrivent pile le jour du nouvel an, on oublie le " j'ai tout le mois pour le faire": images trouvées sur le site de la poste japonaise
la classique
 et bien sûr, version manga, chaque année, l'animal de l'année chinoise a venir est mis en avant. En février, ce sera l'année du singe, d'où ces personnages portant des mascottes singe


spécial geeks! avec représentation d'un kagami mochi en prime
 (donc oui, hein, si on met en avant l'animal du calendrier lunaire même dès maintenant, je peux bien transiger avec les dieux du bonheur pour finir mon rangement en février prochain!)

Il en existe même de pré-imprimées et prétimbrées, munies d'un numéro de loterie permettant de gagner de nombreux lots, dont parfois des voyages.

Le réveillon (ômisoka): le repas classique,c 'est la soupe de nouille udon, avant d'aller au temple ou au sanctuaire à partir de minuit pour sonner la cloche. Selon la foule, ça peut-être très long. Un fois que l'on a réussi à sonner la cloche, tout le monde rentre chez soi pour le "vrai" repas de fête ( osechiryôri). Là encore, on peut le faire soi même.. ou le trouver tout prêt en bentô au supermarché du coin..
ceci, les amis, est un plateau repas du nouvel an..peut être pas de la supérette du coin, quand même!

Bon, j'espère qu'il en existe en version végétarienne, très peu pour moi les crustacés!
yes! un bentô osechi ryôri fait par.. quelqu'un ici
La description de ce joli plateau (en anglais) est ici
Et donc après les nouilles, le temple, le bentô il est temps.. non pas d'aller se coucher, mais d'aller regarder le soleil se lever, puis de boire le premier saké de l'année ( à 9h00 du matin) avant d'aller tirer un omikuji, une prédiction de chance au temple.
Et je viens de trouver une traduction de ces fameuses prédiction. J'en ai une non ouverte depuis 2007, je n'ose pas trop..














 allez je me lance: j'ai eu la " future chance" (en 2007, du coup est-ce que ça concernait 2007, ou est-ce que ça n'entre en fonction qu'à partir d'aujourd'hui où j'ai enfin décidé de l'ouvrir?)
 Bon déjà, il n'y pas "malchance", donc je n'ai pas à retourner dans l'immédiat au Japon pour contrer le sort en attachant ma prédiction à l'endroit dédié pour ça.
 Le reste est censé me prédire des trucs pour mon travail, tout ça, ( bon si je repense à 2007, question travail ç'aurait été " tu vas galérer pour en retrouver un et ça ne sera pas génial", et si c'est pour cette année .. " ton job n'est pas terrible, mais tu vas galérer pour en changer", un truc du style!)

Je suppose que, comme chez nous, tout le monde ne fait pas TOUT, sinon il y a de quoi passer la journée entière du 2 janvier à dormir ( ce qui serait dommage parce que c'est un des seul jours où le jardin intérieur palais Impérial de Tokyo est visitable, avec l'anniversaire de l'empereur le 23 décembre. Là aussi, je n'ose imaginer la foule!)

Je n'ai pas encore eu l'occasion 'aller au Japon à ce moment là de l'année, j'ai donc compilé ce que m'avait dit ma prof et fouillé le net pour trouver des informations supplémentaires.

Akemashite omedetô gozaimasu, tout le monde!