mardi 7 juillet 2015

Kitchen - Yoshimoto Banana

Comme j'ai bien aimé Dur Dur, je m'étais promis de lire Kitchen lorsqu'il serait enfin disponible à la bibliothèque , encore un ouvrage qui est souvent sorti).

Ce recueil contient  trois nouvelles, les deux premières sont liées et forment un diptyque, la troisième est tout à fait indépendante.

Kitchen: 
La jeune Mikage est un peu perdue, car sa grand mère qui l'a élevée à la mort de ses parents vient de mourir à son tour, alors que Mikage est encore étudiante. Elle tourne en rond, dort dans la cuisine ( le bruit du réfrigérateur la calme, et lui fait oublier sa solitude) et se laisse aller à sa tristesse lorsque l'évidence s'impose à elle: il va falloir déménager, car elle n'a ni travail, ni ressources et ne peut continuer à payer le loyer. Le secours va lui venir de Yûichi, un étudiant de son âge qu'elle ne connait que de vue, mais qui était très lié avec sa grand-mère, et de sa mère Eriko, les deux vivent dans une maison assez grande et proposent à Mikage de l'héberger. Les gens qu'elle va apprendre à connaître sont tout sauf classiques. Yûichi est un gentil garçon, un peu solitaire et secret, et pour cause: sa mère l'exubérante Eriko n'est pas sa mère mais son père, qui travaille comme " entraîneuse" dans un bar de travestis. Yûichi le vit plutôt bien mais évite malgré tout de le clamer sur tous les toits.  six mois passés à squatter chez eux, et cette nouvelle famille recomposée va lui redonner goût à la vie.

La pleine lune:
Six mois plus tard, Mikage a retrouvé sa joie de vivre et employé toute son énergie à apprendre la cuisine. Grâce à  sa motivation, elle a réussi a décrocher un emploi d'assistante dans un cours de cuisine. C'est alors qu'elle apprend la mort d'Eriko, dans des circonstances particulièrement tragiques. Ni une ni deux, cette fois, c'est Yûichi qui a besoin d'elle et de son soutien, elle va se démener pour lui changer les idées à son tour, et l'empêcher de sombre r dans la dépression et l'alcoolisme. Quitte à faire des kilomètres en pleine nuit pour lui amener un plat particulièrement succulent qu'elle a eu l'occasion de goûter par hasard ( oui la cuisine, en tant que pièce, mais aussi en tant qu'activité, joue un grand rôle dans les deux nouvelles).

Moonlight shadow:
 Satsuki, 20 ans et quelques, est inconsolable. Quelques mois plus tôt, Hitoshi, son petit ami est mort dans un accident de voiture avec la petite amie de son frère alors qu'il la ramenait à la gare pour prendre son train. Les quatre jeunes étaient inséparables, mais pour Satsuki, comme pour Hiiragi, le petit frère, perdre deux personne d'un seul coup, c'est très difficile à accepter. Chacun tente de faire face comme il le peut: Hiiragi essaye de surmonter son chagrin en allant au lycée en fille, une manière pour lui de faire survivre la défunte, Satsuki s'est plongée à corps perdu dans le jogging, jusqu'à s'en rendre malade. Mais elle s'arrête toujours avant de traverser le pont qui sépare son quartier de celui où vivait Hitoshi. C'est lors d'un jogging matinal qu'elle rencontre par hasard Urara une fille étrange, plantée sur le pont. Les deux filles se revoient plusieurs fois et Urara finit par lui faire promettre de se retrouver un jour à une heure précise au bord de la rivière où quelque chose de rarissime va se passer...quelque chose lié à la rivière et aux âmes errantes.

J'ai attendu justement aujourd'hui pour publier ce billet, en écho au précédent sur Tanabata. Et voilà la preuve de ce que je disais, sur le fait que cette légende est tellement célèbre qu'elle est souvent évoquée directement ou indirectement ( ici , le nom de la fête est même cité, même si l'action ne se déroule pas pendant la fête): la rivière qui séparent les amoureux, le pont infranchissable, la mort aussi inéluctable qu'un décret divin.

Ces trois nouvelles sont très réussies, j'aime beaucoup le fait que les protagonistes ne soient pas classiques mais dégagent beaucoup de chaleur humaine, que la cuisine et les plaisirs de la table soient vraiment un lien entre les gens, qu'il y ait la nécessité de trouver en soi-même ses propres ressources pour rebondir après un coup dur et que l'amitié soit au centre de tout.
Les sujets sont tragiques ( la mort, le deuil, l'alcoolisme et même le meurtre) mais les textes ne le sont pas, et sont même plutôt positifs, mettant en scène des gens que la société classeraient comme losers, mais qui ont en fait d'énormes ressources qui forcent le respect.

Encore un auteur qui me plaît particulièrement avec Aki shimazaki, deux jolies découvertes depuis l'été dernier. JE vais la suivre elle aussi particulièrement.


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