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lundi 22 juin 2026

Les carnets de l'apothicaire tomes 1 à 4 ( manga) - Itsui Nanako et Nekokurage

 Voilà une série que je voyais passer régulièrement à la bibliothèque, et c'est peu de dire qu'elle y fait un carton absolu. Depuis des mois, les premiers tomes étaient impossible à avoir, tant ils sont multi-réservés. J'ai donc sauté sur l'occasion de pouvoir récupérer les 4 premiers pour tenter le coup.

Et c'est une bonne pioche, j'ai beaucoup aimé cette histoire ( tirée d'un roman en plusieurs tomes, et les 4 premiers du manga correspondent précisément au premier tome de la série de romans): un seinen manga d'enquête dans une ambiance historique ( on est en Chine, au palais impérial, dans une époque indéfinie, mais probablement vers le XVII° ou XVIII° siècle, voire XIX° du moins je le suppose, car l'héroïne connait le cacao, qui est un produit rare et luxueux en Asie. Parce que " Chine impériale", c'est une réalité politique tellement vaste, de l'an - 221 à l'an 1912, ça fait une sacrée fourchette).

Hop, ce visuel là, il existe une autre adaptation manga, mais c'est celle-là que nous avons à la bibliothèque


Et donc tout commence lors que Mao Mao, 17 ans, apprentie apothicaire du quartier des plaisirs est enlevée et vendue comme esclave à la cour de l'empereur. On apprend plus tard que dans sa situation, l'esclavage est normalement interdit, il est illégal d'enlever des gens pour les vendre. Mais il est légal pour une famille pauvre de vendre des enfants qu'elle ne peut pas élever. Si l'acheteur n'est pas au courant de la situation , il n'est pas légalement fautif - ce qu'elle explique un peu plus tard à l'autre personnage important, un haut fonctionnaire de la cour. Mais bon, personne ne la croirait, hein... En attendant comme une bonne partie de son salaire est  envoyée à sa " famille", et donc détournée par ses ravisseurs, son plan est simple: buller , en faire le moins possible, cacher ses talents pharmaceutiques qui pourraient lui faire avoir une meilleur place et un meilleur salaire, et donc rapporter plus d'argent à ses ravisseurs.
Et ça lui est évidemment inacceptable. Sa seule issue est de faire du travail très médiocre pendant 2 ans, à l'issue desquels elles sera renvoyée pour incompétence.
En attendant, elle est nourrie, logée, doit travailler comme lingère.. ce qui dans le fond n'est pas pire que rester dans le quartier des plaisirs, où elle est plus ou moins bonne à tout faire dans un "établissement" de renom, mi salon de thé, mi bordel. Là aussi, son plan était de s'enlaidir autant que possible, afin que la patronne ne décide pas d'en faire une entraîneuse. Rester quelconque est son assurance vie en quelque sorte.
Au moins au palais impérial,  et plus précisément dans le quartier réservé aux femmes, les seuls hommes qu'elle risque de croiser sont des eunuques, donc.. un danger de moins. Et pour ce qui est de l'ambiance, c'est un panier de crabes, entre les concubines officielles qui se jalousent, les tentatives d'empoisonnement, le cirage de pompes envers les hauts fonctionnaires.. mais là encore rien de bien différent du monde de la nuit.
Son seul souci est qu'elle est séparée de son père adoptif, apothicaire vieillissant, qui la forme au métier, et auquel elle ne peut pas vraiment apporter d'aide financière avec le peu d'argent qui lui reste. Et sa frustration est devoir tout un tas de plantes, dont des plantes médicinales, et de ne pas pouvoir faire d'expériences sur elle-me^me.

Car Mao Mao est un peu "maso maso".. et n'aime rien tant qu'élaborer des remèdes, tester des poisons, y compris à ses risques et périls. Lorsqu'elle entend parler d'une vague de morts suspectes d'enfants et de maladie chez les concubines, elle comprend vite qu'il s'agit d'empoisonnements accidentels au plomb, contenu dans les fards. Et en avertir nuitamment deux concubines. Evidemment, son projet de discrétion tombe à l'eau lorsqu'un haut fonctionnaire comprend qu'une lingère instruite a donné l'alerte, et l'identifie facilement.
Mais c'est un mal pour un bien: elle entre au service de Gyukuro, 19 ans concubine de l'empereur , en tant que goûteuse: à charge pour elle de tester les plats et de s'assurer qu'on ne veut pas empoisonner son employeuse.
Un travail cauchemardesque pour quiconque, une aubaine pour elle: elle peut négocier avec le haut fonctionnaire, Jinshi, la possibilité d'assister le médecin - incompétent- et de concocter des remèdes.
Jinshi voit aussi en elle une aubaine: sa connaissance des poison va être précieuse pour résoudre la multitude d'enquêtes et de morts mystérieuses qu'il a sur les bras, puisque tout le monde semble vouloir tuer tout le monde dans ce palais.

J'aime beaucoup le soin apporté aux personnages secondaires, et à leurs relations entre eux et avec Mao Mao, qui bien que personnage central, est assez détachée de tout ce qui est socialisation. Ce qui l'intéresse, c'est exclusivement, la pharmacopée, les poisons, la médecine.. elle sait naviguer en société, se faire des relations, les utiliser à bon escient, mais, ça n'est pas ce qui l'intéresse. Même si elle a noué rapidement un contact amical ( autant que faire se peut vu leurs catégories sociales respectives) entre Guykuro, ses dames de compagnie et elle, elle ne semble pas vraiment en avoir un besoin viscéral.
Et elle est d'autant plus appréciée qu'elle n'est pas perçue par les autres comme une rivale: elle n'a pas d'ambition de rester, n'aime pas se mettre en avant ni en valeur... et a bien du mal à savoir quoi faire de Jishi.
Là aussi, j'aime bien la manière dont se développe leur relation, pas exactement ce qu'on aurait attendu.

Jishi est un haut fonctionnaire, noble, doté d'un visage particulièrement androgyne ( Mao Mao le prend pour une femme jolie, mais hautaine, la première fois qu'elle le voit) qui lui vaut d'être courtisé par les hommes comme par les femmes. Lui-même a conscience d'être, du moins en partie, un appât lâché dans la cour des femmes, afin de tester la fidélité des concubines de l'empereur. Si elle lui font trop de plat, il devra le signaler et elle seront écartées de la cour.
Mao Mao a déduit de son apparence androgyne et de sa présence en ce lieu, qu'il s'agit d'un eunuque. Ses manières roublardes et charmeuses ne la trompent pas, et elle évite de trop se trouver embarquée dans ses manigances. Du moins, plus que nécessaire, puisqu'en tant qu'intendant qui l'a placée là, elle doit quand même travailler avec lui. Mais est opaque à son charme.
Pour Jishi, habitué à attirer les regards et à être le centre des attentions, c'est un sacré changement: elle le regard comme s'il était une bestiole répugnante, et il adore ça, enfin quelqu'un qui n'essaye pas de gagner ses faveurs. Il essaye malgré tout de se rapprocher d'elle, d'abord par jeu pour voir s'il va la faire plier, ensuite parce qu'il se rend compte qu'elle est probablement la seule personne qui soit réellement honnête envers lui, et en qui il puisse avoir confiance. Elle ne le trahira pas  - enfin, sauf par maladresse peut être-, pas seulement parce qu'elle a a y gagner, mais surtout parce qu'elle a un sens de la justice développée. Et le fait qu'elle ne l'aime pas en fait peut être la seule amie qu'il pourrait réellement se faire, sa position sociale faisant qu'il est entouré de faux-culs.


Soyons clairs, dans la vraie vie, un patron comme Jishi serait insupportable et souvent à la limite du harcèlement sexuel ( mais comme Mao Mao soit n'en a pas conscience, soit s'en fiche, ses approches charmeuses tombent systématiquement à l'eau, et puis être harcelée par un eunuque, elle ne risque pas grand chose, hein...), mais du fait qu'elle l'envoyer bouler et souvent inconsciemment, c'est drôle. Dans le fond, il est n'est pas méchant, mais facétieux, et se prend d'affection pour cette fille dans le fond aussi solitaire que lui et qui ne rampe pas devant lui ni, bien qu'elle soit socialement loin en dessous de lui. Lui a besoin d'une alliée fiable dans son travail, elle a besoin de quelqu'un qui lui permette de pratiquer la médecine.

Reste à savoir comment ça va évoluer. quelque chose me dit que l'intendant cache quelque chose. Enfin, quelqueS choseS, et que contrairement à ce que suggère son apparence, on va apprendre qu'il est encore en possession de toutes les parties de son corps, placées aux bons endroits, et que ça va être un ressort comique aussi. Il y a déjà quelques gags dans ces 4 tomes, pas forcément olé olé, mais égrillards ( les dames de compagnie qui mangent du gâteau aphrodisiaque et semblent avoir passé un moment satisfaisant entre filles, Jishi qui reçoit en cadeau d'un homme des brioches aphrodisiaques, le soldat qui rêve d'aller passer une soirée dans un bordel de luxe, l'opulente poitrine de Lifa, une des concubines, et la suggestion que Mao Mao lui fait sur la manière de l'utiliser. Rien n'est dit pour les chastes yeux des mineurs, mais.. on comprend bien que la suggestion que seuls les adultes ont devinée était une obscure histoire de cravates et de notaires. Mao Mao qui se dit que si Jishi n'est pas un eunuque, sa présence n'est justifiée que pas le fait de ne pas être un danger pour les femmes et donc qu'il est possiblement homosexuel, et "favori" de l'empereur chargé de surveiller ses femmes. *).

 * Ce serait une très mauvaise idée, ceci dit rien ne prouve que le personnage LGBT soit exclusivement G et non B, et dans ce cas, aussi intéressé par les femmes, hein...

Quoi qu'il en soit, pour le moment c'est une bonne pioche, je vais donc continuer au fil des retours de tomes. Je dois avouer avoir envie de lire le roman d'origine, mais je ne pense pas qu'il ait été traduit. Ceci dit,  ce serait intéressant de mettre la main sur l'autre adaptation manga, histoire de voir comment deux auteurs traitent le même roman.

mercredi 6 août 2025

Le pays des cerisiers ( manga) - Kôno Fumiyo

 6 aout 1945. Il y a précisément 80 ans, se produisait l'un des pires drames de l'histoire récente ( enfin, on peu considérer toute la seconde guerre mondiale comme un cataclysme mondial, composé d'une multitude de drames).

