dimanche 5 février 2017

your name ( long métrage animation 2016)

Ca y est j'ai enfin pu voir le dessin animé qui a fait un carton l'année dernière au Japon et un peu partout au Japon en ce début d'année. Il vient à peine d'être programmé dans ma ville. Enfin, c'est toujours mieux que rien je pensais sincèrement qu'il allait passer à la trappe de la programmation. Et ouf, ils ont pensé à le proposer en VOST.

Et c'est une jolie surprise.. enfin, surprise, ça me fait quand même un peu sourire de voir les médias annoncer Makoto Shinkai comme une révélation, ça fait quand même des années qu'il travaille dans l'animation sur divers formats.
Donc quand mon cinéma annonce " la nouvelle pépite de l'animation japonaise", j'avoue avoir la mini satisfaction de l'avoir découvert bien avant lui, quand traîner sur les sites de vidéo fansub éatit encore considéré comme un loisir de geek/nerd/ nolife et autres appellations plus ou moins sympa dont nous affublaient les médias " sérieux".
Ca a changé, hein, maintenant que les gens délaissent la TV au profit des abonnements vidéos en ligne...

Hé oui, Makoto Shinkai, j'avais chroniqué ici il y a 3 ans son court métrage " Hoshi no koe" de 2002, et justement, Your Name a énormément en commun avec ce premier court métrage, dans les thèmes, dans l'approche, et dans le mélange vie quotidienne et fantastique ou vie quotidienne et SF. La surprise ne sera donc vraiment que pour ceux qui n'avaient pas déjà une légère idée de ce dont était capable le réalisateur. Pour les autres, c'est plus une confirmation qu'une surprise.

Your name ( Kimi no na wa en VO) semble être une variation "terrestre" de Hoshi no koe, dont il reprend l'idée de séparation entre deux personnes par l'espace et le temps, mais en plus léger, plus humoristique, au moins au départ

Mikako et Noboru  du court métrage se retrouvaient séparés géographiquement puisque Mikako partait étudier le pilotage dans l'espace et que les messages qu'elle envoyait à son ami resté sur terre prenaient de plus en plus de temps pour arriver, jusqu'à 8 ans pour un échange entre Proxima du Centaure et la Terre.

Tout commence par une comète, splendide...


Ici, Mitsuha et Taki sont aussi lycéens et séparés de quelques centaines de kilomètres. Ils ne se connaissent pas, mais sont victimes subitement d'un étrange phénomène: un beau jour, les deux vont échanger leurs conscience et vivre la vie de l'autre, qui est justement incroyablement différente de son quotidien. Mitsuha est la fille du maire d'une petite ville de la région de Gifu, vit et travaille comme miko dans le temple familial, s'adonne au tissage traditionnel avec sa petite soeur et sa grand mère, révère les dieux et prolonge les traditions locales, mais dans le fond, souhaite plus que tout pouvoir quitter son trou paumé où il n'y a pas grand chose à faire, et où " aller au café" signifie en fait prendre une canette au distributeur de la gare, desservie par 4 trains /jour. Elle fait donc tout haut le souhait pour sa prochaine vie d'être un garçon, à Tokyo.
Taki le citadin vit, lui, à Tokyo, très occupé entre les études, un boulot à mi temps, les sorties entre amis, une collègue de travail qui lui plaît et qu'il en sait pas trop comment aborder... mais il aime les grands espaces qu'ils ne cesse de dessiner.
Il n'en fallait pas plus pour qu'un matin, Mitsuha se réveille dans le corps de Taki et inversement. Stupéfaction du garçon de se retrouver soudainement confronté à un visage inconnu ( et à une paire de nichons) dans son miroir, et de la fille qui découvre.. un petit quelque chose en plus lui donnant la faculté de faire pipi debout. Oui ça doit être assez perturbant.

