jeudi 11 août 2016

Yokai à l 'honneur (6) - Des femmes... fatales

Là aussi, je vais faire un tir groupé pour plusieurs yokai, soit parce qu'ils sont peu documentés, soit parce qu'ils restreignent leurs activités à un seul endroit, ou sont supposés n'être apparus qu'une seule fois.

Et si la Grèce a ses magiciennes, ses harpies, ses sirènes et sa sphinge, le Japon n'est pas en reste de mégères énervées ou de séductrices mortelles.
On a déjà parlé des renardes qui se font passer pour humaines afin d'égarer les hommes, des femmes serpents dans les contes et légendes, pas toujours perçues dans un cas comme dans l'autre comme négatives d'ailleurs, certaines n'ont pris forme humaine que par amour pour un mortel et non pour en faire leur prochain repas.

Et puisqu'on parle de serpents, commençons par nure-onna, la "femme trempée"
par Sûshi Sawaki

Un serpent à tête de femme, qui sévit au bord des lacs et rivières. Et son but, cette fois, c'est bien de faire un festin du malheureux ou de la malheureuse qui voudra porter secours à cette " femme" qui donne l'impression de se noyer. Parfois dotée de bras, elle transporte un paquet qui semble être un enfant emmailloté, qu'elle colle dans les mains de sa proie, semblant vouloir se suicider. Il ne s'agit bien sur qu'un d'un subterfuge, le paquet s'alourdissant au point que la victime ne peu plus ni le poser ni s'enfuir.
et par notre ami Sekien.

Donc si vous voyez une femme au longs cheveux bruns, en kimono, sur une plage japonaise,  qui semble vouloir se suicider, ou qui se noie dans la mer, n'intervenez pas, appelez plutôt les secours au téléphone.  Ha oui. en japonais, évidemment.

 - La Rokuro Kubi . Une femme tout à fait normale.. en plein jour, mais qui montre sa nature la nuit venue. Il s'agit d'un monstre au cou extensible et pendant que son corps dort tranquillement, son cou et sa tête vont se promener en quête de proies , elles aussi endormies. Dans certain cas, sa tête peut même se détacher et aller manger toute seule indépendamment.

Etrange situation, dont la rokuro kubi elle même n'est pas toujours consciente. Elle peut même totalement ignorer sa condition et vampiriser nuit après nuit les gens alentours sans même s'en rendre compte.
Pour celles qui savent, on les trouve plutôt dans les quartiers louches et les maisons de plaisirs, où elles peuvent satisfaire leur goût pour la chair fraîche sans trop de difficultés. Pas forcément uniquement pour la  chair fraîche, d'ailleurs, elles sont supposées aspirer "l'énergie vitale" de leurs victimes. Je ne ferai pas de jeu de mot tendancieux, mais je vous l'envoie par télépathie.

version Hokusai.

Je vois d'ici le glissement qui a pu se faire, d'une mise en garde des naïfs un peu trop fêtards contre les milieux interlopes et leurs dangers à la menace d'une attaque de vampire ( vous ne pouvez pas savoir à quel point je me retiens de le faire, ce jeu de mots. Bon, tant pis. Tant les deux cas, ça reste une histoire de bourse, et le malheureux finira pompé et à sec, physiquement,  métaphoriquement et monétairement)

- Yuki Onna. Une femme glaciale, au sens propre puisqu'il s'agit de la " dame des neiges".
Un yokai que l'on rencontre donc très logiquement en montagne et dans les régions du nord. Une jolie fille au teint très pale, vête du blanc qui erre l'hiver dans la neige. Pas facile à repérer, d'autant qu'elle peut flotter au dessus du sol, ou se changer en brume ( là encore on devine ce qui s'est passé: les nappes de brume, flottant la nuit en hiver qui peuvent ressembler à des apparitions fantomatiques, et personnifient les dangers de l'hiver et des tempêtes de neige)
par Sûshi Sawaki
Avantage: elle ne chante pas n'importe quoi en faisant des bonshommes de neige - pardon, desYuki Daruma. Désavantage: elle peut vous geler d'un regard ou en vous soufflant au visage. Elle n'est pas foncièrement mauvaise, mais déteste être dérangée et surtout vue. Dans ce cas là, peu de chance d'en réchapper, elle vous gèlera jusqu'aux os avant de se rassasier de votre âme.
Un yokai assez connu qu'on peut croiser assez facilement au détour des mangas et anime, de mémoire, il y en a une brièvement dans les premiers tomes de Urusei Yatsura ( même qu'elle vient de la planète Neptune)