Une date précise qui a marqué les mémoire, tout comme 3 jours plus tard, le bombardement de Nagasaki.
Mais la tragédie est aussi dans la suite de ces bombardements. Car ceux qui ont survécu aux bombardements n'ont pas été sortis d'affaire.

la couverture est jolie, en aquarelle aux couleurs vives.
Vous n'êtes pas prêts pour le contenu.
Ha et si le personnage central marche pieds nus en tenant ses chaussures à la main, c'est parce qu'elle vit dans la misère et ne veut pas abimer sa seule paire de chaussure en marchant des kilomètres aller et retour dans la poussière pour aller au travail.
Et la misère n'est même pas l'élément le plus tragique de l'histoire



Et dans ce court manga, on suit 3 générations d'une même famille:
Années 50, à Hiroshima, Minami, âgée de 23 ans, rescapée de la bombe, vit dans la misère avec sa mère, seule autre survivante de sa famille ( avec son petit frère qui était à Tokyo chez ses oncle et tante au moment des bombardements et y est bien évidemment resté ). Son père et une de ses soeurs sont morts dans l'explosion, sa soeur aînée est morte quelques semaines plus tard d'un syndrome d'irradiation aigu. Minami a bien du mal à s'en remettre psychologiquement et finit tant bien que mal par accepter l'affection d'un de ses collègues de travail.. sans savoir qu'elle est mourante. En effet, faute d'argent, elle consomme au quotidien des plantes qui poussent près de chez elle, ce qui l'empoisonne a petit feu. Mais c'est ça ou mourir de faim. Et... c'est donc rapidement que sa santé décline, au moment où elle commençait a accepter d'avoir le droit de vivre, d'avoir le droit d'être encore là.

Deuxième récit, celui de Nanami, années 80, puis 2000, à Tokyo. Sa grand mère est de santé fragile, sa mère est morte d'un cancer quand elle était jeune et son père, Asahi, semble avoir des soucis psychologiques.  Ce que Nanami et son frère Nagio ne savent pas vraiment, c'est que leur père est en fait le petit frère de Minami. Et que sa grand mère est précisément la vieille dame qui avait survécu.
En filant le train a son père pour découvrir quelle lubi l'amène a aller à Hiroshima, c'est l'histoire de sa famille qu'elle découvre: Elle et son frère son ni-sei la " deuxième génération". Il y a eu les irradiés, leurs descendants ét    nt la "première génération"  comme sa mère - mais pas son père qui était à Tokyo et a toujours caché son origine pour éviter l'ostracisme dont a été victime sa femme rencontrée à Hiroshima lorsqu'il y est revenu prendre soin de sa mère.

Et l'ostracisme continue:Devenu adulte Nagio qui a une liaison sentimentale avec une de leurs anciennes camarade d'enfance, se voit sommé par les parents de la femme en question ( alors qu'ils sont adultes et responsables) de rompre toutes relation pour le bien être de leur fille, au cas où ils auraient des enfants, on ne peut pas lui laisser prendre le risque de fréquenter un ni-sei, il a de l'asthme qui est peut être du ou pas au fait d'être descendant d'une irradiée, mais au cas où etc...

et donc, oui, c'est autant le sort des victimes directes de la bombe le jour même ou dans les années qui ont suivi ( Minami), des hibakusha ( attentiosn images de grands brûlés : " les irradiés" terme courant mais assez méprisant pour parler d'eux) comme la mère de Nanami, et des ni-sei ( pas plus respectueux) comme Nanami et Nagio, bouc émissaires d'une société pour qui ceux qui sortent du lot que ce soit pour leurs caractéristiques personelles ( j'en parlais pour le manga sur l'homosexualité en mai dernier) ou même supposées. Les Ni-sei n'ont parfois jamais mis un pied à Hiroshima, mais leur moindre pépin de santé est supposé résulter de l'irradiation subie par un de leur parent ou grand parent.. et ils en font socialement les frais, victime d'un ostracisme pour avoir été victimes directes ou indirectes ( c'est vraiment un des points les plus indéfendables de la société japonaise. Le même genre d'ostracicme a d'ailleurs touché dans les années 1930 jusqu'à 1970 les victimes de la maladie de Minamata, empoisonnement aux métaux lourds collectif des habitants d'un village de pêcheurs par les rejets d'une usine de chimie. Les victimes demandant un dédommagement ont été publiquement présentées par les autorités comme des parasites voulant vivre aux crochets de l'état. Je vous l'accorde il n'y a pas que le Japon, ça n'a guerre été mieux pour les victimes de la catastrophe de Bhopal, en 1984 en Inde)

mercredi 16 juillet 2025

Isabella Bird, femme exploratrice ( T 1 à 3) - Sassa Taiga

 Puisque c'est le mois anglais, je me suis laissée tenter, et j'ai commencé cette série de mangas, toujours en cours ( 11 tomes à l'heure actuelle).




Il met en scène Isabella Bird, authentique exploratrice ( qui est pour les britanniques l'équivalent d'Alexandra David-Neel chez nous). Enfant Isabella était chétive et souvent malade. A l'opposé des habitudes de l'époque, et surtout pour une femme de la bonne société, un médecin lui a conseillé de faire plus d'activité physique, pourquoi pas un long voyage. Ni une, ni deux, Isabella qui a toujours aimé la géographie décide de partir explorer le monde. son premier voyage sera donc d'aller en Amérique, seule, rendre visite à de lointains parents, lors qu'elle a 23 ans. Elle en revient et rédige un récit de voyage, ce qui n'est que le début de sa carrière peu conventionnelle ( quoi une lady, qui voyage seule, écrit, se fait publier, pour avoir des fonds pour le prochain voyage?). Ainsi donc elle continue par le Canada, l'Ecosse, l'Australie, Hawaii, les montagnes Rocheuses.. chaque nouveau voyage et chaque nouveau récit faisant d'elle une exploratrice réputée, avec laquelle il faut compter.
C'est à ce moment qu'elle arrive au Japon, et que commence le manga. Son projet est simple: aller des zones connues des européens ( Yokohama, un des principaux ports de commerce au XIX° siècle) vers les moins connue, jusqu'à Ezo ( Hokkaïdo), à la rencontre du peuple Aïnou, et ce en passant par des sentiers de montagnes. Pour elle voyager par les " grands" axes ou par la mer n'a pas d'intérêt, elle veut découvrir et raconter le Japon réel, rural à ses lecteurs, et en premier lieu, à sa soeur restée en Angleterre.
L'énergie d'Isabella, sa motivation font que malgré l'extravagance de sa situation, elle n'a pas de mal à convaincre des soutiens, en particulier les diplomates britanniques qui voient dans ce voyage un intérêt économique: en explorant de nouvelles routes, en représentant les européens non plus comme des conquérants, mais des gens désireux de connaitre et respecter les coutumes locales, elle va sans le savoir servir la couronne britannique, en ... disons, en mettant la population locale dans de bonnes dispositions envers la Grande-Bretagne ( rappelons que le Japon est longtemps resté fermé à tout commerce avec les étrangers hormis les néerlandais dans des proportions limitées, et qu'il commence tout juste à accepter l'idée du commerce international au moment où Isabella arrive). En explorant hors des sentiers battus ( c'est d'ailleurs le titre de son récit de voyage sur le Japon), elle permet d'envisager de nouvelles potentialité commerciale. Les diplomates sont donc tout disposés à l'aider que ce soit pour recruter un guide bilingue fiable, lui faire délivrer un sauf-conduit très avantageux, assurer de loin sa sécurité..

Et donc, ces 3 premiers tomes présentent le début de sa quête: le recrutement du taciturne mais compétent monsieur Ito, parfaitement bilingue et féru d'histoire du Japon comme guide, les premières étapes à pieds, à cheval, en barque... et al rencontre avec une population qui souvent n'a jamais vu d'européens ( une paysanne prend Isabella pour une Japonaise de Yokohama: ses cheveux blonds et son teint clair la désignent comme étrangère à la région, mais la paysanne est incapable même d'imaginer que d'autres pays existent hors du Japon. Pour elle " vous venez de Yokohama, ça explique que vous ne nous ressemblez pas et parliez une autre langue"). Et si la vie est plutôt confortable, selon les standards du XIX° siècle, dans les grandes villes, c'est un autre monde qu'Isabella découvre: régions dévastées par des guerres de clans, population agricole qui vit dans la misère et l'ignorance la plus totale suite à des siècles de féodalité qui l'ont conditionnée à penser que leur situation est dans l'ordre naturel des choses, quantité de croyances et superstitions qui paraissent absurde à uen anglaise chrétienne, et quantité de traditions également choquantes pour une occidentale ( se baigner nus à l'onsen, qui est encore majoritairement mixte! Allaiter un enfant en public! Célébrer officiellement les premières règles d'une petite fille comme marquant le début de sa vie sociale!)