Pour leurs amis et familles aussi, qui s'accordent à dire que tous les deux étaient étranges la veille. Eux s'en souviennent à peine le lendemain, ils en gardent juste une sensation d'absence, d'avoir fait autre chose que leurs activités quotidiennes, d'avoir vécu la vie de quelqu'un d'autre...
Sauf que l'expérience se reproduit et même assez régulièrement, bien que de manière imprévisible. Les deux vont donc mettre en place un pacte tacite, en se laissant des messages pour le lendemain via téléphone ou sur un carnet, ou écrit sur la main.

difficile à voir, mais chacun laisse à l'autre un petit "mot doux" à l'autre pour quand il/elle reprendra son identité: sur la joue du garçon " baka" ( idiot) sur celle de la fille " aho" ( crétin-e)

Evidemment, ça vire vite à la chamaillerie "interdiction de tripoter mes seins" d'un côté, "ne vide pas mon compte en banque" de l'autre.. car bien sûr Mitsuha profite de l'aubaine de "piloter" le corps de quelqu'un d'autre pour se goinfrer de pâtisseries coûteuses qui n'existent pas chez elle. Elle lui rendra la faveur en séduisant pour lui la jolie fille qui plaît à Taki, laquelle se montre sensible à cette touche féminine qu'elle ne lui connaissait pas ( un petit côté Cyrano, sur ce coup là, le Taki normal n'arrive à rien avec Melle Okudera en temps normal, ce n'est que lorsque Mitsuha prend les choses en main faisant que Okudera san se montre charmée!). Inversement, Taki, un peu bagarreur, va insuffler à Mitsuha une dose de rébellion nécessaire pour clouer le bec à certains de ses camarades qui se moquent d'elle, de son père, des traditions locales..
Un arrangement gagnant-gagnant malgré les difficultés, mais qui prend soudainement fin vers le milieu du film. jusque là, on était sur une comédie lycéenne sentimentale, teintée de fantastique... Et sans prévenir, on bascule dans un drame à connotation SF.

oui parce qu'il faut que j'en dise un peu plus, promis je ne vous dévoilerai pas la fin.

Comme d'habitude, hop, surlignage pour faire apparaître le texte

Alors que les deux protagonistes commencent à sympathiser à distance, les échanges de consciences cessent soudainement, avec ce message curieux de Mitsuha: " ce soir je vais voir la comète". Or aucune comète n'est annoncée cette année là. Et depuis plus de nouvelles. Désemparé, Taki, va chercher à savoir ce qui s'est passé, avec comme seules informations le nom de la région, le prénom de Mitsuha, et les dessins qu'il fait de ses souvenirs. Jusqu'à trouver quelqu'un qui lui donne le nom de la ville.. rasée 3 ans plus tôt par une chute de météorites qui a tué plus de 500 personnes.. dont Mitsuha. Les échanges de corps se font donc entre le passé et le futur, ou plutôt entre deux espaces temps différents. Sans que ça soit vraiment expliqués, mais les fans de SF auront reconnu le tête des univers parallèles.
Seule solution pour Taki: trouver un moyen de franchir les dimensions en sens inverses, de revenir dans le corps de Mitsuha la veille de la catastrophe et d'utiliser ce moyen pour essayer de prévenir et convaincre les habitants de quitter la zone dangereuse avant la catastrophe


Pour résumer, et sans trop donner d'infos cette fois:
Ce qui s'annonçait comme une comédie sentimentale prend soudain une tournure proche de séries comme Sliders, Code quantum ou Demain à la une.
Ca peut en dérouter certains, surtout s'ils ne sont pas franchement fanas de SF.
De mon côté je lui reprocherai un côté un parfois un peu trop sentimental. La première partie d'exposition, menace d'être un peu longue et , au moment où on se dit que oui, c'est bon on a compris.. paf! révélation surprenante. Mais en en discutant avec les autres élèves du cours de japonais, soit ils n'ont pas compris le côté Sf qui les a ennuyés, soit ils.. ne l'ont pas vu, se concentrant sur l'histoire d'amour. Ce que moi j'ai occulté n'étant absolument pas une sentimentale.

De plus, la narration est confuse parfois volontairement, parfois moins. Mais j'ai bien aimé le fait que le récit de la mésaventure de Mitsuha commence le lendemain de l'échange, lorsque ses amis lui racontent ce qu'elle a fait de bizarre la veille, et qu'elle n'était pas tout à fait elle même, dont elle n'a aucun souvenir, récit qui sera d'ailleurs morcelé au fil du film, tandis que l'expérience de Taki, racontée ensuite dans le scénario, est vue directement alors qu'elle finalement censée être concomitante de celle de Mitsuha et se passer avant ce qui vient d'être raconté, et donc .. avant le début du film.
Cette étrangeté s'explique finalement si on prend en compte ce que j'ai mis en spoiler, mais demande un effort de concentration et de mémoire sur le moment. Soit on s'accroche et on garde les questions pour plus tard, soit on patauge.
De mon côté j'aime bien les récits qui jouent avec la temporalité et ça ne me pose pas de souci, mais ça peut dérouter, c'est vrai. Et de fait, c'est bien le Temps, avec un grand T qui est le sujet central de cette histoire, comme il l'était dans Hoshi no koe. Le générique de fin - si vous le voyez en VOST, la chanson est traduite- ne lisse aucun doute à ce sujet, pas plus de les passages filmés en " time lapse".

Donc dire que Makoto Shinkai est le nouveau Miyazaki ou le nouveau Takahata, quelque part ça me pose problème.
En terme de popularité, ça se comprend , les créateurs de Ghibli étant la référence de l'animation japonaise. D'autre part, non. Shinkai a ses propres sujets, ses propres obsessions récurrentes, et la comparaison n'a pas franchement lieu d'être, tant au niveau des thèmes que des traitements.
On pourrait éventuellement le rapprocher du voyage de Chihiro pour le côté des mondes parallèles, mais c'est à peu près tout. Shinkai est du côté de la SF, pas du folklore fantastique et des yôkai. Le traitement graphique est beaucoup moins enfantin - ce n'est pas une critique- moins rond, moins kawaii et plus réaliste que chez Miyazaki. Heureusement d'ailleurs qu'il cherche son propre style au lieu d'imiter les autres.
La seule chose commune,où on peut réellement voir une influence Ghibli, à mon sens c'est le sens des grands espaces et la qualité de rendu des éléments naturels, des trouées de lumières dans le feuillage des arbres ou des reflets sur l'eau, les couleurs oniriques d'une pluie de météorites ou l'image saisissante d'un sanctuaire perdu au milieu d'un cratère de volcan envahi d'herbes.
je ne m'en lasse pas, les décors sont vraiment splendides

Donc oui, un film à voir, un réalisateur à découvrir pour certains à suivre pour d'autres, avec déjà une thématique temporelle que je trouve passionnante.Le film n'est pas parfait ni exempt de longueurs, mais il place quand même la barre très haut pour la suite, avec un niveau d'exigence scénaristique qui fait plaisir à voir. Je n'ai pas vu " voyage vers Agartha " du même réalisateur, mais à en juger par le résumé, il y a encore des thèmes similaires, le temps, la séparation, les multivers etc... Et "5cms par secondes" creusait aussi cette idée d'amitié à distance par correspondance.
Pas vu non plus "Le jardin des mots", qui attend que je me décide à le regarder, tiens, pourquoi pas en avril pour notre challenge. Mais de ce que je peux constater, oui, les thèmes de prédilection de l'auteur sont donc bien le temps et la distance, et leur influence sur les relations humaines.
Et en prime, la bande annonce pour vous convaincre si ce n'est déjà fait?


2 commentaires:

  1. Chouette, tu n'as pas trop spoilé...pour ma séance de la semaine prochaine...J'espère en effet que le côté fleur bleue est contrebalancé par la sf !!

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    1. C'est pour ça que je mets le panneau d'alerte et le surlignage :D J'essaye d'être sympa avec mes petits camarades.
      Mais il y a aussi, en tout cas au début une dose d'humour qui atténue aussi le côté gentillet.
      Et la recette du saké des dieux est... enfin c'est spécial quoi.
      Ceci dit, je confirme que les petits patelins japonais, c'est à peu près ça, j'ai vu quelque chose d'un peu similaire à Shikoku, le côté " il passe 3 trains et 2 bus par jour si t'as de la chance d'être dans la ville principale du coin", j'y ai pris de ces omnibus dignes des tortillards de la ligne saint-Germain-des-Fossés-Nîmes Courbessac qui s'arrêtent dans des gares au milieu de rien et il y a quand même des gens qui y descendent, et tu te demandes où ils vont!

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