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mercredi 14 octobre 2020

Ludwig Révolution t.2 - Kaori Yuki

 Et on continue sur la lancée des aventures du prince le moins royal du monde.



Toujours aussi arrogant, mais qui ne sait pas ce qui l'attend.

Car pendant qu'il court le monde avec pour consigne de ramener une fiancée digne de ce nom, le roi, qui ne se fait pas beaucoup d'illusions, a décidé d'epouser sa maîtresse de toujours et de légitimer son fils caché, qu'il pense bien plus apte à régner que cet obsédé sexuel de Ludwig. Le petit Julius est de fait un... sale gosse manipulateur, bien décidé à faire passer son demi-frère de vie a trépas, histoire de s'assurer de pouvoir s'asseoir sur le trône, juste au cas ou papa changerait d'avis.

Et donc forcément, à qui faire appelle, sinon au meilleur snipoer de la region qui en plus a une dent personnelle contre Ludwig?

Et Ludwig, pendant ce temps que fait-il?

Il visite d'autres contes un peu moins connus ( en tout cas moins connu du public japonais de 2007): Rapunzel, Demoiselle Maleen, le roi grenouille et la gardeuse d'oies.

Et les héroïnes sont aussi gratinées que précédemment.

Première héroïne, Rapunzel.

Oui la jolie fille est une psychopathe
particulièrement violente


Qui est une mégère capricieuse et violente, du genre à capturer les oiseaux pour les manger tout crus parce que sa livraison de nourriture tarde. De fait la sorcière qui la détient prisonnière n'est autre que Dorothea, la maso, mais occupée ailleurs - à poursuivre Ludwig de ses assiduités - elle fait livrer la nourriture de Rapunzel par un chat noir nommé Damien ( elle a aussi des serpents, Jason et Carrie, et ce detail m'éclate). Et donc en l'absence de la sorcière, Rapunzel a réussi à mettre la main sur un prince, très incompétent, nommé Silvio. Un brave garçon très fils à maman, mais qu'elle se tape, faute de mieux. Elle est d'ailleurs enceinte, donc une fois de plus, pas un bon choix.De plus elle est dangereuse, sans le vouloir: les réponses volées par ses parents dans le potager de Dorothée etaient des légumes magiques destiné à fabriquer de la lotion capillaire. Dorothea l'a donc gardée avec elle le temps de voir s'il y avait des effets secondaires et...oui. non seulement ses cheveux poussent sans cesse, mais ils s'animent seuls et étranglent des gens quand elle s'énerve. Et elle s'énerve beaucoup,et vite, la garder enfermée est donc un moyen de l'empêcher de nuire. Et voilà enfin une explication tordue mais logique à cette malédiction capillaire.

Décidément, c'est bien Dorothea que je préfère dans ce manga

Et donc, oui, nous avons le retour de Dorothea la maso, mais enfin arrivent d'autres personnages masculins bien débiles, après Barbe bleue schizo, Silvio le benêt. Et plus tard il y aura Christo l'otaku. Ludwig a abandonné sa collection de cadavres mais est toujours sadique et obsédé. Pas un pour rattraper l'autre. 

Candidate n°2: Demoiselle Maleen.
Maleen est une malchanceuse qui s'est amourachée 7 ans plus tôt d'un type dont ses parents ne voulaient pas et qui, pour la faire changer d'avis, l'ont emmurée vivante avec une bonne , dans une tour, avec des provisions pour 7 ans, et vogue la galère, on reviendra dans 7 ans voir si tu es plus raisonnable. Or ce que Maleen ne sait pas c'est que son pays a été ravagé par la guerre, et que sa famille est morte depuis longtemps. C'est Ludwig qui la libère involontairement en s'amusant avec un vieux canon sur le champ de bataille.


La première réaction que Maleen, quand Ludwig lui dit que ce n'est pas lui qu'elle attend? L'assommer avec un vase, "il délire, tapons-le pour qu'il aille mieux"

Et oui, elle est bonne à enfermer, enfin, elle vient de passer 7 ans enfermée et justement il y a des séquelles :elle parle au vase

Là encore ce n'est pas la bonne pioche: Maleen qui est devenue dingue, parle aux objets inanimés et le prend pour son fiancé. Elle va le suivre jusque dans le royaume suivant , et essayer de l'épouser de force en prenant la place de la fille du roi local.  Une monomaniaque donc, mais qui a un autre problème autrement plus grave: c'est un fantôme, qui n'en a pas conscience. Il n'y  avait pas assez de nourriture, elle et sa bonne sont mortes depuis longtemps.

Candidate n°3: Kathrin.

Une gamine aux paroles particulièrement blessantes et qui ne sourit jamais.
Accessoirement,c'est le seul personnage d'allure un peu asiatique, c'est assez rare chez Kaori Yuki d'avoir un personnage typé japonais.

Elle est encore une petite fille capricieuse et au physique banal, mais par suite d'un concours de circonstance Ludwig , qui s'est amusé avec une marionnette grenouille de Dorothée, se retrouve maudit: hormis la sorcière elle même, tout le monde le voit sous l'apparence d'une grenouille. Il doit pour que la malédiction soit rompue, être embrassé par la première personne croisée depuis le moment de la malédiction: Kathrin. Qui déteste les grenouilles, même celles qui parlent, et ne croit pas à cette histoire de malédiction. Mais de fil en aiguille, à force de discuter avec la grenouille , elle finit par lui raconter ce qui lui pèse: elle a l'impression d'etre insignifiante, son père père semble l'ignorer, n'est jamais là pour elle, n'écoute qu'à moitié ce qu'elle lui dit. La mésaventure aura un effet positif sur Ludwig qui se rend compte que, incroyable! Une fille, ça pense! Et que lui même a été dans le même cas de solitude désespérée avant de rencontrer Wilhelm, son seul ami ( qu'il martyrise, on est d'accord). Et que mine de rien, cette rencontre a changé sa vie. Bon il reste un connard, mais un petit peu moins con à partir du moment où il en prend conscience. Et Kathrin? Elle est trop jeune, et fini même par avoue " en fait je le préférais en grenouille plutôt qu'en bellâtre "

Candidate n°4: Albertina. Les deux Albertina. Une brune et une blonde. Elles ont le même prénom et le même âge, l'une est une riche noble, l'autre est sa servante et elles se detestent. La riche Albertina est promise à Christo l'otaku. Il n'a jamais vu sa tête, car le portrait qu'elle lui a envoyé a été déchiré et.. on ne voit dessus que son opulent bonnet E. Quand a Christo le binoclard complexe, il a cherché qui était le célibataire le plus convoité - Ludwig bien sûr-  et a envoyé à Albertina le portrait de Ludwig. De son côté, elle fait rédiger depuis toujours ses lettres d'amour et broder les cadeaux pour son fiancé par sa bonne. Elle est une princesse après tout, elle n'a as besoin de savoir coudre ou broder, les domestiques sont là pour ça.


Clin d'oeil contemporain sympa: Albertina est une noble très imbue d'elle même.
Réaction de l'otaku: " il y a toujours des mégères comme çadans les jeux de drague, laissez-moi le temps de faire une simulation sur console,je saurai l'apprivoiser"

 Or comme Albertina arrive, Christo poursuit sa logique personnelle: faire enlever Ludwig pour lui servira de doublure le temps des noces. Mais si Ludwig est intéressé par les nichons du portrait, se retrouver au milieu d'une affaire de jalousie entre femmes et d'usurpation d'identité ne l'enchante pas et donc il va devoir pousser Christo à se montrer tel qu'il est ( et ce n'est pas joli joli, l'Otaku a un côté vraiment tyrannique) pour  poursuivre son voyage.

Et donc ça continue, de manière un peu plus soft mais toujours aussi barré, avec de nouveaux personnages ( je vous annonce l'arrivée tranchante d'Hansel et Gretel, déjà mentionnés en passant dans l'histoire du chaperon rouge au tome 1. Et ce sont des " collègues de travail" du chaperon, en quelque sorte. Mais comme elle échoué plusieurs fois, Julius décide que 3 tueurs sont plus sûrs qu'un seul, qui en plus agit à sa guise).


Mesdames, Messieurs, Hansel, le géant spécialiste de la faux, et Gretel, la miniature adepte du lance-flammes

Une courte série violente et délirante, qui ne fait pas dans la dentelle c'est vrai, mais pour une fois Kaori Yuki ne se prend pas trop au sérieux et joue réellement sur un tableau comique, c'est donc plutôt sympa ( c'était aussi le cas pour Bloodhound, qui n'a pas eu de second tome. D'une manière générale, c'est dommage, ses mangas prometteurs n'ont pas de suite,je ne sais pas si c'est par manque de succès ou parce qu'elle s'en désintéressé. Et j'ai aussi fini par m'en désintéresser, je n'ai absolument pas lu Royal doll Orchestra, je ne sais même pas si elle a fait autre chose ensuite)

Donc bon, pour le moment je relis avec plaisir, mais ce ne sont pas non plus des mangas que je vais garder, ils iront ensuite rejoindre ma liste " à revendre", l'an prochain, je vais faire un très gros tri de mes étagères.

mercredi 7 octobre 2020

Ludwig revolution T.1 - Kaori Yuki

 allez, je profite du mois Halloween et de la thématique "contes de fées" pour ressortir cette curiosité de mon placard.
Le mercredi c'est manga, il y a 4 tomes et 4 mercredi en octobre, c'est parti pour une histoire "contes, horreur, magie, humour et SM"

Et pour ceux qui connaissent Kaori Yuki, ce ne sera pas une surprise: sa relecture des contes de fées est très très personnelle. Et pas DU TOUT pour les enfants. On va y parler sans, violence, mort, anthropophagie, inceste et tout ce que vous voulez.

A noter qu'initialement  le tome 1 était supposé être un one-shot, et plus précisément, le chapitre 1, était juste une histoire courte qui ne devait pas spécialement être développée, donc dans ce chapitre 1 elle met en avant des aspects de son personnage central très contestables, allons- y jusqu'au bout dans le délire, qui disparaîtront très vite. Je suppose que l'éditeur a dit" on veut une suite, mais il faudrait un peu atténuer ton héros quand même, il est un peu TROP chelou...)

Donc le principe, il est simplissime: Kaori Yuki a décidé d'aborder les contesde fée par l'angle de vision du personnage le moins charismatique de l'histoire.
Le prince.
Oui, le héros, que l'on suppose paré de toutes les qualités, mais dont le rôle se borne dans le fond à sauver les miches de l'héroïne.
Il n' a, la plupart du temps, même pas de nom, et est simplement désigné par son rang social. Qui est-il ce merveilleux héros, descendant direct des chevaliers d'épopées médiévales? Quels sont ses goûts, ses loisirs, ses relations familiales et amicales? Bref, il est temps de faire de ce non personnage dont la caractérisation tient sur l'arrière d'un timbre, un personnage.


Et elle ne fait pas dans la dentelle, vu que c'est Kaori Yuki.son héros, sera donc prénommé Ludwig ( titre original du manga  " Ludwig kakumei", Ludwig le révolutionnaire), et le contre-pied de ce qu'on attend: casse-burette vaniteux, tyrannique avec son entourage, impertinent, obsédé sexuel et j'en passe.
Et comme on est dans un univers parodique, elle prend le parti que toutes histoires confondues, le héros sera toujours Ludwig, qui va rencontrer tour à tour Blanche Neige, la belle au bois dormant, La fiancée de Barbe bleue, le petit chaperon rouge, etc...

Rassurez-vous les nanas ont aussi leur quota de tares psychologiques.
Ludwig est à la pointe de la mode (d'il y a 20 ans) et arbore des tenues directement inspirée des groupes de visual-kei et autre J-Pop ( pour les gens de ma génération, ça ressemble beaucoup à des tenues glam-rock): manteaux léopard, chemises à jabot sur short en skaï, bottes à talons compensés, cheveux longs, etc...
Et donc principales caractéristiques de Ludwig: c'est un glandeur tyrannique, qui n'a que deux passions dans la vie, à savoir faire chier le monde et draguer les femmes à gros seins.Tortue géniale dans le corps d'un Apollon androgyne au look glam-rock, donc.

Première histoire: lassé de voir son branleur de fils ramener tous les soirs des filles du quartier chaud, le roi l'envoie de force dans le pays voisin demander en mariage Blanche, la fille des souverains, car une alliance politique serait rentable. Et donc " tu es prié de te servir de ton seul atout, ton beau visage pour conquérir la fille". A quoi Ludwig répond " je me peux me laisser ainsi déshonorer, mon visage n'est pas mon seul atout, attendez-donc qu'elle me voit à poil!" J'avais omis de préciser qu'il était aussi très narcissique.
Sauf que comme on est dans la parodie, Blanche Neige va aussi être l'inverse de la gentille fille victime de sa belle mère: c'est une garce de premier ordre, qui utilise depuis toujours son visage et sa compétence à se faire passer pour une victime pour obtenir des cadeaux, vivre dans le luxe. Elle a une relation incestueuse avec son père, se fait entretenir, ment et manipule tout homme qui passe à sa portée...
Et là le détail qui disparaît ensuite, parce que un peu trop extrême: Ludwig est un pervers nécrophile. Qui collectionne les cadavres empaillés.

Welcome to my nightmare ( oui je reste dans l'ambiance glam)


Et il adore torturer le monde. Ca par contre, ça reste. Donc forcément, Blanche (et ses deux gros melons) ne lui plaît que tant qu'il la croit morte, comme un joli trophée à ajouter à sa salle de collection. Mais dès qu'elle se réveille, il a tôt fait de voir qu'elle convoite de fait le pouvoir espérant épouser le fils en se tapant le roi. Et donc se débarrasse de cette inutile avant de partir en quête de la princesse idéale ( 95D au minimum, le reste importe peu à ce niveau de l'histoire), en compagnie de Wilhelm, son serviteur depuis l'enfance et souffre douleur.

Wilhelm,c'est le brave gars de l'histoire, et beaucoup plus proche de l'idéal chevaleresque et serviable qu'on attend.Wilhelm a une amie d'enfance, Lisette.
Et la seconde histoire nous narre comment Wilhelm est devenu sans protester le souffre-douleur de Ludwig, et comment la petite Lisette au chapeau gris est devenue une criminelle, par suite d'un mauvais concours de circonstance et d'une mauvaise blague de Ludwig. Depuis son chapeau teinté de sang est rouge.et elle en veut à mort à Ludwig.On la reverra parla suite, mettant a profit ses instincts meurtriers: Elle devient tueuse à gages et sniper d'élite, nom de code: "petit chaperon rouge".



Troisième histoire: La princesse des ronces, ici appelée Friedrike. Toujours en quête de la femme à gros nichons de ses rêves, et en chemin pour le château des ronces, Ludwig trouve dans un champ de bruyère une vieille montre. Qui va lui permettre en effet de rencontrer une femme, dans ses rêves: petite, coiffée à la garçonne, plate comme une planche à repasser, colérique et violente.


Friedrike, alias Iedike.

Ca rime avec colérique


La belle au bois dormant.qui finit par lui expliquer que "oui, personne ne m'a jamais aimée, j'ai fait des efforts pourtant mais comme j'ai reçu des dons à ma naissance, tout était faux, en plus je suis victime d'une malédiction, c'est vraiment trop injuste".Et là pour une fois Ludwig va avoir un comportement un peu moins égoïste, et aller rompre le maléfice, en partie pour arrêter de la voir en rêve, en partie, parce que bien que le contraire de ce qu'il recherche, cette femme qui ne lui tombe pas dans les bras facilement lui plaît un peu. Et donc classique: il rompt le charme, arrive, embrasse la fille qui se réveille.. et il vécurent donc heureux, jusqu'à ce que la mort les sépare, soit 15 secondes plus tard, puisque le temps s'est remis en marche et que la belle de 116ans meurt instantanément de vieillesse.
Et dans ce chapitre arrivée d'un autre personnage récurrent: Dorothea, la sorcière qui a jeté le sort à Friedrike. Dorothea est visiblement la femme idéale de Ludwig qui ne s'en rend pas compte:non seulement elle est plus que généreusement dotée par la nature, mais elle est aussi masochiste que lui est sadique. L'association idéale. Après avoir été interrogée de manière musclée par Ludwig elle en conclut " jamais je n'avais été si bien fouettée, il est impitoyable, je le suivrai au bout du monde... pitié torture-moi encore!!" ( petite précision le manga date de 1998, donc bien avant la mode des récits SM)

Quatrième histoire: Barbe-bleue.
Ou " que se passerait-il si la femme de Barbe-bleue n'avais pas été curieuse?" Alerté qu'il y a dans le village voisin une jolie fille à très gros seins, Ludwig veut bien sûr voir ce phénomène. Amalie n'est qu'une bourgeoise désargentée mais elle doit épouser le riche et cruel "Barbe-bleue", au grand dam de ses frères complètement idiot ( et légèrement incestueux).Mariage qui ne lui convient pas parce que le future époux est "moche et barbu") Là encore Ludwig va aider la fille, moins par charité que pour la mettre dans son lit à un moment où un autre. Mais alors qu'il prend la place d'Amalie dans l'espoir de faire un choc à Barbe-bleue, qui n'a jamais vu de près sa future femme, celui-ci tombe raide dingue de Ludwig qui est " sa femme idéale", grande et avec un air de ressemblance avec sa première défunte épouse. Occultant totalement le fait que la personne qu'il a en face n'est absolument pas une femme. Comment Ludwig va-t-il réussir à se sortir de ce guépier, avec un Barbe-bleu complexé et schizo, qui flèche le chemin vers la salle interdite pour sa "future femme" , absolument pas intéressée par ce qui s'y trouve, mais obligé de s'y rendre " pour faire avancer l'intrigue".

Un passage purement burlesque chez Yuki


Donc ce n'est pas le manga du siècle mais cette version déglinguée, S - M, et psychopathe des contes de Grimm est quand même souvent drôle. D'un humour cru et violent, mais drôle.
J'aime bien la manière dont les nains disparaissent l'un après l'autre grâce à l'affreuse Blanche-Neige,ou le jeu de piste de Barbe bleue, la manière dont la très " chougneuse"Belle au bois dormant se fait cadrer sur sa geignardise, les références pop, le petit chaperon rouge Sniper et bien sûr la sorcière maso.

Par la suite de mémoire ( je n'ai pas encore relu les autres tomes), Ludwig se développe et devient un peu plus standard, car là,effectivement on aurait assez vite atteint les limites d'un personnage obsédé.


Contrairement aux apparences, Dorothea est l'un des personnages les plus sensés de cette histoire.
Elle est simplement masochiste au sens le plus " cuir et fouets" du terme


jeudi 1 octobre 2020

Tsukimi!

 Oh! Un billet ici, tout arrive!

Car aujourd'hui a lieu une fête un peu particulière, donc je n'avais pas encore eu l'occasion de parler, la fête de tsukimi.

Tsuki = la lune

Mi = regarder, comme dans "hanami" regarder les fleurs, la fête du printemps , beaucoup plus connue. Un grand classique des films, mangas et animés.

Mais là où le hanami a pris une forte valeur sociale, un grand rassemblement presque obligatoire ( sauf cette année où peu de monde a pu l'organiser, confinement oblige au Japon aussi) qui tourne à la beuverie de plein air, tsukimi a gardé un caractère modeste, discret, raffiné, poétique.


Tsukimi, c'est donc la fête de la contemplation de la première pleine lune d'automne.


Le but est de boire une coupe de saké sous la pleine lune ( et non des litres jusqu'à  l'ivresse) en dégustant des mochi et dango dont la forme rappelle la lune, en racontant l'histoire du lapin dans la lune.

La fête n'est pas uniquement japonaise, on en trouve des variantes en Chine, où ile me semble bien que c'était l'un des loisirs raffinés des lettrés. Ce qui semble se confirmer par l'existence de haikus sur le thème de la contemplation de la lune.

le miroir de la lune
vu(e) une nuit parfumée d’automne –
Nouvel An pour les yeux


Matsuo Bashô ( 1644-1695 )

Fût-ce en mille éclats
elle est toujours là
la lune dans l’eau !


Ueda Chôshû (1852-1932)

Je ne ferai pas ma blague favorite à ce sujet ( qui implique le sens familier de " lune" en français), car je l'ai déjà faite sur mon autre blog, et.. un peu de poésie, voyons.

Au Bouddha
Je montre mes fesses
La lune est fraîche !

Masaoka Shiki ( 1866-1909 )

(J'ai dit que JE ne ferai pas cette blague, mais pas que Masaoka Shiki ne la ferait pas)

Et comme par un fait exprès, cette année, il y a deux pleines lunes en octobre. Aujourd'hui même 1° octobre et donc, fête de la pleine lune d'automne en Asie, et le 31 octobre, pour Halloween.

Mais j'ai décidé cette année de faire la part belle aux contes et légendes pour le mois Halloween. Voici donc l'histoire du lapin de la lune.


Tout vient de cette paréidolie: dans la forme des mers lunaires, les gens voient l'image d'un lapin géant devant un mortier. Un mortier typique qui sert à faire de la farine de riz, laquelle est utilisée pour faire des mochis.. en forme de lune ( au Japon). ou qui prépare de l'élixir de longue vie ( Chine)

SunWukong, le roi des singes, et le lapin lunaire ( Sun Wukong est le personnage connu au Japon comme Son Goku, oui oui, qui a donné son nom au personnage principal de Dragon Ball)

Pour ce qui est de la légende, on peut la relier à l'histoire d'un lapin qui se sacrifie pour sauver la vie d'un voyageur affamé.Et là, elle est citée telle quelle dans Saint Seiya.

Cette légende est importante pour comprendre deux choses contemporaines.

Côté Japon, elle est un des motifs majeurs de la référence shôjo qu'est Sailor Moon. Je n'ai jamais vraiment eu une passion pour ce manga ni pour son adaptation, j'étais déjà trop âgée pour trouver intéressante une histoire de magical girl. Mais voilà, il s'avère que le nom en VO de l'héroïne est un jeu de mots: Tsukino Usagi, comprendre Tsuki no Usagi, soit " lapin de la lune".
De plus sa coiffure en macarons (en France) s'appelle " coiffure dango" au Japon. Dango qui sont justement les boulettes de farine de riz que l'on mange lors du tsukimi. Pas étonnant qu'elle soit donc associée à l'astre lunaire par essence ( par contre, comment des écolières en uniforme de marine ont pu devenir des guerrières en VF, c'est un mystère). Son chat "Luna" est un sélénite aussi.

"Lapin Delalune" et sa coiffure dango . Pas sûr qu'une lycéenne gaffeuse soit le meilleur choix de base pour sauver le monde.

Côté Chine, et de manière plus sérieuse, la légende est aussi la raison pour laquelle , dans le cadre des missions d'exploration lunaire chinoises, le rover se nomme Yu-tu " lapin de jade". En Asie, le lapin est donc généralement associé à la lune ( je vois bien un savant chinois antique, voyant les lapins sortir le soir et la nuit dans les champs, faire la déduction que les lapins sortent la nuit pour admirer la lune. Sauf que corrélation n'est pas conséquence)

Je n'ai pas de saké mais il me reste des prunes dans de l'umeshu. Ca fera l'affaire, si la lune daigne se montrer aujourd'hui, j'irais donc sur mon balcon, boire un peu d'umeshu, en mangeant une prune dont la forme évoque la lune ( j'écris mon sujet en avance, donc je ne sais pas quelle météo est annoncée, ni si je trouverai des mochi à manger le jour dit). Si elle est cachée par les nuages, tant pis, je contemplerai mon substitut favori dans toute sa ravissante rotondité en citant Shiki plutôt que Bashô 😏

Une lune masculine, cela va sans dire, mais c'est tout à fait légitime:
si dans les panthéons grec et romain, le soleil est un dieu, et la lune une déesse, frère  et soeur, dans le panthéon japonais Tsukuyomi no mikoto ( dieu de la lune ) et Amaterasu ( déesse du soleil) sont aussi frères et soeur.

Tsukuyomi, dieu de la lune

Dans le panthéon nordique également, et ça a une importance linguistique: les langues romanes ont LA lune et LE soleil, les langues germaniques, l'allemand au premier rang,  Die Sonne ( la soleil) et Der Mond (le lune). Les astres sont donc perçus comme principes masculins et féminins de manière inversée selon les cultures. Et c'est visiblement le cas aussi en Asie
Cette perception est aussi l'explication du manifeste de la première revue féministe japonaise datée de 1911" A l'origine, la femme était le soleil" ( paragraphe 6)

Le dieu de la lune version jeu vidéo / anime et son lapin messager

 Je ne sais plus si j'avais déjà parlé de cet animé adapté d'un jeu vidéo, complètement barré, mais très sympathique, Kamigami no asobi.
Il en faut pas chercher midi à 14h00, c'est foutraque, souvent débile - mais dans le bon sens du terme-  mais plein de bonne humeur, une humaine est envoyé dans le monde des dieux pour leur enseigner à comprendre les humains. Et rencontre donc plusieurs personnages de plusieurs mythologies : Esprits rebelles, version mythologie ( Loki et Baldr pour le panthéon Nordique, Dionysos, Hadès, Zeus et Apollon pour le panthéon grec, et donc Tsukuyomi et je ne sais plus quel autre, peut être le dieu du vent, pour le panthéon japonais.. faudra que je vérifie et que j'en parle. Enfin, autant dire une belle brochette de divinités sociopathes). Un dessin animé dont je n'attendais pas grand chose et qui avait été une bonne surprise, car moins premier degré que ce que je pensais.

mercredi 1 avril 2020

Ôke no monshô tome 5 - Hosokwa Chieko

Confinement + premier avril, est-ce qu'il en serait pas temps de revenir dire du mal de ce navet?

Alors comment dire ça gentiment. Jusqu'à présent , il y avait encore le plaisir de se moquer, mais là, même ça, ce n'est plus vraiment drôle. Ou plutôt, il y a tellement tout qui va de travers, que ça prendrait beaucoup trop de temps pour sélectionner les pires gaffes. On ne peut plus vraiment parler de déception à ce niveau,tant je m'attends à ce que ce soit nul.

Nous avions laissé Carol en train de s'enfuir en compagnie de Unus le militaire égyptien qui la suit comme son ombre, les deux s'apprêtant à quitter Babylone à la nage* pour rejoindre les bateaux du Pharaon Memphis, venu récupérer SA déesse du Nil. Et donc potentiellement de déclencher une guerre entre le Royaume Hittite et l'Egypte:

La situation est claire, je peux même la résumer façon TP de maths
  • Hittites retiennent Carol comme otage, car Egypte considère que Carol Déesse du Nil protectrice de l'Egypte.
  • Carol = monnaie d'échange entre deux pays en guerre depuis des décennies pour la moindre broutille
  • Izmir, héritier royaume hittite = veut savoir qui a tué sa soeur dans palais pharaon. 
  • Carol sait que Isis = meurtrière soeur Izmir.
  • Izmir sait que Carol sait. Torture Carol façon film SM, fouets et chaînes.
  • Carol = rien dire pour ne pas déclencher guerre entre les deux pays si elle parle
  • TOTAL: Guerre déclarée de toute façon pour récupérer déesse protectrice.
 * Pour cette impossibilité matérielle voir tome 4

Et là, c'est le festival du n'imp' .Non seulement le scénario prend l'eau de toutes parts, mais les cases sont confuses, la bataille du début est très fouillis et passablement ridicule ( mention au figurant qui tombe à l'eau en criant " ha je meurs"), on ne sait pas qui mène la bataille. Le pharaon est blessé et est déclaré mort. ( on sait TOUS ce que ça signifie dans un feuilleton fleuve. Fleuve, Nil, lol).

Moche: la trajectoire de cette lance est totalement foirée.
Tirée depuis un point dans son dos à proche distance, elle arrive par en-dessus
Mais grande nouveauté : pas de tentative d'enlèvement cette fois. Mais plusieurs tentatives de fuites les plus molles du monde, où Carol est systématiquement rattrapée et remise en prison. Et ils sont assez nuls pour ne pas la surveiller H24, sachant qu'elle trouve toujours un moyen de fuir.
Et pas de chance pour Izmir qui a l'occasion de la tuer plusieurs fois mais est toujours interrompu avant de pouvoir le faire. La guigne...
ambiance sonore!

Dès le début, Carol dans l'eau, au lieu de retourner dans son monde d'origine, comme à chaque fois qu'elle met le pied dans une flaque, manque se noyer ( en appelant au secours son grand frère au XX° siècle), avant d'être repêchée au filet par Izmir ( qui se promène toujours habillé en Lawrence d'Arabie, ce type est dans le turfu), comme le poisson rouge qu'elle est.


nota: la disproportion des mains sur sa tête. Soit ce mec est un géant, soit elle a le volume cérébral d'un nouveau né.
C'est plutôt ça, je pense
Bon lui n'est pas malin non plus, puisqu'il l'amène un peu plus tard pour la ridiculiser et la malmener devant la cellule où il retient l'armée égyptienne prisonnière, et dont la clef se trouve par le plus grand des hasards scénaristiques aux pieds de Carol qui va très facilement réussir, en faisant semblant de tomber, à la donner en scred aux prisonniers .

attention en case 3 et 4, l'as-tu-vu ami lecteur, cet indice furtif de ce qu'il va se passer?
J'aime le "je vais insulter votre déesse en face de vous".
Dans mon imagination, il va les provoquer en lui chantant du Orelsan.
Izmir en rajoute une couche en racontant DEVANT tout le monde leur plan super secret pour arriver à bout de l'armée Egyptienne.
Carol s'enfuit une fois de plus, trouve facilement un souterrain qui mène à la mer**, où elle est rejointe, encore par le plus grand des hasards scénaristiques, par Memphis... pas du tout mort, qui aurait cru ça.

**putain, juste.. putain, quoi...

 Carol qui se lamentait peu avant de sa supposée mort, en disant " il est venu me chercher moi une fille normale du XX°siècle, mais si j'avais su qu'il m'aimait autant, jamais je n'aurais essayé de m'enfuir, bouhou, c'est vrai que d'après son sarcophage il est mort à 18 ans, il est mort dans la bataille, mais alors... il était devenu sympathique et humain et je ne l'ai pas compris il est mort par ma faute bouhouhou!

que c'est moche, mais que c'est moche, j'ai vu des dôjinshi mieux dessinés, mieux découpés,
je n'ai jamais vu une scène d'affliction aussi loupée.
Le graphisme un peu daté mais sympa du début est en train de devenir carrément bâclé.. au tome 5, sur 65.
Je sais que les mangaka doivent travailler vite, mais là,c'est du niveau esquisse préparatoire, à se demander s'ils ont publié le brouillon. Et même si les scans ne sont pas de super qualité, il n'empêche, le dessin est devenu moche au fil des tomes.
Des tas de gens sont morts à cause de moi, je suis un monstre je mérite de mourir pour expier mes péchés".
Car oui, Carol vient découvrir un truc incroyable: la guerre , c'est PAS BIEN! Vraiment, il y a des tas de gens qui y meurent pour des raisons absurdes. Et avoir été enlevée , battue, retenue en otage, pêchée au filet, ficelée comme un saucisson fait de toi une victime, pas une pécheresse.

Attends ma petite:
Il vient te chercher parce que
- tu es considérée par le peuple comme la fille du dieu Nil. Tu ne lui a rien demandé.
- il veut t'épouser PARCE que ça lui permet en tant que roi d'assurer son pouvoir auprès du peuple et des prêtres. Tu es utilisée.
- Ca emmerde sa soeur. Tu es utilisée ( bis)
- En tout dernier lieu, oui, il a envie de te .. heu.. comment dire ça en restant tout public. Il a disons envie de vérifier au fond de ta culotte si tu es une vraie blonde. C'est du harcèlement sexuel

ben oui, quoi, il était devenu sympa, ça fait quelques chapitres qu'il avait arrêté de parler de la couper en morceaux et de la faire bouffer aux vautours, et qu'au lieu de la buter, il voulait autre chose en se passant de ton consentement.
Quelle ingrate d'avoir voulu s'enfuir!
Et au passage " je l'aime plus que jamais", on parle bien du type qui essaye par alternance depuis 4 tomes de te buter ou de te saut..  voilà, donc, et en utilisant des méthodes aussi douce que te menacer de te démembrer et de jeter les morceaux aux chacals et aux vautours.
Tu veux échapper au mec qui te moleste en disant clairement que tu es sa monnaie d'échange pour te jeter dans les bras du psychopathe qui veut te découper en morceaux.

la phrase la plus drôle " Carol n'est pas assez stupide pour..."
c'est bien mal la connaître
elle est pire que ça.

On dirait une blonde de film d'horreur qui essaye d'échapper à Jason en se réfugiant auprès de Leatherface. Carol, tu CHERCHES les emmerdes.

Razzie award de la pire actrice: Carol dans sa 178° scène de désespoir
Ah oui, au fait, c'est pas comme ça que ça marche les voyages dans le temps. Tu as appris au XX° siècle qu'il est mort à 18 ans, AVANT que tu ne sois propulsée dans le passé, tu n'est donc PAS la cause de sa mort. Tu peux changer le futur en l'empêchant de mourir à 18 ans, tu peux indirectement causer sa mort à 18, 20 ou 65 ans, mais tu ne peux pas déduire que c'est toi qu'il l'a tué sur la base d'un passé que tu n'as pas influencé. Tu ne peux pas avoir tué quelqu'un avant de l'avoir rencontré. Il est mort, a été momifié et enterré et sans ton aide!

Et donc ben voilà, fuite - prison, fuite-prison- fuite-je l'aime- mort mais pas de Carol, bien qu'elle manque crever plusieurs fois ( hélas, ça n'arrive jamais, elle a le cul bordé de nouilles).

La scène la plus illogique que j'aie vu: Carol saucissonnée, avec une jambe en sang,  et interrogée de manière musclée par un roi particulièrement énervé, tremble pour sa vie... mais a quand même la présence d'esprit de se poser des questions existentielles d'ordre esthétique sur les coupes tendance printemps/été à Babylone: "tiens, il a les cheveux longs sous son chèche, ha mais ouais, je me souviens j'avais lu dans un livre que c'était la mode chez les hittites."
Elle est particulièrement pénible avec sa bêtise absolue - que tout le monde qualifie d'intelligence probablement parce qu'ils sont collectivement crétins, et son dédoublement de personnalité:

 Je ne veux pas mourir noyée ici-> les gens meurent à cause de moi, parce qu'ils me prennent pour une déesse, donc si je meurs, il n'y aura plus de guerre -> non je ne veux pas mourir ici -> Puisque personne ne m'écoute ( textuellement), autant que je me sacrifie " houhou venez me chercher et tuez moi" -> je fuis devant les lances parce que je ne veux pas mourir ici-> si je meurs ça règlera les problèmes -> tiens l'Egypte a gagné la bataille?Ils règlent ça à la castagne, le palais hittite est en flammes, l'armée hittite en déroute Mais alors, l'histoire est sauvée la guerre n'a pas eu lieu... je n'ai plus de raison de mourir!

nan mais là, l'Egypte a gagné, donc j'veux plus mourir, même si j'estimais 50 pages avant devoir payer de ma vie la responsabilité de la mort des gens venus me sauver.

La mort d'un pharaon oublié de tous, et une bataille de plus entre 2 pays qui tentent de s'envahir tous les 4 matins c'est changer l'histoire, mais la destruction de la capitale d'un empire antique, ce n'est pas un changement de l'histoire,donc...

Et je suis déçue, pas de "tuto du futur"cette fois, mais Izmir est bien moderne, lui, puisqu'il crache (beurk) de l'alcool sur le pied de Carol qui s'est fait bobo en esquivant une lance et lui dit " c'est bon, j'ai stérilisé la blessure" (car oui, dans une impasse à bout portant de lance, ils la loupent ces nases, les deux armées rateraient un boeuf dans un couloir). Sans déconner, en pleine antiquité, le futur roi connait la prophylaxie. un peu plus et il nous parle de pénicilline. Mais alors pourquoi les gens sont morts à la guerre,  depuis l'antiquité de blessures infectées?

Mais alors le bouquet, c'est le dessin qui juste là était parfois joli, parfois passable, mais sent déjà la flemme au tome 5. Ca devient parfois VRAIMENT moche!Très moche.

Et je crois que j'avais déjà mentionné ce problème, mais  il y a 4 équipes qui travaillent sur la traduction française qui ne se fait pas depuis le japonais, mais via la traduction anglaise. *Donc japonais > anglais > français, déjà, il y a forcément des problèmes à ce niveau, qui ne sont évidemment pas imputables au manga lui-même. Mais le problème est que les 4 équipes qui se partagent la traduction ne se sont pas mises d'accord, et certaines collent à la version anglaise qui colle aux noms égyptiens prononcés à l'anglaise et transcrits en katakana "Menfuisu, Aishizu, Izumiru, voire Izumin, Sechi, Unasu", et d'autres qui rendent aux personnages les noms tels qu'on las aurait prononcés en français: Memphis, Isis; Izmir, Sethi, Unus...
Et les pays, quand la personne qui traduit a un peu de connaissance, il nous parle bien du royaume hittite, quand c'est quelqu'un qui se borne à traduire de l'anglais, ça donne " le royaume Aitatsu,"ou "Hattit". C'est gênant, d'autant que c'est déjà le gros souk de par le scénario qui bouche ses trous à la truelle.

Je ne sais pas quelle sera la prochaine lecture manga, mais 'ai un livre japonais à rendre à un copain depuis très longtemps, ça serait pas mal que je mette à profit notre réclusion forcée pour m'en occuper aussi.

dimanche 27 octobre 2019

Hagakure (version BD) - Yamamoto T. et Wilson S. et W.

Curieux ouvrage: une adaptation contemporaine d'un recueil japonais classique du  XVIII° siècle.
Un manga, publié dans le sens européen, et dessiné et traduit par deux américains.



Et le problème vient que le texte de Yamamoto Tsunemoto ancien samourai du clan Nabeshima devenu moine zen, est un " guide" , un code du samouraï ,qui n'est pas vraiment un traité de la vie et des valeurs des samouraï, mais plutôt une succession d'anecdotes, pur illustrer par l'exemple plusieurs valeurs importantes. .
Apparemment le texte d'origine est très long ( 9 tomes) et seules quelques thématiques sont ici mises en avant: la loyauté, la vengeance, la sincérité, le seppuku...

Donc un texte composé d'anecdotes sans vraiment de lien logique entre elle ( si ce n'est d'avoir pour "personnage" le clan Nabeshima) qui est en plus présenté de manière "Digest", ça donne quelque chose de difficile à suivre, dont on retient finalement que " couper des têtes" est l'activité principale d'un samouraï, qu'il y a une pensée qui sous-tend cette activité, mais qu'elle reste très opaque au lecteur.

Hormis maitre Yamamoto et son disciple Tsuramoto et scribe à qui il raconte ces anecdotes, il n'y a pas de personnage et les noms japonais classiques n'aident pas à s'y retrouver (quand les personnages mentionnés se nomment Ingazaemon, Fudozaemon, Kizaemon, Heizaemon, Gorozaemon, Kichizaemon, Sukeemon, Heizaemon ( 2) , Shozaemon, Gorozaemon (2), Denzaemon, Goroemon... ça devient vite compliqué!) d'autant que le dessin n'étant pas très caractérisé, à part deux ou 3 personnages caricaturés volontairement, tous ces gens aux noms presque semblables ont une apparence très peu différente, et on a un peu l'impression que ce sont sans cesse les mêmes qui reviennent.

L'idée n'était pas mal, mais en soi, on n'apprendra au final pas grand chose de la vie, de la pensée des samouraï,du Bushido..
Donc pour en savoir plus,je préfère encore continuer à conseiller le roman " la pierre et le sabre" ( et qui est parfait pour s'initier à la littérature japonaise, car très linéaire dans son récit, donc assez simple à suivre malgré une foule de personnages) ou Vagabond, sa libre adaptation en manga.

S'il vous fallait une seule raison de lire Vagabond, voilà le genre de dessins d'Inoue

Ou pour les plus motivés les traités " techniques" ou philosophiques écrits sur ce sujet, pourquoi pas ceux de Musashi lui-même.
Ou peut-être Hagakure dans sa version classique , là je ne peux pas en dire plus puisque je ne l'ai pas lu.

Mais cette version Bd est décidément assez frustrante, et finalement j'ai envie de dire très américaine dans sa succession de vignettes d'action.

Dernière chose: en tant que future traductrice, je ne veux plus JAMAIS voir dans une traduction française ( ici de la postface écrite probablement en anglais) la confusion entre " empreint de" et " emprunt".
"Le phrasé poétique et non moins emprunt de dignité", ça n'est pas possible. Surtout quand sont passées une traductrice et une correctrice.

C'est totalement inacceptable de la part de traducteurs et correcteurs professionnels, c'est une confusion qui n'est particulièrement sanctionnée en première année de licence.
Cette erreur trop récurrente me met autant hors de moi que " la gente féminine", voire " la gente masculine"...ce n'est pas une simple faute de frappe comme ça peut aussi m'arriver, mais une vraie méconnaissance des paronymes et c'est du travail à la va -comme-je-te-pousse.

J'assume totalement ce que je viens d'écrire.

mercredi 23 octobre 2019

Les deux Van Gogh - Hozumi

Hoooo un billet!
Non ce blog n'est pas mort, juste au ralenti depuis cet été, pour cause d'études très prenantes.

Et donc, comme je dois bientôt rendre ce manga à un ami, je m'aperçois que je n'avais pas fait de compte rendu à son sujet.Hop, relecture et chronique.



Donc n'y cherchez pas,on va le dire de suite , une biographie de Van Gogh.
De Vincent, il en sera bien sûr question, mais pas seulement. il est un personnage central, mais pas LE personnage central.
D'ailleurs le titre original,probablement trop peu vendeur ne mentionnait même pas l'illustre nom, puisqu'il est " さよならソルシエ" Sayônara Sorcier.
Oui, "sorcier"en français dans le texte , katakanaïsé.

Le sorcier (même si on n'apprend ce surnom que dans les dernière pages), c'est Théo(dore)Van Gogh, petit frère du peintre, et marchant d'art chez Goupil et cie, à Paris.
Ceci est rigoureusement exact, le grand frère peignait, le petit frère vendait des tableaux pour une galerie très académique.
Et c'est ce Théo dont on va suivre la trace, rejoint un peu plus tard par Vincent.
Et là, on se dit que c'est une relecture très personnelle ( ça s'éclaircit à la fin quand même),mais que plusieurs choses ne collent pas. Vincent, que tout le monde connaît pour son autoportrait, n'est pas roux, mais brun. Oui ça m'a interloquée!

De plus, exit l'artiste tourmenté au destin tragique, c'est un brave gars naïf, un grand enfant, très calme, toujours prêt à rendre service..donc tout l'opposé de ce qu'on connait.
Et tout l'opposé de Théo, véritable renard ( qui travaille chez Goupil, oui, le nom est 100% exact), d'une intelligence froide et calculatrice, bien décidé à utiliser son aplomb - pour ne pas dire son culot- pour imposer la peinture du petit frère face à l'opposition des tenants du style académique, officiel, bien peu enclin à la nouveauté. Son idée: puisque les habitués des expositions, , tous de bonne société ne veulent pas voir l'art qui dépeint quotidien, on va amener à l'art les exclus,  qui eux s'y reconnaîtront.

Donc la peinture du petit frère mais pas que.. Il y sera aussi question de Gauguin et de Toulouse-Lautrec (bien arrangé, hein, même s'il est comme il se doit, petit - mais pas tant que l'était le réel Henri, pas loin du nanisme- il ne semble pas avoir un penchant pour l'alcool). On y croise aussi Rodolphe Salis, patron du chat noir (et étonnamment, présenté comme un esthète travesti).
Bref, rien ne "colle" à ce qu'on connait.. et pourtant au final, çe parti pris fonctionne plutôt pas mal.
Et c'est Théo lui qui va nous l'expliquer: pour "vendre" un peintre, si talentueux soit-il, il faut donner envie au public de se déplacer. et quoi de mieux qu'une légende d'artiste torturé et asocial. Car qui irait voir les oeuvres d'un type sociable, gentil, serviable, à la vie très banale. On lui supposerait un art tout aussi plat que sa vie, et.. personne n'irait à l'exposition. Quoi de mieux que le scandale pour vendre?

Un manga agréable, pas le manga de la décennie, mais plutôt sympa, qui a le mérite d'essayer quelque chose, et de proposer une lecture autour des deux frères Van Gogh qui met en lumière le discret Théo, en inversant les caractères. Tout en donnant une justification à son inversion. Le tout est porté par un graphisme crayonné, parfois très travaillé, parfois ébauché.. ce qui n'est pas mal vu puisqu'on parle d'une peinture qui défie les styles classiques.

En tout cas, il m'aura donné envie de lire le recueil de correspondance entre Théo et Vincent. Bien qu'habitant à 40 kilomètres d'Arles, et qu'ayant entendu parler de Van Gogh (et Cézanne aussi) depuis toujours j'avoue ne pas avoir d'attirance particulière pour sa peinture. Mais je suis curieuse de savoir comment les deux frères abordaient l'art, le concept de l'art, son évolution, etc...

mardi 27 août 2019

Le Mari de mon frère t1 à 3 - Tagame Gengoroh

Voilà un titre que j'avais repéré depuis un certain temps déjà, et je pensais à la couverture qu'il s'agissait d'une petite fille qui pour une raison quelconque, habitait avec son frère aîné et le mari de celui ci, et des difficultés sociales de cette famille hors du lot, mais .. pas exactement.

De fait, il y est question de mariage pour tous, mais..plus que celà.


Pour planter le décor, Yaichi est un japonais tout ce qu'il y a de plus normal, à ce détail près qu'étant divorcé, c'est lui qui a la garde de sa fille Kana, 7 ou 8 ans, et non sa mère. Et un père divorcé qui a la garde de son enfant (même si dans le contexte, c'est logique: il a plus de temps, car il est propriétaire d'appartements qu'il loue, un travail qu'il fait le plus souvent à domicile, tandis que son ex-femme a une travail très prenant), c'est déjà plutôt rare.

Et donc ce duo père - fille reçoit un jour la visite de Mike, gigantesque canadien au look de bûcheron.Mike n'est autre que le mari, ou plutôt le veuf de Kyôji ,frère jumeau de Yaichi, décédé un mois plus tôt dans un accident. et ce veuf part donc en pèlerinage en mémoire de Kyôji sur les lieux où il a vécu. La situation gène un peu Yaichi, d'autant que Kana insiste pour que son tonton reste avec eux le temps de son séjour, et n'aille pas à l'hôtel. Mais Yaichi est un homme intelligent, qui se rend compte que ses quelques poussées d'homophobie du début sont, une construction sociale qui n'a rien a voir avec la personne qu'est- réellement Mike, authentique type bien et chaleureux, qui fait tout pour déranger le moins possible et se couler dans le mode de vie japonais en faisant oublier qu'il est " gaijin". Et d'ailleurs Kana est d'emblée conquise par ce tonton " qui vient d'un pays où il y a son nom, le "Kanada". Chose qui achève de convaincre Yaichi d'essayer de voir les choses non comme un adulte formaté par la société, mais comme un enfant, comme elle sont. Et à rétrospectivement se demander comment son frère a pris réellement son absence de réaction à l'annonce de son homosexualité, et comment lui prendrait la chose si Kana adulte lui présentait une petite amie.
Donc de saines réflexions.


Lorsque Kana dit que c'est bizarre que deux hommes puissent se marier ensemble eu Canada, mais pas au Japon, ce qu'elle dit en substance, c'est : " trop bizarre que les lois ne soient pas partout pareilles".
Quand elle demande " Mais alors entre toi et Kyôji qui est l'épouse?", elle fait évidemment référence au fait que habituellement , dans un mariage il y a quelqu'un qu'on appelle "mari" ( otto) et quelqu'un qu'on appelle " épouse" ( tsume), donc comment on fait quand les deux sont " otto" et est-ce qu'il peut y avoir des mariages à deux " tsume"?
Pas du tout au fait que ce soit bizarre que deux hommes ou deux femmes se marient ensemble, ou à leurs" rôles" dans le couple .
Evidemment, elle a 7ans, l'amour est une vague notion pour elle, alors la sexualité, n'en parlons pas, elle part du principe " bah, lorsqu'on se marie, c'est parce qu'on s'aime c'est logique.

Car oui, au delà de la thématique gay, il y est aussi question de deuil et de xénophobie. Mike est un étranger, et c'est presque aussi gênant que son orientation aux yeux de certains.


Et les regards en coin, à chaque voyage au Japon, j'en ai eu, sur ma tronche d'occidentale. Surtout qu'étant assez ronde, je ne corresponds pas à l'image d'épinal de la française vhculée par les films, je ne suis ni Carole Bouquet, ni Catherine Deneuve, on me prend à priori pour une américaine et donc, pas la bienvenue depuis la seconde guerre mondiale.
Parce qu'en général à la seconde où quelqu'un a eu le courage de venir me parler et après que je suis française, c'est la détente et la salve de questions sur Paris ( heu, 90% de la population française habite ailleurs, vous savez:D).

Mais le fait est que la xénophobie au Japon est liée à l'histoire récente d'une part et à l'idée que "un étranger ne connaît pas les codes sociaux, il va faire n'importe quoi, nous embarrasser et ce sera la honte sur 15 générations". il est vrai que les groupes de touristes qui arrivent à 50 font souvent n'importe quoi, mais globalement, ce n'est pas une méfiance de l'Etranger à cause de sa nationalité, mais plutôt à cause de sa supposée méconnaissance des codes sociaux japonais ( bon, il est vrai qu'il y a de sombres tartes comme ceux qui demandent le retrait des svatiska indiquant les temples bouddhistes sur les plans parce qu'ils y voient une croix gammée. Prouvant de fait qu'ils viennent en asie sans s'être un minimum renseigné sur la culture locale, et qu'ils ne connaissent rien à l'histoire mondiale non plus car ils sauraient ce qu'est une croix gammée et comment la différencier d'un symbole bouddhiste). Ce n'est pas vraiment, hors groupuscules politiques, une détestation globale de l'étranger.
Et entre mon premier voyage en 2007 et mon dernier en 2013, j'ai vu les choses évoluer: plus d'affichage en anglais, plus de prospectus en plusieurs langues..et les choses vont encore s'améliorer l'an prochain avec les JO de Tokyo, et l'arrivée massive de touristes, avec le vieillissement de la population qui impose un recours aux travailleurs venus des pays voisins. Le Japon va devoir en passer par une plus grande acceptation des étrangers, c'est nécessaire... Et qui dit arrivée d'étranger dit rencontres et mariages internationaux, et enfant binationaux aussi.

En tout cas je remercie l'auteur d'avoir fait un portrait très juste de Mike, un peu cliché du bûcheron canadien, mais pas du tout cliché de la grande folle.
Un homosexuel réaliste mais surtout présenté comme un personnage qui a bien d'autres caractéristiques : débonnaire, passionné par la culture du Japon, amateur de nourriture locale, de voyage, serviable.. son orientation sexuelle est le point de départ mais il n'est pas résumé à ça et ça fait bien plaisir. Un personnage qui ressemble aux gens que je connais dans la vraie vie, à mes amis... un portrait au final très respectueux.

Ce qui m'a fait penser (en plus de la manière très masculine dont sont représentés les hommes) que l'auteur était concerné de près.
Bingo, c'est un militant de la cause LGBT, et un auteur de mangas gays plutôt axés.. violence et SM. Celui-ci est un manga pour tous, absolument pas réservé à un public averti, et franchement j'espère qu'il le poursuivra, car déjà,qui dit plus de public dit une plus grande visibilité, et finalement il se débrouille bien dans le genre tranche de vie humaniste. Sans être le manga de l'année - il y a un côté un peu didactique car le public visé est justement celui qui n'est pas directement concerné, les hétérosexuels qui ne se sont jamais vraiment posé de questions - il y a une justesse de ton qui me plaît, et des réflexions plus profondes qu'il n'y parait, sur la société japonaise où l'homophobie ne semble pas exister.
Ne SEMBLE pas exister, tout est là. On ne fait pas parler de soi, c'est impoli, donc si on sort du placard, c'est le plus souvent au sein de la famille proche, et c'est tout, la société fera en sorte d'ignorer poliment cet état de fait..ce qui veut dire que bon, c'est toléré, mais pas franchement accepté, au nom de la discrétion. Pas formidable non plus comme situation: ça existe, on le sait, mais on n'en parle le moins possible car il est inconvenant de parler de soi ( comme il est inconvenant de parler d'autres sujets épineux: la dépression ou l'alcoolisme par exemple, ou tout ce qui peut déranger l'apparente harmonie de la société)

Donc, je n'ai pu lire que les 3 premiers tomes, car le 4° et dernier en date est sorti des rayonnages de la bibliothèque, il doit y revenir le 30 août, donc s'il n'est pas réemprunté, ou prolongé dans la foulée, je pourrai le lire avant de partir de Belgique.
D'ailleurs ma mère (72ans) arrive demain et je pense que ça l'intéressera de le lire, elle est aussi sensible que moi à ce genres de sujets.