C'est un manga de type " documentaire, plutôt joli graphiquement, même s'il ne sort pas exceptionnellement du lot, mais bien sympathiqque à lire, déjà parce qu'il met en scène un personnage féminin hors de lot, mais aussi parce qu'il en profite pour faire découvrir des traditions qui à l'époque où vit Isabella, sont déjà en perte de vitesse face à l'arrivée des denrées occidentales ( une ville entièrement dévouée à la fabrication de confiseries traditionnelles, la vannerie qui fabrique des paniers de voyages légers et solides adaptées au voyage à pieds sur les chemins, etc...)

mardi 1 juillet 2025

Medalist T1 - Tsurumaikada

 Et c'est le retour de la tradition du manga / anime sportif d'été! Je n'avais pas trout chroniqué, mais au fil des ans j'avais vu le très drôle Free! ( natation), lu une partie du très long Eyeshield 21 ( foot américain), lu les 3 tomes de Running girl ( handisport).. plus quelques autres trucs du temps de ma lointaine enfance ( gymnastique, volley, tennis, je vous laisse chercher, mais il y en avait un paquet. Je précise n'avoir pas lu Captain Tsubasa, je n'ai rien à brosser du foot)

Et rafraichissant en plus, on retourne sur la patinoire 8 ans après Yuri on ice.
Plus enfantin et mon coquin que son prédécesseur, il s'annonce pourtant assez bien, sur un sujet assez classique (et traité classiquement: dépassement de soi, mentorat, rivalités, etc... les ingrédients classiques du manga de sport/ baston)

Etonnamment, il est classé comme seinen


On a d'un côté Tsukasa, 26 ans et déjà retraité. Forcément une carrière de sportif c'est court, surtout dans un milieu aussi concurrentiel que le patinage artistique au Japon, à Nagoya précisément. La ville s'est spécialisé dans l'élevage ( limite en batterie) de champions et championnes. Or, comme pour la danse ou la gymnastique, les âges de champions ayant une nette tendance à la baisse, il faut commencer jeune, voire très jeune. Entre 3 et 5 ans pour le patinage. Bien souvent ce n'est même pas un choix des enfants, mais de leurs parents. Des parents riches (car les cours et les tenues coûtent cher), qui se soucient finalement peu du vrai intérêt de leurs enfants. Ou à contrario peuvent leur refuser ce hobby si l'entraîneur ne leur donne pas l'assurance que l'enfant est une graine de champion.. bref s'ils n'ont pas l'assurance que les sacrifices pécuniaires seront une retour sur investissement. En clair: assurez moi que mon fils ou ma fille ira jusqu'aux jeux olympiques, sinon,  je le retire du club.

Et pour ceux qui comme Tsukasa, n'ont pu commencer dès le berceau, pour cause économique? Peu d'espoir d'en vivre. Il a découvert le patinage à 11 ans, s'y est réellement donné à fond à 14 ans, et malgré tous ses efforts, n'a pas pu combler suffisamment son retard face à ceux qui avaient commencé dès la maternelle. Exit le patinage artistique, il s'est réorienté vers la danse sur glace, moins athlétique, et y a fait une petite carrière, mais même là, on pousse derrière et lui doit en parallèle faire de petits jobs pour continuer à s'entrainer. Et comme il n'a pas eu le soutien de ses proches, qui ont au contraire insisté lourdement sur son âge, il est déjà à deux doigts de renoncer, après plusieurs échecs à des castings de type " Holiday on Ice".

De l'autre côté, Inori, 11 ans, petite fille très.. disons spéciale qui rêve de faire du patinage ( outre le patinage , elle voue une passion aux lombrics,qu'elle ramasse et manipule car ça la calme). La pauvre Inori n'a pas trop de chance. Elève quelconque, maladroite, semblant n'avoir aucun don, ayant la réputation d'être fêlée.. sa mère passe son temps à lui rappeler qu'elle est nulle dans à peu près tout, et hésite à la laisser s'engager dans cette voie où " elle va se ridiculiser, tant elle est empotée". Ce qui est loin de booster sa confiance, d'autant qu'elle est ultra émotive et se laisse facilement démoraliser par les critiques.
Et pourtant lorsqu'il la rencontre, l'impétueux Tsukasa détecte vite son potentiel: la gamine se débrouille bien, alors qu'elle n'a jamais fait plus que louer des patins et glisser lors des heures d'ouverture au public, mais elle a du potentiel: casse-cou, rapide, n'a pas le vertige, et malgré sa sensibilité, elle n'a pas de filtre de réalisme. Elle a appris les bases théoriques seule dans sa chambre avec un livre, et donc comprend vite ce qu'elle doit faire sur la glace au delà de son niveau.. même si sa manière de penser spéciale requiert des explications parfois farfelues.
Mais elle a du potentiel, et Tsukasa qui se revoit à 11 ans se dit que ce serait dommage de gâcher une motivation et des aptitudes physiques pareilles... il est plus que temps pour elle de commencer, et il va se charger de la coacher, alors qu'il n'est qu'assistant entraîneur.
Pousser cette nouvelle élève est aussi pour lui l'occasion de lui donner la chance qu'il n'a pas eue.

Et donc ce premier tome est plutôt sympa, bien que le graphisme soit parfois déroutant, à l'image de sa couverture où l'héroïne a des jambes curieusement distordues. Bon c'est un tome 1, on sait qu'en BD, il faut parfois quelques tomes avant que le graphisme ne se fixe.. Il y en a 12 à l'heure actuelle au Japon, et c'est une série que je vais probablement suivre si elle ne s'éternise pas ( raison pour laquelle j'ai lâché Eyeshield 21).
A noter qu'il y a une série animée dont la diffusion s'est faite cet hiver, mais que je ne verrai pas car elle est sur Disney + et que je n'ai pas du tout envie de souscrire à ce type de streaming.
Dommage, ce serait le seul moyen de voir si le niveau de l'animation des séquences sport est au niveau de celui de Yuri ( dont c'était vraiment le point fort)

samedi 21 juin 2025

la fanfare au clair de lune (T1) - Yamada Hamachi

 Ho, nouveau manga à sujet musical, ce sera parfait pour le 21 juin.

J'avais continué à lire Nana, mais j'ai plié au bout d'une dizaine de tomes. Le thème musical passait complètement au second plan, et Nana Komatsu m'est vite sortie par les yeux avec ses jérémiades, son immaturité émotionnelle et ses plans Q foireux. Vu que le manga est vite devenu un " holà, ça va trop vite, je ne sais même plus qui se tape qui" vu que les membres des deux groupes ont fortement tendance à sortir avec ceux du groupe rival, j'ai laissé tomber. Ca pourrait bien se passer dans l'arrière salle d'une supérette entre collègues de travail que ça serait pareil donc... intérêt vite perdu.

Donc c'est parti pour un shojo lycéen dans le milieu des fanfares amateurs.




On y suit donc Mizuki, 15, lycéenne de Tokyo en plein burn-out. Dressée comme un parfait chien savant par ses parents, elle craque. Elle n'a pas de loisirs, une vie sociale inexistante, pas d'amis, aucun centre d'intérêt car on lui serine depuis la maternelle que son destin est d'entrer dans une université prestigieuse.  Pour y faire quoi? Ben, elle même ne le sait pas, vu qu'elle n'a pas d'autre horizon que l'entrée à l'université. Elle n'a même aucune idée des matières qui lui plaisent ou non, quant toujours tout traité sur un pied d'égalité. Elle profite donc des grandes vacances ( au printemps au Japon) pour fuguer loin des parents et d'un quotidien insupportable, pour rejoindre sa tante, gérante d'un café restaurant à Akita ( le grand nord, autant dire quitter la capitale pour ce qu'on appelait quand j'étais au collège" le Japon de l'envers", un peu ce qu'un certain président appelait chez nous " la France d'en-bas". Précisément le genre d'endroit où les lycéens qui s'ennuient rêvent de faire le chemin inverse et d'aller étudier... à Tokyo)
Sauf que son vide existentiel la suit, jusqu'au jour où elle fait connaissance d'Akira, le lycéen qui a un petit travail au café. Elle tombe sous le charme non pas d'Akira qui a un sale caractère, mais de sa trompette. Pour la première fois de sa vie, Mizuki s'enthousiasme pour quelque chose, et, pire que tout du point de vue de ses parents, pour quelque chose qui n'est pas en lien avec les études, le prestige, ou la réussite sociale...
Mizuki fait donc des pieds et des mains pour rester à Akita, intégrer le lycée où Akira joue dans une fanfare, pour pouvoir elle aussi se mettre à jouer de la trompette dans la fanfare du lycée.
Problème: elle n'y connait rien, n'a aucune notion de musique, ne sait évidemment jouer d'aucun instrument, ne sait pas marcher au pas et a une nette tendance à baisser les bras quand une nouvelle difficulté se présente, pour aller pleurer dans on coin. Geignarde, trouillarde et pleurnicheuse ( mais au contraire de Nana, elle veut vraiment corriger ce défaut), elle doit donc à la fois apprendre son nouveau loisir, mais ausssi apprendre à faire un truc qu'elle ne sait absolument pas faire: avoir des relations sociales normales et se faire des amis.
C'est mal parti avec Akira qui ne tolère ce boulet que parce que c'est la nièce de son employeuse, maiiiis ils peuvent collaborer: Akira est un excellent trompettiste qui veut aller étudier la musique à l'étranger mais se heurte a un problème majeur: il galère à mort en anglais. Mizuki ne sait pas jouer de trompette mais en tant qu'élève modèle, a un très bon niveau d'anglais...

Bon, c'est un manga ( bizarrement classé seinen, alors que vu le cadre et les thèmes ce serait plutôt un shojo pour moi) plutôt classique: le personnage maladroit qui se retrouve propulsé dans une situation qui lui pose problème, les gens que tout oppose mais qui vont devoir collaborer, la vie à la campagne vs la vie à la capitale, les relations difficiles avec les parents. Mais d'une part, c'est l'histoire d'une fille qui se passionne pour la trompette, et donc ça fait plaisir, et d'autre part ça me rappelle la très sympathique série Hibike Euphonium ( qui a 10 cette année, ce que le temps passe!), et donc c'est une bonne chose.
Et la bonne nouvelle c'est q'il est fini au Japon, et qu'il y a seulement 6 tomes, don  ça reste une série lisible, qui risque moins de de se disperser au fil des tomes.

samedi 17 mai 2025

Solitude d'un autre genre - Kabi Nagata

17 mai, c'est la journée journée de lutte contre l'homophobie, et j'ai le sujet parfait pour ça!