Beaucoup moins charmante mais tout aussi mortelle, Oni-baba, l'ogresse.
Son histoire est sinistre.

Autrefois humaine, elle est devenu un monstre par la site d'un affreux concours de circonstances: Nurse d'une petite fille de riche famille, et elle même mère d'une fille du même âge, elle fut chargé d'une sinistre tâche. La petite fille dont elle avait la garde était muette, et l'oracle consulté pour trouver un remède à cette situation était formel: il fallait donner à manger à la petit fille le foie d'un enfant ôté du ventre de sa mère.
Oui c'est dégueu. Et c'est bien pour ça que les parents ont chargé la nurse de trouver une femme enceinte, de l'éventrer et de trucider l'enfant pour son précieux foie. Qui partit donc, laissant son enfant, pour mener à bien cette sordide mission, ce qui n'a pas été facile, et finit par se cacher dans une grotte en attendant qu'une femme enceinte vienne à passer par là, attendit plusieurs années.
Lorsqu'enfin une femme enceinte passa effectivement à sa portée et que le forfait fut commis, bien des années s'était écoulées, et la nurse reconnut à une amulette qu'elle avait laissé à sa fille avant de partir, que la femme enceinte et l'enfant qu'elle venait de tuer étaient sa fille devenue adulte et son petit-fils (ou sa petite fille). Dans une autre variente, elle n'a pas d'enfant, et le remède est le foie d'une femme enceinte. Je ne suis pas sûre que ça soit vraiment mieux

Devenue folle en se rendant compte de son geste, on dit qu'elle vit encore dans les caverne, attaquant et mangeant non seulement les femmes enceintes, mais plus généralement tout être humain qui passe près d'elle
(je me pose une question technique toutefois.. si autant de temps avait passé, la petite muette avait aussi dû grandir au point d'avoir fait sa vie en acceptant son handicap... et probablement même de refuser un tel remède impliquant 2 meurtres)

L'histoire en tout cas est connue et a été adaptée en pièce de Nô ( du titre de Kurozuka) et l'Onibaba sous sa forme d'ogresse est étonnamment devenue la mascotte kawaii d'un village reconstitué près des lieux où se situait l'histoire. Pas très loin de Fukushima, du coup, les lieux sont toujours risqués, mais plus à cause d'un monstre mangeur de chair humaine.

Hashi Hime ( la princesse du pont) est moins dangereuse, enfin, un peu moins. C'est aussi un yokai attesté depuis le moyen-âge dans la littérature, donc la légende doit remonter à la nuit des temps.
Elle aussi était humaine, avant de devenir un monstre de colère en découvrant l'infidélité de son mari. Depuis  elle est supposée hanter un pont dans la région d'Uji, mais peut parfois être croisée ailleurs, sur un autre pont, n'importe où au Japon: une jolie femme qui va tenter de vous séduire, avant de vous montrer son visage de démon pour vous faire sombrer dans la folie. Ou, si vous passez par là, main dans la main avec votre dulciné(e) , vous contraindre à rompre sous peine de mort.
Je ne comptabilise pas dans cette série Kuchisake Onna,vu qu'elle est plutôt une légende urbaine récente dérivant d'un substrat de monstres indéfinis ( peut être une version plus jeune d'Oni baba et ses consoeurs) et j'en avais déjà parlé l'automne dernier dans un sujet halloweenesque.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire