samedi 22 juillet 2017

Mononoke ( serie d'animation)

On continue avec de l'animation,je vais essayer de parler d'une série par semaine. Ce sera déjà bien.
Mononoke attendait depuis bien trop longtemps sur mon disque dur que je me décide à le regarder.

Alors oui déjà, je le dis, j'ai donc vu une version fansub, et après avoir bien cherché, il semble que la série ne soit pas licenciée en France. Elle date pourtant de 2007.
Donc, pas le choix, je sais c'est pasbien, tout ça, mais vu le coup de coeur que j'ai eu, je ne serai pas contre une édition officielle...

Deuxième chose à préciser d'emblée: ce n'est pas un spin-off de Princesse Mononoke, malgré la ressemblance de titre ( qui m'a freinée à la base, car je pensais que c'était une série qui allait surfer sur le succès des studio Ghibli). Non, rien à voir.

Et troisième point: cette série ne ressemble à rien de connu, à rien de ce que j'ai pu voir auparavant, on est dans un univers 100% bizarre. Soit on adore, soit on déteste, je pense.
Pour moi, ça a été la première option , bien que j'aie regardé les 2 premiers épisodes d'un oeil plutôt mi-surpris, mi" c'est quoi ce truc?!".
On est projeté dans préambule dans cette ambiance un peu surréaliste, avec des décors pétants de couleurs, à la limite du trip au LSD ( enfin, si j'en crois ce qu'on écrit les gens qui ont tenté...)
Pour tout dire, j'ai même trouvé que la femme blonde aux yeux bleus avec des tâches de rousseurs dans le premier épisode, mis à part sa coiffure et ses vêtements,  aurait pu sans problème sortir d'une animation française des années 70- 80, du genre Les Maîtres du temps par exemple ( et ça aussi, c'est de la bonne came, ne méprisez pas l'animation française de cette époque, jamais!)

Le générique donne déjà une petite idée: si votre truc c'est la sobriété visuelle, passez votre chemin

Donc  de quoi ça parle? Dans le fond c'est assez simple, il n'y a que 13 épisodes qui racontent plusieurs histoires fantastiques, à une époque et dans des lieux indéterminés. avec comme seul point commun un personnage fort Mystérieux " l'apothicaire". C'est tout ce qu'on aura de lui ou presque. Il n'a pas de nom connu, et son métier est, on le découvre vite une couverture. Il s'agit en fait d'un puissant exorciste qui se fait fort d'exterminer les mononoke qui croisent son chemin. Ce terme, à peu près synonyme de Yôkai ou Bakemono, ce sont des esprits parfois maléfiques, parfois neutres, mais ceux de cette séries sont vraiment négatifs. Car il s'agit quelque part de la cristallisation sous forme de monstres des mauvaises actions, des pensées et émotions négatives des humains. Un mononoke peut très bien être le résultat de la frustration, de la colère ou de la rancune de quelqu'un.

et le résultat est en général un monstre assez chelou
C'est pour cela que  l'apothicaire - continuons à l'appeler comme ça, malgré son visage marqué de ce qui ressemble fort à des peintures chamaniques, et qui donnent l'impression qu'il se fout un peu de la gueule des autres en permanence, et ses traits assez peu humains ( oreilles  nez, dents pointues..) - doit connaître 3 paramètres pour vaincre le mononoke: sa forme, sa vérité et sa raison, ce qui veut souvent dire, mettre à nu les secrets les plus honteux des gens qui l'entourent. Et là, on ne fait pas dans la dentelle, ce n'est pas un dessin animé pour enfants, il va être question de prostitution, d'inceste, de meurtre, d'humiliation, d'appât du gain, de faux témoignage...

Et pour ce qui est de la forme de la série, elle aussi, elle est particulière, quasiment expérimentale. Déjà parce qu'elle dynamite les conventions narratives ( commencer par la fin pour remonter le fil de l'histoire - épisodes sur le zashikiwarashi -  narration circulaire - épisodes sur le noppera-bô, découpage en actes théâtraux...)
Ca peut dérouter au début, mais si on s'accroche, on s'y fait, il faut juste accepter de prendre une histoire au milieu, comme si on arrivait au second acte d'une pièce de théâtre, et les choses vont s'éclaircir peu à peu au cours de l'"enquête".

Et graphiquement... là on est en plein dans les art décoratifs japonais, références aux estampes, à la calligraphie, au théâtre, à la musique, image qui évoque une texture papier légèrement froissé.. bon sang, ça part vraiment dans tous les sens, personnages secondaires caricaturés ( le sens premier du terme manga: image humoristique, de dérision, caricature)  aux visages masqués ou remplacés par des fleurs tourbillonnantes, foule d'anonymes représentée par des mannequins de grand magasin, flocons de neige en forme de fleurs... et au passage des tableaux de Klimt insérés dans le décor.
le samourai, un personnage secondaire le temps de 2 épisodes, mais sa tronche me fait bien rire, avec sa coiffure approximative et son seul oeil visible, il m'évoque un peu Kitarô, du manga "Kitarô le repoussant", qui parle, tiens comme c'est étrange, de yôkai et de monstres
Et , même la série pousse l'expérimentation jusqu'à changer de style graphique pour chaque histoire : j'ai parlé plus haut de la femme blonde, mais il y a un serviteur d'auberge noir dans la première histoire, un type ethnique qui n'a pas grand chose à faire dans le Japon de ce qui semble être la fin de la Période Edo, mais qui cadre bien avec le côté "flower power" de cette première histoire.
La seconde ( Umi-bozo) fait pleinement référence aux estampes de monstres.
"Nue" va encore plus loin avec un décor entièrement gris où apparait la couleur par petites touches et de manières signifiante à l'exception notoire de l'apothicaire et de ses vêtement archi-colorés, seul point d'ancrage visuel récurrent...



Donc la série ose ne pas se reposer sur ses lauriers et c'est quelque chose que j'aime énormément.
Le héros anonyme aussi, bien qu'il soit avare de paroles, est intriguant et se révèle par petites touches, on découvre en quelque sorte un peu de son caractère sarcastique en même temps que sa forme secondaire ( ou sa vraie forme? J'avais raison de penser depuis le début qu'il n'était pas franchement humain.. mais sa nature restera un mystère: est-il lui aussi un esprit? une divinité? J'ai presque envie de pencher pour cette seconde idée, car quelque part il me fait penser aux dieux des traditions hindoues.. mais ça n'est que mon avis!). En tout cas sa motivation n'est pas connue non plus: il ne semble pas agir contre une récompense, ou pour la gloire, ou parce qu'on lui a demandé...


la sobriété visuelle. Et donc notre héros aux oreilles pointues, si ce type est humain, je veux bien payer un verre à l'équipe d'animation entière. Et non je ne vous mettrai pas ici un visuel avec son autre apparence, ça serait du gros spoil.

En tout cas, j'ai repéré une petite erreur de sous-titre intéressante, lorsqu'un personnage s'adresse au héros en lui demandant " Nani desu ka?", phrase traduite par " qui êtes vous?".
Sauf que le sens est plutôt " qu'est-ce que vous êtes?".. question qui dans le contexte concerne plus sa nature que son identité, et à laquelle il répond évidemment par un trait d'esprit en déclinant son métier (pour demander à quelqu'un son identité, la formule est plutôt " dare desu ka?" ou " donata desu ka?" ou "onamae wa nan desu ka?", quelque chose comme ça, mais certainement pas une phrase avec Nani). c'est d'autant plus dommage qu'il y avait possibilité de garder cette formulation ambiguë nature/ métier en français,qui est moins clairement sous-entendue dans " qui êtes vous"?. Oui je pinaille je sais.

Ha et encore un détail qui me plait énormément: en écoutant je me suis rendu compte que j'avais déjà entendu la même voix quelque part assez récemment, une voix avec une petit nuance de provocation et de sarcasme qui colle très bien  au personnage et bingo: le même acteur ( Sakurai Takahiro) a doublé Shôgo, personnage complexe, mystérieux et cynique de Psycho-pass. Abonné à ce genre de rôle on dirait.

Pour reste sur l'ambiance sonore, elle sait se faire discrète, et appuyer la narration pensant les épisodes. Par contre le générique de début est parfaitement à l'image générale de la série: décalé, baroque, avec un accordéon qui sonne plus sud-américain que japonais, un chant volontiers dissonant. Mais, car il faut un mais, et un détail qui cloche.. le générique de fin, je ne peux pas: trop mignon, trop léché, trop quelconque, trop insignifiant, trop hors-sujet en fait. Ca casse complètement l'ambiance bizarre qu'établit tout le reste et c'est dommage de finir sur quelque chose d'aussi sage et attendu.

et j'ajoute encore que le mélange animation classique et image de synthèse est très bien fait et utilisé a bon escient ici, pour donner un effet de profondeur avec les poissons, comme si le plan était vu au travers d'un aquarium


Mais sinon,c 'est un grand oui pour moi, j'ai totalement adoré , tant ça sort de l'ordinaire. Je n'aurais pas été contre une deuxième saison, le folklore est riche et il y aurait eu largement matière à poursuivre. Mais bon, je suppose que la série n'a pas eu assez de succès, payant peut être ses partis pris visuels et narratifs radicaux par un manque d'audience?
En tout cas, Mononoke est la suite d'une autre série " Ayakashi - le théâtre de l'horreur", que je n'ai pas vu , mais où apparaissait brièvement l'apothicaire. Autant dire que je vais aller chercher pour voir cette première série parce que si elle est du même niveau, ça va me plaire.


1 commentaire:

  1. Ah...Je savais bien que ça te plairait !!! Pour Ayakashi, on est dans une veine plus classique mais bp d'histoires proviennent des récits classiques (tu verras avec le fantôme d'Oiwa !!). L'apothicaire est présent dans un ou 2 épisodes avec l'histoire d'une femme séquestrée...On retrouve d'ailleurs la jeune fille des épisodes d'Omi-bozo...

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