Que voilà un étrange manga, absolument pas tout public. Issu d'un webcomic a visée cathartique, l'autrice ne nous cache rien de son mal être: attention on va parler de comportements auto destructeurs, de dépression, de maladie mentale, de mutilations, de prostitution, de sexisme...

le graphisme est inhabituel, plus proche de la BD indé.
Le sens de lecture aussi est européen. Un tel sujet ne pouvait pas vraiment être édité directement dans une maison d'édition normale, et c'est son succès sous forme de webmanga qui a fait qu'il a fini par être édité



Car le problème de l'héroïne c'est de se sentir incomprise. Mais elle ne se comprend pas elle même ( et la raison de cette incompréhension est expliquée en notes de fin, qui présentent la situation des minorités LGBT dans le Japon contemporain).
Nagata est anorexique/ boulimique, incapable de garder un travail longtemps car elle sombre vite dans des crises d'angoisse.. Elle voudrait que ses parents la comprenne.. mais ne trouve jamais le courage de leur parler franchement. Et leur parler de quoi? De ce qu'elle est? Elle-même ne le sait pas, car elle se refuse tout plaisir physique, à commencer par manger. Elle s'estime ne pas a voir le droit au plaisir quel qu'il soit. Pour trouver une raison a sa souffrance, elle commence à se scarfier: une blessure visuble est une raison légitime de souffrir, quand un mal être psychologique, donc invisibile, ne lui semble pas une souffrance valide. Là, au moins, dit-elle, elle a une vraie raison d'aller mal.

Et pourtant elle a un désir secret: elle veut qu'une femme plus âgée la câline.
Car ce que Nagata ne s'avoue pas c'est qu'elle est lesbienne, et s'en punit plus ou moins consciemment.
La déclic qui va la faire changer et la pousser à s'accepter est double. Premièrement un entretien d'embauche, où elle évoque son hobby: dessiner. Elle n'est pas retenue, mais la dame qui lui fait passer l'entretien lui dit clairement: " vous n'êtes pas la même, vous êtes bien plus vivante quand vous parlez de dessin, continuez dans cette voie, donnez tout". Ce soutien involontaire de la part d'une inconnue lui fait prendre conscience qu'il n'y a pas beaucoup de solutions: elle seule peut faire changer la situation qui lui déplaît.
La seconde étape cruciale est la découverte de services de prostitution lesbiens. Après tout, pourquoi pas, organiser un rendez-vous est facile, rapide, discret via une application... et même si son premier rendrez-vous ( et de fait sa première expérience sexuelle) est un fiasco, c'est aussi un pas vers l'acceptation. Elle est lesbienne, elle a le droit de l'être, même dans une société qui préfère ignorer leur existence.
Car au delà du sujet LGBT, c'est aussi la place des femmes dans la société japonaise qui est évoquée: le rôle traditionnel qu'on attend encore d'elle, la quasi-obligation d'arrêter de travailler quand on se marie et qu'on a un enfant, qui conduit à la spectaculaire baisse de natalité actuelle, puisque les femmes préfèrent rester célibataires sans enfant, que de devoir dépendre d'un mari, parfois encore choisi par les parents, ou par défaut. Mais paradoxalement la prostitution ( des femmes et des hommes, parfois d'individus très jeunes et pas encore majeurs)  y est répandue, au vu et su de tous ( j'ai vu de mes yeux de jeunes garçons et filles, des escorts, le soir en pleine rues de Tokyo faire la publicité d'un bar à hôtes ou à hôtesses), mais.. il ne faut pas en parler. Les magasins multicolores de préservatifs on pignon sur rue, mais les informations sur la prévention des IST et des grosses non désirées est proche du zéro.
Et plus généralement, il y a l'idée ( et c'est pareil en Russie ou en Hongrie) que si on ne parle pas d'homosexualité, ça détournera les jeunes de ces comportements, puisqu'ils ne sauront pas ce que c'est. Pire, en parler est considéré comme faire la promotion de comportements déviants et passible de prison dans certains pays.
L'hypocrisie sur ces sujets est énorme. Au Japon, elle n'est pas passible de prison, mais dans une pays où un proverbe dit " les clous qui dépassent appellent le marteau", tout comportement dans soit peut différent de celui attendu est socialement sanctionné. Les choses évoluent peu a peu mais en clair, un employé peut être mis au placard.. pour en être sorti!

Car le Japon n'est vraiment pas un pays où la différence est acceptée, et la différence même souvent à la marginalisation. Ici on parle du cas des Toyoko Kids ( attention, images violentes de bras scarifiés ou de jeunes ivres morts), adolescents désocialisés, rejetés par leurs parents, et qui n'ont souvent pas d'autre choix que la mendicité et/ ou la prostitution. Parce qu'ils sont différents, parfois atteints de maladies mentales (qu'on préfère cacher ou ignorer plutôt que de soigner), et n'arrivent pas à se couler dans les attentes d'une société hyper rigide où c'est "marche au même pas que les autres ou crève". Je suppose que bon nombre d'entre eux sont également des membres de la communauté LGBT mis à la porte par leur famille.

Le manga a d'ailleurs des suites.. que ne semblent pas franchement plus joyeuses que ce premier tome, mais qui ont le mérite d'aborder de front les problèmes sociaux: Boire pour oublier ma solitude, Journal de ma solitude, Solitude d'une guerrière errante. Je vais clairement m'y intéresser si je les trouve!

jeudi 17 avril 2025

La gameuse et son chat ( 8 tomes ) - Nadatani Wataru

 Et hop deuxième manga " feel good " dans la foulée du premier, cette fois avec un personnage adulte. Enfin, d'âge adulte... mais doté d'un centre d'intérêt que la société considère comme puéril, surtout pour une femme: une gameuse.





Et mine de rien, c'est une petite révolution à sa manière car son héroïne 29 ans au début, est une employée de bureau tout ce qu'il y a de plus ordinaire, si ce n'est qu'elle se distingue par son efficacité et sa rapidité. Riko Kozakura, surnommée " Zéro heure sup'" ( ce qui n'est pas un compliment au Japon où faire des heures supplémentaires est considéré comme un gage de sérieux.. mais personne  ne peut rien lui reprocher puisqu'elle arrive toujours à boucler son travail, sans erreur et donc... rien à redire), part toujours à l'heure. A la limite on lui reproche plutôt de ne pas participer aux presque obligatoires soirées post-travail, et comme personne ne sait rien de sa vie en dehors, les collègues se posent des questions. Pourquoi part-elle toujours si vite? Elle est toujours pressée, elle est plutôt jolie, il doit y avoir un homme qu'elle ne veut pas faire attendre..

Rein ne saurait être plus faux. Riko optimise son temps de travail et son temps de transport pour pouvoir geeker à l'aise chez elle en célibataire contente de l'être. C'est une gameuse hardcore. Du genre qui calcule ses activités à la minute près pour pouvoir consacrer tout son temps libre à jouer. Et dans tous les genres: du jeu casual sur téléphone jusqu'au MMORPG, de l'héroïc fantasy à la chasse aux pokemons, du jeu de combat à celui de gestion, elle kiffe tout! Et seule sa soeur est au courant de ce loisir considéré comme bien peu adulte et bien peu féminin. D'autant que physiquement, Riko est l'opposé du cliché de la geekette: une stricte comptable en tailleur.

Jusq'au jour où un chaton perdu est trouvé sur le parking de la société. Personne ne peut le prendre: le patron a déjà 3 autres chats, la collègue d'open space vit dans un immeuble où les animaux ne sont pas autorisés ( c'est courant au Japon), etc.. Et inexplicablement, Riko, qui n'a jamais eu d'animal de compagnie, tombe sous le charme de la boule de poils et l'adopte aussi sec.

Problème, elle est totalement noob en matière de.. tout ce qui n'est pas jeu. Qu'à cela ne tienne, elle va donc envisager la chose sous cet angle. Elle voit la croissance du chat comme de l'augmentation de niveau, son développement comme un gain de compétences, les passages à l'animalerie - où la vendeuse est une "PNG"- comme de l'équipement, les visites chez le véto comme des soins qui permettent de restaurer sa barre de vie et ses points de santé.
Et contre toute attente ça marche. Omusubi le chat ( un synonyme d'onigiri, à cause de sa tête triangulaire) est même ensuite doté d'un "compagnon de quête", nommé Soboro ( dont le nom désigne une sorte boulette de poulet à la sauce soja) et tous deux font une équipe d'exploration redoutable. Peu a peu le monde de Riko devient moins virtuel. Toujours aussi high tech, mais un peu plus tourné vers le vivant.

Et ses chats deviennent si important que, lorsque Riko se trouve contrainte de choisir entre ses chats et son travail ( la société déménage et il lui est impossible de trouver un appartement qui accepte les chats à une distance raisonnable de son nouveau poste, et dans son budget), ce sont les chats qui priment.

Une petite lecture à nouveau sans prise de tête mais, que ça fait plaisir de voir un personnage féminin à l'aise dans sa vie, qui assume ses loisirs différents, qui contre toute attente se fout totalement de la pression sociale et vit très bien son célibat de trentenaire qui n'a aucun projet familial. Et n'en fait pas une affaire d'état. Ce n'est ni un stress, ni une revendication, c'est juste sa manière d'être. Rien que pour ça, ça m'a beaucoup plu.

Le petit monde de Machida ( manga 7 tomes) - Andô Yuki

 Encore une série piochée un peu au hasard, à cause de son titre intrigant.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, une comédie lycéenne probablement.

C'est un peu ça, mais pas tout à fait. Lycéen, oui, comédie, pas tellement même si certains passages sont souvent drôles.



Hajime Machida, c'est le type ultra banal, et déjà ça.. ce n'est pas très banal.

Un héros lycéen quelconque. aAu physique moyen. Avec des lunettes, qui font que tout le monde le prend pour un intello... alors que c'est un élève très médiocre qui peine à atteindre la moyenne.
Il est nul en sport. Il est nul en cuisine. Il n'a pas de hobby particulier. Il n'est doué en rien de spécial.
Bref, le mec ultra normal.
A une chose près, il est très observateur. Et gentil. Les deux caractéristiques additionnées font qu'il sait instinctivement quoi dire ou quoi faire pour remonter le moral à quelqu'un. Il est par exemple le premier à se rendre compte que la mamie du coin de la rue a changé de coiffure, et la félicite. Ou à se proposer pour aider une prof âgée à transporter des cartons. Où à aider un camarade harcelé.

Donc tout le monde l'aime bien  parce que c'est le type sympa. Au point d'avoir un succès incroyable avec les filles, alors qu'il est " quelconque", et... de ne même pas s'en rendre compte.
Car notre type lambda est aussi d'une naïveté absolue, qui pourrait en faire un pigeon ultime ( il manque d'ailleurs dans un des épisodes se faire rouler par une nana qui l'utilise pour rendre son ex jaloux, sauf que.. son sens de l'observation lui fait vite remarquer non qu'elle le drague, mais qu'elle n'a pas fait une croix sur celui qu'elle a pourtant plaqué).

Et dans la réalité, c'est bien souvent le cas: le mec gentil, serviable et naïf est pris pour un con par l'univers entier qui y voit la bonne poire.
Bon, c'est partiellement le cas: aîné d'une fratrie de 5, avec une mère enceinte du 6° enfant ( laquelle a un bon caractère, mais aucune imagination puisque ses enfants se nomment par ordre d'arrivé: un, deux, trois... Hajime signifie " premier"), un père scientifique qui revient 2 semaines en vacances juste le temps de faire l'enfant suivant à sa femme.. C'est sur lui que tout le monde compte. Au point d'être vraiment dépendants de ce grand frère "papa poule" (oui, c'est une référence que seuls les quadragénaires connaissent).
Et au fil des tomes, il va aussi faire la connaissance d'une camarade de classe qui est devenue totalement asociale depuis qu'elle a été victime... pas vraiment de harcèlement scolaire, mais plutôt d'ostracisme. Et pourtant la fille qui n'attend rien de personne va finir par se socialiser au contact de ce nouveau copain qui considère tout le monde comme sa famille. Attention spoiler qui n'en est pas un pour les nippophones, elle se prénomme "Nana", donc.. 7. Nom qui la classe d'office dans la liste des frères et soeurs, du moins de coeur, d'Hajime. Elle qui a une famille dysfonctionnelle et ne sait pas ce que c'est que la vie de famille a bien du mal à comprendre le fonctionnement de cette tribu qu'elle considère comme "un peu à l'ouest".

Un héros aussi gentil et naïf, ça augure de quelque chose d'un peu cucul-la-praline. Et honnêtement, ça l'est, parce que la simple vision de Machida par des inconnus agit sur eux comme un catalyseur, à la limite de la magie, et leur donne immédiatement envie d'être bons, généreux, de se rabibocher avec leurs proches, d'adopter des chiens abandonnés... j'exagère mais pas tant que ça.

Mais en filigrane il y a quand même des choses intéressantes qui transparaissent sur la société japonaise, via les personnages adultes: la mère au foyer qui attend son mari et délègue le soin des plus jeunes à ses aînés ( ce qui sous entend que ce n'est pas habituel, la femme doit tout faire à la maison dans la conception japonaise ) la tante qui n'ose se résoudre à dire qu'elle est stérile ( la honte dans une société où on attend d'une femme qu'elle soit épouse et mère), le fait que le fils aîné doive endosser un rôle de ère de famille alors qu'il a 16 ans., la prof de 40 ans qui son célibat fait complexe (au Japon, à 25 ans, une femme est périmée sur le marché du mariage), le col-blanc qui fait des heures sup' et se plonge tellement dans son travail qu'il ne voit pas que son couple bat de l'aile, les retraités que leur famille ne vient plus voir...

Il n'y a pas qu'au Japon que c'est comme ça, d'ailleurs, mais ce sont en tout cas des thèmes sociaux que l'auteur mentionne discrètement...et auxquels son anti héro sympa apporte une solution idéalisée.
Donc oui, du manga "feel good", qui ne va pas super loin dans la dénonciation, mais ça ne fait pas de mal une fois de temps en temps, une lecture légère et optimiste qui donne l'illusion que le monde ne va pas si mal . Et puis bon Machida c'est un peu le pote qu'on aimerait avoir: un peu naïf, mais sympa et surtout, ni calculateur, ni manipulateur. D'un naturel désarmant. Son seul problème est qu'il est si attentif aux autres qu'il ne l'est pas à lui même et est incapable de se connaitre vraiment... Et qu'il n'a pas un autre ami du même genre en face de lui pour l'aider à se trouver.
Donc il ne faut pas s'attendre à grand-chose, l'histoire est cousue de fil blanc, la fin se voit venir de loin ( et en même temps, tout autre fin n'aurait pas eu de sens), c'est un manga "gentil" et parfois ça ne fait pas de mal.
Et puis en résistant à la méchanceté globale, Machida ne serait-il pas plus punk qu'il en a l'air? ( ouais, non quand même pas)
Mais j'aime beaucoup cette idée que quand le monde entier est cruel, être sympa, c'est putain de punk!
Soyez des putains d'punks!

mercredi 4 septembre 2024

Nana tomes 1 à 3 - Yazawa Ai

 Voilà une lecture que je n'avais jamais faite, et pourtant ce manga fleuve (21 tomes) a déjà presque 25 ans.
Il faut dire que deux choses me rebutaient particulièrement: le graphisme, avec ses personnages ultra filiformes à la limite du bonhomme bâton, et l'un des personnages centraux ( la meuf chochotte qui se plaint sans cesse)

Mais un jour d'ennui, dans une bibliothèque où c'était l'un des titres disponibles, je me suis donc tapé les 3 premiers tomes.
Et.. même si le graphisme et l'héroïne ne sont effectivement pas ma tasse de thé, c'est pas si mal. Pas oufissime, mais pas si mal et j'aime bien les personnages secondaires, Jun, Keisuke, Shin et sa situation particulière, Yasu qui est vraiment le pote qu'on aimerait tous avoir, et  Nana- O - la -punkette.


Donc de quoi que ça parle? De deux nanas qui se nomment Nana ( oui, elle est facile celle-là), soit en japonais, " Sept" ( avec ma date de naissance bourrées de 7, je pourrais aussi être une nana, je dois dire). Le 7 est un chiffre assez ambivalent au Japon, associé au bonheur et à la chance comme dans beaucoup de traditions ( les sept divinités du bonheur), il est aussi assez mal perçu dans sa lecture d'origine " shichi", qui sonne comme " la mort et le sang", donc pour éviter cette sonorité mal aimée, on préfère lui donner sa lecture typiquement japonaise " nana". Le chiffre porte bonheur en Asie est plutôt le chiffre 8, et Hachi,"8" est aussi le surnom que Nana O donne à Nana 4 pour la charrier et se différencier, et au fil des tomes, ce surnom est utilisé par d'autres personnages.

Mais qui sont ces "Nana". Le premier tome est une sorte de prologue, qui par moitié, présente des deux personnages centraux, dotés du même prénom.

Nana Komatsu, c'est la fifille, la barbie, celle qui aime la mode, les couleurs flashy, les fleurs, et les trucs girly. C'est aussi une sentimentale, mais.. dans le mauvais sens du terme. Elle est malheureuse en amour parce qu'elle tombe amoureuse tous les 2 jours, parfois même de garçons à qui elle n'a pas adressé la parole, se fait des films, et... devient très vite envahissante, ce qui d'une part fait fuir les gens normaux, mais la désigne aussi comme proie parfaite pour les hommes mariés en quête d'une aventure sans lendemain. Et c'est ce qui lui arrive, son amant plus âgé qu'elle part à Tokyo pour le travail et la plaque, elle va donc se jeter dans les bras d'un camarade de sa promo en école d'art. Ecole d'art qu'elle a choisi pas vraiment par goût, mais pour rester avec Jun sa meilleure amie. Car Nana K est une suiveuse, qui ne s'intéresse aux choses que pour séduire le nouvel élu,de son coeur, et n'a pas de goûts ou d'avis vraiment personnel. Problème: toute sa bande de copains à réussi les concours d'entrée en fac à Tokyo, elle non, et donc, elle doit attendre un an avant de les rejoindre.

Nana Ôsaki, c'est tout le contraire: punkette à tatouages, piercings, style tout droit sortit de Camden à Londres, elle a ses goûts , son franc parler, ne se laisse pas marcher sur les pieds.. et est heureuse en amour. Elle a une relation harmonieuse avec Ren, le guitariste du groupe de punk rock dans lequel elle est chanteuse. Mais Ren se voit offrir une place de guitariste dans un autre groupe prometteur à Tokyo, et c'est l'occasion de sa vie de percer nationalement en tant que musicien professionnel. C'est donc nana qui rompt, ne voulant pas le suivre en tant que "petite amie du guitariste d'un autre groupe", elle veut faire es preuves en tant que chanteuse et ne montera à Tokyo que lorsque la possibilité de devenir elle aussi chanteuse professionnelle se présentera.

Et c'est dans le train que les deux filles que tout oppose, y compris leur statut social, se rencontrent ( Nana Ô vient d'une famille pauvre, a été abandonnée très jeune par ses parents  aux soins d'une grand-mère qui lui a vite inculqué la nécessité de trimer pour avoir ce qu'elle veut, Nana K  est la deuxième d'une fratrie de 3, dans une famille asse remuante mais solidaire, et plutôt aisée, ce qui lui permet de faire ses études sans vraiment travailler. N'ayant pas le besoin absolu de gagner son argent, elle ne prend de petits boulot que pour draguer quelqu'un). Cette rencontre aurait pu rester sans importance si le hasard ne les remettait pas en contact, quelques jours plus tôt, lorsqu'elles cherchent à se loger. La solution est vite trouvée: devenir colocataires.
Et contre toute attente, elles s'entendent bien, et c'est le début d'une histoire d'amitié fusionnelle, qu'on devine relatée quelques années plus tard par Nana K., qui insiste sur l'importance que Nana Ô a eu sur son avenir, sur le modèle de femme indépendante qu'elle a été pour elle, incapable au début de comprendre qu'un travail est quelque chose de sérieux. On ne sait pas encore ce qui a pu se passer, mais toujours est-il que Nana Ô est devenue une boussole qui l'a aidée à ne pas sombrer lorsque la dépendance affective l'entraînait trop loin.
Et pour moi, Nana K devient supportable grâce à Nana Ô et Jun qui la charrient et la fon revenir sur terre, comme la lectrice que je suis aimerait le faire.

