samedi 8 août 2015

Il y a un an, Hiroshima - Tôhara Hisashi

Je parlais hier de Genbaku Bunkaku, en voila un exemple que j'ai pu trouver à la médiathèque. 60 pages, pas plus...

éditions Arléa
Il y a de grandes chance que vous n'ayez jamais entendu parler de cet auteur. Et pour cause, ce n'est pas un auteur au sens propre, il n'a même jamais su que son texte a été publié.
Tôhara Hisashi avait 17 ans lors de l'explosion de la bombe, il était lycéen, et comme beaucoup de jeunes de son âge, réquisitionné pour travailler le matin dans une usine, pour contribuer à l'effort de guerre. Ce jour là, il ne travaillait pas, car, suite à une coupure de courant, l'usine était fermée , les jeunes avaient quartier libre. Il s'apprétait à prendre le train avec un camarade lorsque c'est arrivé.
Pétri, d'idéaux et de grandes idées sur la politique de son pays, il aura suffit d'une journée pour que l'horreur le pousse à remettre en cause tout ce à quoi il croyait. Et découvrir en lui même des choses qu'il aurait préféré ignorer: la peur, la lâcheté.. car lorsque la survie est en jeu, la compassion n'est plus de mise, c'est chacun pour soi. Et rétrospectivement, il n'y a pas de quoi être fier d'être sauvé par la personne même qu'il envisageait l'instant d'avant d'abandonner à son triste sort. Mais peut-on le juger d'avoir choisi sa survie au détriment de l'entraide dans une circonstance aussi terrible?

Il est facile en lisant ce texte d'oublier qu'il ne s'agit pas d'un roman, car il est bien écrit ( et traduit), mais pourtant il s'agit d'un récit de survivant. Qui a éprouvé le besoin de consigner un an plus tard par écrit ses souvenirs de ce jour là (ce délai expliquant sûrement le côté littéraire et soigné du texte qu'il a du mûrir dans sa tête pendant tout ce temps) sans cacher sa mauvaise conscience, son dégout de lui-même les jours qui ont suivi, et presque sa culpabilité d'avoir survécu avec juste quelques brûlures et blessures aux pieds, en proportion du drame qui a touché la ville. Et la peur qui à suivi de développer une "maladie de la bombe" comme la fille des paysans qui logeaient ses parents, morte d'affaiblissement ( on ne parlait pas encore des cancers d'irradiation) après avoir perdu ses cheveux, alors qu'elle était rentrée apparemment saine et sauve.

C'est la femme de Tôhara san qui a trouvé ce manuscrit, bien des années après. Son mari ne parlait jamais de cet épisode de sa vie, et elle n'a découvert le texte qu'après sa mort.. avant de se décider à le publier à compte d'auteur, en sa mémoire, pour que survive le témoignage des victimes.

Je lis rarement des biographies ou des récits de ce type, mais je l'ai trouvé très intéressant, et qui complète bien la visite que j'ai pu faire du mémorial de la paix, je tenterai de m'en procurer d'autres.

Comme le sujet sur  le mémorial d'Hiroshima, j'ai fini par décider que ce récit laissé par un survivant a tout à fait sa place dans le mois o-bon, même s'il ne fait pas référence à la commémoration en question

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