Car c'est bien de l'importance de l'amitié lorsque les choses deviennent difficile qu'il est question, mais aussi de thèmes sérieux: comment trouver son équilibre dans le monde du travail, comment devenir adulte dans une société aussi peu tolérante que le Japon l'est en ce qui concerne les marginaux ( Nana Ô et ses copains), comment supporter les inévitables ruptures, amicales ou amoureuses...
Il y a aussi d'autres thèmes encore plus sombres, telle la prostitution juvénile qui était et est toujours un fléau au Japon.

Pour ces points là, la série est intéressante et mérite qu'on ferme les yeux sur son graphisme ( qui s'il est plutôt moche de mon point de vue, a au moins le mérite d'être différent et personnel, c'est déjà pas si mal pour un shojô, beaucoup sont des copies conformes les uns des autres. Donc plutôt une bonne surprise, puisque je m'attendais à le trouver décevant au vu de son succès général.

Mention aussi aux astucieuses ouvertures, qui présente par instantanés, une journée des copines: 1 - Nana O attend dans le salon, 2- elle est rejointe par Nana K, 3 - Elles partent ensemble, etc... et forment une BD sans paroles à elles seules

samedi 27 juillet 2024

Running girl - Shigematsu Narumi

 Et c'est le grand retour du manga/ animé sportif de l'été.

J'ai repéré celui-ci à la bibliothèque où je travaille, et le sujet m'a paru intéressant, puisqu'on y parle de handisport.

Graphiquement, il n'est pas renversant, même s'il faut lui reconnaître un  grand soin apporté au réalisme des prothèses, validé par toute une équipe de consultants dans ce domaine.
Narrativement non plus, dans le sens où on retrouve le schéma ultra classique du personnage central qui a un problème, doit le résoudre et va le faire avec brio, soutenu par une équipe soudée d'amis.. et quelques opposants jaloux de ses succès, et sous la houlette d'un "maître" grognon qui poursuit ses propres buts.
Mais faire une oeuvre novatrice n'est pas le propos, l'objectif est de faire connaître le domaine du handisport, qui, il faut bien l'admettre, est encore le parent pauvre lors des diffusions médiatiques.



Ici, Rin, lycéenne de 16 ans, amputée  d'une jambe suite à une maladie, va retrouver l'énergie et l'espoir en découvrant l'athlétisme handisport. Son talent et sa ténacité la font repérer de monsieur Kazami, prothésiste, qui a justement d'un sprinter à son service, pur être le "représentant" de ses lames de course. en effet, la société pour laquelle il développe les lames estime que le projet est trop couteux pour un retour sur investissement suffisant, et menace de fermer cette section si ses lames ne se distinguent pas lors d'une course régionale. Kazami lui, vise plus haut: il espère que les lames de sa fabrication mèneront un athlète jusqu'aux jeux paralympiques.

Rin a besoin des prothèses de compétition de Kazami pour retrouver le goût de vivre via le sport, Kazami à besoin d'une athlète talentueuse pour prouver la qualité de ses prothèses. Ces deux-là vont donc devoir travailler ensemble pour mener à bien cet objectif avant l'échéance des jeux de Tokyo ( le manga date de 2020)


Et donc en trois tomes on suit son parcours non jusqu'aux jeux paralympiques, mais jusqu'aux épreuves de sélection pour ceux-ci, car pour elle la victoire est moins la sélection, que les étapes qui y mènes, comment elle passe en 2 ans de lycéenne déprimée par sa maladie, et ce qu'elle a perdu, à athlète motivée pour se surpasser. C'est aussi le parcours de changement qu'elle amène aux gens qu'elles rencontrent: Kazami, dont au départ l'objectif est très personnel, se rend compte que ses prothèses peuvent vraiment changer la vie des gens qui en ont besoin. Kei, la championne d'athlétisme du lycée, orgueilleuse et individualiste, qui découvre au contact de cette nouvelle camarade - dont l'enthousiasme malgré le handicap la pousse à intégrer un club de sport classique-  le plaisir de la course de relai et du travail d'équipe. Le petit garçon passionné de foot, et qui pense devoir renoncer à son loisir après l'amputation, et qui retrouve lui aussi sa raison d'exister avec la découverte du handi-sport.
Et même la mangaka qui en préparant son sujet, a rencontré des sportifs handicapés qui lui ont fait découvrir leur monde, leurs parcours et leur ténacité.
Donc, peu importe de savoir si Rin va se qualifier pour les jeux, et d'ailleurs en seulement trois tomes, tout va à toute vitesse, les personnages secondaires apparaissent et disparaissent.. comme dans la vie finalement, quand on change de club ou d'établissement, on ne sait pas ce que deviennent les anciens camarades, chacun faisant sa vie de son côté.

Donc oui, on peut lui reprocher d'être trop court pour vraiment approfondir certains personnages et leurs relation, et de précipiter un peu les péripéties, mais ce n'est pas non plus l'objectif d'avoir une histoire haletante. Mais c'est une lecture sympa qui a le mérite de mettre en avant un sujet rare et parfois difficile, sans insister lourdement sur le pathos. Je n'en attendais pas grand chose, je le qualifierai donc de "bonne surprise"

dimanche 14 juillet 2024

Frieren tome 1 - Yamada Kanehito et Abe Tsukasa

 Voilà un manga dont j'avais entendu parler à sa sortie, mais comme je suis beaucoup moins l'actualité sur ce plan là qu'il y a quelques années ( faute de temps, de sous, départ prévu à l'étranger, etc..), je ne m'y étais pas intéressée plus que ça.

Or, en ayant repris le travail dans une bibliothèque, je l'ai vu mentionné dans les coups de coeur faits par un collègue, et donc, hop, je me le mets de côté.

Très joli graphisme



C'est une histoire d'heroïc fantasy  avec les personnages habituels, ceux qu'on trouve dans une équipe de jeu de rôle ou de de jeu vidéo d'aventure.
Il y a le héros humain, l'elfe-mage, le prêtre et le nain guerrier. Tous ont des noms allemands, assez drôles d'ailleurs. Et des défauts qui ne sont habituellement pas mentionnés
Himmel ("Ciel"), c'est le chevalier en armure, celui qui rafle toute la gloire. Il est aussi orgueilleux, fier de sa beauté, le genre à passer des heures à choisir la pose pour la statue qui va être érigée à sa gloire... et à continuer à se bercer d'illusions sur son apparence, des années plus tard, une fois devenu vieux , chauve et ridé. Mais c'est un authentique type bien et généreux.
Heiter ( "brillant" ou " enjoué") c'est le prêtre, particulièrement porté sur la dive bouteille et les banquets , mais.. c'est aussi un authentique type bien.
Eisen ("Fer"), c'est le nain, toujours coiffé de son caque à corne. Peu caractérisé au début, si ce n'est qu'il est peu bavard et n'aime rien tant que sa tranquillité et sa petite maison dans la forêt.
Et Frieren ( "Geler" - oui le verbe), c'est l'elfe, qui donne son nom au titre. Elle est très peu en phase avec le monde alentour, ne comprend absolument pas les implicites humains, les pièges ( en se fait toujours avoir par les mimics) et a une propension marquée pour la grasse matinée

Ces petit détails donnent une nouvelle réalité aux héros dont on ne suivra pas les aventures, puisque l'histoire commence là où le jeu finit habituellement. Les héros on vaincu le boss final, le roi des démons, et viennent rechercher leur récompense ( insérer fanfare de la victoire). Oui mais après? Ils ont passé 10 ans ensemble et se séparent, chacun vaquant à sa vie: Himmel songe à trouver un travail en ville, Eisen repart chez lui, Heiter a une opportunité de carrière religieuse , et Frieren part sur les routes ramener de nouveaux sorts pour sa collection. Tout en promettant à ses camarade de venir les retrouver dans 50 ans.
Sauf qu'elle a oublié une chose, elle est sinon immortelle, du moins dotée d'une espérance de vie dépassant le millier d'années, les autres sont soit humains, soit doté d'une moindre longévité ( le nain vieillit au ralenti, mais sans commune mesure avec elle).
Et 50 ans plus tard, la petite troupe se retrouve: Frieren n'a pas changé d'un iota, tandis que ses compagnons ont pris un gros coup de vieux. Et contrairement à ce qu'on pouvait penser, ce n'est pas le prêtre alcoolique, mais Himel qui meurt le premier. Son enterrement est un choc pour Frieren: elle le connaissait mal, ils n'avaient passé que 10 ans ensemble sur les routes, comment aurait-elle pu le connaitre mieux. Des souvenirs lui reviennent. Toutes les fois où les autres lui ont dit des choses comme " on commence à bien te connaître", l'ont pressée. Ils savaient que leur temps était limité, et pour eux 10 est au mieux, un dixième de leur existence, quand c'est un bref instant pour elle.
Frieren va donc partir en pélerinage sur les traces de ces souvenirs, et d'autres encore plus anciens, pour se souvenir de toutes les fois où son manque de considération pour la temporalité différente des humains lui a fait négliger les autres et l'a séparée de ses amis. Dès lors son parcours sera daté en fonction de cet événement marquant, tout étant daté " X années après la mort du héros Himmel".
La gloire passe, les héros perdent de leur réalité et deviennent légende une fois que plus personne ou presque ne les a connus, et Frieren se sent investie de la mission de perpétuer leur mémoire, elle la seule qui leur survivra.

Retrouvent Heiter, elle passera quelques années avec lui, formant à la magie Fern (" loin"), une petite fille qu'il a sauvée quelques années plus tôt. Fern que l'on voit grandire et devenir adulte au fil des pages, dépassant rapidement en taille et en sagesse Frieren, à qui elle finit par dire " on dirait que je suis ta mère".

Mais quelle jolie découverte que ce manga qui parle en finesse, du temps qui passe, de mortalité, de souvenir, de gloire. "Ceci aussi passera". Memento Mori.
Les actions héroïques sont à peine suggérées par des flash-backs, qui sont plutôt centrés sur les pauses à l'auberge, et sur toutes les fois où Frieren n'a pas compris la logique humaine, et le fait qu'ils partagent la conscience aigue de leur fin prochaine, là où elle a tout son temps.
Inconsciemment, toutes ses actions sont en fait le résultat de quelque chose qui lui avait échappé à l'époque, mais a fait lentement son chemin. La magie: elle en fait, sans passion, parce que c'est son talent. La collection de sort? Un jour, Himmel lui a dit que c'était un loisir intéressant. La quête d'une fleur qui a disparu depuis 30 ans? Un jour, Himmel lui a dit qu'elle étaient courantes dans sa région d'origine. Tout la ramène, comme une idée fixe, à ce disparu à qui elle n'a pas assez fait attention tant qu'il était encore là, mais lui manque cruellement maintenant.
Ces deux là étaient plus proches et semblables qu'elle ne le pensait, mais.. elle ne s'en est pas rendu compte. Et se met in fine à la recherche ( pour au moins les 10 prochains tomes sûrement ) en quête d'un sort lui permettant de converser avec le fantôme d'Himmel et lui dire, enfin, combien il a compté pour elle, l'a inspirée et l'a faite changer pour le mieux.

Tout ça porte en filigrane l'angoissante question " à quoi bon s'attacher aux gens, puisqu'ils vont mourir?" Les humains le savent: Leur fin annonce la nôtre et c'est en ça qu'elle est douloureuse, mais ils rendent notre court temps sur terre bien plus intéressant, bien meilleurs et que l'amitié rend cette réalité bien plus supportable.

J'ai donc réservé les tomes suivants, et j'attends avec impatience la suite de cette aventure contemplative, sans grosse action mais avec beaucoup de philosophie, et pas mal d'humour quand même. C'est triste, mais pas déprimant non plus. ( il est classé shonen, mais vu la thématique, j'aurais juré avoir affaire à un seinen)
Petit coup de coeur!

mardi 30 avril 2024

A.I.R - Yoshimura Hiroshi ( musique)

 Aussitôt dit, aussitôt fait, j'ai donc cherché qu'est-ce qui pouvait accompagner olfactivement le disque de Yoshimura, puisque je n'ai pas d'autre information sur le parfum de Shiseido que " évoque une promenade en forêt". Connaissant le goût japonais pour les odeurs discrètes, le parfum devait être  assez léger. ( J'aime beaucoup Féminité du Bois, à l'origine , commercialisé par Shiseido, et repris par Serge Lutens depuis, donc j'ai une idée de ce que peut être un parfum boisé produit par la marque.

Et j'ai trouvé pile ce qui pouvait correspondre à un parfum de forêt, et encore mieux une forêt japonaise:  une bougie parfum " Bambou"Et effectivement c'est la détente absolue ( après une double séance de sport partagée entre Metallica et du funk, pour se booster l'énergie.. oui, je passe du gros matal à de la musique d'ambiance façon furin ( la clochette à vent, à éviter dans ma région où le mistral souffle bien trop souvent, ça casserait vite les oreilles à tout le monde)




Et donc cet enregistrement là date de 1984 ( donc antérieur à Green), mais est déjà très axé " nature",.
A l'origine le vinyl était entièrement blanc, avec une face A, dotée d'une étiquette verte avec une photo d'arbre, et une face B à l'étiquette bleue, avec une photo de vagues.
J'aime beaucoup cette idée d'avoir essayé de rendre une double ambiance, et d'introduire un peu de créativité dans ce qui était un travail de commande.
Souvent les bonus commerciaux à l'achat d'un produit sont assez nuls, mais là, c'est tout l'inverse: le gars a réussi a proposer un disque pour soutenir la vente de parfum, mais on pourrait imaginer tout l'inverse: le parfum étant le bonus du disque.
Je me demande s'il y a eu des fans de l'artiste qui l'ont acheté précisément pour avoir le disque, avec le parfum en cadeau :)

Dans les commentaires de l'enregistrement sur Youtube, quelqu'un mentionne qu'à l'époque, les clients qui ont acheté le paquet pour le parfum n'ont pas prêté attention au disque, et que certains l'ont jeté sans même l'écouter. Vrai ou non, le futur a prouvé que le disque était en fait bien plus diurable que le parfum qui n'est plus commercialisé depuis belle lurette.
Tandis que les auditeurs, dans les mêmes commentaires, font valoir que cette musique les a aidé à mieux encaisser la période de confinement il y a 4 ans..

Donc trouvez votre meilleur encens ou votre meilleure bougie, bien verts ou bien boisés, et c'est parti!

Un autre commentaire, que je trouve très intéressant est celui de quelqu'un qui dit s'être endormi puis réveillé subitement, en état hypnopompique pendant l'écoute, et les gens débattent de la différence entre hypnagogique ( quand on s'endort) et hypnopompique ( quand on se réveille). ce sont deux faces d'un même état, le cerveau s'endort par zones et se réveille par zones , et la musique, en modifiant les ondes cérébrales peut favoriser ou limiter ces effets.
Pour certains, cet instant entre veille et sommeil est désagréable ( quand ils ont des hallucinations), pour moi, c'est au contraire un moment très agréable. Je ne suis pas trop sujet à l'état hypnagogique, mais assez souvent à l'état hypnopompique. Ce moment où je suis tellement bien à traîner dans mon lit, j'ai en général l'impression , alors que je ne suis ni croyante, ni mystique, que ma conscience est connectée à des milliers d'autres. Et même en sachant que c'est un effet purement physique dû au fonctionnement cérébral, l'idée de faire peut-être de la télépathie avec un autre dormeur mal réveillé, quelque part dans le monde me plaît beaucoup.
Je me demande si c'est cet effet qui a induit chez les philosophes le conscept d'idéosphère. En tout cas, dans l'antiquité grecque, il y avait cette conception que l'ensemble des idées, le noûs, existe en dehors de la tête, un peu comme le net est extérieur à un ordinateur, et que penser à quelque chose, c'était à peut près comme télécharger une donnée.
Je vois ce qu'ils veulent dire, puisque c'est précisément ce qui m'arrive parfois au réveil, et que c'est un état de paix et d'harmonie incroyable, et accessible sans même prendre une quelconque substance.
Je me demande s'il existe un concept voisin dans la philosophie japonais. Probablement, je suis presque sûre que c'est ce qui existe dans la philosophie indienne, un état de transe où on se sent en connexion avec l'univers, détaché de soi, et atteint par la méditation.

En tout cas si ma méditation idéale, c'est la grasse matinée, je prends! J'ai même une excuse toute trouvée " non, je ne fais pas la grasse matinée, je suis en connexion avec l'univers et l'idéosphère par le biais de la médiation hypnopompique!"

La chair des os - Kôno Taeko (lecture audio)

 J'avais prévu ce sujet hier, mais une recherche rapide sur cette autrice une fois de plus inconnue de moi, me dit qu'elle est née le 30 avril 1926. Elle aurait donc 98 ans si elle n'était pas morte il y a quelques années, j'ai donc logiquement décalé mon sujet d'un jour.

nouvelle également publiée dans ce recueil

Bon, celle-là ne m'a pas convaincue: une femme qui vient d'être plaquée se remémore des moments passés avec son ex, notamment, lorsqu'ils mangeaient des huîtres ensemble. Et visiblement, manger des huîtres, c'est son plaisir particulier. Enfin, son kif, c'est surtout d'ouvrir les huîtres de manière chirurgicale, car elle ne mange qu'une petite partie des aliments, celle que délaisse l'homme. Que ce soit les restes d'huître collés à la coquille, de viande collés aux os de poulet, ou aux arêtes de poisson.
Parallèlement depuis la rupture, elle se laisse aller, et ne mange plus, autant par manque d'argent que parce que, visiblement, pour elle, nourriture = sexe. S'il n'y a pas quelqu'un pour partager ce moment, et la nourrir de restes, elle perd l'appétit. Apparemment elle a aussi une sorte d'obsession par rapport au feu , ayant une peur maladive des incendies.

Bon, je n'aime pas les huîtres, donc le plaisir de leur consommation m'est franchement étranger. Plus généralement, et malgré la qualité de lecture, je suis restée totalement en dehors de cette histoire de liaison, puis de rupture SM.

Donc, ce n'est pas une autrice vers laquelle j'irai à nouveau en premier lieu...

On peut l'écouter ici, lue par Christiane Cohendy (54 minutes)

lundi 29 avril 2024

Tribu bêlante - Ôe Kenzaburô (lecture audio)

 Et la nouvelle du jour est cette fois d'un auteur bien connu, prix Nobel de Littérature en 1994, Prix Akutagawa ( l'équivalent peut être de notre Goncourt au Japon, en terme d'importance) en 1958 pour Gibier d'élevage.

Et pourtant, étonnamment, je ne l'avais pas encore lu, donc, c'est l'occasion ou jamais, via cette série audio.

Trouvable ici cette fois encore
Cette tribu bêlant (des " moutons humains" dans le titre original) sont les passagers japonais d'un bus, harcelés par des soldats américains, qui les humilient, les forçant à se mettre à 4 pattes et à bêler comme des moutons.
Donc on commence par une réflexion sur le thème "Vae Victis", malheur aux vaincus, les américains vainqueurs ne se comportant pas dignement et prenant plaisir à ridiculiser les vaincus.
Mais une fois les américains partis, ce bus  peuplé de japonais, dont certains ont évité la honte, devient une version réduite de la société japonaise tout entière, il y a ceux qui ont honte d'avoir laissé faire.. mais se sont bien abstenus pour ne pas retourner contre eux la vindicte des américains, ceux qui compatissent ou s'indignent... un peu tard, et ceux qui insinuent que les victimes (qui ont été menacées au couteaux, et ont préféré l'humiliation à la mort), sont complices, et ont en quelque sorte imposé aux autres la vision de leur défaite. Au point de forcer les victimes à aller porter plainte à la police, et à raconter cette humiliation, et à affronter l'hilarité des policiers, qui y voient une plaisanterie qui leur fera la soirée. Et où il n'y n'a pas vraiment matière à plainte, puisqu'il faudrait que les autorités japonaises s'opposent aux vainqueurs, donc autant dire, aucune possibilité de réparation. Les victimes ne voulant pas porter plainte, un des témoins les harcèle, voyant dans ce refus de déposer plainte se perdre l'occasion d'avoir le beau rôle de redresseur de torts. Oui, c'est tordu.

Mais j'ai bien aimé cette histoire étrange qui brouille les pistes entre victimes et bourreaux. Je pense que je me ré-intéresserai à cet auteur à l'avenir.

Lien pour l'écouter (enregistré en 1987 par Robert Rimbaud), accompagné d'un extrait d'une conférence donnée par Oê en 1987, qui explique l'origine et l'intention de sa nouvelle. 56 minutes au total

dimanche 28 avril 2024

L'idiote - Sakaguchi Ango ( lecture audio)

 Et hop, troisième lecture/ écoute de cette série de nouvelles proposées par Radio France.
C'est encore un auteur inconnu de moi, et donc une découverte.



Enregistrée en 1987 et lue par Raymond Gérôme ( 53 minutes). 


Donc, de quoi est-il question? D'une petite rue de Tokyo, où habitent des gens un peu particuliers, pendant la seconde Guerre Mondiale. Il y a Isawa le journaliste, il a un regard très critique sur la société et déteste son travail et surtout ses lecteurs, plus intéressés par les effets de mode que par les vrais sujets. Il y a une secrétaire du comité de quartier, enceinte, qui ne sait pas trop qui est le père de son futur enfant, car elle a, probablement en échange de nourriture été la maîtresse de tous les hommes du comité, qui maintenant se débinent pour laisser à l'un seul la tâche de subvenir aux frais de naissance. Il y a "le fou", un homme plutôt misanthrope qui a choisi de venir s'installer au bout d'une ruelle, le plus loin possible des gens. Il vit là avec sa mère, assez tyrannique, et sa femme " l'idiote". L'idiote ne sait pas faire grand chose (c'est à dire, pas grand chose de ce qui est attendu d'une japonaise de cette époque, autrement dit, la cuisine), et est craintive. Elle semble traumatisée, que ce soit par la guerre ou les reproches de son mari et de sa belle-mère.
Evidemment ces "inadaptés" sont surtout là pour mettre en exergue la fausseté de la société japonaise constituée " d'êtres creux", de la censure militaire, de la guerre, de la "volonté superficielle des gouvernements".
Et pourtant un événement inattendu se produit, le jour où l'idiote s'enfuit de chez elle... et trouve refuge chez Isawa, qui n'a pas le coeur de renvoyer cette femme paumée. Et tous deux commencent une étrange cohabitation, sous les bombardements. Il n'en fait pas sa maîtresse, mais l'observe, tant elle est différente des autres individus qu'il connaît, espérant découvrir chez-elle une étincelle d'intelligence, une réaction normale, un peu plus qu'animale. Leur manière de penser, différente du reste de la foule, est peut être la clef de leur salut dans une époque irrationnelle.

C'est un coup de pied réjouissant dans la fourmilière hiérarchique de son pays que donne Sakaguchi. Et ça m'étonne qu'il n'ait pas été, pour cette raison précise, mis plus en avant en Europe, tant son écriture est peu japonaise, dans un pays où la règle est d'être comme tout le monde et de ne pas faire de vagues.

Pour l'écouter, c'est ici.

samedi 27 avril 2024

Green - Yoshimura Hiroshi ( musique)

Après deux nouvelles et avant les autres, je reste sur un support audio, mais musical cette fois. Car Youtube m'a opportunément suggéré cet enregistrement d'un compositeur que je ne connaissais absolument pas, c'est l'occasion de le découvrir...
Donc Yoshimura Hiroshi était un designer sonore, un compositeur de musiques d'ambiance, mêlant bruits de nature, et musique synthétique ( pour faire simple, le genre de ce qu'on peut entendre chez Natures et découvertes, par exemple). Du moins pour la version internationale. La version japonaise n'a pas de bruitages, mais uniquement la musique.
PAr contre la réédition vinyl récente est .. wow, le disque transparent vert, c'est ultra cool!


Le gars se réclame à la fois d'Erik Satie et de Brian Eno, et .. rien que ça, ça suffit à m'intriguer.
et à l'écoute de ce Green, je ne suis absolument pas en terrain inconnu, étant particulièrement amatrice à la fois de rock progressif et de minimalisme.

L'objectif de Yoshimura en 1985 était de proposer une récréation sonore pour les oreilles des citadins japonais pour calmer les esprits, alors que le pays est en pleine croissance économique ( la "bulle" commence), et avec elle, le stress.
Bon je ne suis pas sûre de l'effet détente de certaines pistes, la seconde par exemple est plutôt speedée. Mais ça peut avoir un effet hypnotique, au même titre par exemple que certains morceaux de Jean-Michel Jarre. Les deux sont contemporains d'ailleurs, avec une petit avance temporelle pour Jarre ( oui, j'ai grandi en écoutant aussi Oxygène, Equinoxe et Chants Magnétiques, qui étaient dans la discothèque familiale, ça fait d'ailleurs un bail que je ne les ai pas écoutés, mais donc ça m'est familier, de même que Popol Vuh ou Tangerine Dream.
Donc si ce genre de musique vous branche, vous pouvez y aller, c'est bien sympa.

Pour lui le titre "green" ne fait pas référence à la couleur, mais au " cycle vert" . Le détail sympa est que toutes les pistes sont titré d'un seul mot anglais monosyllabique ( sauf le dernier), dont la particularité est d'avoir deux E qui se suivent (creek, sleep, feel, etc..)

Version avec bruitages.
Version sans bruitages.

Personnellement je préfère  celle sans bruitages, plus minimaliste, les bruitages parfois l'audibilité de la composition (et sont dispensables). Judicieusement ressorti en 2020, en plein confinement, cette démarche est logique: conçu comme un anti stress sonore, réédité en période de stress... Ca me paraît  être rapprochable du succès actuel des radios " Lo-Fi", qui correspond aussi à une recherche de confort et de sérénité sonore chez soi, même si le genre a changé

Tous les autres enregistrements de l'auteur, mort en 2003 sont disponibles sur Youtube, et je vais écouter ça peu à peu.
Je suis très intriguée par Air In Resort ( 1984) pour sa petite histoire: une musique commandée par Shiseido, pour la promotion d'un parfum nommé A.I.R, inspiré par la forêt. Le disque était vendu emballé mais la pochette était imprégnée du parfum en question. Le parfum n'est plus trouvable, et j'aurais voulu savoir ce que ça donnait, ce concept de mêler impression sonore et olfactive, un disque à sentir, ou un parfum à écouter, C'est génial, et pas seulement du point de vue du marketing, mais bien de celui d'une approche multi sensorielle ( ce qu'on fait finalement quand on allume une bougie ou de l'encens en écoutant un disque - j'ai d'ailleurs une  bougie allumée odeur "feuilles de cassis" en écoutant Green-, mais cette fois parfaitement calibrés pour aller l'un avec l'autre.)
Tiens je devrais chercher dans mes tiroirs divers encens et bougies et chercher lequel correspond le mieux à chaque enregistrement instrumental que j'ai, tiens... Je dois avoir des choses boisées et marines pour accompagner Air in Resort quand je l'écouterai.
Il me reste 3 nouvelles a écouter et chroniquer, tiens... je finirai donc cette série de sujets audio par Yoshimura aussi.

vendredi 26 avril 2024

L'envoûtement - Enchi Fumiko (lecture audio)

 Je continue sur ma lancée audio, cette fois avec une romancière du XX° siècle, que je ne connaissais que de nom.
La série " une semaine au Japon" compile 5 nouvelles dont les lectures ont été enregistrées à différents périodes, Mais je suis directement passé à la seconde.
En effet, La première est Pays de Neige de Kawabata, que j'avais lu et chroniqué ici, donc je l'écouterai probablement à un autre moment.

Pour l'Envoûtement, c'est Guy Tréjan le lecteur, la nouvelle est trouvable dans

Je note!
Chikako et Keisaku sont un couple d'âge un peu avancé, leurs deux filles sont mariées et ont quitté la maison. Keisaku, le mari est amateur et collectionneur de porcelaines et a prêté un vase précieux pour une exposition, mais sa femme ne partage pas son enthousiasme. Ce prêt d'antiquité lui rappelle de mauvais souvenirs, qu'un flashback nous raconte.
Quelques années plus tôt, Keisaku a décidé d'ajouter à son emploi de banquier l'activité lucrative d'antiquaire, puisque c'est un domaine qui le passionne. Elle n'apprécie surtout pas de voir son mari garder pour lui les trésors, et revendre au prix fort à des touristes, des babioles sans valeur et des faux, ce qu'elle assimile à de l'escroquerie. Chikako en vient à mépriser son mari malgré la nécessité de ce commerce pour faire face aux dépenses quotidiennes dans un pays ruiné par la guerre. Un jour un italien client des antiquailles de son mari, sachant que Chikako parle anglais, lui propose un curieux emploi: traduire pour son compte, des livres érotiques japonais, à destination du marché européen. Chikako, horrifiée, assimile ça a de la prostitution, mais Keisaku accepte le marché, sans la consulter, ce qui n'est clairement pas pour arranger leurs relations déjà houleuses. Mais faute d'argent, elle plie, cachant cette activité licencieuse à ses filles. Et pourtant au fil de ses traductions, la prude Chikako commence à prendre intérêt à ce travail, et de fil en aiguille, de devenir officiellement traductrice y compris de littérature plus "noble", ce qui la met dans une relative indépendance financière par rapport à son mari, chose rare et précieuse pour une japonaise des années 1950.
Parallèlement à ça, le départ des enfants exacerbe les tensions entre deux personnes qui n'ont plus rien en commun. La littérature et les promenades dans son quartier sont ce qui égayent le morne quotidien de Chikako, qui commence à se voir vieillir et complexe, mais que ce vieillissement libère aussi, elle commence à oser dire tout haut ce qu'elle pense, sans se soucier vraiment de ce que les autres en penseront.

C'est ici que vous pouvez l'écouter. Durée 55 minutes.

Je ne connaissais donc pas vraiment l'auteur, mais c'est une découverte plutôt intéressante, d'autant que le personnage central est une dame qui n'est pas encore très vieille, mais plus jeune non plus, et se trouve dans un intense moment de remise en cause de sa vie. En travaillant à la bibliothèque, à partir de juin, je regarderai s'il y a d'autres textes de Fumiko Enchi.